Vu à la télé

SÉANCE INTERDITE (Janvier 2009)

Yannick Dahan, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. D'abord, il nous fait bien marrer avec ses présentations sanguinolentes de Crypt Keeper hystérique, émaillées de vannes à deux balles et chroniquées de manière tout à fait décomplexée. Mais surtout, il est devenu incontournable car il remplit quelque part le rôle jadis dévolu à nos regrettés cinémas de quartier, en cette triste époque où la mafia distributrice a pris le contrôle des programmations de nos salles, et où un exploitant n'a même plus son mot à dire sur ce qu'il va ou ne va pas diffuser. Car sans Yannick et ses "Séances interdites", le pauvre provincial éloigné de tout que je suis aurait bien du mal à découvrir - sauf à se ruiner en DVD scandaleusement coûteux - quelques-unes de ces séries B qui font l'actualité du genre que nous affectionnons, et dont les fossoyeurs de la culture, parangons du bon goût franchouillard, nous privent régulièrement. Ah il est loin, le temps où le moindre nanar chroniqué dans "Creepy" ou "Vampirella" était visible jusque dans les campagnes les plus reculées... Aujourd'hui, lire "Mad Movies" revient à se faire mal en dressant le catalogue de tous ces films qui nous font saliver pire que la créature d'"Alien", mais qu'on n'a aucune chance de voir un jour. Heureusement, Yannick est là pour entretenir la flamme, et nous montrer que la série B horrifique qui décape n'est pas prête à se laisser dissoudre dans le blockbuster insipide.

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HOSTEL, CHAPITRE II (Hostel: Part 2)

d'Eli Roth (2007)      

On avait bien aimé "Hostel" premier du nom pour ses audaces et son jusqu'au-boutisme dans l'abjection provocatrice (voir "Séance interdite" de Décembre 2007), mais là, franchement, ça commence à tirer à la ligne et à sentir l'opportunisme. Quitte à nous fourguer absolument une séquelle, Eli Roth aurait au moins pu faire l'effort de nous pondre un script qui ne soit pas un copier-coller de l'original en version féminine. Il en résulte que l'ambiance parano qui réussissait si bien dans le premier opus ne fait plus recette ici, le spectateur ayant éventé le procédé dès les premières images, et se doutant bien que tout le monde, mais alors absolument tout le monde - du concierge de l'hôtel aux minots qui mendient dans les rues, en passant par les beaux étalons qui comptent fleurette aux trois oies blanches à la fête du village, et ainsi de suite jusqu'au moindre figurant - fait partie de la conspiration qui va amener les plus que potentielles victimes là où l'on sait. Tout aussi gênant, on nous annonce pareillement au mégaphone qui va survivre et qui va y passer: d'après vous, entre l'imprudente écervelée, la folle de sexe et la meuf-mature-qui-garde-la-tête-sur-les-épaules, qui tirera son épingle du jeu et, accessoirement, celles plantées dans son cul? On le voit, on ne cherche même plus à contourner les stéréotypes, ni à travailler un tant soit peu la psychologie des personnages, l'objectif à peine dissimulé étant de doubler la mise à peu de frais avec des procédés dignes de l'industrie agro-alimentaire. Par le fait, le gogo est arnaqué comme il était prévu qu'il le soit, et le nouveau "Hostel" ne lave pas plus rouge que le nouvel Ariel ne lavait plus blanc: c'est tout simplement le même produit sous un emballage différent. Au chapitre des (rares) innovations, on trouve notamment une velléité d'embrasser le point de vue des bourreaux (deux yuppies américains, l'un, fanfaron et pervers, traînant l'autre, timide et réticent) mais bon, on est quand même loin de "Henry, Portrait Of A Serial Killer", et ce qui aurait pu être un angle d'attaque intéressant, en même temps qu'une opportunité de renouvellement thématique de la franchise, tourne rapidement au pétard mouillé, le traitement du sujet (trop périlleux?) se résumant à quelques banalités superficielles débitées par-dessus la jambe... Néanmoins, ce petit détour fait du côté des tortionnaires sera l'occasion d'un beau twist de fin de parcours, indéniablement l'un des rares moments forts du script. Pour le reste, Eli Roth est égal à lui-même: sa réalisation est toujours à la hauteur, et l'esthétique trash et nauséeuse de l'ensemble est bien plus efficace par sa puissance de suggestion que tout ce qui aurait pu être montré par ailleurs en termes de violence graphique. À cet égard, le réalisateur met la pédale douce sur le gore et sait couper au bon moment, contournant la complaisance craignos non sans un certain sadisme. En effet, il sait ménager une tension assez insoutenable et nous amener sans la transgresser jusqu'à la limite d'un "voyeurisme viandard": la séquence où le bourreau, du fait d'un fil trop court, débranche malencontreusement la prise de sa scie circulaire alors que celle-ci est à un centimètre du visage de sa victime, est assez exemplaire de la façon dont Roth joue avec nos nerfs... À la manière du Tobe Hooper de "Massacre à la Tronçonneuse", il sait flirter efficacement avec les limites et forcer le spectateur à détourner le regard, afin que le fantasme de ce qui aurait pu être montré se substitue à ce qui a été effectivement vu... Ainsi, je suis prêt à parier que nombre de spectateurs, parmi les moins aguerris aux extrémismes du genre, sortiront de la salle avec la conviction d'avoir vu quelque chose qui n'a jamais été montré, ce qui nous confortera dans cette idée que le cinéma d'horreur n'est jamais autre chose qu'un jeu rigolard pour sales gosses turbulents. Roth dédramatise d'ailleurs la situation en adressant certains clins d'œil aux fans purs et durs, le moindre n'étant pas le caméo montrant Ruggero Deodato (auteur du cultissime "Cannibal Holocaust") se taillant un steak dans la jambe d'un malheureux avant de s'attabler confortablement pour le déguster! (1) Mais, si l'on a la conviction que tout ce Grand-Guignol outrancier n'est finalement pas très sérieux, en revanche on aimerait pouvoir en dire autant de la question sexuelle, le film semblant s'adresser également à un public plus féru d'imagerie SM que de cinéma horrifique. Par le fait, la séquence où la première de nos trois victimes se retrouve nue, ligotée et pendue la tête en bas, qui plus est dans un décorum des plus sordides, n'a rien à envier à certains sites de bondage hardcore tels qu'on peut en trouver un peu partout sur le web. Quant à savoir si ce qui nous est montré relève de la dénonciation ou du racolage pur et simple, il faut bien avouer que les choses ne sont pas clairement tranchées et que le spectateur est renvoyé à lui-même: se sent-il horrifié par ce qu'il voit, ou bien au contraire excité sexuellement? Là est toute la question, et je ne serais pas étonné que cette ambiguïté dans le propos ne soit pour Eli Roth qu'une manière perverse d'accentuer le malaise, en abolissant soudainement toute distance entre le film et le spectateur. Par ailleurs, et toujours au rayon des ambiguïtés, la fameuse théorie de la conspiration qui implique la quasi totalité du casting, chacun jouant son rôle pour amener les victimes jusque dans les griffes des bourreaux, finit par avoir pour effet malencontreux de donner à penser que le peuple slovène constitue une sorte de quart-monde dégénéré, sadique, et prêt à sacrifier toute humanité sur l'autel de sa vénalité. Soit: le principe de la famille de "Massacre à la Tronçonneuse" généralisé à une population tout entière... Et là, nous sommes sur un terrain beaucoup plus glissant que celui du Grand-Guignol...

Note:

(1): Au rayon des caméos facétieux - derrière lesquels on devinera la patte du producteur cinéphage Quentin Tarentino, féru comme on sait de bis italien - il convient également de signaler, dans le rôle d'un détective, la présence de Luc Merenda, interprète très populaire de moult polars transalpins de série B, ainsi que celle de la très coquine Edwige Fenech, vedette de nombreuses comédies gentiment érotiques (citons les séries de "La Toubib" et de "La Prof") fort prisées en leur temps des militaires en goguette.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

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Voir également la chronique de l'ami Eelsoliver:

http://cinemadolivier.canalblog.com/tag/Hostel%202

28_semaines_aff28 SEMAINES PLUS TARD

(28 Weeks Later)

de Juan Carlos Fresnadillo (2007)

"28 Semaines plus tard" ne va pas chercher midi à quatorze heures et s'inscrit d'emblée, comme son prédécesseur "28 Jours plus tard" (Danny Boyle - 2002), dans la catégorie des hommages sincères rendus à l'œuvre de Romero. On a beau remplacer les zombies par des "infectés" (c'est comme ça qu'on dit, maintenant) et leur faire passer le turbo, on retrouve bien le fond de la désormais célèbre thématique romérienne, qui consiste à traiter le zomblard en tant que faire-valoir de notre trop humaine ignominie. Démarche que le script radicalise ici, en reléguant les fameux "infectés" à l'extrême périphérie des événements qui nous sont relatés, puisque la plus grande partie de l'action se déroule en "zone sécurisée". En effet, racontant la reconquête progressive de Londres après la pandémie du premier opus, "28 Semaines plus tard" nous montre la réinstallation des survivants dans un environnement pour le moins concentrationnaire, sous contrôle de l'armée qui a pris la direction des opérations - ce qui ne laisse pas d'être inquiétant, à en juger par les réfugiés stockés dans des trains, escortés dans leur moindre déplacement, parqués comme du bétail, mis en quarantaine avant que d'être rendus à un simulacre de vie civile et professionnelle, le tout sous l'œil affûté de snipers à la gâchette facile... C'est dire si le film politique prend le pas sur le film horrifique, dans la plus pure tradition romérienne, au travers de cette dialectique sécurité / liberté dont les deux moments semblent obéir à un principe de vases communicants. Ce qui pose la question très actuelle (notamment dans notre beau pays de Sarkozie) de savoir jusqu'à quel point le citoyen est prêt à sacrifier sa liberté pour éprouver un sentiment sécuritaire souvent illusoire, contradiction dont les politiques en général et les fachos en particulier savent parfaitement tirer parti. Dans ces conditions, ce n'est certainement pas un hasard si les "infectés" se retrouvent relégués en banlieue de la zone dite "civilisée", à l'instar de certaines populations censées faire trembler le bourgeois et prétextes à toutes dérives sécuritaires: en effet, n'oublions pas que l'Angleterre est l'un des pays où l'on voit les caméras pousser comme des champignons au coin des rues, parfois doublées de haut-parleurs interpellant les inciviques, tout ça avec l'assentiment des braves citoyens propres sur eux. Mais les sociétés se composent également d'individus et, à cet égard, "28 Semaines plus tard" redouble la responsabilité collective au niveau du microcosme familial au travers de ce père indigne, interprété par le toujours magistral Robert Carlyle (remember "Vorace"?) qui, en tout début de film, abandonne sa propre épouse aux mâchoires zombiesques pour se carapater comme un foie jaune. Mais sa culpabilité le rattrapera au travers de ses enfants, qui, eux, n'hésiteront pas à faire acte de désobéissance civique pour partir à la recherche de leur mère. En tant que porteuse saine du virus, celle-ci laissera entrevoir une lueur d'espoir qui, ironiquement, va se retourner en menace pour sceller le destin de l'humanité, et toute l'histoire ne va pas tarder à virer au massacre généralisé, les militaires faisant autant de victimes que les "infectés"... Vous qui entrez, laissez toute espérance car vous avez affaire à un film crépusculaire dans lequel toute porte entr'ouverte vous est immédiatement claquée sur les doigts par des scénaristes sadiques, dans une tragédie oedipienne où tout ce qui est fait pour contrarier la destinée humaine ne fait paradoxalement que la précipiter - comme si le germe du Mal était à chercher dans la constitution même de l'homme, et non chez les coupables désignés, dans une malencontreuse confusion de l'effet et de la cause... Au bout du compte, le sacrifice des héros - réellement admirables d'abnégation - ne servira non seulement à rien, mais aura pour effet de faire empirer les choses, et de les étendre à un niveau planétaire... C'est donc une Terre presque entièrement zombifiée que l'on retrouvera dans le prochain opus, fort pertinemment intitulé "28 Months later", et dont le tournage a débuté en Octobre 2008 sous la houlette de Paul Andrew Williams (réalisateur en 2007 du très remarqué "Bienvenue au Cottage "). On le voit, Danny Boyle, qui officie en tant que producteur exécutif sur la trilogie, a pensé celle-ci dans un certain parallélisme au triptyque fondamental de Romero: en effet, après un premier acte qui posait les bases de l'invasion à la manière de "La Nuit des Morts-Vivants", la réplique militaire basée sur la violence aveugle à laquelle on assiste dans "28 Semaines plus tard" fait écho aux affrontements entre miliciens et morts-vivants de "Zombie" et aboutit au même constat pessimiste, à savoir que ceux qui sont censés nous défendre finissent par s'avérer encore plus dangereux que la menace qu'ils combattent. Nous verrons bien si ce parallélisme se confirme dans le troisième opus, mais en attendant l'on ne peut que se réjouir de l'angle d'attaque qu'ont adopté Boyle et ses collaborateurs pour cet hommage, en préférant nous proposer une relecture personnelle, intelligente et moderne, plutôt que de sacrifier à un énième remake foireux de l'œuvre originale (en ce moment, le bruit court d'une troisième version de "La Nuit des Morts-Vivants" - gros soupir!). Par le fait, "28 Semaines plus tard" confirme, en tant que co-production, la qualité et la vitalité des cinémas fantastiques espagnol et britannique qui continuent à en remontrer à une production hollywoodienne qui s'encroûte dans la redite, le politiquement correct et le stéréotype à but lucratif. En fait, on en a marre d'être pris pour des cons, et on espère beaucoup d'autres films tout aussi rentre-dedans, tant du point de vue de la forme que de celui du fond.

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Voir également la chronique de l'ami Eelsoliver:

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DEAD SILENCE

de James Wan (2006)

Après avoir ébouriffé les fans et initié le sous-genre du "torture-flick" craspec avec "Saw" (2004 - voir "Séance interdite" de Décembre 2006), le petit génie du B-movie James Wan laisse la franchise patauger dans les déjections bovines du sieur Bouseman et engendrer les inévitables copies-carbone multipliées par moult suiveurs plus ou moins zédeux, pour opérer un total changement de cap sur ce deuxième long métrage. Visiblement peu enclin à se laisser enfermer, cataloguer ou étiqueter, l'homme se positionne au-dessus de la mêlée et revient avec "Dead Silence" aux sources du B-movie pour réaliser un film fantastique pur et dur, "à l'ancienne", délaissant toute surenchère sanguinolente et posant des plans inhabituellement élaborés (et d'autant plus efficaces) à l'heure où la plupart de ses confrères sacrifient à la mode surfaite de la shaky-cam hystérico-subjective. Par le fait, et en tant que film préférant aux effets faciles une certaine approche "climatique", il est clair que "Dead Silence" interpellera davantage le fantasticophile confirmé que le novice ou le profane, puisque mettant en œuvre tout un jeu de références d'ordre aussi bien esthétique que thématique. Esthétiquement, il est absolument impossible de ne pas penser au grand Mario Bava, et à son héritier spirituel Dario Argento, principalement du fait d'une débauche d'éclairages monochromes dans les couleurs primaires: à cet égard, le travail du chef-op John R. Leonetti est réellement admirable, et l'importance accordée à la lumière est d'autant plus pertinente, dans ce qui se veut d'évidence un hommage à Bava, que ce dernier s'avéra en tout premier lieu un chef opérateur de génie tout au long de son œuvre. Rien, en effet, n'est aussi efficace qu'un éclairage décalé, c'est-à-dire aussi éloigné que possible de la lumière naturelle, dès lors qu'il s'agit d'induire un sentiment d'inquiétante étrangeté, procédé dont Bava et Argento abusèrent au point d'en faire quasiment une figure de style désormais classique dans le genre. Par ailleurs, l'esthète fantasticophile se régalera également d'une touche gothique directement importée des productions de l'incontournable Hammer, Wan ne se privant pas de trimballer ses personnages de cimetière brumeux en manoir hanté, dans une ville fantôme magnifiquement décrépite - la traversée en barque qui amène le héros jusque dans l'antre de la spectrale Mary Shaw prenant quant à elle des allures de croisière sur l'Achéron... Bref, le gothisme anglais des sixties s'enrichit ici d'un baroque typique de l'interprétation qu'en donna le bis italien à la même époque, ce qui ne manquera pas de réjouir les nostalgiques de cet Âge d'Or. Thématiquement, "Dead Silence" se donne également comme le digne héritier d'une longue lignée de classiques, puisqu'il y est question - il est grand temps que je vous en informe! - d'une histoire de poupées maléfiques. Dès l'abord, l'inquiétant mannequin dont hérite le héros et que l'on voit fabriquer sous nos yeux, alors que défile le générique, dans un simulacre prométhéen de l'acte de création divine, évoque au moins deux prédécesseurs prestigieux: le sketch "Le Mannequin du Ventriloque" d'Alberto Cavalcanti, tiré du chef-d'œuvre "Au Cœur de la Nuit" (1945), et son plus ou moins remake "Magic" (1978) de Richard Attenborough. Toutefois, malgré ces références évidentes, "Dead Silence" n'exploite pas le thème habituel d'une projection schizophrénique de la face obscure du ventriloque dans un alter-ego mécanique devenu le lieu d'un retour du refoulé, et préfère bifurquer vers un traitement à ma connaissance assez peu exploité, le marionnettiste n'étant rien moins ici que le fantôme d'une tueuse d'enfants se réincarnant dans ses poupées. Bien que ménageant quelques effets-choc efficacement amenés, Wan prend l'option d'angoisser durablement le spectateur plutôt que de chercher à le terrifier ou à l'horrifier franchement: un sentiment de sourde inquiétude perdure d'un bout à l'autre du film sans jamais véritablement se résoudre, et les moments de bravoure sont traités moins comme des fins en soi que comme des moyens d'entretenir la tension. Par exemple, et si violence il y a (les victimes se voient arracher la langue!), on est plus souvent confrontés à ses effets qu'on ne la voit réellement se déchaîner, et l'effet purement graphique n'est mobilisé par Wan qu'en dernier recours. Exit également les séquences d'action pure car, si les poupées de "Dead Silence" s'avèrent terriblement inquiétantes, c'est précisément du fait de leur quasi immobilisme. Ne vous attendez pas à les voir se jeter sur les protagonistes tel l'agité Chucky ou les créatures de la franchise "Puppet Master" de Charles Band, car James Wan la joue autrement plus fine: ses poupées à lui ne bougent "qu'avec contiguïté", dès que les personnages ou la caméra détournent le regard. D'un moment à l'autre, on les retrouve avec une expression différente, leur sourire évoluant peu à peu vers le rictus, ou s'étant insensiblement rapprochées comme dans une partie de "un-deux-trois-soleil". La relégation du mouvement hors-champ engendre dès lors un délicieux frisson, au travers de cet espace ménagé pour le doute qui actualise comme une fêlure dans les personnages - et dans le spectateur qui s'identifie à eux. Doute savamment entretenu par Mario Bava, soit dit en passant, dans la quasi totalité d'une œuvre dont les héros ne parviennent jamais à trancher dans une alternative qui renvoie inlassablement l'irruption effective de l'élément fantastique face à l'éventualité de leur propre folie... Par ailleurs, cette contiguïté inquiétante dans le mouvement, si bien exploitée par Wan, est redoublée dans la gestuelle saccadée inhérente à l'automate en tant que simulacre du vivant, comme si un miroir nous renvoyait le sentiment du grotesque de nos existences, suggérant par là une sorte de programmation du moindre de nos mouvements: moment suprême où l'original et le double se confondent, où le mécanique est "plaqué sur du vivant", pour paraphraser Bergson, et où le marionnettiste commence à se demander si c'est bien lui qui tire les ficelles... Car, comme son nom l'indique, la schizophrénie est bien le lieu d'une fêlure, laquelle s'actualise dans cette image maintes fois exploitée, mais toujours aussi traumatisante, de la poupée brisée. Autant de mécanismes, si j'ose dire, dont James Wan a une parfaite intelligence, et qu'il sait exploiter avec la précision d'un horloger, dans une mise en scène authentiquement visionnaire, d'une virtuosité assez remarquable, et qui propose toujours la bonne image au bon moment, créant chez le spectateur comme un écho qui vient titiller les angoisses les plus profondément archaïques. Ce somptueux délire visuel est d'ailleurs ce que nous retiendrons du film car, je suis au regret de vous le dire, le script de Leigh Wannell, déjà collaborateur de Wan sur "Saw", est loin d'être à la hauteur. En effet, s'il a le mérite de pointer avec pertinence tout se qui fait le charme vénéneux du "puppet-movie" et d'aligner quelques bonnes idées, celles-ci sont rarement exploitées jusqu'au bout et l'ensemble s'avère assez paresseux, manquant de ressort dramatique et sacrifiant trop souvent à la facilité de ficelles éprouvées. On déplorera notamment un twist-de-rigueur frisant le ridicule tellement il est tiré par les cheveux... Dommage, car le thème de l'enfance (qu'elle soit pervertie ou, comme c'est le cas ici, martyre) indéfectiblement lié à la figure de la poupée, était pourtant habilement amené, au travers d'une assez abominable comptine faisant ressurgir chez le héros toutes ses terreurs enfantines, et précipitant chez lui une régression en eaux troubles assez voisine, là encore, des obsessions de Bava et d'Argento - grands amateurs de comptines vénéneuses aux sinistres mélopées, de même d'ailleurs que de poupées inquiétantes. Toutefois, et en dépit des quelques réserves à l'endroit d'un scénar ma foi bien maladroit, servi par des acteurs assez peu charismatiques, ne vous privez surtout pas de visionner "Dead Silence", ne serait-ce que pour le plaisir des yeux, car James Wan s'y confirme un réalisateur extrêmement doué, en même temps qu'un cinéaste de genre comme on aimerait en voir plus souvent. J'ai d'ailleurs hâte de découvrir "Death Sentence" (2007), troisième opus du bonhomme qui, décidément imprévisible, donne cette fois dans le "vigilante-flick".

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"Hostel 2": une esthétique crapoteuse de site porno

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En tous cas, on aura évité un film bavard!

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Les bourreaux morflent aussi!

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Eli Roth arborre les couleurs!

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"28 Semaines plus tard": le retour des infectes "infectés"!

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Préservez-nous de nos amis!

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L'esprit de l'escalier!

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La fuite du père indigne...

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Les inquiétantes poupées de "Dead Silence"

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"Du mécanique plaqué sur du vivant"...

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Le héros, perdu dans des brumes gothiques...

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Chaud: le grand show de Mary Shaw!