patchworkman's blog

Ce blog concerne tous les fans de fantastique sous toutes ses formes et dans tous les arts: cinéma, télé, littérature, BD, comics, etc... Vous y trouverez mon actualité de fantasticophile au jour le jour, ce que j'ai vu, lu, aimé, détesté, etc...

15 mai 2008

PREACHER - vol 3

Comics

PREACHER - Vol 3: "Fiers Américains"

par Garth Ennis & Matt Dillon (Panini - coll "Vertigo" - Mars 2008)

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Une petite minute, que je me mette dans l'ambiance: voilà, "Search And Destroy" sur la platine, de nos amis les Stooges, ça devrait me rythmer caracho la chronique! Parce que s'il y a un comics où ça search et où ça destroy lorsque ça trouve, c'est bien le "Preacher", dont Panini nous propose le troisième tome regroupant les épisodes 18 à 26 (Octobre 96 à Juin 97).

Adonc, ce bel album dessiné à l'hémoglobine et colorié à la cervelle fraîche s'ouvre sur un fill-in attendrissant au possible (#18) qui nous en dit un peu plus long sur le papa de Jesse qu'on a vu, vous en souvient-il ma mie, se faire exploser le teston dans le tome précédent. Cette petite escapade du côté de l'émotion est toutefois fort tempérée par son contexte vietnamien: nul besoin de vous faire un dessin, le Vietnam vu par Ennis et Dillon, vous devez avoir une petite idée de ce que ça peut donner! Au passage, on remonte aux sources de l'obsession du Preacher pour John Wayne, ce qui nous amène à cette conclusion: le patriotisme est bel et bien soluble dans la dérision!

Après cet intermède, on replonge aussi sec (#19 à 24) dans l'arc entamé dans le volume 2, à savoir l'affrontement entre Jesse et la secte "Graal" dans le Midi de la France qui constitue l'essentiel de cet album: l'occasion pour nous de croiser, entre deux punchlines francophobes, une pléiade de nouveaux personnages hauts en couleurs. À tout seigneur tout honneur, commençons par l'Archipère, un énorme poussah difforme à côté duquel le Kingpin de Marvel ressemble à une miniature, et qui baptise son monde à grands jets de vomi. Dans son sillage suit le dernier descendant du Christ en personne, arriéré mental à force de consanguinité qui pisse partout et en particulier sur les gens. On le voit, Ennis n'y va pas de main morte avec un christianisme qui semble au plus haut point exciter sa verve blasphématoire. Et ce n'est qu'un début: tandis que Cass se fait interminablement éparpiller au riot-gun par un maffieux castré, Jesse débarque pour faire du dégât, suivi de près par l'indestructible "Saint des Saints" qui obstrue les couloirs à force d'empiler les cadavres!

Bref, chaque page que l'on tourne nous fait franchir un nouveau degré dans une abjection non seulement assumée, mais revendiquée à outrance. Sauf que tout cela n'a rien de bien sérieux et que ce comics, qui a fait de la démesure sadique-anale sa profession de foi, évoque plutôt la provocation, à la fois transgressive et régressive, de deux sales gosses s'acharnant à défier l'image du Père et à éprouver les limites de l'autorité en poussant le bouchon le plus loin possible. Soit: un comportement infantile et fier de l'être de par sa perversité "polymorphe" - pour reprendre une célèbre définition freudienne - qui oppose aux valeurs les plus institutionnelles de l'autorité l'exaltation grandguignolesque des ses interdits les plus catégoriques. Dans cette sphère que j'ai qualifiée de sadique-anale et où l'on devine en filigrane la silhouette du Divin Marquis, il est logique qu'à l'omniprésence phallique des armes réponde la menace permanente et obsessionnelle de la castration: on a bien sûr souvenir de ce shérif, caricature de virilité sudiste américaine, qui dans le premier tome finissait sodomisé par son propre sexe castré, à la fois dévirilisé et féminisé, avant de réclamer son flingue, indifféremment prothèse et substitut, pour partir dans une ultime et symbolique éjaculation de plomb. De même que son fils qui, reproduisant le suicide de son idole Kurt Cobain, se livrait autour du canon d'un flingue à un simulacre de fellation pour finir avec un trou du cul au beau milieu de la figure! Ici, le martyre de Cassidy, immortel et indestructible en tant que vampire, renvoie à la même obsession: plus Frankie, paradoxalement castré et macho (il est sicilien!), s'acharne sur la virilité de sa victime au moyen du riot-gun qui lui tient désormais lieu de phallus, plus Cassidy, moderne Saint-Éloi, refuse de "débander" avec une obstination qui renvoie son bourreau à sa propre condition d'eunuque. Dès lors, l'arme à feu se fait ambivalence, à la fois proclamation de la toute-puissance phallique de l'Amérique, et attestation de son impuissance de par sa fonction substitutive. Bref, s'il y a une thématique centrale dans "Preacher", c'est bien celle d'une psychanalyse du flingue!

Heureusement (ou malheureusement, c'est selon...), les choses se calment un peu dans les # 25 et 26, qui clôturent ce volume en nous relatant les origines de Cassidy. Deux épisodes empreints d'une nostalgie émouvante, certes, mais qui n'empêche pas Ennis de démythifier de façon assez radicale la révolution irlandaise et d'ironiser, quoiqu'avec tendresse, sur la communauté des immigrants, parmi laquelle on retrouve notre bon vieux Cass qui traverse les siècles en philosophant sur la tragi-comique condition des Irlandais américains. Décidément, l'infâme Ennis ne respecte vraiment rien!

Signalons au passage les couvertures originales de l'excellent Glenn Fabry, reproduites dans leur exhaustivité par la présente édition, et qui constituent incontestablement l'un des temps forts de cette oeuvre "pour lecteurs avertis" - et vous ne pourrez pas dire que vous ne l'avez pas été!

Pour terminer, big up à mon fiston qui a pris l'initiative de me faire découvrir ce comics en m'offrant le tome 1, estimant que "Batman et Alan Moore, c'est bien beau, mais y'a pas que ça sur terre!" C'est malin: à présent, me voilà accro au "Preacher", ce qui augure de fort sanguinolentes chroniques à venir! Tel que vous me voyez, je fantasme déjà sur le contenu du tome 4 - qui nous proposera du matériel inédit en France (1) - tandis que, sur la platine, Iggy chuinte "Penetration"...

Note:

(1): En effet, les épisodes publiés jusqu'ici par Panini ont fait chez nous l'objet d'une précédente édition de 1997 à 1999, chez "Le Téméraire".

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Le Preacher est de retour, et il est très vénère!

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L'Archipère: une sorte de Kingpin scato!

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Le Sang du Christ, fortement dilué dans l'urine!

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Le "Saint des Saints", dans une forme olympique!

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Le Vietnam vu par Ennis et Dillon...

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Un sens de l'humour très particulier!

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Le martyre de Cass: couverture originale de Glenn Fabry

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Mais que fait Brigitte Bardot?

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11 mai 2008

LA TOUR SOMBRE - vol 1

Comics

LA TOUR SOMBRE - Vol 1

par Peter David, Robin Furth, Jae Lee & Richard Isanove

(Fusion Comics - Janvier 2008)

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Voilà un comics que vous ne risquerez pas de louper, vu le nombre d'exemplaires qui s'empilent dans la moindre Maison de la Presse de province - en ces lieux où, en entrant, on laisse toute espérance de trouver autre chose que Tintin, Astérix, Lucky Luke, Largo Wynch ou Lanfeust! Parlez-moi après ça du courage des libraires, qui vaut bien celui des distributeurs de films, et du libre choix de chacun - à peine orienté! - dans l'accès à la culture... Ceci pour vous dire, si vous ne l'aviez pas encore compris, qu'on est en présence d'un blockbuster du comics, comme en atteste le nom de Stephen King qui occupe à lui seul un bon quart de la couve, alors qu'il vous faudra quasiment un microscope électronique pour parvenir à lire celui des auteurs de cette adaptation.

Ceci dit, je ne vais pas jouer les hypocrites et les Sainte-Nitouche: oui, je suis un fan du King, et re-oui, j'attendais ce comics avec impatience, trépignant à l'idée de prolonger l'immense plaisir que j'ai éprouvé à la lecture des sept tomes de cette saga interminable - et hélas terminée! - dont la parution s'est tout de même étalée sur quinze ans de ma vie. Comme toujours lorsqu'on est dans l'attente d'une adaptation d'une oeuvre qu'on a adoré, notre enthousiasme spontané ne tarde pas à se tempérer d'une bonne dose de doute, qui n'a rien de déraisonnable en regard du nombre de relectures foireuses qu'il nous a fallu subir par le passé. De ce point de vue, je vous rassure: non seulement l'oeuvre a été supervisée de très près par le King, mais l'écriture du synopsis qui a servi de Bible au scénario de Peter David a été confiée à Robin Furth, femme de confiance du Maître, et par ailleurs auteure d'une mise en fiches de la cosmogonie complexe de l'oeuvre publiée sous le titre "La Tour sombre - Concordance" (J'ai Lu, n°s 8114 & 8294). De fait, on ne pourra pas reprocher à Furth d'avoir péché par manque de fidélité, bien au contraire: la seule licence qu'elle se permet est d'ailleurs assez heureuse, consistant à remettre dans l'ordre chronologique les différents flash-back qui, dans la version littéraire, intervenaient en cours de récit. Ainsi, les trois épisodes regroupés dans ce volume couvrent la moitié de la première mini-série de sept numéros du comics "Dark Tower", parue aux States d'Avril à Octobre 2007 et intitulée "The Gunslinger Born" (au moment où j'écris, la parution de la seconde mini-série "The Long Road Home" est déjà bien entamée là-bas). C'est donc de la jeunesse du Pistolero dont il est ici question, et la réorganisation opérée par Furth attaque la quête de Roland par l'épisode flash-back tiré du tome 1 "Le Pistolero", lors duquel notre héros conquiert son titre en défaisant son maître d'armes Cort, pour sauter directement au tome 4 "Magie et Cristal" qui, comme chacun sait, constitue une sorte de parenthèse dans la continuité narrative, puisque chronologiquement situé en amont des autres volumes. Les fans les plus tatillons y retrouveront donc leurs petits, d'autant que le découpage scénaristique adopté par Peter David illustre fidèlement la trame imaginée par le King et sait trouver le rythme adéquat, évitant le délayage tout en sachant mettre l'accent sur les moments importants.

En revanche, je serai plus réservé sur le travail des dessinateurs Jae Lee et Richard Isanove. En temps qu'entreprise essentiellement commerciale, le comics adopte en effet le style mainstream à la mode dans la plupart des titres qui se vendent un peu, et qui a à mon sens une fâcheuse tendance à uniformiser l'ensemble de la production en noyant le trait des dessinateurs - c'est-à-dire ce qui fait toute leur personnalité d'artistes - sous une débauche de couleurs infographiques pas toujours du meilleur goût. Ici, c'est certes très beau, ça en jette un max et la plupart des splash-pages constitueraient de très belles pochettes vynil pour des groupes de progressive pompeux des seventies, genre Yes ou Asia. Mais pour ma part, je trouve que cette esthétique pour videogame de "sword and sorcery" convient assez mal à ce western de la fin des temps, qui mériterait un graphisme plus brut de décoffrage.

Un mot pour finir, à propos de l'édition proprement dite: cet album, somptueusement réalisé et vendu à un prix tout à fait raisonnable (14,95 €), a de plus l'avantage de reproduire scrupuleusement la plupart des boni de l'édition américaine dans lesquels Robin Furth reprend sa fonction d'archiviste de l'Entre-Deux Mondes, au travers d'articles nous apportant un supplément d'informations sur la mythologie de l'univers créé par le King, et illustrés de cartes dressant la topographie de Gilead et de ses environs. Quant au label "Fusion Comics", il ne s'agit nullement d'un petit nouveau sur le marché, mais de l'aboutissement d'un partenariat entre Soleil et l'inévitable Panini. Appelée à devenir rapidement un best-seller assurant la viabilité financière du label, la série "La Tour sombre" sert à l'évidence de locomotive au lancement de publications nettement plus aventureuses, telle la distribution en France des productions de "Virgin Comics" (oui, oui, la boîte des mégastores), qui a introduit aux States une nouvelle race de comics en provenance... des Indes, et dans laquelle des artistes locaux mettent en scène des super-héros inspirés de la mythologie hindoue. À signaler également dans ce catalogue atypique: la série "Seven Brothers", sur un synopsis de John Woo (oui, vous avez bien lu!) scénarisé par le grand Garth Ennis, papa du très politiquement incorrect "Preacher" (voir "Mollards" d'Août 2007). Bref, ce n'est pas demain que le comics-fan français manquera de lecture!

roland

Roland de Gilead: les origines...

cort

Le très impressionnant Cort

gun

Roland conquiert sa virilité

roi

"In the court of the Crimson King"

rencontre

Romance: la rencontre de Roland et Susan

coos

Le Cöos, où les sorcières tiennent leurs sabbats...

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07 mai 2008

LA MAIN DU DIABLE

Vu à la télé

LA MAIN DU DIABLE

de Maurice Tourneur (1943)

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Croyez-le si vous voulez, mais il fut un temps où le cinéma français eut une production fantastique de qualité, et qui comptait même quelques spécialistes parmi lesquels on peut citer René Clair ou le génial Georges Franju. Par ailleurs, il n'était pas rare que les plus éminents représentants de ce cinéma populaire que l'on désigne sous le concept de "Qualité française" ne viennent au genre à un moment où à un autre, définissant un style que l'on a qualifié de "réalisme fantastique", ce qui est le cas de Maurice Tourneur dont l'excellent Patrick Brion a eu la bonne idée de programmer "La Main du Diable" à l'occasion d'un cycle de son "Cinéma de Minuit" consacré à ce cinéaste patrimonial. Très spécifiquement, et alors qu'Hollywood, en plein "Âge d'Or Universal", se déporte vers une illustration du genre de nature essentiellement horrifique en exploitant le thème du monstre, le cinéma français pratique un fantastique beaucoup plus "pur", privilégiant l'étrange, la féerie et l'onirisme, et l'on sent que le mouvement surréaliste n'est pas loin. Adapté très librement d'une nouvelle de Nerval, auteur oniriste s'il en est, "La Main du Diable" bénéficie d'un scénario de Jean-Paul Le Chanois remarquablement ficelé, et qui propose une illustration inédite du thème de "la main maudite" - dérivé du mythe moyenâgeux de "la main de gloire" - très en vogue à l'époque comme en témoignent des oeuvres telles "La Bête aux cinq Doigts" de Robert Florey (1946) ou encore les multiples versions des célèbres "Mains d'Orlac".

De construction très dramaturgique, le script multiplie les coups de théâtre et divise ce faisant le film en plusieurs actes distincts, chacun d'entre eux projetant un éclairage différent sur une intrigue machiavélique qui sait nous surprendre à chaque instant. Véritable film à tiroirs, "La Main du Diable" ne souffre toutefois d'aucun hiatus ni chute de rythme et l'écriture, tant filmique que scénaristique, nous laisse baba par la limpidité avec laquelle elle noue et dénoue l'écheveau complexe qu'elle a su élaborer. Le film s'ouvre ainsi par l'arrivée d'un manchot inquiétant et terrifié, portant un mystérieux colis et que l'on devine traqué par quelque abominable menace, dans une auberge sinistre bâtie sur un cimetière et dans laquelle les clients s'amusent à se raconter des histoires macabres. On est ici dans le registre du film d'épouvante classique, et Tourneur parvient à nous accrocher et à nous ferrer avec une efficacité imparable, jouant de l'ombre et de la lumière comme un maître expressionniste (rappelons que le cinéaste citait souvent Fritz Lang comme son principal inspirateur). Dans cette atmosphère lourde où les événements singuliers se multiplient avec l'arrivée de l'étranger, celui-ci peut alors raconter sa propre histoire, que l'on sait d'ores et déjà bien plus terrifiante que tout ce qu'on pu évoquer les amateurs de frissons qui l'entourent. Débute alors un flash-back où l'homme évoque son passé de peintre calamiteux qui, par l'acquisition d'un coffret contenant une main coupée et vivante auprès d'un inquiétant cuisinier (excellent Noël Roquevert), acquiert du jour au lendemain le talent, ainsi que la gloire qui va avec. On passe dès lors dans le registre du drame populaire, qui est la véritable spécialité de Tourneur. Mais ce rêve lumineux et mondain se fissure soudain avec l'arrivée d'un petit personnage replet et sarcastique en costume d'huissier, qui n'est autre que le Diable venu réclamer son dû. Le film bifurque dès lors dans une thématique faustienne qui n'est pas sans rappeler "La Beauté du Diable" de René Clair (1949) dont il constitue une sorte de précurseur. Saluons au passage la performance "diabolique" de l'acteur Pierre Palau, qui sait faire passer dans son oeil narquois bien plus de menaces angoissantes que ne parviendront jamais à en susciter tous les artifices visuels que le cinéma a pu ou pourra inventer. On entre alors dans une structure de film noir, genre dans lequel excellait le cinéma français de l'époque, qui nous montre le héros piégé dans une machination infernale, et où chaque effort qu'il fait pour s'en sortir l'enfonce un peu plus, le Malin veillant à ruiner ses efforts avec une tenace pugnacité. Au moment où l'homme touche le fond au terme d'une dégringolade proprement luciférienne, nouveau coup de théâtre avec l'apparition d'une étrange secte de manchots masqués, spectres des précédents possesseurs de la main maudite et victimes de la même malédiction. Chacun dès lors se démasque et raconte sa propre histoire dans une séquence proprement hallucinante de surréalisme, où Tourneur nous assène les visions les plus folles avec une rare poésie. Cette communauté fantomatique donnera à notre héros les moyens de faire échec au Diable et de se libérer de la malédiction, au terme d'une ultime aventure qui nous ramène dans le présent et dans l'auberge pour un dénouement que je me garderai bien de vous révéler.

On ne saura jamais assez remercier Patrick Brion de nous avoir déterré cette pure merveille, hélas bien oubliée (et parfois abusivement controversée en tant que production de la sulfureuse firme "Continental"), qui constitue un véritable feu d'artifice de virtuosité filmique, scénaristique et interprétative. D'une originalité quasi impensable de nos jours, le scénar peaufiné par Le Chanois avec une précision d'orfèvre (au point que l'on se demande s'il n'aurait pas acquis lui-même la fameuse main!) et émaillé de dialogues tout à fait savoureux, nous emmène et nous perd dans un voyage fantastique tout en rebondissements, et dont chaque étape fait l'objet d'un nouvel émerveillement. Tourneur, quant à lui, offre ici une sorte de résumé de sa brillante carrière, et montre qu'il peut passer d'un style à l'autre avec une aisance insolente, qui dénote d'une parfaite maîtrise de tous les genres. Enfin, Pierre Fresnay est proprement époustouflant, qui nous gratifie pareillement d'une prestation de caméléon, passant graduellement de l'insouciance goguenarde à la terreur panique, balayant toute la gamme des possibilités d'un immense acteur.

Bref, un spectacle total et, pour tout dire, un chef-d'oeuvre!

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Jeux de mains, jeux de vilains!

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Les toiles diaboliques d'un peintre possédé

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Le mec, il y croit pas!

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04 mai 2008

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Avr 08)

Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

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Sortie en salles

SAW 4

de Darren Lynn Bouseman (2007)

Les "Saw" se suivent et se ressemblent, et l'on se languit de voir si cette entreprise de charcuterie en gros va se pérenniser jusqu'à atteindre ce "Saw 6" dont on est au moins sûr que le titre nous fera marrer! Voilà où j'en suis personnellement: j'ai applaudi à sa juste valeur le tonique "Saw" originel de James Wan (voir "Séance interdite" de Décembre 2006), je me suis montré assez bon public pour le "Saw 2" (voir chronique éponyme), j'ai zappé le 3, et je me demande après avoir vu ce quatrième opus si Bouseman ne va pas finir par mériter son patronyme... Ne sachant pas trop où aller, il prend l'option (facile) de nous faire rendre notre quatre heures avec une séquence introductive des plus dégueulbif, laquelle détaille en temps quasi réel et avec complaisance l'autopsie de ce bon vieux Jigsaw qui, pour le coup, mérite également son nom de scène si l'on en juge par la manière dont il est éparpillé aux quatre coins de la morgue! Oui mais, si Jigsaw il est mort, alors y'a pus de film, se lamente le spectateur censément dépité, du moins c'est ce qu'espèrent secrètement les scénaristes bourrins qui nous prennent vraiment pour des buses! Et la vengeance posthume, tu connais? Ouais, au moins depuis "La Proie du Mort" (1941) de W.S. Van Dyke, répond le cinéphile impitoyable à qui on ne la fait pas! Blague dans le coin, une fois l'argument exposé et la machine lancée dans le sempiternel jeu de pistes émaillé de devinettes trouvées en dépiautant des papillotes, "Saw 4" sacrifie à tous les lieux communs à la mode dans les séries B horrifiques du moment, servile suiveur de prédécesseurs bien plus créatifs dont on galvaude ici les idées avec opportunisme. Ainsi, l'on exploite à outrance l'esthétisme crade mis au goût du jour par le "Saw" de James Wan et le "Hostel" d'Eli Roth - deux authentiques réussites, quant à eux - et, lorsqu'il est question de justifier le cachet de Tobin Bell, interprète de Jigsaw, on sacrifie à la vogue de la préquelle, toujours bien commode dès qu'il s'agit de relancer une franchise qui s'essouffle. C'est dont parti pour une série de flash-back qui, en parallèle avec la ligne narrative principale, nous révèle les origines du monstre, pourquoi il est si méchant et tout ça... Bref, un film qui plaira à Nicolas Hulot, tant il pratique un recyclage intensif!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=87227.html

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Vu à la télé

KROCODYLUS a.k.a. TERREUR BLEUE

(Blood Surf)

de James D.H. Hickox (2000)

Heureusement qu'il existe des boîtes de production comme "Trymark Pictures", sans quoi on se demande ce que San Helving et les collègues de "Nanarland" pourraient bien mettre dans leurs chroniques! Pur produit de packaging propice à l'alimentation des foires aux DVD (j'adore!), "Krocodylus" est le typique nanar d'exploitation moderne, pompant sans vergogne la franchise des "Dents de la Mer" dont il nous reproduit divers morceaux de bravoure, tels le-macchab-planqué-dans-l'épave, les-héros-qui-courent-sur-une-jetée-dont-le-monstre-détruit-un-à-un-tous-les-pilotis, ou encore l'horrible-mort-de-Robert-Shaw! Sinon, c'est la routine habituelle: sempiternelle bande de jeunes crétins insupportables débitant des dialogues consternants - ici, leur kif consiste à surfer au milieu des requins après s'être entaillé un pied, vous dire s'ils sont cons! - bimbos peu avares de leurs charmes, vieux baroudeur buriné auquel on ne la fait pas, etc... Histoire de rallonger une sauce déjà bien délayée, on a même droit à une bande de guérilleros dépenaillés aux motivations obscures, dont la seule préoccupation semble être de se pécho les meufs de la bande pour faire la fête à Popaul! Les attaques du croco se contentent de montrer chichement (ce qui est une sage décision) la tête du monstre, fruit d'une animatronique des plus rudimentaires. Enfin, y'a tout de même de bons moments nanardesques, comme celui où une protagoniste, venant d'échapper à la sale bête, nargue celle-ci en lui montrant ses nibards - au demeurant birkiniens! Pas grand chose à se mettre sous la dent, tant il est vrai que les oeufs sur le plat sont peu prisés de la gastronomie saurienne!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://movies.nytimes.com/movie/241397/Blood-Surf/trailers

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Vu à la télé

TYCUS, LA DERNIÈRE MÉTÉORITE

(Tycus a.k.a. Forbidden Target)

de John Putch (1998)

On reste dans le même registre que ci-dessus avec cette oeuvrette de SF catastrophiste, dans laquelle on aura au moins la consolation de croiser un Dennis Hopper cachetoneur... Sans péter des briques, et nonobstant un budget étique et une réalisation des plus plates, la première moitié de l'histoire sait susciter un certain intérêt, le script parvenant assez bien à brouiller les pistes pour mieux exciter notre curiosité. Ainsi, nous sommes à mi-film lorsque les pièces du puzzle s'emboîtent et que le sujet nous est enfin révélé. Du coup, évidemment, tout l'intérêt retombe, et la seconde moitié verse dans un mélo pour ménagères fort malvenu, avant de se conclure dans un Armaggedon du pauvre, illustré par des SFX d'une assez poétique naïveté. En effet, ceux-ci ne manqueront pas de raviver la nostalgie des nanardeux pratiquants, tant ils évoquent les destructions massives jadis perpétrées dans "Godzilla" et autres "keiju-eiga", ou encore la cultissime série de Gerry Anderson "Les Sentinelles de l'Air". Anecdotique, certes, mais pas sans charme...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.telephant.com/Tycus_la_derniere_meteorite-vb-16772210-2236-1.html

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Vu à la télé

TIMECOP

de Peter Hyams (1994)

Flic du temps, c'est un dur métier... Non seulement faut aller chercher dans le passé les zouaves qui mettent à profit leur connaissance du futur pour des raisons de lucre, mais en plus, quand tu reviens dans le présent, c'est tout juste si tes potes ingrats se souviennent de toi, vu que personne n'a conscience du fait qu'un crétin a encore modifié la ligne temporelle... sauf J.C. Van Damme, forcément, puisque lui il est "aware"! Tout ce boxon chronologique truffé de clichetons n'est bien sûr prétexte qu'à l'habituelle distribution de coups de lattes - et finalement c'est tant mieux puisque ça fait plaisir aux amateurs de pif-paf, mais surtout pendant ce temps-là JC ferme sa gueule et nous épargne le traditionnel chapelet de conneries mystico-portnawak et autres rots intempestifs! De plus, son personnage est on ne peut plus monolithique, ce qui lui évite d'essayer de jouer: tout bénef pour le spectateur! Heureusement, il y a ce vieux briscard de Peter Hyams aux manettes qui, illustrant un script pas trop mal foutu, parvient à surmonter une carence budgétaire évidente pour nous pondre une série B nerveuse, efficace et formellement irréprochable. Et puis JC parvient à nous placer son grand écart, désormais aussi légendaire que les caméos du père Hitchcock!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=fgZHhUaW71c

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Vu à la télé

DES SERPENTS DANS L'AVION

(Snakes On The Plane)

de David R. Ellis (2005)

J'avoue que j'ai du mal à comprendre l'indulgence qu'a montré la critique spécialisée face à ce pur produit de consommation sans aucune originalité. S'il est vrai que cette série B de luxe bénéficie d'une réalisation honnête et d'une narration efficacement rythmée, le script n'en est pas moins bourré d'invraisemblances (ce qui n'est pas très grave en soi) et de lieux communs (ce qui est plus gênant). Cette fainéantise scénaristique a beau tenter de se dissimuler derrière un mélange de genres (film catastrophe, horreur animalière jouant sur les phobies, huis clos claustro, le tout saupoudré d'humour campy mal dégrossi) qui relève plus de l'art d'accommoder les restes que d'une véritable inspiration, la mayonnaise ne prend pas, tant les événements sont prévisibles de par leur caractère éculé: rien de nouveau depuis "L'Aventure du Poséidon" version seventies, et l'on sait dès l'embarquement qui va clamser et qui va survivre, tant les protagonistes sont taillés à coups de serpe. Plus grave, les traits d'humour dont s'embarrasse le scénar s'adressent essentiellement à un public de beaufs amateurs d'esprit de caserne et de concours de pets: on a droit successivement à la bimbo topless qui trimballe un reptile pendu à son mamelon, au serpent jaillissant de la cuvette des chiottes pour agripper la teub d'un mec en train de pisser, ou encore à celui-ci qui se glisse entre les cuisses d'une grosse mama occupée à faire un rêve érotique, pour ressortir en se faufilant entre ses nibards - classe! Comble de tout, vous ne pourrez même pas me reprocher ces quelques spoilers, puisque vous aurez vu arriver les "gags" quinze plans à l'avance!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=58991.html

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"Saw 4": Jigsaw se marre à gorge déployée!

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Scène d'anthologie: l'art et la manière de narguer un "Krocodylus"!

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Dennis Hopper (rien pour attendre!) dans "Tycus"!

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"Timecop": le poing et le couteau, plus une bonne tranche de Van Damme!

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"Des Serpents dans l'Avion"... et une couille dans le potage!

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20 avril 2008

LES TROIS VISAGES DE LA PEUR

DVD

LES TROIS VISAGES DE LA PEUR

(I tre Volti della Paura)

de Mario Bava (1963)

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"Mad Movies" renoue occasionnellement avec les classiques, qui nous proposait récemment avec son numéro de Février 2008 un énième Mario Bava. Ma foi, nous n'allons pas nous plaindre d'acquérir à si peu de frais (12,90 €, revue comprise) l'un des fleurons de la filmographie du maître transalpin, d'autant que "Mad" nous gratifie d'une version intégrale, c'est-à-dire incluant les séquences d'introduction et de conclusion assurées par l'icône Boris Karloff, absentes de la VF projetées dans les salles à l'époque et de la plupart des VHS sorties par la suite qui se contentaient de reprendre ladite VF, de même d'ailleurs que les rares diffusions TV. Si l'ouverture est assez classique, nous présentant un Karloff qui joue au "Crypt Keeper", la conclusion en revanche est beaucoup plus intéressante, qui nous dévoile l'envers du décor à l'occasion d'un facétieux travelling arrière, dont je laisse la surprise aux jeunes générations désireuses de découvrir ce chef-d'oeuvre absolu du film à sketches.

1°) "Le Téléphone"

Le premier sketch de cette trilogie nous plonge dans une angoissante situation de harcèlement téléphonique et laisse loin derrière le postérieur et très surestimé "Terreur sur la Ligne" (1979) de Fred Walton, ainsi que le récent remake (2005) que le falot Simon West en a tiré. À tout prendre, ces deux longs métrages, pour honnêtes qu'ils soient, n'inventent rien par rapport au sketch de Bava dont ils se sont très probablement inspirés, et ne constituent finalement qu'un délayage de ce qui est déjà dit de façon beaucoup plus concise et efficace dans l'original. À cet égard, "Le Téléphone", ainsi que "La Goutte d'Eau" dont nous parlerons plus avant, reste un modèle pour tout cinéaste désireux de soigner ses climats plutôt que d'en foutre plein la gueule à ses spectateurs de manière artificielle. La lente mais sûre gradation qui assure notre empathie avec l'angoisse croissante de l'héroïne (campée par l'"angélique" Michèle Mercier) est pour ainsi dire chronométrée, et chaque degré franchi dans le processus qui va de l'inquiétude à la panique affirme une rare maîtrise dramatique. L'on passe ainsi de l'absolu silence à l'autre bout du fil à des menaces de plus en plus précises, fonctionnant selon une dialectique perverse entre le sexe et la mort, comme si la seconde était l'aboutissement logique du premier. Au son (la voix sépulcrale au téléphone) vient alors se joindre l'évocation de l'image lorsqu'il est suggéré que le persécuteur VOIT effectivement l'héroïne, comme de bien entendu fort vaporeusement vêtue. Par ce doute savamment entretenu (s'agit-il ou non d'un bluff de la part du maniaque?), l'image évoquée prend alors une valeur fantasmatique qui identifie les spectateurs que nous sommes au voyeur supposé. Dès lors, ce spectateur / voyeur se retrouve, par ce jeu habile de manipulation, dans une situation perverse assez jouissive puisque la victime lui est soumise. Ne reste plus dès lors à la menace de se concrétiser plus avant, au point de rôder autour de la porte d'entrée sans toutefois se révéler, puisqu'une telle parousie équivaudrait à la mort pure et simple du climat si pointilleusement mis en place.

L'intrigue se dédouble alors habilement pour nous offrir deux coupables potentiels - dont l'un reste d'ailleurs entièrement hypothétique, n'apparaissant que par l'intermédiaire d'une coupure de journal. Ce faisant, l'histoire devient encore plus scabreuse en ce que l'"amie" appelée à la rescousse par notre héroïne hystérique va s'avérer une prédatrice sexuelle tout aussi redoutable, en sa qualité d'ex-maîtresse de notre belle persécutée. En même temps qu'il renforce la situation de voyeur dans laquelle se spectateur se trouve enfermé et qui le tient fermement accroché au défilement des images en lui proposant un champ fantasmatique quasi illimité, ce simulacre pervers de triangle amoureux compliqué de saphisme embrouille encore l'écheveau, dans lequel sexe et mort sont plus liés que jamais.

Pour ouvrir une parenthèse, il est étonnant de voir à quel point le cinéma populaire italien des années 60 peut se faire porteur d'une charge érotique considérable et, contre toute attente, proportionnelle à la pesanteur répressive des instances catholiques, comme si le déchaînement fantasmatique des pulsions était à la mesure du sur-moi qui les tient en laisse, dans une dialectique qu'il est convenu de nommer "de la maman et de la putain". Il en résulte ici un érotisme paradoxalement torride, en dépit de son caractère peu démonstratif (pour ne pas dire désuet en regard de tout ce que l'on a pu voir depuis), dû à une parfaite maîtrise de la suggestion qui ouvre au maximum le champ d'une fantasmatique liée au sexe. Cela s'explique sans doute par la manière dont Bava rôde autour des tabous, frôlant la limite du décemment montrable et s'assurant par la même une efficacité qu'il n'aurait certainement pas atteinte en les transgressant - ce qui aurait pu s'apparenter à une manière de viol en lieu et place du jeu érotique qu'il nous propose. On remarquera d'ailleurs qu'avec la libération sexuelle de la seconde moitié des sixties, le bis transalpin perdra la majeure partie de sa puissance d'évocation érotique pour se faire tout simplement racoleur. Là où le fantasme maintient la pulsion en perpétuelle suspension, l'acte ou sa représentation annihile celle-ci au moment même où il la réalise. Je parlai plus haut de perversité: la voilà mise en actes dans l'écriture cinématographique même, et en son sens le plus étymologique puisqu'on est en présence d'un contournement du tabou, dans lequel le signifié se trouve surdéterminé précisément du fait d'un signifiant se tenant scrupuleusement dans les normes du dicible, avec un zèle qui ne peut dès lors que paraître suspect...

Tout cela est d'ailleurs renforcé par l'esthétique d'alcôve des décors, qui fait cohabiter sans états d'âme art moderne et style rococo, dans une profusion d'un tel tarabiscotage que le mobilier et la bimbeloterie qui constituent l'environnement de l'héroïne envahissent l'espace au point de le rendre étouffant, ce qui est bien évidemment le but recherché. L'inquiétante irréalité de la situation - ou: quand l'impensable devient possible - est d'ailleurs souligné par un éclairage en tons pleins évoquant les fameux tableaux géométriques de Mondrian, auquel renvoie également un découpage de l'espace où s'entrecroisent horizontales et verticales, définissant autant de plans dans le plan. De cet esthétisme pointilleux, témoignant d'un tel culte de l'image qu'il en abolit quasiment la notion de hors champ, Argento saura se souvenir. Continuateur par excellence de l'oeuvre de Bava, et en particulier de sa conception maniériste du giallo, on retrouve dans ses films les plus accomplis toutes les obsessions esthétiques de celui-ci portées à un niveau paroxystique, qu'il s'agisse des éclairages aux couleurs incongrues, qui font du monde une sorte de gigantesque night-club, et auxquels répondent une partition du champ pareillement mondrianesque (voir notamment le très stylisé "Ténèbres"), ou de la multiplication de préférence anachronique des références picturales qui ne craint pas de faire cohabiter le baroque de l'univers lyrique au surréalisme de Chirico, ou encore de passer d'une fontaine de la Renaissance à un speakeasy sorti tout droit de chez Hopper ("Les Frissons de l'Angoisse"). Ceci pour vous dire, mes bons amis, que tout Argento est déjà en puissance dans ce sketch du "Téléphone", et qu'il existe une continuité esthétique évidente qui va de "Six Femmes pour l'Assassin" à "Inferno", au terme de laquelle Argento ressemblerait à un Mario Bava qui aurait gobé un acide.

Pour en finir avec ce premier sketch, et pour la petite histoire, sachez que, si l'on en croit le générique, "Le Téléphone" serait tiré d'une nouvelle de Maupassant. Ben voyons! N'est-il pas de notoriété publique que ce fameux novelliste du XIXème était également un accro du portable? Plus sérieusement, le sketch est en fait tiré d'une nouvelle d'un certain F.G. Snyder, écrivain contemporain très prisé d'Hitchcock, à ce qu'il paraît. Mais comme ledit Snyder n'avait pas l'heur d'être connu du grand public, il a semblé une bonne idée au producteur de créditer le pauvre Maupassant, qui n'a absolument rien à voir dans l'affaire, mais qui fut jugé plus digne de figurer dans le générique aux côtés de Tchekhov et Tolstoï, auteurs des deux tronçons suivants. Bref, l'anecdote démontre une fois de plus et si besoin en était la profonde débilité des producteurs auxquels Bava eut affaire d'un bout à l'autre de sa carrière.

2°) "Les Wurdalaks"

S'attaquant ici à Tchékhov (pour du vrai, ce coup-ci!) Bava nous prouve une fois de plus qu'il ne craint personne, et surtout pas la contemporaine Hammer - que les producteurs de bis italiens s'évertuent alors à imiter - sur le terrain du gothique. Sinistres ruines embrumées, antiques corridors dégoulinants de toiles d'araignées, clairs-obscurs dignes du Caravage, arbres squelettiques se détachant sur fond de nuit américaine, le Maître décline tout l'apparat qui a fait la gloire de Terence Fisher et du fantastique british des sixties avec une maestria déconcertante, repoussant les limites de la célèbre école anglaise avec un expressionnisme aussi éblouissant qu'extravagant et baroque. "Les Wurdalaks" constituent de ce fait un écho à son cultissime premier film "Le Masque du Démon", chef d'oeuvre impérissable du gothisme transalpin que j'ai eu le plaisir de vous chroniquer ici même, adapté quant à lui de Gogol et exploitant pareillement le thème du vampirisme à la sauce slave.

Comme toute nouvelle réussie, et il en va de même des sketches et autres courts-métrages, "Les Wurdalaks" repose sur une idée centrale forte et originale qui illustre une thématique vampirique finalement très accessoire en la détournant des lignes narratives consensuelles, pour la faire bifurquer vers une problématique scénaristique tout à fait inattendue. Parti à la chasse au "Wurdalak", un patriarche laisse à sa famille les consignes suivantes: s'il rentre avant minuit, c'est qu'il sera parvenu à vaincre le monstre et alors tout ira bien; en revanche, s'il rentre après minuit, c'est qu'il sera devenu lui-même un "Wurdalak", et alors le pire est à craindre... Ça a l'air clair et précis, dit comme ça, mais voilà-t'y pas que le vieux farceur se repointe pile-poil pendant les douze coups de minuit... Ce qui va permettre à Bava de jouer une fois de plus les funambules, en équilibre instable sur la ligne ténue qui sépare deux mondes: le patriarche est-il revenu une seconde avant, ou une seconde après minuit? Le doute et l'angoisse vont s'installer dans cet espace de temps infinitésimal, au-delà duquel le même devient l'autre et fait vaciller toutes les certitudes.

Le mythe du vampire, c'est un truisme de le dire, n'est jamais qu'un avatar du thème du double qui traverse de part en part toute l'histoire du genre fantastique, qu'il se nomme Mr Hyde, loup-garou, zombie, ou tout ce que vous voudrez. Or, c'est très précisément cette duplicité qu'incarne, quasiment au pied de la lettre, le grand Boris Karloff qui, en dépit de son âge canonique, nous livre une prestation bluffante - au sens propre du terme. Avec une perversité savoureuse, l'homme souffle le chaud et le froid et met son entourage à la torture, demeurant impitoyablement sur le fil du rasoir tout en penchant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, manifestant un comportement paradoxal d'une indécidable ambiguïté, tant par le dédoublement de ses propos ("Je suis mort... de faim!", lance-t-il malicieusement lors de sa réapparition) que de ses actes, comme le montre par exemple tout le jeu autour de son petit-fils, un nourrisson pour lequel il montre un attachement à la fois compréhensible et suspect, au point qu'on ne sait trop quel sens donner à ses paroles lorsqu'il clame: "C'est mon sang!"

Duplicité qu'il se paie d'ailleurs le luxe de mettre en abyme, en parfaite complicité avec Bava, au niveau même de sa technique d'interprétation qui oscille imperceptiblement entre le premier et le second degré. Karloff incarne ici une sorte de paradigme du Joker, dont on ne sais pas trop si l'on doit en avoir peur ou bien rire de ses facéties: bref, on a rarement vu la fameuse et très inquiétante ambivalence du clown - soit: la coexistence de deux visages superposés - aussi génialement interprétée. Ce second degré, lorsqu'il affleure, est d'autant plus efficace qu'il n'est jamais signifié avec ostentation - tel un Nicholson interprétant le Joker dans le "Batman" de Tim Burton, par exemple - mais au contraire joué sans se départir d'une inébranlable gravité, à peine ébréchée aux moments propices par un éclat de malice passant furtivement dans l'oeil ou dans le sourire, un peu à la manière d'un Maldoror énonçant "avec solennité les propositions les plus bouffonnes" tout en interdisant à son lecteur d'en rire, dans le même temps et au nom de cette même solennité. Karloff est ainsi en parfaite osmose avec Bava, lequel ne procède pas autrement en mettant en place un comique de situation qui vient se plaquer subtilement à la gravité du propos, solennellement déclinée par la grandiloquence gothique.

Cet humour féroce s'exerce principalement aux dépens du prétendu héros, sorte de caricature niaise de chevalier blanc, insupportable à force de bons sentiments et de roucoulades romantiques, qui n'a cesse de démontrer sa parfaite stupidité en persistant à ne pas voir ce qui est évident pour tout le monde. On pourrait même avancer que son inconscience persistante et, il faut bien le dire, très extraordinaire, provient de sa détermination obsessionnelle et monomaniaque à tremper son biscuit! C'est pitié de voir opposé à la perversité karloffienne cet être falot et sans relief, totalement incapable de... duplicité, si ce n'est dans le ridicule apparat romantique derrière lequel il dissimule maladroitement des pulsions pour le moins triviales! Dans un tel contexte de dédoublement, il demeure désespérément SIMPLE, pour ne pas dire simplet! Suprême ironie, Bava sacrifie à son tour à la mise en abyme en confiant ce rôle de faire-valoir de Karloff à Mark Damon, bellâtre assez insipide coutumier des rôles de jeunes premiers dans moult productions du cinéma populaire italien. Sa belle gueule lisse de puceau ne fait pas le poids un seul instant face à la trogne burinée de Karloff, et l'on ne doute pas une seconde que ce dernier va le bouffer tout cru, en tant qu'acteur aussi bien qu'en tant que personnage. Toute la filmographie de Bava, à y bien regarder, est d'ailleurs truffée de telles "mines" de pure ironie, et dont je ne serais pas étonné qu'elles constituent au bout du compte l'expression d'une révolte plus ou moins consciente du cinéaste face à un système de production aussi béotien que mercantile, qui maltraitait ses oeuvres et n'avait aucune considération pour son talent.

3°) "La Goutte d'Eau"

Sur une trame des plus linéaires et proche de la thématique développée par Poe dans des nouvelles telles que "Le Coeur révélateur", d'une structure étonnement similaire, ou encore "Le Chat noir" (à savoir: une vengeance d'outre-tombe se manifestant non pas par des apparitions spectrales, mais par une série de phénomènes désincarnés et obsédants jouant sur la culpabilité de la victime) "La Goutte d'Eau", troisième sketch adaptant une nouvelle de Tolstoï, constitue l'un des exercices de style les plus brillants qu'il m'aient été donnés de voir. Suite au décès de sa patiente, une vieille dame versée dans les pratiques occultes, une infirmière peu scrupuleuse subtilise du doigt de la morte une bague de grande valeur. Dès lors, les phénomènes étranges vont se multiplier: impossible de fermer les yeux de la morte, que l'on retrouve systématiquement rouverts, ni d'effacer de sa bouche un rictus assez épouvantable qui revient avec la même obstination, sans parler de cette mouche qui retourne inlassablement sur le doigt du cadavre, à l'emplacement de la bague volée, et du bruit de cette goutte d'eau que l'héroïne est la seule à entendre. Rentrée chez elle, et confrontée à sa culpabilité dans la solitude de sa maison, elle va vivre une nuit de cauchemar qui va la mener aux confins de la folie.

D'une efficacité imparable, obtenue paradoxalement par une économie de moyens qui confine à l'épure, la mise en scène de Bava nous fait côtoyer les plus hauts sommets de l'angoisse. Point ici de tonitruance des effets ni de procédés paroxystiques, mais au contraire une série de micro-événements à la limite de l'insignifiance, et qui vont finir par envahir tout l'espace dramatique par leur répétitivité obsessionnelle, se résumant à trois phénomènes de nature essentiellement sonore: une persienne qui grince dans le vent, le bourdonnement incessant d'une mouche, et la fameuse goutte d'eau. Ces trois sons, contrastant violemment avec le silence environnemental, et amplifiés par la caisse de résonance que constitue la conscience coupable de l'héroïne, ne tardent pas à devenir plus assourdissants que tout un orchestre philharmonique. Dispensé avec une précision métronomique, chacun de ses sons, lorsqu'il advient, semble suivre le contrepoint d'une partition dûment établie, et l'ensemble finit par définir une pièce de musique concrète parfaitement cohérente. Pour résumer, Bava fait autant ici oeuvre de musicien que de cinéaste en se concentrant sur sa bande-son (ce qui ne va pas sans rappeler les expérimentations délirantes d'un Tati, dans un registre tout à fait différent), en même temps que l'absence absolue de dialogues, induite par la solitude de l'héroïne, nous ramène aux sources du cinéma et à l'expressionnisme exacerbé du muet. Comme si le dialogue, qui tient lieu d'expressivité chez les mauvais cinéastes, était ici évacué par Bava, en tant que délayage bavard, pour aller directement à l'essentiel. À la réitération des trois sons répond ainsi une quête de l'héroïne quant à l'identification de leur provenance: dès lors, épousant le regard de celle-ci, la caméra de Bava passe en revue le moindre recoin de l'appartement par une succession d'inserts délivrés au rythme des sons, procédé qui a pour effet de charger le moindre bibelot d'une potentialité menaçante considérable.

D'un point de vue plus psychologique, la répétitivité (mise en évidence, par exemple, par les TOC qui ont valeur de rituel de conjuration) renvoie à l'obsession, elle-même résultat d'une tentative de négociation avec un sur-moi tyrannique qui culpabilise la conscience: d'où production d'irrationalité, c'est-à-dire, en dernière analyse, de fantastique. On a avec "La Goutte d'Eau" le schéma parfaitement décrit d'une névrose obsessionnelle telle que définie par Freud. Plus que jamais pervers et ambigu, Bava maintien constamment à égalité deux niveaux de lecture possibles: l'un psychologique et rationnel (autopunition par la névrose), l'autre fantastique et irrationnel (vengeance de la morte). Une fois de plus, il oscille sur le fil du rasoir, penchant tour à tour vers l'un ou l'autre thèse, et laissant le spectateur se débrouiller avec sa perplexité. C'est de ce fragile équilibre que la narration tire toute sa dynamique. Ainsi, tout au long de son calvaire, l'héroïne tente de reconquérir son intégrité mentale en rationalisant les phénomènes, mais à chaque fois qu'elle semble y parvenir, voilà que le fantastique opère un retour en force. S'il s'avère que le bruit de la goutte d'eau trouve à chaque fois une explication irréfutable (divers robinets qui fuient effectivement et qu'il suffisait de fermer, parapluie qui goutte dans un seau métallique...), il n'en demeure pas moins que le phénomène ne cesse de se reproduire... Par un habile jeu de déplacement, l'irrationnel n'est pas tant lié au phénomène en lui-même qu'à sa répétition, laquelle trouve son contrepoint (au sens musical du terme) dans le bourdonnement de la mouche, qui n'est irrationnel que dans la mesure où il évoque l'index accusateur de la morte, et le grincement du volet, qui n'est là que pour maintenir la tension en tant qu'artifice gothique. Déplacement par lequel tout ramène l'héroïne à sa culpabilité, au travers de cette répétition des phénomènes vécue comme un harcèlement, sans que Bava ne se prononce jamais quant à sa nature effective ou hallucinatoire. Pire: il se trouve qu'une interprétation "fantastique" n'entre aucunement en contradiction avec une interprétation "psychologique", et vice-versa: les deux thèses se contentent tout simplement de coexister. Dans cette ambiance indécidable, lorsque Bava se décide enfin à nous balancer un effet choc, je vous garantis que ça fait son petit effet!

Un mot pour finir: alors que je visionnais "La Goutte d'Eau" pour la énième fois, j'ai été brusquement frappé d'une illumination. Comme hypnotisé par la succession impitoyable des trois sons, je me retrouvai soudain téléporté dans une baraque en plein désert, au bord d'une voie ferrée, en compagnie de trois cow-boys vêtus de cache-poussière qui attendaient un improbable train. Dans le silence du désert, seuls trois sons se détachaient: une éolienne rouillée dont la roue grinçait inlassablement, des gouttes qui tombaient une à une sur le chapeau d'un cow-boy, et une mouche bourdonnante que l'on finissait par capturer dans le canon d'un révolver... Vous aurez bien sûr tous reconnu cette séquence cultissime! De plus, les cinéphiles que vous êtes n'auront pas oublié que le scénario d'"Il était une Fois dans l'Ouest" fut écrit à six mains: celles de Leone, évidemment, assisté pour l'occasion de Bernardo Bertolucci et de... Dario Argento! Peut-être penserez-vous que je m'avance un peu trop, ou que j'hallucine à mon tour, mais je demeure persuadé que la similitude que je viens d'évoquer est trop belle pour être une simple coïncidence, et qu'il y a une très forte probabilité pour que cette séquence d'introduction anthologique, ainsi que la référence indubitable qui est faite à "La Goutte d'Eau", soit de la plume d'Argento, véritable hommage de l'élève à son maître.

Comme quoi le vieux Mario, à sa manière habituelle pleine de modestie et de discrétion, a laissé dans l'histoire du Septième Art une empreinte plus profonde qu'il n'y paraît...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=QI9zFsknIPg (attention: trailer plein de spoilers!)

mercier

L'angélique Michèle Mercier: chaud!

karloff

Boris Karloff: sacré monstre ou monstre sacré?

tronche

De quoi se prendre la tête!

ruines

Le gothisme selon Bava: la Hammer n'a qu'à bien se tenir!

salon

Confirmé: Argento n'est pas le fils du facteur!

rictus

Le macchabée récalcitrant de "La Goutte d'Eau"

apparition

Sans déc, on se croirait pas dans "Suspiria"?

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02 avril 2008

BATMAN BEGINS

DVD

BATMAN BEGINS

de Christopher Nolan (2004)

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Au moment où l'on attend "The Dark Knight", second volet de la nouvelle franchise Batman initiée par Christopher Nolan et David S. Goyer, TF1-Vidéo a la bonne idée de sortir "Batman Begins" en édition économique (9,90 €), idéal pour les cinéphiles impécunieux. J'avais quant à moi grand besoin de revoir ce film, car j'avoue que le premier visionnage en salle m'avait laissé une impression assez mitigée... Certes, "Batman Begins" fut d'autant mieux accueilli et apprécié qu'il succédait aux deux bouses réalisées par un Joel Schumacher qui pratique la culture intensive de navets. Mais au-delà de cet effet d'aubaine, et en dépit de qualités évidentes, il n'en demeure pas moins que "Batman Begins" est loin d'enterrer les deux chefs-d'oeuvre de Tim Burton. Si la mise en scène du classieux Christopher Nolan, dont on n'a pas oublié l'excellent polar "Insomnia" (2002), constitue avec les images du chef-op Wally Pfister le véritable point fort du film, en revanche le scénar de bric et de broc que nous propose le très surestimé David S. Goyer plombe irrémédiablement la majeure partie du métrage.

En premier lieu, Goyer se sera durablement aliéné les fans de Frank Miller, en annonçant avant la sortie du film et quelque peu abusivement s'être inspiré du cultissime comics "Year One". Mais au final, le peu qui surnage de l'oeuvre de Miller est tellement insignifiant qu'il devient évident que, sur ce coup, Goyer aurait été bien inspiré de fermer sa gueule. Qu'on me comprenne bien: il n'est pas question de dénier à Goyer le droit d'avoir sa propre vision des origines de Batman, non plus que de s'éloigner de celle de Miller, mais en ce cas pourquoi en appeler à "Year One" pour cautionner son script? Face à ce procédé, le comics-fan se sent légèrement pris pour un con!

Pourtant, à la base, l'option de se concentrer sur l'alter ego Bruce Wayne et de différer au maximum l'apparition de Batman n'était pas une mauvaise idée en soi, et aurait pu constituer un ressort dramatique intéressant. Le problème, c'est qu'elle se délaye dans un script où Goyer tire à la ligne et multiplie les clichés. Ainsi, l'initiation de Wayne aux arts martiaux, qui se limitait à une brève allusion chez Miller, s'enfle ici jusqu'à occuper tout le premier tiers du film et, sans la mise en scène somptueuse de Nolan qui parvient à faire diversion avec talent, on s'ennuierait ferme devant cette histoire déjà vue cent fois dans moult classiques du film d'arts martiaux traitant de prêtres Shaolin et d'initiation à la dure, émaillée de sentences grandiloquentes sur l'art du guerrier, du genre: "Anticipe le terrain", "La rage n'est rien sans la volonté", et tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle vole un boeuf, pendant qu'on y est! Heureusement, Nolan est là pour conférer ampleur et dynamisme à certaines séquences sans cela dénuées de tout intérêt dramatique, comme Wayne et Ducard croisant le fer sur un lac gelé, ou encore le magnifique ballet de ninjas au terme duquel l'élève surclasse le maître (et un cliché, un!) et qui met fin à cette initiation qui avait tendance à s'éterniser.

Le deuxième tiers est encore pire scénaristiquement: le "devenir Batman" de Wayne se résume à quelques fiches bricolages, récitées par le toujours charismatique Morgan Freeman, en nous décrivant par le menu la technologie batmanienne. Ce passage, de loin le plus ennuyeux, n'est pas sans rappeler les sempiternelles séquences obligées de la série des James Bond où Q procède à la distribution des gadgets. Là encore, rien de bien original dans ce catalogue fonctionnaire de cape, costard, grappins, Batmobile, aménagement de Batcave et autres pompes matinales: on s'emmerde ferme et Nolan n'y peut mais.

Le film finit tout de même par trouver son rythme quand Batman prend du service, Nolan ayant enfin quelque chose à filmer. On déplorera toutefois un Épouvantail assez peu inquiétant avec son sac de jute informe sur la tête, et on se prend à imaginer ce qu'un Tim Burton aurait fait d'un tel personnage, exaltant une essence gothique qui, ici, brille par son absence. Si le script de Goyer aligne, là encore sans grande originalité, les figures imposées de l'actionner de base (poursuite de voitures tout à fait gratuite avec destruction de mobilier urbain, course finale contre la montre...), la mise en scène parvient efficacement à noyer le poisson grâce à un montage nerveux et surtout par l'exploitation qui est faite des zones d'ombres ménagées par les superbes décors, et qui restitue Batman à ce milieu urbain dont il n'aurait jamais dû s'éloigner. Là encore, Nolan sait rattraper la sauce avec brio, et relègue au second plan les faiblesses du script, parmi lesquelles un twist foireux - la révélation de l'identité de Ras Al' Guhl, dont on avait deviné dès le début qu'il ne s'agissait pas du Fu-Manchu d'opérette entr'aperçu dans le monastère. Un bémol toutefois: j'ai du mal à m'expliquer que Nolan soit aussi peu à l'aise dans les scènes de baston, cadrées et montées de façon totalement incohérente, sans aucune préoccupation "chorégraphique" et à la limite de l'illisibilité. Étonnant, de la part d'un film dont toute la première partie se réfère aux codes du cinéma d'arts martiaux asiatique, lequel a précisément su s'imposer par sa conception chorégraphique des combats, toujours réalisés avec une précision quasi maniaque.

Néanmoins, tout n'est pas à jeter dans cette nouvelle approche du Batman, loin s'en faut. Ainsi, l'un des atouts majeurs du film consiste paradoxalement à s'être radicalement démarqué de la vision burtonienne, et plus précisément de son aspect "fête foraine bigarée", par lequel le papa de "Beetlejuice" marquait sa distanciation humoristique. En effet, "Batman Begins" tourne délibérément le dos à tout cet apparat gothico-expressionniste pour cultiver résolument un premier degré qui fleure bon la désespérance des classiques du polar noir. Traités avec un sérieux imperturbable qui confine au tragique et une théâtralité quasi lyrique, les personnages acquièrent une dimension ténébreuse encore jamais vue dans la profusion contemporaine de superheroes-movies qui préfèrent jouer la carte du héros positif et du méchant caricatural, spectacle familial oblige.

Caricaturant la caricature en y injectant une certaine cruauté, Burton était parvenu à enfumer les executives de la Warner et à dissimuler avec pas mal de perversité un film d'épouvante plein de sous-entendus freudiens sous les oripeaux d'un blockbuster tous publics. Mais derrière le Luna Park de "Batman, le Défi" (voir "Mollards" de Janvier 2007) se profilait clairement la lugubre fête foraine du "Freaks" de Tod Browning, et Warner eut tôt fait de limoger Burton au profit du bien plus inoffensif Schumacher. Nolan et Goyer, eux, abordent l'atavisme "draculéen" de Batman de manière frontale et sans plus tergiverser: certes, le côté freudien passe à la trappe avec des personnages quasiment asexués (en effet, ce n'est pas la nunuche Katie Holmes qui peut rivaliser avec les bombasses interprétées par Kim Basinger et Michelle Pfeiffer...), mais en revanche l'oeuvre y gagne un style désespérément crépusculaire qui en fait toute l'originalité. Ici, ça déconne pas, et on ne badine pas avec les ténèbres: l'ombre envahit le moindre recoin de l'image, projection de la gravité intérieure et non moins obscure des personnages, et même les saillies ironiques d'Alfred sont diffusées au compte-gouttes. Et au final, c'est moins par sa continuité narrative maladroite que par cette attaque frontale, laissant de côté toute coquetterie et tout tarabiscotage, que "Batman Begins" se rapproche du "Year One" de Miller, oeuvre tout aussi directe, tragique et désespérée, fondant de manière séminale le mythe moderne du Batman "post-Crisis". Au vu des trailers de "The Dark Knight" que l'on trouve un peu partout sur le Web, il semblerait que ce second opus persiste dans cette approche tout en premier degré, si l'on en juge par son Joker grimaçant et plus blafard qu'un zombie (dernier rôle du regretté Heath Ledger), qui semble aussi éloigné que possible de l'histrion décadent auquel on était habitué, tel qu'interprété chez Burton par un Nicholson au sommet du cabotinage.

Autre atout de "Batman Begins": son casting en béton. Christian Bale, coutumier des personnages quelque peu perturbés (cf "American Psycho", "The Machinist"...), campe à la perfection un Bruce Wayne taraudé par ses obsessions et Liam Neeson, fort de la science du sabre acquise dans la prélogie "Star Wars", fait un Ras Al' Guhl très crédible et ambivalent à souhaits, parvenant à nous faire ressentir la monolithique certitude du fanatisme. N'oublions pas Morgan Freeman, excellent dans son registre habituel de père de substitution, et le monument Michael Caine dont l'ironie flegmatique typiquement british colle impeccablement au personnage d'Alfred. On regrettera toutefois que le rôle du Commissaire Gordon, réduit par le script de Goyer à la portion congrue, ne donne pas à Gary Oldman la possibilité d'exprimer toute l'étendue de son talent. Personnage central et volant presque la vedette à Batman dans le "Year One" de Miller, Gordon est ici un personnage falot se contentant de jouer les utilités, ce qui est tout de même dommage.

Par ailleurs, cela me semble symptomatique des rapports ambigus que Goyer entretient avec l'oeuvre de Miller, à savoir qu'il s'en démarque complètement tout en en laissant surnager des scories çà et là sous forme de ligne narratives qui, pour faire plaisir aux fans, n'apportent pas grand chose à l'ensemble et s'avèrent au final aussi anecdodiques qu'inabouties. Citons par exemple la référence au parrain Carmine Falcone, intrigue centrale de "Year One" - prolongée brillamment dans cet autre chef d'oeuvre du comics qu'est la mini-série "Amère Victoire" de Jeph Loeb et Tim Sale - qui tourne ici en eau de boudin et dont le film aurait fort bien pu se passer, ou encore la présence quasi subliminale de flic ripoux Flass, lui aussi important chez Miller, mais bien moins que Bullock qui est ici curieusement absent bien qu'étant devenu au fil du temps l'un des piliers des séries régulières. Bref, on s'interroge devant les choix scénaristiques de Goyer, particulièrement lorsqu'on les rapporte à l'exploitation qui en est faite: certes, l'on m'objectera que les personnages empruntés à Miller sont là pour évoquer la corruption qui règne à Gotham City, elle-même déterminante du devenir de Bruce Wayne. Mais il n'en demeure pas moins que le sentiment persiste d'une storyline primitive envisagée un temps pour être ensuite abandonnée et dévier vers des personnages plus hauts en couleurs, tels que Ras Al' Guhl et l'Épouvantail - peut-être à la demande des producteurs, toujours avides de spectaculaire... Et, en dépit des qualités du film, je n'ai pas pu me départir en ce qui me concerne d'une impression de scénario partant dans toutes les directions et manquant cruellement de cohésion, sans parler des clichés évoqués plus haut dans lesquels il retombe inévitablement.

En dépit du plaisir que m'a apporté le traitement formel de ce Batman et que je ne bouderai pas, tant il est vrai que, malgré les réserves que j'ai pu formuler, je me suis honnêtement diverti, il n'en demeure pas moins que cette reprise de la franchise m'apparaît comme une semi-réussite... Mais il est également vrai que les fans de comics ont la réputation de n'être jamais contents, du moins à cent pour cent, devant les adaptations cinéma qui leur sont proposées... Si les deux films de Burton demeurent pour moi difficilement surpassables, ça ne m'empêchera pas d'aller voir "The Dark Knight", en espérant que cette fois l'essai sera transformé: en effet, pour peu que Goyer se fende d'un script un peu plus rigoureux et original, Nolan est en capacité de nous offrir un grand film. Wait and see...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=33370.html

batman_planant

Regardez-un peu ce qui nous tombe sur la gueule...

grappin

Pourvu qu'il nous mette pas le grappin dessus!

BW

Christian, c'est de la Bale!

_pouvantail

L'Épouvantail épouvanté!

manoir

Le poids des maux, le choc du poteau!

batmobile

Et y'a même le lecteur de CD!

batcave

La Batcave: manque plus que l'électricité!

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27 janvier 2008

JE SUIS UNE LEGENDE

Sortie en salles

JE SUIS UNE LÉGENDE (I Am A Legend)

de Francis Lawrence (2007)

aff

L'année 2007 se termine bien mal avec, pour changer un peu, un nouveau blockbuster foireux qui relève de la captation de franchise pure et simple. Par ce concept, je désigne ce procédé malhonnête - mais hélas fréquent - qui consiste à racoler le chaland en baptisant un produit quelconque et de préférence conventionnel du titre d'une oeuvre référentielle avec laquelle il n'a rien ou pas grand chose à voir. Ce genre d'expédient est bien pratique lorsqu'il s'agit de refourguer, sous un emballage prometteur et éprouvé, n'importe quel script pourri traînant dans un fond de tiroir, ou encore lorsqu'il est question d'édulcorer l'oeuvre d'un auteur jugée politiquement incorrecte - et actuellement, aux States, même Scooby-Doo est suspecté d'athéisme gauchisant, si j'en crois le Bush à oreille...

Il s'agissait donc de récupérer le statut porteur de classique de la SF de l'oeuvre de Richard Matheson (1), tout en en désamorçant le pessimisme, incompatible avec le triomphalisme américain ambiant, pour y substituer si possible l'idéologie patriotico-cul-bénite de rigueur. En un mot comme en cent, "Je suis une Légende"-le film n'est rien d'autre qu'une vaste entreprise de cirage de pompes républicaines, et je serais curieux de savoir comment Matheson, qui sert ici d'alibi et n'avait montré que peu d'enthousiasme à l'endroit des deux précédentes adaptations de son roman (2), a bien pu prendre la chose...

Tout cela est d'autant plus dommage que le film parvient à faire illusion durant tout son premier tiers, dans lequel Francis Lawrence réussit avec assez d'efficacité à nous rendre empathiques à la solitude de son héros. À ce propos, ne manquons pas de rendre hommage au staff artistique responsable des décors impressionnants d'une Grosse Pomme déserte et post-apocalyptique, qui servent de caisse de résonance à la situation désespérée de Neville. Ainsi, cette entrée en matière sait nous mettre en condition et excelle à faire peser une sourde menace indéterminée par les déambulations de la caméra dans ces décors dantesques, de même que par l'ambiance claustrophobique des scènes à l'intérieur du bunker où se terre Neville, et les scénaristes ont eu l'excellente idée de clore les volets dès que la nuit tombe et que le danger se précise, préférant nous laisser fantasmer la nature de l'ennemi plutôt que de nous la jeter maladroitement à la figure.

Par le fait, on est réellement accroché lorsque, poursuivant sa chienne imprudente, Neville entame sa descente dans les ténèbres d'un sous-sol labyrinthique, au terme de laquelle la nature de la menace nous sera enfin révélée. Et là, tout s'effondre: d'abord parce que, sacrifiant à cette mode insupportable de l'hystérie filmique, Lawrence nous gratifie, dès que l'action s'emballe un peu, de ce genre de bouillie pelliculaire qui consiste à monter de façon hyper serrée des mouvements de caméra incohérents... et ensuite parce que les scénaristes ont eu cette idée désastreuse de substituer aux vampires de Matheson, créatures intelligentes et perverses, des espèces de zombies blafards et décervelés tout droit sortis du "28 Jours plus tard" de Danny Boyle, cherchant sans doute à surfer avec opportunisme sur la cote persistante du mort-vivant auprès du public mainstream. Il va sans dire que l'on perd au change, et que les affrontements bourrins d'un Will Smith bodybuildé avec une horde de créatures glapissantes et grimaçantes sont loin de susciter le même intérêt que le jeu du chat et de la souris auquel se livrent les deux parties dans le roman de Matheson - situation psychologiquement compliquée par le fait que les vampires ont à leur tête l'ex-voisin et ami de Neville, lequel ne se prive pas de faire vibrer la corde sentimentale pour tenter de piéger celui-ci: un élément pourtant riche en possibilités dramatiques que le script évacue ici sans autre forme de procès. Bref, dès que la menace est identifiée dans toute sa pesante conventionalité et que le film pénètre dans ce deuxième tiers qu'on peut qualifier "de l'affrontement", on est bien obligé de se rendre à cette évidence: "Je suis une Légende" version 2007 ne pète pas plus haut qu'un "Resident Evil" de luxe.

Sauf qu'un "Resident Evil" a au moins cette honnêteté de bourriner sans complexes, et évite de nous prendre la tête avec ce genre de message psycho-philosophico-théologico-mes couilles qu'on nous assène sans sourciller dans une troisième partie qui pulvérise les limites du ridicule, dans un souci propagandiste aussi lourdasse que vomitif. Car voilà-t-y pas que l'opération du Saint-Esprit scénaristique nous parachute femme et enfant, et que tout ce joli monde se met à entamer le couplet de l'espoir, de l'avenir de l'humanité (américaine!) et gna-gna-gna... On boit jusqu'à la lie de la mixture lorsque la greluche prend son plus bel air de Soubirous pour annoncer à notre héros que c'est Dieu himself, dans une vision qu'Il lui a envoyée, qui l'a guidée jusqu'à lui, de même qu'Il lui a révélé l'existence d'un camp de survivants réfugiés dans le Vermont, où elle parviendra in fine à ramener le sérum-miracle découvert par Neville (dans une autre inspiration divine, cela ne fait aucun doute!), dont le sacrifice final n'aura pas été inutile puisqu'il lui permettra de sauver l'humanité (américaine!). Ce qui vaudra à un Will Smith à la démagogique saveur de Bounty d'être sacré héros de la nation (comme dans "Independence Day", tiens!) dans un grand flottement de bannière étoilée, ta-tsoin! Comme je vous le dis! Certes ce n'est pas mon genre de balancer comac des spoilers mais, en l'occurrence, c'est faire acte de citoyenneté et de salut public que d'essayer de vous faire économiser les sept euros que vous seriez tentés de mettre dans le visionnage de cette bouse puantissime! Vous n'êtes pas convaincus? Tant pis pour vous, mais laissez-moi vous dire que vous demanderez pardon quand vous aurez entendu le monceau de conneries que Smith débite sur ce pauvre Bob Marley dans une diatribe d'une niaiserie confondante!

Ceux qui ont lu le roman de Matheson n'auront pas oublié son dénouement, dont le cynisme savoureux se situe aux antipodes du brouet de bons sentiments et d'hypocrisie que Lawrence se complaît à touiller. Je n'en dirai évidemment rien - car un autre acte de civisme consiste à vous inciter à vous procurer ce classique - mais sachez simplement qu'il semble tout droit sorti d'un de ces fameux "EC Comics" de William H. Gaines, à tel point que je reste persuadé que c'est cette seule chute, avec tout le "mauvais esprit revendiqué" qu'elle véhicule, qui a justifié et conditionné toute l'écriture du roman. Mais voilà: l'Amérique a besoin de positiver, et il faut admettre que tant de noirceur et de pessimisme eussent été fort malvenus au moment où des cohortes de héros de la nation se font étriper en Irak...

Notes

(1): Disponible chez Gallimard en "Folio-SF".

(2): "Je suis une Légende" de Sydney Salkow (1964) et "Le Survivant" de Boris Sagal (1971).

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18784329&cfilm=105557.html

zombie

Will Smith, il a pô peur des zombies: c'est un héros de la nation!

rap

Yo, cousin, si tu me mords ça va partir en free style!

baignoire

Aurait-il trompé sa meuf?

family

Pétain de Dieu, c'est travail, famille, patrie!

assis

Oui, j'admets qu'il y a de quoi rester sur le cul!

city

Will Smith part dans le décor!

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05 janvier 2008

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Déc 07)

Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

Tout d'abord, une horrible et terrifiante année à tous les fantasticophiles qui fréquentent ce blog moralement discutable. Je vous souhaite en abondance tout ce que vous aimez, quelle que soit votre catégorie de prédilection, le succès croissant de vos blogs pour ceux qui en ont, de belles étagères pour aligner les tonnes de comics et de DVD que vous engrangerez, et par-dessus tout une santé florissante malgré votre teint un peu pâle... Et afin d'enterrer dignement le millésime antérieur, voici les ultimes "Mollards" de 2007, expectorés avec amour et funérailles!

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Vu à la télé

LE CONCILE DE PIERRE

de Guillaume Nicloux (2006)

On attendait mieux de Guillaume Nicloux que ce foirage intégral. Comment le réalisateur du très sympathique "Le Poulpe" (1998) et de l'excellent "Une Affaire privée" (2001) a-t-il pu aboutir à un film aussi chiant à partir du thriller haletant de Jean-Christophe Grangé (voir chronique "Ça sent le Book")? Tout d'abord en bâclant son script. En effet, on a du mal à trouver une écriture dans ce scénar qui semble rédigé en style télégraphique: chaque scène nous expose ainsi on ne peut plus succinctement, au travers de dialogues strictement utilitaires débités sans conviction par des comédiens apathiques, ce que nous devons savoir pour passer à la scène suivante, pareillement fagotée. La réalisation, quant à elle, se résume à une redondance de tics devant très rapidement insupportables: la plupart du temps, Nicloux se contente de se rapprocher graduellement de ce qu'il filme par des zooms ou des travellings avant d'une lenteur éprouvante, avant de passer au plan suivant traité de façon similaire. Quand d'aventure la caméra délaisse un temps ce procédé, c'est pour se mettre à tourner autour des acteurs, ou encore pour venir se placer face à eux selon un mouvement ascendant, descendant, latéral ou circulaire, tout ça toujours de manière lentissime. Résultat: on bâille très rapidement, on se désintéresse du sort de la Bellucci qui traverse cette trop simpliste histoire de shamanisme comme une somnambule (eh oui, la starification ne fait pas l'actrice!) et on languit de voir arriver la fin de ce film qui se traîne plus qu'il ne progresse. Lorsqu'on parvient enfin à la conclusion, on a l'impression d'avoir survolé de très haut l'oeuvre de Grangé, mais en aucun cas d'avoir assisté à une adaptation de celle-ci. Bref Nicloux tourne en rond, nous emmerde, rend les choses confuses à force de les schématiser, et finit par ne rien dire. Triste...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=51042.html

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Comics

TOP TEN: "Au-delà de l'ultime Frontière"

par Paul Di Filippo & Jerry Ordway

(Panini - coll "100% ABC - Novembre 2007)

S'il y en a deux qui étaient attendus au tournant, il s'agissait bien de Paul Di Filippo et de Jerry Ordway... Pensez donc: reprendre le flambeau derrière des pointures telles qu'Alan Moore et Gene Ha pour l'une des franchises les plus mythiques du comics moderne, vous admettrez qu'il y avait de quoi s'angoisser... D'autant que c'est la première fois que Moore repasse l'un de ses bébés à un tiers... Connaissant la réticence quasi paranoïaque du Maître à déléguer ses prérogatives scénaristiques - particulièrement après les massacres adaptatifs perpétrés par le pitoyable "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" (Stephen Norrington - 2003) et par le puantissime "V pour Vendetta" (James McTeigue - 2006) produit par ces sociaux-traîtres de Wachowski - on évaluera aisément le poids de la responsabilité pesant sur les épaules du pauvre Di Filippo. Ajoutez à cela - je suis bien placé pour en parler! - que les fans de Moore sont souvent du genre intégriste, et vous aurez une idée de la gageure que représentait cette mini-série (cinq numéros) parue aux States fin 2005. Eh bien je me félicite de vous annoncer solennellement que le passage de relais est on ne peut mieux réussi, et que les fans les plus sourcilleux du commissariat le plus foutraque de toute l'histoire de la BD peuvent s'offrir cet album sans aucune crainte. Ce succès est d'autant plus remarquable qu'il s'agit des tout premiers pas de Filippo dans le comics: en effet, l'homme exerçait jusque là la noble fonction d'écrivain de SF et l'on peut supposer (car ses romans ne nous sont malheureusement pas encore parvenus) que, s'ils manifestent une propension au délire comparable à celle qui anime son "Top Ten", alors on pourra s'attendre à quelque chose dans la veine d'un Robert Sheckley ou d'un Fredric Brown - à savoir: tout sauf triste! Ceci pour vous dire qu'entre les robots toxicomanes qui se fragmentent le disque dur au moyen (je cite) de l'"énergie noire" extraite du "super-espace" dans laquelle baignent toutes les lignes temporelles du "multivers", et Bayou Billy, le poisson-chat géant qui sème la panique sur les docks de Neopolis et que l'on capture au moyen d'un appât vivant professionnel du nom de Zelazny (!), sans oublier bien sûr les activistes du mouvement "derridadaïste" (re-!), Di Filippo ne démérite à aucun moment et relève avec brio le gant de la déconnade mooresque. Quant au vétéran Jerry Ordway, il s'est beaucoup amusé à pratiquer la référence tous azimuts en couvrant littéralement ses planches de super-héros DC et Marvel, ainsi que de personnages de BD venant de tous horizons, école franco-belge comprise, à tel point que les geeks les plus indécrottables pourront sans problème utiliser ce comics pour se quizzer entre eux! Précisons que ce petit jeu de la citation systématique débouche le plus souvent sur un humour aussi savoureux que décalé, voire d'une extrême subtilité, comme dans cette vignette qui nous montre Black Canary et Zatanna (pour les profanes: deux héroïnes DC arborant d'aguichants bas-résille) pratiquant la pêche au FILET!!! Pas de doute, Moore savait ce qu'il faisait lorsqu'il a offert "Top Ten" à ce tandem.

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Vu à la télé

CHUCKY, LA POUPÉE DE SANG

(Child's Play 2) 

de John Lafia (1990)

Deuxième épisode de la franchise du scénariste Don Mancini - qui en compte cinq à ce jour - "Chucky, la Poupée de Sang" ne déroge pas à la règle et s'avère une petite série B fun et sympa comme ont su nous en offrir en leur temps des gens tels que Charles Band, Brian Yuzna ou autres héritiers de Roger Corman. Autrefois, on aurait qualifié de "drive-in-movie" ce genre de produit propice au pelotage de petite amie, et aujourd'hui... eh bien nous dirons simplement qu'il s'agit du film idéal pour une soirée pizza entre poteaux. Le fendage de gueule est d'autant plus assuré que la franchise ne se prend pas cinq minutes au sérieux: il faut avoir vu Andy, le pauvre gosse persécuté par Chucky depuis l'opus 1 "Jeu d'Enfant" (1988), partir en guerre armé d'un couteau électrique comme dans une version miniature de "Massacre à la Tronçonneuse"! Jouant sur les thèmes du double maléfique et de l'enfance pervertie, le sous-genre du "puppet-movie" a donné quelques beaux classiques au cinéma fantastique, tels que le chef d'oeuvre de Tod Browning "Les Poupées du Diable" (1936), le sketch magistral "The Ventriloquist's Dummy" d'Alberto Cavalcanti dans "Au Coeur de la Nuit" (1945) et son excellent remake inavoué "Magic" de Richard Attenborough (1978), sans oublier "Les Poupées" de Stuart Gordon (1987) ou la sympathique franchise des "Puppet Master" produite par Charles Band (neuf épisodes au compteur depuis 1989); enfin, on délivrera une mention spéciale au génialissime "Les Frissons de l'Angoisse" de Dario Argento (1975) qui comporte l'une des plus traumatisantes scènes de poupée diabolique de toute l'histoire du Septième Art! Don Mancini, quant à lui, prend ses distances avec cette tradition purement horrifique: en effet, les Chucky s'avèrent moins des "puppet-movies" proprement dits que des slashers déguisés, puisqu'il y est question d'un serial-killer se réincarnant dans un poupon par le biais d'une cérémonie vaudoue. De plus, le fait que Chucky, embouché comme un charretier et ne loupant pas une occasion de dresser le majeur, ponctue chacune de ses exactions d'une vanne à deux balles en fait un digne rejeton de Freddy Krueger. C'est que Don Mancini, rusé, a pioché à droite et à gauche dans tous les cartons horrifiques populaires de l'époque pour parvenir à un concept-patchwork d'une certaine fraîcheur, à défaut d'originalité: d'où le succès de la franchise qui, sans exploser le box-office, a toujours su trouver son public sans faillir. Ceci dit, "Chucky, la Poupée de Sang" s'avère quelque peu chiant dans ses deux premiers tiers, déroulant son lot de meurtres de façon mécanique et peu spectaculaire, pour trouver enfin son rythme dans sa troisième partie avec un final très enlevé où les protagonistes s'affrontent sur une chaîne de montage de poupées. L'éternel retour d'un Chucky increvable, à chaque fois plus amoché, parvient à nous tenir en haleine tout en nous faisant marrer et nous laisse finalement sur une impression favorable. Pas indispensable, donc, mais possible.

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http://www.youtube.com/watch?v=rJnV_aoAEwc

comic_box_couv

Presse

COMIC BOX EXTRA #2: "Noir"

(Hiver 2007)

"Noir c'est noir", chantait jadis notre Smet national, tant et si bien que j'en jaunis à l'idée! Décliner toutes les nuances d'une couleur qui stricto sensu n'en est pas une, des ténèbres où se tapissent une cohorte de créatures peu recommandables à l'obscurité de l'âme humaine, tel est le programme de ce second HS de "Comic Box". Ça fait belle lurette que le fantastique et le polar se disputent le monopole de la noirceur, le premier par son exploitation plus ou moins métaphorique de la chose ténébreuse qui est son fonds de commerce, et le second par le pessimisme social et humain qu'il déploie depuis l'avènement du polar hard-boiled avec Dashiell Hammett. C'est de ses rapports compliqués et inextricablement interpénétrés dont traite le premier dossier, "Crime Fiction Confidential", qui retrace brillamment la trajectoire sinueuse qui va du Shadow - lui-même trouvant ses sources dans le feuilletonisme français en tant qu'avatar US du Judex popularisé par les chefs-d'oeuvre respectifs de Louis Feuillade (1916) et Georges Franju (1963) - jusqu'à ce super-détective gothique qu'est Batman, en passant par moult variations telles que The Question, le Spirit, le Phantom Stranger, et j'en passe... Du feuilleton radiophonique au pulp puis au comics, le dossier livre un état des lieux passionnant et érudit sur la culture pop du XXème siècle, et parvient à mettre en lumière (si j'ose dire!) tout un jeu d'influences, allant parfois jusqu'au plagiat pur et simple, par lequel on arrive à un comics moderne finalement pas si moderne que ça... Une interview d'Ed Brubaker, l'un des scénaristes les plus urbains et hard-boiled du moment (voir notamment sa série "Gotham Central", publiée chez SEMIC et Panini), ainsi qu'une bio de l'increvable Commissaire Gordon, viennent efficacement compléter ce premier dossier. Avec la section suivante, intitulée "L'Oeuvre au Noir", on entre dans l'univers graphique d'artistes pratiquant un noir et blanc très contrasté et sans concession, école qui va du vénéré maître Milton Caniff (quel malheureux parmi vous n'a pas encore lu "Terry et les Pirates"?) au "Sin City" de l'hyper-couillu Frank Miller. Suit une interview de Brian Azzarello - encore un qui est tombé dans la Série noire quand il était petit! - puis Neil Gaiman et Roger Avary viennent nous parler du blockbuster "Beowulf" avant de céder la place à John Constantine, notre cancéreux préféré, qui fête vingt ans d'enquêtes paranormales dans son comics "Hellblazer" - rappelons qu'il naquit sous la plume d'Alan Moore (génuflexion, adoration, adulation, prosternation, dévotion) en 1985 dans "Saga Of The Swamp Thing" #37 (1). Avec l'ultime dossier "Danse macabre", on entre de plain pied dans l'horreur pure et dure avec un hommage amplement mérité au Grand Ancien William H. Gaines, qui dans les fifties se battit jusqu'au bout pour imposer ses "EC Comics" pleins de goules et de zombies purulents, seul et magnifique au milieu d'éditeurs pusillanimes qui lui tournaient le dos et abandonnaient leur liberté créatrice, trémolinant du genou devant la censure et l'anathème des culs bénis. À ce même rayon, on trouvera les comics horrifiques de DC qui, comme tous les autres châtrés hypocrites, se rua dans le créneau après que Gaines eût essuyé les plâtres - tous ces "House Of Secrets" et "House Of Mystery" qui bercèrent mon adol