Vu à la télé

SÉANCE INTERDITE (Février 2009)

Deuxième de mes quatre chroniques de rattrapage annoncées à propos des "Séances interdites" du millésime 2009, donc… Encore un tour du monde ma fois fort bigarré avec du Nalien ricain tout pourri, du mouton néozélandais fendard, du fantôme ibérique de très grande classe et du n'importe quoi russkoff mariné dans la vodka et fumé à l'herbe de bison! Le diabolique Yannick Dahan ne recule vraiment devant rien, y compris le pire, dès qu'il s'agit d'éclabousser l'écran…

alien_affALIEN VS PREDATOR: REQUIEM

de Colin & Greg Strause (2007)

Mon petit Yannick, Belzébuth sait que je t'aime bien, mais laisse-moi te dire que sur ce coup, y'a comme du mou dans la programmation… Depuis que tu sévis, on commence à te connaître un peu, et on sait que tu ne prises rien tant que provoquer le bourgeois insécurisé accro au Pernault cuvée Télébouygues, mais sans déconner: qu'est-ce qui t'a pris de nous balancer une purge pareille? Tu t'es overdosé aux pruneaux ou quoi? L'actualité ne manque pourtant pas de séries B bien crades comme tu aimes et, qui plus est, mal distribuées, nom d'un face-huggler enragé! Bon, allez, dis-le franchement que c'était rien que pour nous embêter, sale gosse que tu es! Mais tu pourrais avoir un peu pitié du pauvre blogueur: honnêtement, que veux-tu que j'écrive sur ce machin informe? que c'est mal écrit, mal filmé, mal photographié? et que quand je dis "mal", c'est presque un compliment? que le monteur s'est amusé à débiter des confetti? que le caméraman est parkingsonien? que le chef-op était victime d'une grève-surprise de l'EDF, aggravée par les pluies diluviennes de conditions météo déplorables? que j'ai passé trois visionnages d'une heure et demie (ouais, j'ai "Canal Décalé", à présent) à me cramer les rétines pour essayer de déchiffrer un enchevêtrement de formes indistinctes, tellement on n'y voit rien (1) et tellement le peu qu'on voit est emberlificoté par une inquiétante dyslexie narrative? Même les monstres sont mélangés, et il m'a semble entr'apercevoir une espèce de "Predalien" mal défini au milieu de ce gloubi-boulga de ficelles scénaristiques éculées… Tu me diras, ça devait arriver, à force de laisser toutes les franchises partouser impunément! Oui, je sais bien que le Vatican ne veut pas entre parler de capotes, mais il y a tout de même de ces cas où seule la castration demeure envisageable! En tous cas, merci aux Strause Brothers, réalisateurs champions de la prise de tête esthétisante à deux balles, qui ont réussi l'exploit de me réconcilier avec Paul W.S. Anderson, auteur d'un premier épisode pourtant déjà bien moisi (voir "Mollards d'Août 2006): c'est vrai que tant qu'on n'a pas fait l'expérience du pire, on ne connaît pas notre bonheur!

Note:

(1): Peut-être faut-il y voir (faute d'autre chose!) un hommage discret au lointain archétype "Alien" de Ridley Scott (1979), dont la photographie surfaite cultivait le même caractère "coloscopique"!

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http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces/aliens-vs-predator-requiem,71942

black_sheep_affBLACK SHEEP

de Jonathan King (2006)

De l'horreur néo-zélandaise, on n'en avait guère revue depuis qu'un certain Peter Jackson faisait des débuts assez fracassants dans la carrière avec une trilogie devenue mythique. Alignant coup sur coup "Bad Taste" (1987), "Les Feebles" (1988) et "Braindead" (1992), le désormais très respectable auteur du "Seigneur des Anneaux" révolutionnait alors le trash-movie à grand renfort d'un gore outrancier et rigolard, volontiers agrémenté de scatologie, pornographie, zoophilie, et j'en passe… Tous ingrédients que le compatriote et disciple Jonathan King reprend à son compte dans ce premier film, superbe hommage au Maître dont il parvient brillamment à restituer toute la juvénile potacherie. Assez curieusement, et en dépit de tous ses débordements irrévérencieux, "Black Sheep" semble revendiquer avec une certaine fierté une sorte d'"identité nationale" de l'horreur néo-zélandaise: principal sujet de son film, le mouton appartient en effet au patrimoine, au même titre que le rugby et la culture maori, et acquiert par là une valeur de symbole - ce n'était d'ailleurs pas pour rien que Peter Jackson s'amusait comme un petit fou à pulvériser des ovins au lance-roquettes dans une scène devenue culte de "Bad Taste"! Par ailleurs, "Black Sheep" aurait pu lui même s'appeler "Bad Taste", tant il frôle le bon goût sans jamais y tomber dans cette comédie tout aussi grinçante où le mouton, soudainement enragé, devient le principal prédateur de la race humaine suite à des manipulations génétiques. Tout comme Jackson, King manifeste un intérêt particulier pour les personnages bas de plafond, et rien ni personne n'est à sauver dans le casting de crétins qu'il met en scène. Parodiant les films de monstres à message gentiment écolo, il ironise au contraire assez cruellement sur le didactisme militant (et souvent hypocrite) de ce genre de productions, piétinant avec un bel entrain les fourmilières du politiquement correct à la Nicolas Hulot. Ainsi, les écolos de "Black Sheep" s'avèrent tout aussi cons que les industriels pollueurs et autres technocrates pervers, et je ne vous parle pas des rednecks du cru! Tout ce joli monde s'agite une heure et demie durant dans une sorte de slapstick hilarant où la tripaille tient lieu de tartes à la crème, et où les situations loufoques s'empilent au rythme des massacres délirants perpertrés par les moutons devenus anthropophages. Les SFX sont à l'ancienne et génialement approximatifs, ce qui est un façon pour King de situer son film en tant que vrai-faux nanar. On sent d'ailleurs derrière tout cela un amour immodéré de la série Z, ne serait-ce que par une volonté permanente de reproduire, par un amateurisme habilement simulé, l'ambiance des films de copains tournés à l'arrache tels que "Evil Dead" de Sam Raimi ou, bien évidemment, "Bad Taste". Hommage est également rendu à l'inévitable Romero, les malheureux mordus par les mutants se transformant à leur tour en moutons! Amateurs de cinoche décalé, outrancier et délirant, je ne crains pas de le dire: "Black Sheep" est pour vous absolument incontournable. Et puis de toutes façons, quand l'ovin est tiré…

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18799208&cfilm=125164.html

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L'ORPHELINAT (El Orfanato)

de Juan Antonio Bayona (2007)

Une fois de plus, la surprise vient de l'Espagne. Pendant que le reste du monde rivalise d'esbrouffe et sombre dans un tape-à- l'œil aussi creux que généralisé, le jeune Juan Antonio Bayona - poulain de Guillermo del Toro, ici producteur - nous balance en pleine gueule un premier film dont le classicisme n'a d'égal que la perfection. Délaissant tous les artifices du pop-corn movie, ce surprenant réalisateur pose des plans sublimes, enchaîne des mouvements de caméra époustouflants de pertinence, s'offre une photographie à tomber, bref parle le langage du cinéma pour nous gratifier d'un film de maison hantée qui fera date dans l'histoire du genre. Malheureusement pour lui, "L'Orphelinat" débarque derrière les non moins magnifiques "Les Autres" (Alejandro Amenábar - 2001), "L'Échine du Diable" (Guillermo del Toro - 2001 - voir "Mollards" de Mai 2007), et "Fragile" (Jaume Balagueró - 2005 - voir chronique éponyme), trois pointures qui restituaient au film de fantômes ses lettres de noblesse en préférant pareillement l'intimisme au grand-guignol. Cela explique peut-être que cette production, pourtant assez confortablement distribuée en France (pour une fois…) soit passée relativement inaperçue, alors qu'elle a littéralement cartonné de l'autre côté des Pyrénées, après avoir moissonné pas mal de prix dans les festivals spécialisés. Circonstance aggravante, "L'Orphelinat" tourne également autour du thème de l'enfant martyr, véritable obsession du cinéma fantastique ibérique - en particulier chez Balagueró … Pourtant, on aurait tort de soupçonner l'exploitation opportuniste et "américanisante" d'une quelconque mode ou d'un quelconque filon car, au-delà de cette similarité thématique sans doute culturelle, les scénars des différentes œuvres citées ont tous su contourner les clichés et les redondances pour proposer, chacun à sa façon, une approche très personnelle d'un sous-genre certes rebattu. "L'Orphelinat" ne fait pas exception à la règle, et l'écriture du film est suffisamment soignée et subtile pour court-circuiter cette impression de déjà-vu, au moyen notamment d'une foule d'idées réellement très originales. Bref, et en dépit des apparences, l'œuvre de Bayona est bien davantage qu'un film de fantômes de plus. Déjà, l'histoire est fortement teintée de mélodrame puisqu'il y est question d'une mère désespérée recherchant son fils leucémique mystérieusement disparu, apparemment happé par un monde de spectres qu'il est le seul à voir. Or, cette "mélodramatisation" du fantastique est également une spécialité espagnole, de même que la manière dont elle est opérée: suffisamment présente pour assurer l'implication et l'identification du spectateur en jouant sur le registre de l'émotion, mais jamais pesante au point de court-circuiter l'élément fantastique qui, au contraire, utilise cette même émotion pour surgir au niveau du réel. Ainsi, la disparition du fils et la présence de spectres semblent deux lignes narratives, l'une relevant du mélodrame et l'autre du fantastique, venant à se télescoper comme par accident, alors que toute la savante ambiguïté du script consiste à nous entretenir dans cette idée qu'il y a une relation de cause à effet. Par le fait, toutes les démarches rationnelles mettant en jeu la catégorie de causalité, telle la vague enquête policière qui est menée et qui n'aboutit qu'à des pistes avortées ne faisant qu'exacerber le mystère, seront vouées à l'échec. C'est également ce malentendu, entretenu par le script avec une perfection d'écriture quasi miraculeuse, qui amènera le twist final, d'une cruauté psychologique tout à fait insoutenable. Entre-temps, Bayona nous aura gratifié d'une quête aux fantômes émaillée de terrifiants morceaux de bravoure, avec pour point d'orgue une partie de un-deux-trois-soleil à vous faire dresser les cheveux sur la tête! Mais l'on peut également citer la très inquiétante chasse au trésor à laquelle se livre l'héroïne en compagnie des spectres, jeu de pistes surnaturel à la fois exaltant et angoissant dont tous les indices la ramènent à son enfance dans la sinistre bâtisse. Car c'est dans l'innocence retrouvée de ces jeux d'enfants que se révèlera le pire des savoirs, mêlant l'émotion à l'horreur. Un chef d'œuvre, rien moins!

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DAY WATCH

(Dnevnoy Dozor: Mel Sudbi)

de Timur Bekmambetov (2006)

On nous en avait fait tout un patacaisse, de ce nouveau ciné fantastique qui cassait la baraque de l'autre côté de l'ex-rideau de fer, des millions de spectateurs, des recettes pulvérisées, du blockbuster qui y en remontre aux Ricains, patati, patata… Alors, dans un moment d'aberration, je m'étais fendu d'un fauteuil pour aller voir "Night Watch" (2004): un quart d'heure plus tard, je quittai la salle (ce qui doit m'arriver une fois par décennie) en me demandant s'il fallait vraiment se féliciter de la chute du Mur de Berlin… Sans vouloir faire une apologie mal venue de feu le régime soviétique, reconnaissez tout de même qu'avant, on avait Tarkovki, Protazanov, etc… et que désormais il faudra se contenter de… Bekmambetov!!! Ce qui, si vous arrivez à le prononcer, n'est pas un vain mot! Bien qu'ayant subi de manière exhaustive, durant ce quart d'heure de visionnage, tout ce que je ne peux pas blairer dans un certain cinéma de genre contemporain, j'ai tout de même prété une oreille imprudente à ces gens qui me disaient que c'était pas pro, ce genre de défection, que ça se faisait pas, et enfin que j'avais tout juste gagné le droit de fermer ma gueule concernant "Night Watch" - que je n'ai jamais chroniqué, notez bien, s'il vous faut encore des preuves de mon honnêteté… Mais entre-temps, voilà t'y pas que le père Dahan, très content de son coup foireux, avec son sourire de provocateur des mauvais jours, et nous présentant la "chose" comme deux heures de portnawak déglingué, nous programme "Day Watch", second volet de la trilogie bekmambetovienne (désolé!). Ce coup-ci, je m'impose l'épreuve masochiste de le regarder jusqu'au bout - ce qui n'apporte rien de plus aux conclusions que j'avais tiré de ma brève et précédente expérience - et je conquiers haut la main le droit d'en dire tout le mal que j'en pense. D'autant que depuis, je me suis farci également l'imbuvable "Wanted" (2008), dernier opus bekmambetoviste (on s'en lasse pas!) tiré du comics de Mark Millar et J.G. Jones, et que je suis encore tombé sur un bek qu'a fait rien que de m'embêtov - et je suis poli! À présent qu'on a fini de me faire chier avec des considérations déontologiques, donc, je suis enfin liiiiiibre de vous dire que les films de Bekmambemachinchosev incarnent avec brio la macdonaldisation intensive de la nouvelle Russie. Faut-il que le peuple ait été culturellement paupérisé pour faire un triomphe - à moins qu'il ne s'agisse de propagande à l'ancienne? - à ce monument d'esbrouffe visuelle, qui recycle sans vergogne tout ce que le blockbuster ricain a pu produire de plus pourri, de "Matrix" à "Underworld"! Tout y est: caméra épilleptique… montage-confetti… acteurs tellement poseurs qu'ils en oublient de jouer… gunfights où on sait plus qui flingue qui mais on s'en fout tant que ça fait du bruit… bastons où l'on grimpe aux murs en faisant des saltos arrière au ralenti… poursuites interminables avec cascades où les motos grimpent sur les camions, tandis que le perchman culbute le cameraman en levrette parmi les chutes de pellicule, sous l'objectif d'un réalisateur qui se regarde filmer avec complaisance et qui accumule les lieux communs visuels avec l'air inspiré de celui qui a une idée de génie à chaque plan… scénar sac de nœuds gribouillé par un pied gauche qui pue, et qu'on essaie de nous faire avaler avec une phraséologie à la grandiloquence typiquement watchowskienne, du genre de celle qu'on peut lire sur l'affiche: "la lumière devient l'ombre, le passé devient le futur, la nuit devient le jour", bref c'est le bordel et moi je m'arrête là, parce que je vais devenir méchant…

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.foxsearchlight.com/daywatch/

nuit

"Alien vs Predator": 100 % sous-exposé...

cadrage

...cadré à l'emporte-pièce...

auto_stop

...tourné dans des conditions météo déplorables...

n_importe_quoi

...quelque part entre le "Schmilblic" et l'"Objet mystérieux"!

broutage

"Black Sheep", où les moutons broutent la flore intestinale!

sheepman

La déplorable affaire du mouton-garou!

oreille

On le lui avait pourtant dit, de ne pas laisser traîner ses oreilles!

maison

"L'Orphelinat" dans toute son inquiétante majesté...

fillette

Des plans superbes...

masque

Des spectres angoissants...

g_raldine

Geraldine Chaplin, égérie du cinéma espagnol des seventies

tronche

"Day Watch": ah il a bonne mine, le cinéma fantastique russe!

moto

Des chevaux sous le capot, et des bourrins plein les salles!

tape___l_oeil

Des lieux communs visuels, filmés par un trou de balle!

hache

C'est bien ici le plateau de "Day Watch"? Je viens pour le montage!

salto

Oui ben moi, ça m'a pas fait grimper au mur!