07 juin 2008
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Mai 08)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")
Vu à la télé
AMITYVILLE (The Amityville Horror)
d'Andrew Douglas (2004)
Alors que Dark Castle, la boîte de Joel Silver spécialisée dans la production de navets pseudo-horrifiques, semble s'être quelque peu calmée dans son entreprise de massacre systématique de classiques de l'épouvante sous forme de remakes à deux balles, voici que Michael Bay, chantre de la bouse friquée récemment passé à la production, prend le relais. Ce qui nous vaut ce nouvel "Amityville" à faire passer l'original de Stuart Rosenberg (1979), pourtant assez pitoyable, pour un chef-d'oeuvre en comparaison. Histoire de racoler du djeun, Bay embauche Andrew Douglas, ci-devant réalisateur de clips plus soucieux de produire des effets visuels aussi chiadés que creux que de chercher à faire passer une quelconque émotion. Jouant la surenchère systématique et le démonstratif complaisant mais consensuel, le film de Douglas se résume en fin de compte à un défilé de spectres envahissants et à une succession d'effets-choc annoncés au mégaphone. Ainsi, cette ambition affichée de ne pas laisser le spectateur souffler une seconde ne parvient en fait qu'à le faire soupirer une heure et demie durant. Maladresse classique, la surabondance de visions horrifiques est telle que nous nous y accoutumons assez rapidement, ce qui a pour effet de les banaliser et, partant, de les désamorcer irrémédiablement. Paradoxalement, cette culture du paroxysme à tout prix ne débouche que sur un nivellement abolissant toute notion de gradation, de contraste ou de surprise. Cela s'avère fâcheux, particulièrement dans le contexte d'un film de maison hantée, sous-genre qui exige au contraire un travail à l'économie et une sobriété proche de l'ascèse, comme le démontre brillamment "La Maison du Diable" (1963), chef-d'oeuvre inégalé de Robert Wise. Visiblement, Ni Bay ni Douglas ne connaissent grand-chose à leur sujet, puisque ce qui est évident pour n'importe quel étudiant en première année de cinéma leur passe largement au-dessus de la tête - incompétence d'ailleurs partagée par les tâcherons de Dark Castle, tels Jan de Bont ou William Malone, qui développent les mêmes tares. Faussaire de l'outrance mais véritable brasseur de vent, Douglas accumule mécaniquement les effets horrifiques les plus éculés sans jamais avoir les couilles de se montrer un tant soit peu transgressif ou dérangeant - au sens où peuvent l'être un James Wan ou un Eli Roth. Et, puisqu'on cultive la quantité pour pallier grossièrement à la carence qualitative et qu'il n'est jamais question d'autre chose que de noyer le poisson, il est assez logique que l'esbroufe visuelle soit reine, et c'est là que l'on retrouve tout l'art du clipeur, qui s'apparente le plus souvent à une forme sans fond. Ainsi, on ne coupera pas - enfin, façon de parler! - au sempiternel débitage de la pellicule en copeaux de celluloïd dès que l'action s'emballe un peu, histoire de donner l'illusion du rythme. Autre procédé assez gonflant dont abuse Douglas: l'effet stroboscopique qui consiste à filmer une scène à la lueur des éclairs de l'orage, et qui revient avec l'affligeante régularité d'une feuille d'impôts, avec toutefois quelques variantes genre clignotement des ampoules. Sans parler de l'ennui profond qu'il ne pouvait qu'engendrer, "Amityville" laisse surtout le sentiment d'une vaste entreprise de camouflage mobilisant une agitation de tous les instants et une déperdition d'énergie proportionnelle à son manque d'inspiration. D'où sans doute cette impression de comique involontaire qui accompagne immanquablement chaque nouvelle tentative de nous horrifier...
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18389323&cfilm=57921.html
Presse
DC COMICS #6: "Robin"
(Eaglemoss - Mai 2008)
Bon, je n'ai rien de particulier à vous dire concernant Robin, je tenais simplement à vous signaler cette revue bimensuelle facilement trouvable dans tous les points-presse et dont le principal intérêt est de proposer, avec chaque fascicule, une figurine de plomb à l'effigie d'un super-héros DC à un prix abordable - parce que, faut bien le dire, les prix pratiqués par les magasins de BD et autres comics-shops pour ce genre de produits sont tout simplement scandaleux! Au premier chef, ce sont donc les amateurs forcenés de "para-BD" qui sont évidemment concernés car - je peux vous en parler pour m'être procuré celles relatives au Bat-verse - les figurines sont vraiment cool. Pour ce qui est du reste, soit le contenu du fascicule de vingt pages, c'est selon... La partie la plus intéressante est celle consacrée à l'historique du personnage, ma foi assez détaillée, et qui permettra au profane qui prend le train en marche d'être suffisamment informé pour ne pas trop se sentir perdu dans la continuité souvent complexe des comics. Voire même, le fan plus aguerri, mais qui n'a pas la chance d'avoir un accès facile aux VO, pourra lever le voile sur certaines interrogations concernant les épisodes inédits en France. Une critique toutefois: quelques références chronologiques et numérologiques n'eussent pas été du luxe mais bon, d'un autre côté, c'est vrai qu'on est pas dans "Scarce" ou dans "Comic Box"... La suite est assez anecdotique: quelques fiches sans grand intérêt sur les armes, véhicules et gadgets du héros, une vague galerie des personnages connexes souvent laconique, et une bibliographie dont la sélection est parfois discutable (exemple: une biblio de Robin sans "A Death In The Family", ça craint quand même un peu...). Déjà parus: Batman, Superman, Flash, le Joker, Catwoman et Robin. Actuellement en vente: Green Lantern. À venir: Wonder Woman, mais comme les figurines sont peintes à la main, vous pourrez pas vous amuser à la foutre à poil, bande de cochons!
Vu à la télé
CROCODILE 2
(Crocodile 2: Death Swamp)
de Gary Jones (2002)
Pas de "Mollards" sans grosse bébête qui mord, donc c'est reparti: braquage, avion détourné par les vilains, défourraillages dans la carlingue, dépressurisation et chute dans les marais putrides de la jungle mexicaine où sévit devinez quoi? heureusement pas Céline Fion, mais bel et bien un crocodile géant qu'il conviendra de ne pas confondre avec le "Krocodylus" du mois dernier: d'abord, celui-là nageait dans l'eau salée (parfaitement, ça existe! même que je l'ai lu dans un "Oncle Paul"!), et ensuite il était nettement plus drôle, avec ses bimbos exhibitionnistes! Las, ce "Crocodile 2" - qui fait suite à un premier opus de l'ami Tobe Hooper - est bien ennuyeux, se contentant de suivre les errements bavards et convenus des survivants coincés entre les braqueurs agressifs et le saurien en question... Lequel doit être vieux comme mes robes si l'on en juge ce que raconte le pilote d'hélicoptère, qui le tient des Indiens locaux (curieusement absents du casting), qui se le transmettent de bouche à oreille d'une génération à l'autre, ce qui me permet de relater à mon tour, afin que vous puissiez faire la joie de votre descendance, cette belle histoire que lesdits autochtones arlésiens ont recueillie auprès du seul survivant d'une escouade de conquistadors qui se virent jadis mâchouillés par le monstre, ce qui ne nous rajeunit pas! Circonstance aggravante: pas un poil de fouffe à se mettre entre les dents! Bref, les seuls qui y trouveront leur compte sont ces étranges sectateurs avides "d'attaques de requins blancs sur hélicoptères" - ça aussi, ça existe, je l'ai lu dans un post de l'"Oncle Nio" (1) - qui se régaleront ici d'une variante saurienne de ce sport inventé par notre compatriote Jeannot Szwarc dans "Les Dents de la Mer - 2ème Partie" (2). Par le fait, j'ai été rudement bien inspiré de vous raconter l'histoire des conquistadors, sans quoi, après le crash de l'hélicoptère et subséquemment de son pilote, elle aurait été définitivement perdue. Ce qui, vous en conviendrez, eût été fort dommageable pour les générations futures...
Notes:
(1): Vous me croyez pas? Cliquez là-dessus: http://dvdtator.canalblog.com/archives/2006/12/index.html (post du 25/12/06)
(2): Faut dire que "Les Dents de la Mer 2", ça le faisait moyen!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.youtube.com/watch?v=8nTVajTxtd8
DVD
LE PIÈGE (Tourist Trap)
de David Schmoeller (1979)
S'il y a quelqu'un qui mérite le titre d'héritier de Roger Corman, c'est bien Charles Band. En effet, la boîte de ce producteur-réalisateur prolixe a littéralement inondé les écrans des années 70-80 d'une tapée de petites séries B d'exploitation qui, si elles ne brillaient pas forcément par leur originalité, étaient toujours réalisées avec soin, à tel point que certaines d'entre elles ont fini par acquérir auprès des fantasticophiles le statut de "petits classiques" du bis. "Le Piège", que "Mad Movies" nous propose sous son titre original "Tourist Trap" avec son numéro de Mai, en fait partie et constitue donc une sélection idéale pour une collection de DVD intitulée "Le Meilleur des B-Movies". Ce "piège à touristes", qui n'a rien à voir avec ces gargotes qui foisonnent chez moi sur la Côte d'Usure et où l'on sert de la soupe de poissons en boîte à des gogos extasiés, se présente comme une maisonnette isolée en rase campagne proposant un menu tout aussi indigeste, puisque c'est là que sévit un psychopathe doté de pouvoirs télékinésiques et fabriquant des automates meurtriers à ses heures perdues. Ne reste plus qu'à lui donner un peu de groins à moudre, et c'est là que débarque la traditionnelle bande de jeunes crétins perdue au milieu de nulle part, avec son gynécée de bimbos en petits shorts moule-raie - parmi lesquelles Tanya "j'ai de somptueux" Roberts (1), qui connut son heure de gloire en tant que James Bond's girl dans "Dangereusement vôtre" (John Glen - 1985). Manifestement, le script ne va pas chercher midi à quatorze heures et nous ressert, comme tant d'autres, un argument de base à la "Massacre à la Tronçonneuse", allant même jusqu'à employer le talentueux décorateur Robert A. Burns qui concocta l'hallucinant ossuaire de la maison de Leatherface. L'homme dresse ici un capharnaüm d'inquiétants automates constituant incontestablement l'atout majeur du film, d'autant que le réal David Schmoeller a pris l'heureuse option de travailler ses climats plutôt que de miser sur le sempiternel déballage de gore, et de faire souligner ceux-ci par une partition des plus convaincantes signée de l'excellent Pino Donnagio - qui fut à Brian DePalma ce que Bernard Herrmann était à Hitchcock. L'ensemble fait son petit effet, et témoigne d'une qualité de réalisation constante et tout à fait remarquable dans un B-movie. Le fait que l'on retrouve aux côtés de Schmoeller, en tant qu'assistant réal, le très compétent Ron Underwood (auteur en 1989 du rétro et très sympa "Tremors"), n'est sans doute pas étranger à l'affaire. Citons enfin le futur réalisateur Ted Nicolaou, bien connu des amateurs de bis, qui assure ici un montage efficace et, dans le rôle du boogeyman, l'excellent Chuck Connors, acteur à forte mâchoire ex-champion de base-ball qui fit une notable carrière dans le bis et fut dans sa jeunesse la vedette de "L'Homme à la Carabine", une série TV dont seuls les vieux croûtons comme moi se souviennent encore. Bref, un film tout à fait recommandable malgré la modestie de l'entreprise, et qui vous fera passer un vrai bon moment de fantastique. Ma femme n'a même pas râlé pendant le visionnage, c'est dire!
Note:
(1): Pour ceux qui chercheraient à la replacer: ça marche aussi avec Julia!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.cinemotions.com/modules/Films/fiche/38051/Tourist-Trap.html
Vu à la télé
LA NEUVIÈME PORTE (The Ninth Gate)
de Roman Polanski (1999)
Être un cinéaste majeur n'est pas toujours une sinécure: dès qu'on fait dans le cinéma de genre, la critique ne vous loupe pas. "La neuvième Porte" est pourtant nettement au-dessus de la plupart des productions fantastiques de son époque, et de loin. Alors qu'est-ce que l'on reproche à Polanski, au juste, pour lui infliger des critiques au mieux tiédasses et condescendantes, et au pire franchement négatives? On se demande parfois où est la cohérence, comme lorsque l'on voit "Télérama" casser dans un même numéro "La neuvième Porte" (qualifié de "kitsch" et "ridicule") et l'excellent "Ouvre les Yeux" d'Amenábar ("rebondissements grotesques"), pour encenser quelques pages plus loin le pitoyable "Scream 3" de Wes Craven (1). D'autant que Polanski, qui a déclaré un jour "plus vous voulez être fantastique, plus il vous faut être réaliste", ne déroge pas à cette règle, déjà en vigueur dans ses chefs-d'oeuvre "Rosemary's Baby" (1968) et "Le Locataire" (1976). En effet, loin de se ruer dans des effets faciles et tonitruants, Polanski tient en permanence les éléments fantastiques non pas à distance, mais à la lisière du réel, entretenant toujours cette indécidabilité qui maintenait le spectateur dans l'incapacité de trancher entre l'hypothèse d'une paranoïa de ses héros et celle d'une irruption effective de forces surnaturelles. Ici, il ne procède pas autrement, et si son héros, improvisé détective de l'occulte et menant une enquête des plus rationnelles dans son déroulement, met au jour des indices de plus en plus troublants, l'indécidabilité persiste et rien d'effectif ne permet jamais de conclure, concernant la fameuse "Neuvième Porte" censée déboucher sur l'Enfer, à autre chose qu'à une chimère entretenue par une confrérie de dangereux fanatiques exaltés. Y compris d'ailleurs le dernier plan, dont la fugacité tient presque du fantasme et ne fait finalement que prolonger notre perplexité au-delà du générique de fin - comme pour nous dire que le silence qui suit, c'est encore du Polanski! Certes, le cinéaste se permet quelques facéties, comme ce sabbat de satanistes encapuchonnés, effectivement très kitsch pour le coup, mais c'est pour immédiatement tourner cette scène en ridicule avec l'irruption tragi-comique du personnage de Frank Langella: à la limite, cette séquence aurait pu s'inscrire sans hiatus dans une oeuvre telle que "Le Jour de la Bête" du frappadingue Alex de la Iglesia (2). Big up pour finir au grand Johnny Depp, qui nous donne ici une interprétation à la mesure de sa légende, en campant à la perfection un anti-héros cynique, veule et pour tout dire délicieusement puant, sorte de cousin dégénéré du Jack Gittes de "Chinatown". En ce qui me concerne, c'est la troisième fois que je vois "La neuvième Porte", et à chaque visionnage je suis un peu plus envoûté par l'art de Polanski... C'est grave, Docteur?
Notes:
(1): Voir "Mollards" d'Octobre 2006
(2): Voir "Mollards" d'Août 2007
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.cinemovies.fr/players/player.php?IDfilm=2547&IDBA=11586
BLAZE (1973)
de Stephen King / Richard Bachman
(Albin Michel - Avril 2008)
Attention: ce "Blaze" n'est nullement "le dernier King", mais tout simplement une oeuvre de jeunesse miraculeusement sauvée de l'oubli par une collaboratrice zélée qui eût la bonne idée d'en faire un double avant que le Maître n'en égare le manuscrit original. Comme dit dans la préface, King caressa à diverses reprises l'idée de publier ce roman, mais finit par y renoncer avant de l'oublier et de le perdre purement et simplement. Chronologiquement, l'écriture de "Blaze" (1973) précède immédiatement celle de "Carrie" (1974), premier opus publié de King que l'on peut considérer comme fondateur du mythe (en partie grâce au classique qu'en tira Brian DePalma en 1976), ce qui fait officiellement de cette oeuvre le "sixième roman de Richard Bachman" - d'où la double signature sous laquelle elle nous est aujourd'hui présentée. L'ayant déjà fait dans ma chronique de l'excellent "Histoire de Lisey", à laquelle je vous renvoie, je ne vais pas réitérer ici un examen des rapports ambigus qui lient le King à son alter ego pseudonymique, mais me contenter de souligner en quoi ce roman me semble emblématique de la période Bachman. Tout d'abord, à l'instar de "Chantier" et du désormais introuvable "Rage" (1), "Blaze" est l'oeuvre d'un auteur en herbe qui manifeste à l'époque un intérêt certain pour le roman noir à caractère social. On pourrait même le qualifier de "polar redneck" s'inscrivant quelque part entre le grand Jim Thompson (dont King reconnaît l'influence dans sa préface) et les films des frères Coen - en particulier "Arizona Junior" (1986) qui raconte une histoire assez similaire. Délaissant les grandes métropoles du polar "hard boiled" classique pour s'enfoncer dans la cambrousse de l'Amérique profonde qui lui est chère et qu'il sait décrire comme personne, King / Bachman nous conte les aventures tragi-comiques de Blaze, un colosse aux pieds d'argile et à la cervelle défaillante qui se lance en solo dans le kidnapping d'un bébé. Handicapé mental totalement dénué de malice, Blaze laisse derrière lui suffisamment d'indices pour se retrouver rapidement avec la totalité des flics de la Nouvelle-Angleterre aux basques, situation compliquée par le fait qu'au contact du nourrisson, une émouvante fibre maternelle s'est éveillée en lui. On est donc confronté à une histoire assez banale, dont on sait dès l'abord qu'elle se terminera en catastrophe... Mais fort heureusement, il y a le "personnage" de George, ancien partenaire en délinquance de Blaze et "cerveau" du tandem, qui a eu la mauvaise idée de se faire tuer lors d'une partie de poker, laissant notre héros seul dans la réalisation d'un plan foireux de kidnapping. Or, et c'est là l'idée extraordinaire de ce roman, au moment où George meurt, Blaze l'intériorise en tant que seconde personnalité schizophrénique, au travers de laquelle une certaine intelligence se réveille à l'arrière de son crâne. Cette présence fantomatique de George, sorte de grand frère bienveillant avec lequel Blaze se livre à des conversations à la fois émouvantes et hilarantes, acquiert peu à peu une dimension fantastique sous la plume déjà habile de King et, au-delà de l'intrigue assez convenue, c'est dans cette illustration assez personnelle du thème du double que réside l'intérêt principal du roman, et particulièrement lorsqu'on la rapporte à la double signature sur la couverture qui engendre a posteriori une mise en abyme des plus inquiétantes... Sans être une oeuvre majeure, "Blaze" a toutefois le mérite de nous montrer en action un jeune auteur à l'imagination déjà débordante et au potentiel incontestable. La suite fait partie de l'Histoire...
Note:
(1): En effet, suite au drame du lycée de Columbine, King décida de retirer "Rage" de la vente et d'en interdire toute nouvelle édition de peur que le roman, qui raconte une histoire étrangement similaire à ce tragique fait divers, n'incite d'autres adolescents à se lancer dans le massacre organisé.
Sortie en salles
IRON MAN
de Jon Favreau (2008)
"Iron Man" est une sorte de première, en ce que Marvel s'est ici partiellement affranchie des contraintes d'un partenariat avec Paramount en créant ses propres studios, et donc en s'assurant un meilleur contrôle sur les adaptations live de ses comics les plus emblématiques. Bien sûr, il est encore trop tôt pour affirmer qu'un virage a été pris et pour en évaluer les effets, mais il n'en demeure pas moins que, sans casser des briques, "Iron Man" est un film très sympathique et qui nous en donne pour notre argent d'un strict point de vue "entertainment". Certes, il s'agit d'un acte d'exposition et, en tant que tel, le script est assez peu original, balayant les figures imposées (1) avec une application digne de la fonction publique: se succèdent ainsi les origines, l'apprentissage du métier de super-héros, la prise de conscience des responsabilités impliquées par ledit statut, le doute, le passage à vide, et enfin le sempiternel et apocalyptique combat final. Pour tout dire, et toute proportion gardée, "Iron Man" s'apparente quelque peu au "Batman Begins" de Christopher Nolan en ce qu'il nous raconte surtout, quoique sur un ton beaucoup plus fun, le parcours initiatique d'un personnage qui se construit progressivement. Ainsi, le film a tendance à s'appesantir sur l'environnement high-tech du héros, et à négliger des scènes d'action réduites à la portion congrue où Iron Man, faute d'un adversaire consistant, malmène à grand renfort de pyrotechnique virtuelle quelques moujaïdins dépenaillés - quoique le nom de la secte malfaisante, "Les dix Anneaux", laisse présager d'une empoignade avec le Mandarin dans "Iron Man 2", dont la sortie est prévue pour 2010. En dépit de ce script convenu et peu passionnant, le film est fort heureusement transfiguré par la prestation remarquable que Robert Downey Jr nous donne de Tony Stark, conférant à la pellicule le rythme que la réalisation assez impersonnelle de Jon Favreau peine à lui imprimer, et portant littéralement l'oeuvre sur ses épaules avec un dynamisme proprement hallucinant. Autre atout majeur du film: les SFX sont d'une perfection absolue, et parviennent à donner un impact peu commun aux scènes d'action. Deux avantages qui suffisent à nous faire oublier les nombreux défauts d'"Iron Man" et à en faire une réussite. Un mot pour terminer: il est impératif que vous restiez dans la salle après le générique de fin: vous bénéficierez ainsi d'une agréable surprise, et serez par le fait informés des projets d'adaptations de Marvel Films, extrêmement excitants, il faut bien le dire... Note: (1): Le seul "opus 1" à s'être affranchi de cette structure contraignante, et ce avec une habileté assez remarquable, est le "X-Men" de Bryan Singer. Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18809690&cfilm=53751.html "Amityville": un film à enterrer profond! Le croco, il veut un bisoouuuu! Tanya Roberts: une touriste qu'on a plaisir à piéger! "La neuvième Porte": ce sabbat m'atterre! Les débuts d'Iron Man, dans la fameuse armure "poële à charbon"!
04 mai 2008
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Avr 08)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")
Sortie en salles
SAW 4
de Darren Lynn Bouseman (2007)
Les "Saw" se suivent et se ressemblent, et l'on se languit de voir si cette entreprise de charcuterie en gros va se pérenniser jusqu'à atteindre ce "Saw 6" dont on est au moins sûr que le titre nous fera marrer! Voilà où j'en suis personnellement: j'ai applaudi à sa juste valeur le tonique "Saw" originel de James Wan (voir "Séance interdite" de Décembre 2006), je me suis montré assez bon public pour le "Saw 2" (voir chronique éponyme), j'ai zappé le 3, et je me demande après avoir vu ce quatrième opus si Bouseman ne va pas finir par mériter son patronyme... Ne sachant pas trop où aller, il prend l'option (facile) de nous faire rendre notre quatre heures avec une séquence introductive des plus dégueulbif, laquelle détaille en temps quasi réel et avec complaisance l'autopsie de ce bon vieux Jigsaw qui, pour le coup, mérite également son nom de scène si l'on en juge par la manière dont il est éparpillé aux quatre coins de la morgue! Oui mais, si Jigsaw il est mort, alors y'a pus de film, se lamente le spectateur censément dépité, du moins c'est ce qu'espèrent secrètement les scénaristes bourrins qui nous prennent vraiment pour des buses! Et la vengeance posthume, tu connais? Ouais, au moins depuis "La Proie du Mort" (1941) de W.S. Van Dyke, répond le cinéphile impitoyable à qui on ne la fait pas! Blague dans le coin, une fois l'argument exposé et la machine lancée dans le sempiternel jeu de pistes émaillé de devinettes trouvées en dépiautant des papillotes, "Saw 4" sacrifie à tous les lieux communs à la mode dans les séries B horrifiques du moment, servile suiveur de prédécesseurs bien plus créatifs dont on galvaude ici les idées avec opportunisme. Ainsi, l'on exploite à outrance l'esthétisme crade mis au goût du jour par le "Saw" de James Wan et le "Hostel" d'Eli Roth - deux authentiques réussites, quant à eux - et, lorsqu'il est question de justifier le cachet de Tobin Bell, interprète de Jigsaw, on sacrifie à la vogue de la préquelle, toujours bien commode dès qu'il s'agit de relancer une franchise qui s'essouffle. C'est dont parti pour une série de flash-back qui, en parallèle avec la ligne narrative principale, nous révèle les origines du monstre, pourquoi il est si méchant et tout ça... Bref, un film qui plaira à Nicolas Hulot, tant il pratique un recyclage intensif!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=87227.html
Vu à la télé
KROCODYLUS a.k.a. TERREUR BLEUE
(Blood Surf)
de James D.H. Hickox (2000)
Heureusement qu'il existe des boîtes de production comme "Trymark Pictures", sans quoi on se demande ce que San Helving et les collègues de "Nanarland" pourraient bien mettre dans leurs chroniques! Pur produit de packaging propice à l'alimentation des foires aux DVD (j'adore!), "Krocodylus" est le typique nanar d'exploitation moderne, pompant sans vergogne la franchise des "Dents de la Mer" dont il nous reproduit divers morceaux de bravoure, tels le-macchab-planqué-dans-l'épave, les-héros-qui-courent-sur-une-jetée-dont-le-monstre-détruit-un-à-un-tous-les-pilotis, ou encore l'horrible-mort-de-Robert-Shaw! Sinon, c'est la routine habituelle: sempiternelle bande de jeunes crétins insupportables débitant des dialogues consternants - ici, leur kif consiste à surfer au milieu des requins après s'être entaillé un pied, vous dire s'ils sont cons! - bimbos peu avares de leurs charmes, vieux baroudeur buriné auquel on ne la fait pas, etc... Histoire de rallonger une sauce déjà bien délayée, on a même droit à une bande de guérilleros dépenaillés aux motivations obscures, dont la seule préoccupation semble être de se pécho les meufs de la bande pour faire la fête à Popaul! Les attaques du croco se contentent de montrer chichement (ce qui est une sage décision) la tête du monstre, fruit d'une animatronique des plus rudimentaires. Enfin, y'a tout de même de bons moments nanardesques, comme celui où une protagoniste, venant d'échapper à la sale bête, nargue celle-ci en lui montrant ses nibards - au demeurant birkiniens! Pas grand chose à se mettre sous la dent, tant il est vrai que les oeufs sur le plat sont peu prisés de la gastronomie saurienne!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://movies.nytimes.com/movie/241397/Blood-Surf/trailers
Vu à la télé
TYCUS, LA DERNIÈRE MÉTÉORITE
(Tycus a.k.a. Forbidden Target)
de John Putch (1998)
On reste dans le même registre que ci-dessus avec cette oeuvrette de SF catastrophiste, dans laquelle on aura au moins la consolation de croiser un Dennis Hopper cachetoneur... Sans péter des briques, et nonobstant un budget étique et une réalisation des plus plates, la première moitié de l'histoire sait susciter un certain intérêt, le script parvenant assez bien à brouiller les pistes pour mieux exciter notre curiosité. Ainsi, nous sommes à mi-film lorsque les pièces du puzzle s'emboîtent et que le sujet nous est enfin révélé. Du coup, évidemment, tout l'intérêt retombe, et la seconde moitié verse dans un mélo pour ménagères fort malvenu, avant de se conclure dans un Armaggedon du pauvre, illustré par des SFX d'une assez poétique naïveté. En effet, ceux-ci ne manqueront pas de raviver la nostalgie des nanardeux pratiquants, tant ils évoquent les destructions massives jadis perpétrées dans "Godzilla" et autres "keiju-eiga", ou encore la cultissime série de Gerry Anderson "Les Sentinelles de l'Air". Anecdotique, certes, mais pas sans charme...
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http://www.telephant.com/Tycus_la_derniere_meteorite-vb-16772210-2236-1.html
Vu à la télé
TIMECOP
de Peter Hyams (1994)
Flic du temps, c'est un dur métier... Non seulement faut aller chercher dans le passé les zouaves qui mettent à profit leur connaissance du futur pour des raisons de lucre, mais en plus, quand tu reviens dans le présent, c'est tout juste si tes potes ingrats se souviennent de toi, vu que personne n'a conscience du fait qu'un crétin a encore modifié la ligne temporelle... sauf J.C. Van Damme, forcément, puisque lui il est "aware"! Tout ce boxon chronologique truffé de clichetons n'est bien sûr prétexte qu'à l'habituelle distribution de coups de lattes - et finalement c'est tant mieux puisque ça fait plaisir aux amateurs de pif-paf, mais surtout pendant ce temps-là JC ferme sa gueule et nous épargne le traditionnel chapelet de conneries mystico-portnawak et autres rots intempestifs! De plus, son personnage est on ne peut plus monolithique, ce qui lui évite d'essayer de jouer: tout bénef pour le spectateur! Heureusement, il y a ce vieux briscard de Peter Hyams aux manettes qui, illustrant un script pas trop mal foutu, parvient à surmonter une carence budgétaire évidente pour nous pondre une série B nerveuse, efficace et formellement irréprochable. Et puis JC parvient à nous placer son grand écart, désormais aussi légendaire que les caméos du père Hitchcock!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.youtube.com/watch?v=fgZHhUaW71c
Vu à la télé
DES SERPENTS DANS L'AVION
(Snakes On The Plane)
de David R. Ellis (2005)
J'avoue que j'ai du mal à comprendre l'indulgence qu'a montré la critique spécialisée face à ce pur produit de consommation sans aucune originalité. S'il est vrai que cette série B de luxe bénéficie d'une réalisation honnête et d'une narration efficacement rythmée, le script n'en est pas moins bourré d'invraisemblances (ce qui n'est pas très grave en soi) et de lieux communs (ce qui est plus gênant). Cette fainéantise scénaristique a beau tenter de se dissimuler derrière un mélange de genres (film catastrophe, horreur animalière jouant sur les phobies, huis clos claustro, le tout saupoudré d'humour campy mal dégrossi) qui relève plus de l'art d'accommoder les restes que d'une véritable inspiration, la mayonnaise ne prend pas, tant les événements sont prévisibles de par leur caractère éculé: rien de nouveau depuis "L'Aventure du Poséidon" version seventies, et l'on sait dès l'embarquement qui va clamser et qui va survivre, tant les protagonistes sont taillés à coups de serpe. Plus grave, les traits d'humour dont s'embarrasse le scénar s'adressent essentiellement à un public de beaufs amateurs d'esprit de caserne et de concours de pets: on a droit successivement à la bimbo topless qui trimballe un reptile pendu à son mamelon, au serpent jaillissant de la cuvette des chiottes pour agripper la teub d'un mec en train de pisser, ou encore à celui-ci qui se glisse entre les cuisses d'une grosse mama occupée à faire un rêve érotique, pour ressortir en se faufilant entre ses nibards - classe! Comble de tout, vous ne pourrez même pas me reprocher ces quelques spoilers, puisque vous aurez vu arriver les "gags" quinze plans à l'avance!
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"Saw 4": Jigsaw se marre à gorge déployée!
Scène d'anthologie: l'art et la manière de narguer un "Krocodylus"!
Dennis Hopper (rien pour attendre!) dans "Tycus"!
"Timecop": le poing et le couteau, plus une bonne tranche de Van Damme!
"Des Serpents dans l'Avion"... et une couille dans le potage!
05 janvier 2008
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Déc 07)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")
Tout d'abord, une horrible et terrifiante année à tous les fantasticophiles qui fréquentent ce blog moralement discutable. Je vous souhaite en abondance tout ce que vous aimez, quelle que soit votre catégorie de prédilection, le succès croissant de vos blogs pour ceux qui en ont, de belles étagères pour aligner les tonnes de comics et de DVD que vous engrangerez, et par-dessus tout une santé florissante malgré votre teint un peu pâle... Et afin d'enterrer dignement le millésime antérieur, voici les ultimes "Mollards" de 2007, expectorés avec amour et funérailles!
Vu à la télé
LE CONCILE DE PIERRE
de Guillaume Nicloux (2006)
On attendait mieux de Guillaume Nicloux que ce foirage intégral. Comment le réalisateur du très sympathique "Le Poulpe" (1998) et de l'excellent "Une Affaire privée" (2001) a-t-il pu aboutir à un film aussi chiant à partir du thriller haletant de Jean-Christophe Grangé (voir chronique "Ça sent le Book")? Tout d'abord en bâclant son script. En effet, on a du mal à trouver une écriture dans ce scénar qui semble rédigé en style télégraphique: chaque scène nous expose ainsi on ne peut plus succinctement, au travers de dialogues strictement utilitaires débités sans conviction par des comédiens apathiques, ce que nous devons savoir pour passer à la scène suivante, pareillement fagotée. La réalisation, quant à elle, se résume à une redondance de tics devant très rapidement insupportables: la plupart du temps, Nicloux se contente de se rapprocher graduellement de ce qu'il filme par des zooms ou des travellings avant d'une lenteur éprouvante, avant de passer au plan suivant traité de façon similaire. Quand d'aventure la caméra délaisse un temps ce procédé, c'est pour se mettre à tourner autour des acteurs, ou encore pour venir se placer face à eux selon un mouvement ascendant, descendant, latéral ou circulaire, tout ça toujours de manière lentissime. Résultat: on bâille très rapidement, on se désintéresse du sort de la Bellucci qui traverse cette trop simpliste histoire de shamanisme comme une somnambule (eh oui, la starification ne fait pas l'actrice!) et on languit de voir arriver la fin de ce film qui se traîne plus qu'il ne progresse. Lorsqu'on parvient enfin à la conclusion, on a l'impression d'avoir survolé de très haut l'oeuvre de Grangé, mais en aucun cas d'avoir assisté à une adaptation de celle-ci. Bref Nicloux tourne en rond, nous emmerde, rend les choses confuses à force de les schématiser, et finit par ne rien dire. Triste...
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Comics
TOP TEN: "Au-delà de l'ultime Frontière"
par Paul Di Filippo & Jerry Ordway
(Panini - coll "100% ABC - Novembre 2007)
S'il y en a deux qui étaient attendus au tournant, il s'agissait bien de Paul Di Filippo et de Jerry Ordway... Pensez donc: reprendre le flambeau derrière des pointures telles qu'Alan Moore et Gene Ha pour l'une des franchises les plus mythiques du comics moderne, vous admettrez qu'il y avait de quoi s'angoisser... D'autant que c'est la première fois que Moore repasse l'un de ses bébés à un tiers... Connaissant la réticence quasi paranoïaque du Maître à déléguer ses prérogatives scénaristiques - particulièrement après les massacres adaptatifs perpétrés par le pitoyable "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" (Stephen Norrington - 2003) et par le puantissime "V pour Vendetta" (James McTeigue - 2006) produit par ces sociaux-traîtres de Wachowski - on évaluera aisément le poids de la responsabilité pesant sur les épaules du pauvre Di Filippo. Ajoutez à cela - je suis bien placé pour en parler! - que les fans de Moore sont souvent du genre intégriste, et vous aurez une idée de la gageure que représentait cette mini-série (cinq numéros) parue aux States fin 2005. Eh bien je me félicite de vous annoncer solennellement que le passage de relais est on ne peut mieux réussi, et que les fans les plus sourcilleux du commissariat le plus foutraque de toute l'histoire de la BD peuvent s'offrir cet album sans aucune crainte. Ce succès est d'autant plus remarquable qu'il s'agit des tout premiers pas de Filippo dans le comics: en effet, l'homme exerçait jusque là la noble fonction d'écrivain de SF et l'on peut supposer (car ses romans ne nous sont malheureusement pas encore parvenus) que, s'ils manifestent une propension au délire comparable à celle qui anime son "Top Ten", alors on pourra s'attendre à quelque chose dans la veine d'un Robert Sheckley ou d'un Fredric Brown - à savoir: tout sauf triste! Ceci pour vous dire qu'entre les robots toxicomanes qui se fragmentent le disque dur au moyen (je cite) de l'"énergie noire" extraite du "super-espace" dans laquelle baignent toutes les lignes temporelles du "multivers", et Bayou Billy, le poisson-chat géant qui sème la panique sur les docks de Neopolis et que l'on capture au moyen d'un appât vivant professionnel du nom de Zelazny (!), sans oublier bien sûr les activistes du mouvement "derridadaïste" (re-!), Di Filippo ne démérite à aucun moment et relève avec brio le gant de la déconnade mooresque. Quant au vétéran Jerry Ordway, il s'est beaucoup amusé à pratiquer la référence tous azimuts en couvrant littéralement ses planches de super-héros DC et Marvel, ainsi que de personnages de BD venant de tous horizons, école franco-belge comprise, à tel point que les geeks les plus indécrottables pourront sans problème utiliser ce comics pour se quizzer entre eux! Précisons que ce petit jeu de la citation systématique débouche le plus souvent sur un humour aussi savoureux que décalé, voire d'une extrême subtilité, comme dans cette vignette qui nous montre Black Canary et Zatanna (pour les profanes: deux héroïnes DC arborant d'aguichants bas-résille) pratiquant la pêche au FILET!!! Pas de doute, Moore savait ce qu'il faisait lorsqu'il a offert "Top Ten" à ce tandem.
Vu à la télé
CHUCKY, LA POUPÉE DE SANG
(Child's Play 2)
de John Lafia (1990)
Deuxième épisode de la franchise du scénariste Don Mancini - qui en compte cinq à ce jour - "Chucky, la Poupée de Sang" ne déroge pas à la règle et s'avère une petite série B fun et sympa comme ont su nous en offrir en leur temps des gens tels que Charles Band, Brian Yuzna ou autres héritiers de Roger Corman. Autrefois, on aurait qualifié de "drive-in-movie" ce genre de produit propice au pelotage de petite amie, et aujourd'hui... eh bien nous dirons simplement qu'il s'agit du film idéal pour une soirée pizza entre poteaux. Le fendage de gueule est d'autant plus assuré que la franchise ne se prend pas cinq minutes au sérieux: il faut avoir vu Andy, le pauvre gosse persécuté par Chucky depuis l'opus 1 "Jeu d'Enfant" (1988), partir en guerre armé d'un couteau électrique comme dans une version miniature de "Massacre à la Tronçonneuse"! Jouant sur les thèmes du double maléfique et de l'enfance pervertie, le sous-genre du "puppet-movie" a donné quelques beaux classiques au cinéma fantastique, tels que le chef d'oeuvre de Tod Browning "Les Poupées du Diable" (1936), le sketch magistral "The Ventriloquist's Dummy" d'Alberto Cavalcanti dans "Au Coeur de la Nuit" (1945) et son excellent remake inavoué "Magic" de Richard Attenborough (1978), sans oublier "Les Poupées" de Stuart Gordon (1987) ou la sympathique franchise des "Puppet Master" produite par Charles Band (neuf épisodes au compteur depuis 1989); enfin, on délivrera une mention spéciale au génialissime "Les Frissons de l'Angoisse" de Dario Argento (1975) qui comporte l'une des plus traumatisantes scènes de poupée diabolique de toute l'histoire du Septième Art! Don Mancini, quant à lui, prend ses distances avec cette tradition purement horrifique: en effet, les Chucky s'avèrent moins des "puppet-movies" proprement dits que des slashers déguisés, puisqu'il y est question d'un serial-killer se réincarnant dans un poupon par le biais d'une cérémonie vaudoue. De plus, le fait que Chucky, embouché comme un charretier et ne loupant pas une occasion de dresser le majeur, ponctue chacune de ses exactions d'une vanne à deux balles en fait un digne rejeton de Freddy Krueger. C'est que Don Mancini, rusé, a pioché à droite et à gauche dans tous les cartons horrifiques populaires de l'époque pour parvenir à un concept-patchwork d'une certaine fraîcheur, à défaut d'originalité: d'où le succès de la franchise qui, sans exploser le box-office, a toujours su trouver son public sans faillir. Ceci dit, "Chucky, la Poupée de Sang" s'avère quelque peu chiant dans ses deux premiers tiers, déroulant son lot de meurtres de façon mécanique et peu spectaculaire, pour trouver enfin son rythme dans sa troisième partie avec un final très enlevé où les protagonistes s'affrontent sur une chaîne de montage de poupées. L'éternel retour d'un Chucky increvable, à chaque fois plus amoché, parvient à nous tenir en haleine tout en nous faisant marrer et nous laisse finalement sur une impression favorable. Pas indispensable, donc, mais possible.
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Presse
COMIC BOX EXTRA #2: "Noir"
(Hiver 2007)
"Noir c'est noir", chantait jadis notre Smet national, tant et si bien que j'en jaunis à l'idée! Décliner toutes les nuances d'une couleur qui stricto sensu n'en est pas une, des ténèbres où se tapissent une cohorte de créatures peu recommandables à l'obscurité de l'âme humaine, tel est le programme de ce second HS de "Comic Box". Ça fait belle lurette que le fantastique et le polar se disputent le monopole de la noirceur, le premier par son exploitation plus ou moins métaphorique de la chose ténébreuse qui est son fonds de commerce, et le second par le pessimisme social et humain qu'il déploie depuis l'avènement du polar hard-boiled avec Dashiell Hammett. C'est de ses rapports compliqués et inextricablement interpénétrés dont traite le premier dossier, "Crime Fiction Confidential", qui retrace brillamment la trajectoire sinueuse qui va du Shadow - lui-même trouvant ses sources dans le feuilletonisme français en tant qu'avatar US du Judex popularisé par les chefs-d'oeuvre respectifs de Louis Feuillade (1916) et Georges Franju (1963) - jusqu'à ce super-détective gothique qu'est Batman, en passant par moult variations telles que The Question, le Spirit, le Phantom Stranger, et j'en passe... Du feuilleton radiophonique au pulp puis au comics, le dossier livre un état des lieux passionnant et érudit sur la culture pop du XXème siècle, et parvient à mettre en lumière (si j'ose dire!) tout un jeu d'influences, allant parfois jusqu'au plagiat pur et simple, par lequel on arrive à un comics moderne finalement pas si moderne que ça... Une interview d'Ed Brubaker, l'un des scénaristes les plus urbains et hard-boiled du moment (voir notamment sa série "Gotham Central", publiée chez SEMIC et Panini), ainsi qu'une bio de l'increvable Commissaire Gordon, viennent efficacement compléter ce premier dossier. Avec la section suivante, intitulée "L'Oeuvre au Noir", on entre dans l'univers graphique d'artistes pratiquant un noir et blanc très contrasté et sans concession, école qui va du vénéré maître Milton Caniff (quel malheureux parmi vous n'a pas encore lu "Terry et les Pirates"?) au "Sin City" de l'hyper-couillu Frank Miller. Suit une interview de Brian Azzarello - encore un qui est tombé dans la Série noire quand il était petit! - puis Neil Gaiman et Roger Avary viennent nous parler du blockbuster "Beowulf" avant de céder la place à John Constantine, notre cancéreux préféré, qui fête vingt ans d'enquêtes paranormales dans son comics "Hellblazer" - rappelons qu'il naquit sous la plume d'Alan Moore (génuflexion, adoration, adulation, prosternation, dévotion) en 1985 dans "Saga Of The Swamp Thing" #37 (1). Avec l'ultime dossier "Danse macabre", on entre de plain pied dans l'horreur pure et dure avec un hommage amplement mérité au Grand Ancien William H. Gaines, qui dans les fifties se battit jusqu'au bout pour imposer ses "EC Comics" pleins de goules et de zombies purulents, seul et magnifique au milieu d'éditeurs pusillanimes qui lui tournaient le dos et abandonnaient leur liberté créatrice, trémolinant du genou devant la censure et l'anathème des culs bénis. À ce même rayon, on trouvera les comics horrifiques de DC qui, comme tous les autres châtrés hypocrites, se rua dans le créneau après que Gaines eût essuyé les plâtres - tous ces "House Of Secrets" et "House Of Mystery" qui bercèrent mon adolescence tourmentée dans la collection "Comics Pocket". Au chapitre des nouveautés, on se régalera d'un papier sur IDW, l'éditeur indep qui monte, prolongé d'une interview du vraiment très talentueux Ben Templesmith, dessinateur du déjà culte "Trente Jours de Nuit" que vous trouverez chez Delcourt et dont l'adaptation ciné sort incessamment sur nos écrans. Enfin, les gothiques pratiquants tout de noir vêtus arracheront leurs piercings avec une joie malsaine en découvrant les articles sur les séries "Hack / Slash" et "Mort@17", qui leur permettront de frimer dans les soirées Halloween. Comme d'hab, on conclue avec les traditionnelles BD, en l'occurrence trois inédits de Môssieur Batman himself, prince de la nuit et de ses environs, dessinés respectivement par Darwyn Cooke (rhââââ!), Chris Bachalo (aaargh!) - et Tim Sale (j'en peux pus!).
Note:
(1): Voir chronique "Swamp Thing: l'Intégrale, vol 3" dans les "Mollards" de Mars 2007.
Vu à la télé
L'ÎLE DES ÂMES PERDUES
a.k.a. L'ÎLE AU SORCIER
(De Forbtabte sjæles ø )
de Nicolaj Arcel (2006)
C'est l'heure de la niaiserie pour nains du dimanche après-midi - comme quoi sur Canal, y'en a pour tout l'égoût! Non, je plaisante... En fait, il convient de ne pas être trop sévère avec cette bluette gothique très correctement réalisée qui nous vient du Danemark et qui marche sans complexes sur les traces de Harry Potter. C'est l'histoire de la ch'tite Lulu qui fait mumuse avec une tablette Oui-Ja et ce faisant arrache à son repos éternel l'âme d'Herman, membre de son vivant d'un ancienne loge vouée au combat contre les "forces des ténèbres" (ne m'en demandez pas plus!), laquelle âme vient se réincarner dans le corps de son petit frère Christopher. Afin de renvoyer Herman d'où il vient, la voilà partie pour "L'Île des Âmes perdues", où est censée se trouver la solution, en compagnie de son jeune voisin trouillard Oliver et de Richard, le spécialiste local des affaires surnaturelles. Or, l'île est le repaire d'un maléfique nécromancien réincarné, jadis vaincu par la loge d'Herman, qui maintien des âmes captives dans de petites fioles afin de leur faire avouer leurs secrets, genre: "allez mémé, crache le morceau, où t'as planqué le magot?" Poursuivis par un épouvantail opiniâtre qui cavale comme Flash et autres menaçantes créatures de fumée, la petite bande aura fort à faire pour empêcher le vilain sorcier de s'emparer du "Manuscrit de la Loge", lequel lui permettrait, comme de bien entendu, de soumettre le monde entier à son pouvoir et aux fameuses "forces des ténèbres", hin hin hin! Certes, il vous faudra une sérieuse propension à la régression infantile pour suivre sans ricaner avec condescendance les aventures trépidantes de ce Club des Cinq modernisé à la sauce Halloween, mais bon, j'y arrive bien, moi... Comment ça, gaga? Non mais, soyez poli, je vous prie!
Vu à la télé
LE ROYAUME DES CHATS
(Neko No Ongaeshi)
de Hiroyuki Moreta (2006)
Bon, puisque vous le prenez comme ça, on continue dans le gaga-arrheu avec ce dessin animé, ou plutôt inanimé si j'en juge par le statisme désespérant de sa motricité qui fleure bon les japoniaiseries d'antan que le "Club Dorothée" nous délivrait au kilomètre. Ça raconte l'histoire d'une jeune fille félinophile qui se voit un jour remerciée, pour avoir sauvé le fils du roi des matous au péril de sa vie et d'avoir partagé ses biscuits au poisson (beurk!) avec un chaton affamé, par une invitation à visiter le fameux "Royaume des Chats", dans lequel elle vivra toutes sortes d'aventures féeriques et non dépourvues d'une certaine poésie, à défaut d'être originales. Ceci dit, ça ne défrayera pas la chronique au-delà des maternelles... Comme moi aussi j'aime bien les chats, j'ai donc consenti à regarder cette oeuvrette gentillette, pirouette, cacahuète, avec Simon vautré en travers de mes genoux et Agathe qui me collait son museau froid dans l'oreille! Toutefois, j'ai connu une époque où Canal était plus incisif dans le choix de ses manganimes...
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Vu à la télé
SCARY MOVIE 2
de Keenen Ivory Wayans (2001)
La Wayans family (Shawn et Marlon, producteurs, scénaristes, acteurs + Craig, scénariste + Keenen Ivory, réal) a trouvé le filon: irrémédiablement marqués par le style ZAZ (1) dont ils constituent une sorte de deuxième génération, ils passent régulièrement à la moulinette les succès commerciaux du cinéma fantastico-horrifique au moyen de leur franchise "Scary Movie", initialement entamée en 2000 pour démarquer irrespectueusement le "Scream" de Wes Craven. De leurs célèbres aînés, ils ont hérité le (non) sens de l'absurde, décliné principalement par le biais de punchlines débiles et décalées. Quant à leur seconde référence, elle réside dans le fameux humour "campy", dont ils sont une façon de revivalistes. Portant haut l'étendard du crétinisme revendiqué, les frangins se livrent donc à un festival de gags dont le niveau est scrupuleusement maintenu en dessous de la ceinture, et ne consentent à interrompre leur traitement graveleux de la question sexuelle que pour régresser dans la plus éclaboussante scatologie. Seulement voilà: une heure quarante de plaisanteries de corps de garde ponctuées de pets tonitruants finissent quelque peu par lasser, aussi bon public soit-on, et ce n'est pas le caméo de James Woods, qui compromet gravement sa réputation dans une prestation pétomano-diarrhéique (2) suivie d'une bataille de vomi, qui va rattraper une sauce par ailleurs abondamment répandue! Pour fans de Michael Youn (qui n'a jamais rien inventé!) et du "Morning Live" only... Les autres bâilleront, mais qu'ils mettent bien la main devant la bouche, de peur d'intercepter une émission de foutre ou une crotte de nez!
Notes:
(1): C'est d'ailleurs David Zucker qui reprendra la série pour ses opus 3 et 4.
(2): En effet, selon un célèbre aphorisme patchworkmanien: "Qui a la chiasse perd sa classe!"
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Comics
SUPERMAN & BATMAN HORS-SÉRIE #3:
"Le jeune Prodige" (3)
par Frank Miller & Jim Lee
(Panini - Décembre 2007)
C'est un sacré bordel chez Panini section DC, et plus particulièrement en ce qui concerne Bats et Supes. Après la fusion de leurs revues respectives en un "Superman & Batman" qui, de plus, vient de passer bimestriel (ce qui signifie QUATRE FOIS MOINS de matos publié en France, et risque à terme de poser de nouveaux problèmes de décalage), ainsi que la disparition pure et simple des séries US "Legends Of The Dark Knight" et "Superman & Batman" du sol français, voilà que "Batman HS" et "Superman HS" fusionnent à leur tour en un "Superman & Batman HS" reprenant en alternance les bandes jadis publiées dans "All-Star Superman" et "All-Star Batman" (1). Après deux numéros consacrés au Supes alternatif de Morrison et Quitely, on passe donc sans transition avec ce #3 - et plus d'un an plus tard (2) - aux épisodes 5 et 6 du "All-Star Batman" de Miller et Lee. De plus en plus radical, Miller enfonce le clou et continue à malmener la mythologie DC et ses icônes principales dans cet "elseworld" ultra-violent, qui ne va certes pas arranger sa réputation déjà bien compromise chez les bobos démocrates. Plus fou que jamais, rasé comme un dessous de bras et ricanant sardoniquement en fondant sur ses proies, Batman estropie littéralement la pègre gothamite qu'il passe à tabac avec un rare sadisme, brisant les membres avec raffinement et pulvérisant les dentitions... Si bien qu'il finit par attirer l'attention d'une JLA naissante qui s'émeut de son extrémisme, occasion pour Miller de nous introduire une Wonder Woman reliftée qui semble sortir en droite ligne de "300": guerrière impitoyable et sauvage, manifestant une haine tenace à l'endroit de l'espèce mâle tout en entretenant une liaison paradoxale avec Superman (on subodore qu'il doit être question d'"amour vache"!), elle est bien décidée à faire avaler à Batman son bulletin de naissance, tandis que Supes et Green Lantern ont toutes les peines du monde à tempérer ses ardeurs, et qu'un Plastic Man à la limite de la débilité mentale se contente de déconner dans son coin. Pendant ce temps, un Alfred musculeux pousse la fonte dans la Bat-Cave, une Black Canary aux appas incendiaires essuie son nunchaku sur des tronches patibulaires (ça, c'est de la rime riche!) et Barbara Gordon fait sa première sortie en tant que Batgirl... On le voit, les délires milleriens se compliquent singulièrement tout au long des spash-pages somptueuses peaufinées par Jim Lee durant de longs mois, et on se demande avec inquiétude combien de super-héros DC plus ou moins abîmés vont encore débarquer dans ce qui ressemble de plus en plus à un foutraque règlement de comptes avec l'industrie du comics... Réponse dans "Superman & Batman" #4, qui nous proposera les épisodes 7 et 8.
Notes:
(1): Voir rubrique "All-Star Batman #1", ainsi que les "Mollards" de Septembre 2006.
(2): Précisons que ce retard n'est nullement imputable à Panini, mais au rythme de travail de Jim Lee.
Presse
MAD MOVIES #200
(Septembre 2007)
Trente-cinq ans et deux cents numéros de fantasticophilie cinématographique passionnée, ce n'est pas rien, tout de même! Vingt-cinq ans de ma pauvre existence se sont écoulés comme de rien depuis que j'ai découvert en 1982 le premier exemplaire pro paru en kiosque, ce mythique n°22 avec les tronches décomposées du "Fantôme de Milburn" en couverture et son superbe dossier sur Lucio Fulci - putain, j'ai pris comme un coup de vieux, là, soudainement... Bon, je ne vais pas vous dire tout le bien que je pense de "Mad", puisque je l'ai déjà fait dans "Éloge de Mad Movies", l'une des toutes premières chroniques de ce blog, et me contenterai de vous recommander chaudement ce n°200, aussi effectivement historique que le proclame sa couve. Par le fait, les trente-cinq bougies auront été soufflées de façon mémorable: outre les chroniques habituelles et un compte-rendu exhaustif de l'actu, vous vous régalerez des mémoires de tous les vieux croûtons de ma génération, ceux-là même qui ont essuyé les plâtres de la fantasticophilie française pour défendre, depuis leur ghetto fanzineux, un genre que la grande majorité des spectateurs et de la critique de l'époque toisait avec mépris et condescendance, plus d'ailleurs par méconnaissance que par réelle animosité. Vous êtes donc priée, ô jeunesse dorée qui avez le pain et le couteau, de témoigner quelque respect aux têtes chenues de Jean-Pierre Putters, a.k.a. JPP - créateur non seulement de "Mad" mais également de ce haut lieu de la déviance zombiesque qu'est la boutique "Movies 2000" - qui vous explique ce que c'était qu'un stencil ou une ronéo, et ô combien il fallait alors galérer pour parvenir à agrafer une dizaine de pages dactylographiées à la typo baveuse, et de Christophe Lemaire qui retrace avec émotion l'histoire du fanzinat parisien et fait revivre les figures mythiques de ce premier carré de la fantasticophilie nationale. Au programme également: un nostalgique hommage à cette VHS que nul ne regrette mais dont chacun a abusé éhontément, bande d'ingrats, avec comme temps fort une interview du kitschissime affichiste Melki, l'homme qui vous transformait le pire nanar en chef d'oeuvre par la seule magie de ses jaquettes! Mais le gros morceau, c'est le catalogue commenté des cent meilleurs films des la décennie 1996-2006: que du bon et du lourd pour l'essentiel, et à peine 7% de cacas - en ce qui me concerne: "Anatomie" (1), "The Faculty", "Peur bleue", "Jason X", "Hypnose" (2), "Urban Legend", "Les Chroniques de Riddick" et, bien entendu, "Matrix", auxquels on aurait pu sans difficultés trouver des remplaçants de bien meilleure tenue - mais bon, on va pas chipoter, ça fait partie du jeu... Par ailleurs, on trouvera des portraits avantageux des treize réalisateurs retenus par l'équipe en tant que révélations de cette même décennie, lesquels sont abondamment représentés dans la rubrique des cent films. And the winners are: Shyamalan (génie), Aja (yeah!), Wright (fun!), Roth (à suivre), Del Toro (say no more!), Balaguero (chouchou patchworkmanien), Wan (sympatoche), Marshall (mouais, faut voir...), McKee (espoir majeur), Miike (rayon fêlés gravos), Cerda (pas encore testé, mais réputation en béton), Snyder (à confirmer...), et Rob Zombie (évidemment). Un beau palmarès donc, mais qui manque un peu de Brad Anderson à mon goût... Allez longue vie à "Mad", en espérant qu'il y aura une bonne âme parmi mes lecteurs pour m'apporter le n°300 à l'asile!
Notes:
(1): "Mollards" de Mars 2007.
(2): "Mollards" de Juin 2006.
BD
UNE AVENTURE DE SPIROU ET
FANTASIO #3:
"Le Tombeau des Champignac"
par Yann & Fabrice Tarrin
(Dupuis - Novembre 2007)
Les choses sont désormais clairement établies: alors que la série "officielle" (quarante-neuf albums au compteur, sans compter les quatre HS consacrées à la "préhistoire" des héros avec des bandes de Rob-Vel, de Jijé et d'un Franquin débutant) s'est définitivement dénaturée en une espèce de manga européen racoleur (voir chronique "Spirou et Fantasio à Tokyo" dans les "Mollards" d'Octobre 2006), les amateurs purs et durs de franco-belge sont priés de se délocaliser vers cette nouvelle série alternative - ouais, c'est pas le genre à Dupuis de laisser filer des parts de marché! - dont la principale originalité consiste à confier chaque nouvel album à des auteurs différents. Désormais c'est bel et bien là que ça se passe, y'a pas à tortiller, et non dans les courses-poursuites interminables et scénaristiquement vides de Morvan et Munuera. Si le premier album "Les Géants pétrifiés" s'avérait quelque peu déstabilisant du fait du dessin "trashy" de Yoann qui convenait assez mal à notre groom préféré, le niveau était rétabli avec "Les Miroirs du Temps", second volume confié au mélancolique Frank Le Gall, papa de l'excellentissime Théodore Poussin et icône absolue de la néo-ligne claire, qui rétablissait Spirou dans ses fondamentaux sans pour autant renier sa propre singularité d'auteur. Enfin, avec "Le Tombeau des Champignac", on est au top, principalement grâce au trait dynamique de Fabrice Tarrin qui est à ce jour ce qu'on a fait de plus proche de l'Âge d'Or de la série. Quant au prolifique Yann, son script nous ramène à un Champignac-en-Cambrousse qui semble définitivement figé dans les sixties, ressuscite l'ivrogne Dupilon, le facteur Zénobe et le gendarme Jérôme qui n'ont pas pris une ride, ressort la Turbo du garage et la Zorglonde des tiroirs - sans parler de Fantasio qui arbore à nouveau son vieux pyjama loufoque constellé de "zzzzzzz"! - avant de nous emmener jusque dans l'Himalaya où se poursuit cette aventure trépidante. Bref, la nostalgie fonctionne à plein dans ce magnifique hommage à Franquin dont les auteurs ont su approcher la magie de très près. Comme dans la célèbre chanson de Souchon, j'ai vraiment eu "dix ans" l'espace d'un album et ça, c'est irremplaçable!
Vu à la télé
SCOOP
de Woody Allen (2005)
Contrairement à cet argument surfait régulièrement mobilisé par ses détracteurs, Woody Allen ne ressasse pas, évoluant lentement mais sûrement en dépit d'une certaine persistance de ses éternelles obsessions. Si la chose peut passer inaperçue, c'est qu'elle se fait sans heurt, tout naturellement et dans une subtile continuité. Le changement le plus flagrant réside évidemment dans la récente délocalisation d'un réalisateur qu'on croyait pourtant indécrottablement new-yorkais, débouchant sur ce que l'on connaît désormais sous le concept de "trilogie londonienne" - dont "Scoop" constitue le second volet - et qui semble répondre à un besoin de distanciation par rapport à un microcosme qu'il disséquait avec autant d'affection que de mordante ironie depuis le magistral "Manhattan" (1979). Avec "Scoop", Woody mélange malicieusement les genres comme pour égarer l'analyste, et nous livre un complexe qu'on pourrait qualifier de comédie fantastico-policière. Depuis une barque lugubre dirigée par une Faucheuse bergmanienne qui l'emporte dans le royaume des morts, un journaliste célèbre de son vivant lègue un scoop à une collègue débutante en se matérialisant à ses côtés dans la cabine, censée l'escamoter, d'un illusionniste interprété par Allen. Notre journaliste en herbe va donc mener l'enquête en compagnie du magicien, afin de démasquer un serial-killer campé par Hugh "Wolverine" Jackman et se dissimulant sous l'apparence policée d'un séduisant gentleman milliardaire. On restera admiratif à considérer la rigueur avec laquelle le réalisateur met en scène ce script gentiment loufoque, évitant toute pesanteur pour restituer miraculeusement la fraîcheur de ces vieilles comédies hollywoodiennes jadis filmées par Hawks, Lubitsch et autre Capra (1). Bien sûr, Woody parle toujours de lui et déborde sa propre narration pour se mettre en scène dans une sorte "second film" parallèle et autobiographique: son personnage de magicien traverse dès lors l'histoire comme un histrion en perpétuel décalage par rapport à une enquête qu'il mène néanmoins avec le plus grand sérieux, mais qu'il ne peut s'empêcher de parasiter de son habituelle logorrhée philosophico-délirante, faisant preuve au passage d'un art consommé du dialogue et de l'aphorisme assassin. Pareillement, les relations entre personnages se doublent d'un rapport réalisateur / acteur, notamment en ce qui concerne sa nouvelle égérie dont il prend un malin plaisir à rudoyer l'image: habillée comme un sac et affligée d'inélégantes lunettes, Scarlett Johansson troque ici le sex-appeal contre une sorte de romantisme nunuche pour interpréter une sympathique gourdasse qui s'empressera de tomber amoureuse du meurtrier qu'elle traque. Son Pygmalion, quant à lui, abandonne son rôle de séducteur calamiteux et donne désormais dans un paternalisme bienveillant et protecteur, quoique tout aussi emprunté puisque Woody continue pour notre plus grand bonheur à pratiquer une délicieuse autodérision. Au bout du compte, il se pourrait bien que la légèreté apparente de cette comédie remarquablement nuancée, dans laquelle la critique critiquante n'a su voir qu'un "film mineur", consacre sans avoir l'air d'y toucher un tournant décisif de l'oeuvre allenienne. À suivre de près...
Note:
(1): Cette inspiration est particulièrement évidente dans les séquences récurrentes de déambulations dans l'escalier menant à la chambre-forte dissimulant les secrets de l'assassin, où Allen s'amuse beaucoup à claquer et reclaquer une porte... blindée!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18703023&cfilm=60736.html
Vu à la télé
HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES
SECRETS
(Harry Potter And The Chamber Of
Secrets)
de Chris Colombus (2002)
Bon, autant vous l'avouer tout de suite, je ne suis absolument pas un assidu de l'oeuvre de J.K. Rowling, dont je n'ai lu aucun des volumes de la célèbre saga - ben oui, désolé, les journées sont courtes et j'ai d'autres priorités de lecture... Mon manque d'érudition en la matière risque par conséquent de faire doucement marrer les obsédés de la série, auxquels je laisserai par le fait le soin d'évaluer la comparaison entre l'oeuvre littéraire et son adaptation au cinéma. D'ailleurs, pour vous dire à quel point je suis out, je viens à peine de découvrir le deuxième épisode de la saga, que je suis au hasard de ses diffusions à la télé. En outre, je n'ai jamais été très copain avec le réal Chris Colombus, grand pourvoyeur de scénarii niais ("Gremlins", "Goonies", "Le Mystère de la Pyramide") pour Spielberg à l'époque où ce dernier alignait ses productions les plus cul-cul-gnan-gnan, avant de passer à la réalisation pour nous assommer de comédies lamentables du genre Maman j'ai raté ceci ou cela - et particulièrement mes films! Ce fut donc, je le confesse, avec un certain a priori défavorable que je contournai soigneusement la sortie en salles des premiers Harry Potter, jusqu'à ce que la curiosité l'emporte et que je décide d'aller y jeter un oeil à l'occasion de la diffusion TV du premier opus. Et je fus conquis, et contraint de reconnaître les qualités indéniables de ce spectacle juvénile que je regardai jusqu'au bout sans m'ennuyer une seconde. Il en fut de même récemment, pour ce second épisode qui ne laisse à aucun moment tomber la vapeur. S'il est une évidence à laquelle il faut se rendre immédiatement, c'est que le génie de J.K. Rowling consiste à avoir su décrypter l'inconscient collectif de la jeune génération contemporaine, à tel point que son oeuvre est devenu un véritable phénomène de société. Dès lors, il fallait être une buse pour en rater l'adaptation ciné, et même un foireux comme Colombus ne pouvait pas se louper, à moins de le faire exprès. Ceci dit, et même si sa réalisation n'a rien de transcendant, visant avant tout l'efficacité (à cet égard, j'attends impatiemment de voir l'épisode réalisé par Alfredo Cuaron), l'homme a su en tant que producteur des deux premiers opus s'entourer de talents et faire de Harry Potter un spectacle total, en collaboration avec un staff artistique qui réalise un boulot remarquable à tous les niveaux - décors, costumes, SFX, photo... Quant à Columbus, boosté sans doute par tous ces compétences, il a su coordonner et rythmer efficacement l'ensemble pour susciter chez le spectateur un éblouissement qui ne faiblit jamais. Finalement, on n'en demande pas plus à un réalisateur de blockbusters.
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
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Bella ciao, et Bellu chie!
L'humour très particulier de Di Filippo et Ordway
On ne "badine" pas avec Chucky!
(cliquez sur l'image)
Comic Box exhume les héros oubliés...
Ch'est pas mimi tout chat?
La Waylan Family en liberté
Batman dans une mise en scène à la Lawrence Casse-Dents!
JPP dans "Mad Mutilator": 35 ans de "Mad", ça use!
Nostalgie: le pyjama de Fantasio!
Woody et Scarlett, dans une comédie pleine d'"esprits"!
Harry mène les immondes à la baguette!
15 octobre 2007
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Sep 07)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!)
Livres
LE SERMENT DES LIMBES
de Jean-Christophe Grangé
(Albin Michel - Mars 2007)
Notre poids lourd du thriller bien d'cheu nous sort son nouveau best-seller et continue à tenir la dragée haute à ses homologues américains, pour ne pas dire qu'il leur en remontre en ce qui concerne la composition obsessionnelle de shockers littéraires aussi imposants que cauchemardesques. Fidèle à sa marque de fabrique, Grangé persiste à faire jaillir de sa plume empoisonnée les serial killers les plus abominables, chaque nouveau maniaque surenchérissant sur son prédécesseur en inventivité homicide et s'aventurant dans des espaces de perversité dont Hannibal Lecter himself oserait à peine rêver. Avec "Le Serment des Limbes", Grangé parvient une fois de plus à nous dérouter de belle façon dès l'entrée en matière avec un héros des plus atypiques. Quelle idée fantasque, en effet, de lancer un flic théologien et d'une piété qui confine au mysticisme dans une enquête où sa foi inconditionnelle sera bien ébranlée puisque plus il avance, plus il acquiert la certitude que l'ennemi qu'il traque n'est autre que... le Diable! Avec "Le Concile de Pierre" (2000) - voir chronique "Ça sent le Book!" - Grangé flirtait pour la première fois avec le fantastique en exploitant le thème du shamanisme. Là, il y revient de manière moins frontale mais beaucoup plus rusée, car tout l'intérêt de ce roman d'une inouïe perversité réside précisément dans le fait que le lecteur, aussi perturbé que le héros, ne sait jamais sur quel pied danser. Face à des événements aussi horribles qu'extraordinaires, on se perd en conjectures et on ne parvient jamais à décider si les atrocités auxquelles on est confronté relèvent franchement du surnaturel ou bien peuvent être rationalisées... L'hypothèse d'une origine diabolique est ainsi tour à tour et continuellement infirmée puis confirmée par un Grangé qui prend un plaisir sadique à faire alterner des arguments contradictoires tout au long des six cents pages de cette oeuvre définitivement morbide, dans laquelle on va de rebondissement en rebondissement. Car l'auteur, digne héritier de nos chers feuilletonistes, ne craint jamais de se montrer trop rocambolesque, à tel point que cela prêterait même à sourire s'il ne passait le plus clair de ses paragraphes à nous traumatiser durablement à grand renfort de hard gore, de cruauté mentale et de psychopathes craignos. Pervers, déviant, outrageant, obscène, addictif, excessif et fier de l'être, "Le Serment des Limbes" est indéniablement le thriller le plus kick-ass de ce millésime 2007.
Spéciale dédicace:
... à notre amie Pim's, qui fréquente ces pages de temps à autre, et qui a su me donner envie de découvrir Jean-Christophe Grangé à l'occasion d'un post concernant "Le Vol des Cigognes" sur son blog parfumé au cassis... Depuis, j'ai tout dévoré, et je crains fort d'être addict aux oeuvres de cet infâme bonhomme...
Comics
WALKING DEAD
Vol 1: "Passé décomposé"
Vol 2: "Cette Vie derrière nous..."
par Robert Kirkman, Tony Moore &
Charlie Adlard (Delcourt - Juin 2007)
Enfin réédité (1) et prolongé d'un volume 2 d'inédits, jouissant depuis plusieurs années d'une réputation dithyrambique auprès des fans les plus hardcore, "Walking Dead" est LE comics incontournable pour tous les inconditionnels de George A. Romero. Le scénariste Robert Kirkman, valeur sûre du comics indep, ne va pas chercher midi à quatorze heure et se téléporte tout simplement dans le monde d'apocalypse imaginé par le vénéré Maître des Zombies, dont il
respecte la mythologie à la lettre. Plus qu'un simple démarquage, cet hommage permanent se définit plutôt comme un prolongement, voire un spin-off, de l'oeuvre romérienne qui s'en trouve enrichie à chaque page par une approche pour ainsi dire alternative. En effet, après une entrée en matière qui peut se lire comme un clin d'oeil au "28 Jours plus tard" de Danny Boyle (2003) sorti quelques mois avant le #1 du comics (le héros se réveille dans un hôpital après un coma prolongé et se retrouve catapulté sans transition dans le nouvel ordre zombiesque), Kirkman trouve rapidement sa petite musique personnelle et parvient à nous surprendre puis à nous captiver par les variations qu'il donne de la partition originelle. Si, comme j'ai déjà dit, les fondamentaux romeriens restent en place, un peu comme la "Bible" d'une série télé, le traitement scénaristique est quant à lui radicalement différent, et l'aventure que nous conte Kirkman semble commencer là où s'achèvent les films de Romero. Autant Big George pratique une thématique du confinement (maison, supermarché, complexe militaire, cité enclavée...), autant la tribu survivante de Kirkman fuit les villes, considérées comme des pièges mortels, pour se jeter sur les routes et au travers des grands espaces. "Walking Dead" se donne donc avant tout comme un "road-comics", mais d'un genre un peu spécial, comme si le thème de l'errance, tel que le dépeint par exemple Wim Wenders, se recourbait sur sa préhistoire pour rejouer la Conquête de l'Ouest. Car, les personnages ne cessent de le répéter, c'est bien de "reconquête" dont il est question, ce qui pose le cinéma de John Ford comme seconde référence - consciente ou pas - de ce comics décidément surprenant. À cet égard, le chariot bâché des pionniers d'antan trouve son paradigme dans le camping-car de la tribu, et les fermes incendiées par les Peaux-Rouges se réincarnent dans les agglomérations en ruines rencontrées en cours de route, jonchées de cadavres pareillement mutilés. On a même droit à la typique polémique fordienne entre l'humanisme d'Hershel, qui se refuse à tuer les morts-vivants, et le pragmatisme de Rick, qui considère qu'un bon zombie est un zombie mort. Comment s'étonner dès lors du classicisme d'un scénario dont l'académisme n'a d'égal que la rigueur admirable de l'écriture? Le retour aux sources du mythe américain se double ainsi d'un retour à des formes de narration aussi éloignées que possible de celles du comics moderne, exécutées dans un noir et blanc impitoyable et où la description minutieuse du quotidien évacue toute tentation de sensationnalisme. Ramassé sur lui-même et tendu comme un arc, "Walking Dead" fait déjà partie des classiques incontournables du comics alternatif. À découvrir d'urgence.
Note:
(1): En effet, les # 1 à 6 avaient déjà connu une édition chez SEMIC en Mars 2005.
Spéciale dédicace:
... à l'ami Erwan qui, par ses chroniques enthousiastes, m'a intronisé au monde inquiétant des "Walking Dead", ce dont je le remercie infiniment. En attendant de prochains volumes chez Delcourt, rendez-vous chez Erwan qui suit assidûment la parution américaine et nous donne régulièrement des nouvelles du comics sur son blog:
http://misterwan.canalblog.com
Vu à la télé
LE CINQUIÈME ÉLÉMENT
(The Fifth Element)
de Luc Besson (1996)
Si ce nanar de luxe a un quelconque intérêt, c'est d'être parfaitement représentatif de la vacuité généralisée d'une certaine époque. En effet, bien que tourné en 1996, "Le cinquième Élément" prolonge un "style" inauguré en 1985 avec "Subway" et demeure emblématique de ce naufrage culturel et esthétique que constituèrent les années 80, lesquelles consacrèrent le règne de l'apparence creuse. Peu importe le substrat (quand substrat il y a...), l'important c'est d'être chébran, câblé, hype, in, mode, appelez ça comme vous voudrez. C'est la grande vogue du clip et des pantins vidéogéniques poseurs qui s'agitent avantageusement sur des musiques à chier, récupérées de l'effervescence punk puis édulcorées en "new wave", c'est-à-dire cuisinées à la sauce variétoche jusqu'à ce que toute la beaufitude occidentale puisse s'y retrouver. Cinéaste opportuniste s'il en est, et auquel il faut reconnaître un certain talent pour ce qui est de l'assimilation et de la restitution de tous les procédés et tics esthétiques, aussi creux soient-ils, qui déterminent les canons formels d'une mode, Luc Besson est avec "Le cinquième Élément" au sommet de son art de l'esbroufe gratuite. Tous les sophistes le savent: peu importe le fond (ou l'absence de fond) si l'on martèle le discours, aussi incohérent soit-il, avec suffisamment de conviction. Or, s'il y a une chose que Besson sait faire, c'est mettre les formes! Il se fend donc d'un blockbuster franchouillard cautionné par des acteurs anglo-saxons (Bruce Willis et Gary Oldman, imbuvables à force cabotinage incontrôlé) et par quelques personnalités issues de la BD (Giraud, Mézières...) sans oublier Jean-Paul Gaulthier, grand prêtre du masochisme vestimentaire, pour accoucher au finish d'un objet filmique qui ne ressemble pas à grand chose, si ce n'est à un clip de Desireless! Ça se veut kitsch et second degré façon John Waters, mais ça ne parvient qu'à pulvériser les limites d'un mauvais goût importé tout droit de Las Vegas! Et, puisqu'il s'agit avant tout de remplir le tiroir-caisse, ça racole pire que rue Saint-Denis mais en plus peinturluré, de "Blade Runner" à "Star Wars", sans omettre bien sûr le bourrinage à base de gros flingues et le Black de service qui nous lamine les esgourdes de ses babillages incessants dignes d'un Eddie Murphy qui aurait viré sa cuti! Même habillés par Gaulthier, un lieu commun reste un lieu commun et une bouse une bouse, aussi boursouflée soit-elle... Luc Besson, ou la gonflette cinématographique...
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.fan-de-cinema.com/films/le-cinquieme-element.html
Presse
COMIC BOX EXTRA #1:
"X-Men Forever"
(Été 2007)
"Comic Box", référence absolue du fan de comics (avec le plus confidentiel "Scarce", fanzine de luxe auquel il fallait impérativement que je rende hommage, voilà, c'est fait) sort son premier HS, dédié aux X-Men en particulier et au thème du mutant en général. Rien que du bonheur avec quatre gros dossiers au sommaire. On attaque avec "Univers X" où, après une historique des X-Men, on trouve pêle-mêle un portrait de la très sexy Emma Frost, une revue des divers démarquages des "X-Men" et un catalogue des épisodes auxquels nous avons échappé. Sans oublier l'actualité avec le super-crossover "Messiah Complex" (parution en France l'an prochain) dont nous parlent Mike Carey, Chris Yost et Billy Tan, interviewés pour l'occasion. On enchaîne avec "Les Mutants Télé", dossier bien évidemment centré sur l'événement "Heroes", avec des interviews du scénariste Aaron Eri Colette, et surtout de l'immense Tim Sale, responsable des tableaux prémonitoires qu'on peut voir dans la série. Si certaines références ésotériques vous ont échappé dans "Heroes", ça tombe bien, on les a ici recensées pour vous dans le détail. Puis on passe à "La Science des Mutants", qui nous gratifie d'une historique de Cerebro, la célèbre machine à détecter les mutants du Prof X, à travers les âges, ainsi que d'un essai sur l'évolution mutante. Mais le clou de ce dossier est l'interview de Roland Lehoucq, astrophysicien qui s'amuse beaucoup à confronter les comics aux lois élémentaires de la physique: on y apprend entre autres que, confronté à la loi de conservation de la matière telle que définie par Lavoisier, Hulk devrait logiquement avoir la consistance d'un chamallow, ce qui le rend à peu près aussi dangereux qu'un gastéropode! Enfin, le dossier "Mutants d'ailleurs" examine le traitement du sujet chez les concurrents de Marvel, en particulier chez Top Cow avec un catalogue commenté des nombreuses séries mutantes imaginées par Silvestri et ses potes, et un gros plan sur "Rising Star", comics culte dont les scénaristes de "Heroes" se sont plus que largement inspirés... Après un papier sur "Wild Cards", une collection de romans signés R.R. Martin qu'on aimerait bien voir publiée chez nous, on glisse chez Dark Horse avec l'une des séries majeures mettant en scène des mutants et qui demeure scandaleusement inédite en France: j'ai nommé les "Next Men" de l'icône John Byrne, imaginée rien que pour faire chier Marvel, ce qui explique sans doute son ton délicieusement impertinent et parodique. Le dossier se clôt sur une rétrospective du mutant "préhistorique", c'est-à-dire "pré-X-Men", dans le comics. Enfin, comme à l'accoutumée, "Comic Box" nous offre une BD inédite, en l'occurence un "What If" des X-Men dérivé de "Deadly Genesis", dans lequel David Hine et David Yardin imaginent le destin de Vulcain dans une réalité alternative. Voilà. Je pense avoir été exhaustif.
MEN IN BLACK 2
de Barry Sonnenfeld (2002)
Ça va peut-être étonner les habitués de ce blog, qui savent ô combien je prise peu le blockbuster hollywoodien, mais j'ai cette faiblesse de bien aimer les films de Barry Sonnenfeld. Je me suis bien éclaté avec ses deux "Famille Addams", qui ont su traiter avec intelligence et respect leur matériel de référence, et il en va de même pour les MIB. En effet, à l'heure où la pantalonnade poussive est reine, Sonnenfeld se distingue en ce qu'il a su redonner à la comédie ses lettres de noblesse. Qui plus est, l'homme oeuvre avec bonheur dans la comédie fantastique, domaine ô combien périlleux où l'on compte quatre-vingt-dix-neuf plantades pour une réussite. La constance étant au nombre de ses vertus, les franchises que Sonnenfeld prend en charge n'accusent aucune baisse de qualité dans le passage de l'original à la séquelle, chose suffisamment rare pour être signalée. Il en résulte un "Men In Black 2" tout aussi truculent, enlevé et rythmé que le premier du nom, émaillé de gags à la fois créatifs et habilement amenés, et où abondent les morceaux de bravoure. Même Will Smith, qui nous joue sur les traces d'Eddy Murphy sa caricature de Black habituelle à grand renfort de logorrhée, se maintient dans les limites du supportable, encadré d'une part par la prestation très cool du toujours excellent Tommy Lee Jones, et d'autre part par la multitude de créatures délirantes qui lui font une concurrence acharnée dans le cabotinage. Personnellement, je suis un fan absolu du clébard mal embouché plein de vannes à deux balles qui fait équipe avec lui dans la première partie du métrage - surtout quand il chante "I Will Survive", irrésistible! Mais la scène du bureau de poste, ou celle de la mini-communauté enfermée dans une consigne de gare sont également de grands moments de délire. Bref, aucun ennui et même beaucoup de fun dans ce qu'on peut appeler un film familial au sens noble du terme, c'est-à-dire qui ne confond pas humour avec vulgarité prout-prout et ne prend jamais son public, aussi populaire soit-il, pour une bande d'attardés mentaux. Grand merci.
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=2783.html
Vu à la télé
THE ROOST
de Ti West (2005)
Beuh! Le vilain petit nanar que voici! La traditionnelle bande de djeunz dont la chignole tombe en rade à proximité d'un lieu maudit et qui va se faire décimer jusqu'à consommation de la pelloche allouée par un budget étique, vous parlez d'une affaire! En l'occurrence, il s'agit d'une grange peuplée de chauves-souris dont la morsure vous transforme en zombies, et après y'a plus qu'à laisser faire la nature jusqu'à la pandémie finale. Circonstance aggravante: le réalisateur essaie de nous faire accroire qu'il a pondu un film d'auteur en adoptant un rythme rhumatisant et en étirant des séquences interminables, elles-mêmes découpées en plans fixes éprouvants, comme par exemple filmer à contre-jour l'entrée de la grange devant laquelle un personnage fait les cent pas et danse la valse-hésitation durant de longues minutes avant de se décider à entrer, pénible! S'il est quelque chose d'impardonnable au cinéma, c'est bien un nanar qui se prend au sérieux!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.theroostmovie.com/trailerlarge.html
Vu à la télé
666 LA MALÉDICTION (The Omen)
de John Moore (2006)
Ça valait bien la peine de faire tout ce cinéma (enfin, façon de parler!), sortie le 6-06-06 et tout le patacaisse, surmédiatisation complaisante et promo à te rendre Sarkozy subliminal par comparaison, pour en arriver au bout du compte à un tel pétard mouillé, que dis-je, imbibé jusqu'à la liquéfaction! Le subir sur Canal, passe encore, il ne nous en coûtera que deux plombes de profond ennui, mais quand je pense aux malheureux qui ont queuté et raqué leurs sept euros pour se farcir une telle purge, mon coeur s'emplit de compassion! Exemple parfait du remake inutile, "666 la Malédiction" se contente de décalquer séquence par séquence le scénar du classique réalisé en 1976 par le vétéran Richard Donner, sans jamais risquer la moindre innovation d'un point de vue dramatique aussi bien que stylistique - quoique... on se demande rétrospectivement s'il ne faudrait pas s'en réjouir... Bref, si la contrefaçon se distingue d'une quelconque manière de l'original, c'est malheureusement en creux, qu'il s'agisse du réalisateur qui se prend les pieds dans le tapis et cherche à nous faire passer une absence de rythme éprouvante pour la mise en place d'un certain climat, lequel s'avère plus soporifique qu'anxiogène, ou qu'il soit question des acteurs: e



















































