Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

Les "Mollards" de Juillet en plein mois d'Août? Y'a plus de saisons, Mme Michu, encore un coup du réchauffement climatique! Oh, de toutes façons, le Patchworkman, il est toujours en retard celui-là, jamais à l'heure, feignasse et compagnie... Eh oui, le lapin blanc d'"Alice au Pays des Merveilles", c'est moi! D'ailleurs, tandis que je poste, y'a le superbe "White Rabbit" du Jefferson Airplane qui tourne sur la platine...

Vu à la télé

FIGURES DE CIRE

de Maurice Tourneur (1912)

Lorsque j'ai chroniqué le sublime "La Main du Diable" du même Maurice Tourneur, j'avais malencontreusement omis de vous signaler que l'excellentissime Patrick Brion nous avait gratifié d'un bonus dans la même séance de son "Cinéma de Minuit". L'affaire est d'importance, puisque "Figures de Cire" est un court-métrage de jeunesse que l'on croyait perdu, dont une copie vient d'être miraculeusement retrouvée puis restaurée, et qui nous compte l'aventure d'un bravache passablement aviné prenant le pari de passer une nuit dans l'endroit le plus sinistre qui se pourra trouver. Ainsi se retrouve-t-il enfermé au milieu des figures inquiétantes d'un musée de cire fort pertinemment spécialisé dans les horreurs... Que cette chronique soit donc l'occasion pour nous de rendre hommage à tous ses anonymes passionnés de cinéma qui ont voué leur existence à exhumer et sauver de l'oubli des pièces inestimables, afin de nous les restituer après des mois de travail acharné sur des restes se réduisant parfois à quelques copeaux épars de celluloïd. Grâce à eux, peut-être pourra-t-on voir un jour le mythique "Londres après Minuit" de Tod Browning avec Lon Chaney, avant qu'il ne reste plus personne pour nous raconter quel chef d'oeuvre on a perdu là...

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Comics

SUPERMAN & BATMAN HORS-SÉRIE #4:

"Le jeune Prodige (4)"

par Frank Miller & Jim Lee

(Panini - Mai 2008)

Sachant que les fans de Miller avaient réservé un accueil plutôt tiède aux premiers épisodes de cette série (voir chronique "All Star Batman #1) , je serai assez curieux de savoir ce qu'ils en pensent au moment où elle atteint une vitesse de croisière qui prend l'allure d'un hors-bord emballé! Certes, ce qui se présentait initialement comme une énième version "elseworld" des origines de Robin avait de quoi refroidir, par son caractère redondant, l'amateur le plus patient... Sauf que petit à petit, il s'avère que la mythique rencontre de Batman avec son sidekick n'était en fait que l'arbre qui cachait la forêt d'une redéfinition de l'univers DC à la sauce millerienne. Ainsi, l'on réalise a posteriori que le titre de l'arc "Le jeune Prodige" était trompeur, et qu'il convenait plutôt de porter notre attention sur celui du comics "All-Star Batman", bien plus révélateur des intentions de Miller, comme on l'a vu dans "Superman & Batman Hors-Série" #3 où débarquait une JLA en formation pour le moins atypique (voir "Mollards" de Décembre 2007). Cela dit, ça dépote toujours autant avec un #7 nous montrant Batman culbutant littéralement au milieu des poubelles une Black Canary qui se pâme sous les étreintes de ce mâle hyper-viril, ainsi qu'un Dick Grayson s'acharnant avec une rare sauvagerie sur l'assassin de ses parents, que le Dark Knight lui a fort machiavéliquement glissé entre les pattes. Le #8 consacre quant à lui l'inévitable apparition du Joker dans le run, et là on n'est pas volé! Le personnage vu par Miller n'a plus rien de sa proverbiale loufoquerie et présente une gravité à la fois sinistre et cruelle qui laisse présager le pire... Soit dit en passant, je ne serais pas étonné que le Joker qu'on a pu voir dans le trailer de "The Dark Knight" de Christopher Nolan s'en soit largement inspiré, tant il est vrai que le scénariste David S. Goyer ne cesse de citer Miller à tous propos. Enfin, cette livraison s'achève sur une rencontre avec Green Lantern que Batman considère comme un crétin sans imagination: "Je saurais quoi faire, moi, avec de tels pouvoirs!" confie-t-il au lecteur en voix off, sous-entendant qu'un pareil imbécile ne mérite pas son anneau, ce qui prend les accents d'une attaque assez virulente à l'endroit des scénaristes de DC... Savoureux... Bref, plus on avance dans la série, plus on en prend plein la gueule, et putain que c'est bon!

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Vu à la télé

CE QUE VEULENT LES FEMMES

(What Women Want)

de Nancy Meyer (2001)

Ben quoi, chérie? Il te plaît pas le magnifique aspirateur que je t'ai offert pour la Fête des M... aïe! non! pitié! pas les casseroles de Noël c'est... ouille!... de la fonte, ça fait mal! Bref, voilà une petite comédie qui, sur le mode fantastique, arrive à point nommé pour nous inculquer, à nous autres rustauds, quelques rudiments de féminisme élémentaire... Mel Gibson y malmène avec une délicieuse autodérision son image de bômale séducteur, interprétant un macho bouffi de suffisance qui va voir sa vie et ses certitudes sérieusement remises en question... Suite à une électrocution accidentelle, notre héros se retrouve soudainement investi d'un pouvoir de télépathie très spécial qui lui permet de capter les pensées émises par la gent féminine. Dans un premier temps, c'est la grosse baffe narcissique, ce qu'il "entend" n'étant pas vraiment à la mesure de ce qu'il imaginait... D'abord dépité, il ne tarde pas à positiver et à tirer parti de la situation, car un tel pouvoir s'avère précieux lorsqu'on bosse comme lui dans les cosmétiques, mais c'est surtout au pieu que notre ami s'illustre tout particulièrement, étant en liaison directe avec les désirs secrets de ces dames... Habile, le script fait intelligemment évoluer la psychologie du personnage que l'on voit passer peu à peu d'un opportunisme cynique à une véritable écoute de la femme en tant que personne humaine, et qui établira ce faisant une relation de respect réciproque. Voilà donc une comédie légère qui sait faire passer son sympathique message sans pontifier, mais surtout en nous divertissant efficacement. L'occasion pour Mel Gibson, qui s'avère ici un pitre irrésistible, de nous montrer son talent dans le registre comique. Un seul regret: dommage que le film sombre quelque peu dans la guimauve et les bons sentiments sur sa fin...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18652374&cfilm=27552.html

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Vu à la télé

GAROU-GAROU, LE PASSE-MURAILLE

de Jean Boyer (1950)

Marcel Aymé est un auteur à redécouvrir. Connu surtout pour son impitoyable "Uranus", qui raconte sans concession les règlements de comptes dans un petit village de la France profonde au sortir de la Libération, il ne dédaigne pas non plus la thématique fantastique qu'il illustra à diverses reprises sur un ton beaucoup plus léger, comme dans son roman "La Jument verte" ou encore dans le recueil de nouvelles "Le Passe-Muraille" (1) dont est extraite la nouvelle éponyme. Bien que par moments plombée par le jeu résolument "Boulevard" des acteurs - hélas une constante dans le cinéma comique français, toutes époques confondues - cette adaptation de Jean Boyer ne démérite pas, restituant avec fidélité les principaux épisodes du court texte d'Aymé, exception faite de l'épilogue assez pessimiste et quelque peu moralisateur qu'avait donné l'auteur à cette aventure. Par ailleurs, les modifications apportées pour gonfler le script afin de l'amener à un métrage exploitable, effectuées par l'auteur lui-même assisté de Michel Audiard, l'enrichissent de façon très habile. Ainsi, avoir transformé la très banale intrigue d'alcôve qui, dans la nouvelle, amenait le héros à sa perte, en un épisode digne d'un sérial à la Feuillade qui fait de l'héroïne une sorte de réincarnation de la cultissime Musidora, s'avère une idée excellente et fort payante dans le dynamisme qu'elle apporte au film. Les morceaux de bravoure sont magnifiquement enlevés par un Jean Boyer très inspiré, avec une mention spéciale pour l'épisode gentiment anarchisant d'un Garou-Garou emprisonné faisant tourner ses gardiens en bourrique. Très bien restituée également est la charge pleine d'ironie menée par Aymé contre le monde scrogneugneu du fonctionnariat et de ses petits-chefs, le cinéaste parvenant à capturer toute la malice du style d'Aymé - ce qui n'est pas chose évidente a priori - de même que l'atmosphère du Montmartre bohème et désormais mythique de l'époque, cristallisée autour de la figure du fameux peintre Gen Paul, ami de Céline interprété ici par Raymond Souplex avec toute la gouaille requise. Reste, dans le rôle principal, un Bourvil égal à lui-même et qui joue une fois de plus le benêt au grand coeur, rôle dont il connaît toute les ficelles pour s'y être quelque peu laissé enfermer... En conclusion, je dirais que "Garou-Garou, le Passe-Muraille" demeure un beau moment de nostalgie pour tout amateur de cinoche patrimonial.

Cliquez sur le lien pour voir un extrait du film:

http://www.youtube.com/watch?v=SJTuyvOw0h0

Pour lire la nouvelle de Marcel Aymé:

http://palf.free.fr/nouvelle/passe_muraille.htm

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Vu à la télé

HELLPHONE

de James Huth (2006)

Quand la production franchouillarde daigne jeter un oeil sur le genre, ça donne "Hellphone". À savoir: une pitoyable tentative d'importation du pop-corn-horror-movie en version super-extra-light, tournée par des gens qui s'imaginent qu'il suffit de parachuter une bande d'ados-têtes-à-claques dans un scénar dyslexique pour tenir enfin un "Scream" à la française... Tout est fait ici, et de la manière la plus putassière qui soit, pour écumer les cours de lycée et prendre une option sur l'argent de poche: réalisateur bankable et yes-man d'un phénomène de mode artificiel autoproclamé cult-movie ("Brice de Nice"), icône de la France profonde (Jean-Baptiste Maunier, le vrilleur de tympans des "Choristes"), plus toute la bimbeloterie propre à racoler du djeun telle que poursuites en skate, culte du portable, intrigues de lycée avec cocufication des profs au moyen de gags dignes des "Sous-Doués", le tout saupoudré de romance boutonneuse et de fantasmes de puceaux - genre se taper la mère du copain, qui est grave bonne... Je me refuse à croire que notre belle jeunesse est aussi basse du front que semblent se l'imaginer les producteurs de "Hellphone", tant cette bouse révoltante lui témoigne un manque de respect absolu dans l'image qu'elle en donne! Ou alors, c'est à désespérer de tout...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18721865&cfilm=111102.html

spontaneous_jac

DVD

LES FEUX DE L'AU-DELÀ

a.k.a. COMBUSTION SPONTANÉE

(Spontaneous Combustion)

de Tobe Hooper (1989)

Parmi les nombreux déstockages de chez Carouf à 7,70 € le DVD dont je me suis gavé, j'ai sélectionné ce mois-ci, pour votre plaisir gourmand, un petit B-movie sans prétention mais idéal pour les soirées pizza entre potes. Ça se suit gentiment sans prise de tête, et c'est suffisamment dynamique pour nous tenir bien éveillés, que demander de plus? Ça commence comme les origines de Hulk, avec un couple de gentils Américains souriants et bien propres sur eux tels qu'on n'en voit que dans les pubs des années 50, et dont le patriotisme inconditionnel va jusqu'à se laisser enfermer dans un bunker au milieu du désert, à proximité duquel une bande de savants fous de l'US Army balance une bombe A juste pour voir ce que ça fait... Mais la niaiserie indéfendable de ces deux héros de la nation ne va pas tarder à se voir sanctionnée par un Tobe Hooper impitoyable et quelque peu frondeur, qui leur laisse juste le temps de mettre bas avant de les cramer sans autre forme de procès dans une séquence horrifique assez croquignolette... Des années plus tard, comme vous vous en doutez, le rejeton des deux abrutis, devenu adulte, se découvre un pouvoir d'incinération qu'il ne maîtrise pas très bien et devient une sorte de Torche Humaine hardcore, ce qui nous vaudra une débauche assez divertissante de chairs calcinées et d'os noircis, sur fond de quête identitaire et de complot gouvernemental. Le héros, interprété par un Brad Dourif mauvais comme un cochon, paie lui-même de sa personne puisque son pouvoir le détruit de l'intérieur au fur et à mesure qu'il l'utilise, et c'est dans un état de dégradation physique assez lamentable - et assez comique, par la même occasion - qu'il se traînera jusqu'à la fin du métrage, semant la destruction dans son sillage. Tobe Hooper parvient avec cette oeuvrette à nous communiquer une certaine nostalgie des ambiances drive-in d'antan, filmant des décors typiques du mauvais goût rétro-high-tech des eighties qui, avec la patine du temps, confèrent au film un kitsch d'une puissance assez remarquable lorsqu'on le visionne aujourd'hui... Une curiosité oubliée, à redécouvrir juste pour le fun.

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http://www.youtube.com/watch?v=Soh7PUumnIA

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Vu à la télé

THX 1138

de George Lucas (1971)

Nonobstant les quelques bidouillages numériques justifiant (ou pas, j'en sais trop rien...) l'appellation de "director's cut" sous laquelle ce film est ressorti l'année dernière, et qui me semblent répondre à des impératifs plus commerciaux que réellement esthétiques de la part d'un réalisateur coutumier du fait (voir les trente-six mille versions de la trilogie originelle "Star Wars", essentiellement destinées à entretenir la grande épicerie du merchandising mise en place par Lucas), revisionner le premier long-métrage du Wonderboy presque quarante ans après sa sortie demeure une expérience assez irremplaçable, et qui nous permet entre autres choses de prendre la mesure du temps passé. Je veux dire par là que la splendeur absolue de "THX 1138", par le plaisir même qu'elle apporte au cinéphile, lui laisse paradoxalement une sensation de gâchis irrémédiable lorsqu'il la rapporte à la récente et pitoyable "Prélogie" censée consacrer le retour du Maître derrière la caméra, et qui ne faisait que confirmer ce que l'on savait déjà, à savoir que Lucas est bel et bien mort en tant que réalisateur, ayant sacrifié son âme et son immense talent sur l'autel du billet vert. Car "THX 1138" est une oeuvre rare et unique dans sa profonde originalité tant thématique que formelle, et qui d'emblée propulse Lucas dans la cour des grands talents naissants de l'époque, une nouvelle génération qui va bientôt distribuer les cartes et servir de référence absolue au cinéma américain à venir: les Coppola, Scorsese, Spielberg et consorts. Film de SF adulte exploitant le filon "social" du genre, "THX 1138" est un éblouissement de tous les instants, un feu d'artifice d'idées visuelles étonnantes mises en scène avec une virtuosité déconcertante d'épure, dotée qui plus est d'une photographie comme on n'en a rarement vue, et comme on n'en reverra pas de sitôt... Bref, un chef d'oeuvre absolu qui se rit des décennies qui défilent sur nos pauvres carcasses qui s'usent, et qui demeure pour l'éternité figé dans le top ten des plus grands films de SF de tous les temps.

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18726613&cfilm=1817.html

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Vu à la télé

AN AMERICAN HAUNTING

de Courtney Solomon (2005)

Sans déconner, qu'est-ce qu'on pouvait attendre d'un mec dont le seul titre de gloire est d'avoir réalisé "Donjons et Dragons" (2000)? S'étonner après ça qu'il n'ait rien tourné cinq ans durant! Et c'est pas près de s'arranger: suite à "An American Haunting", il ne devrait logiquement plus toucher une caméra avant longtemps, à supposer que les producteurs aient deux doigts de jugeote... À vrai dire, ce qu'il pourrait arriver de mieux à Courtney Solomon, c'est qu'on l'attache dans un fauteuil de cinéma avec des écarteurs de paupières, façon Malcolm McDowell dans "Orange mécanique", et qu'on lui projette non-stop quelques bons classiques du genre... Peut-être comprendrait-il dès lors que, pour faire un film de fantômes acceptable, il ne suffit pas de faire claquer des portes à la lumière des éclairs ou de transformer quelques bougies en lance-flammes... Ni de tirer à la ligne en multipliant les travellings inutiles pour meubler le script "inspiré de faits réels" qu'il a commis et dans lequel il ne se passe foutrement rien... Non plus que de traîner une pisseuse hurlante sur le sol et de la livrer à une entité invisible qui se contente de lui coller des calbotes - qu'au demeurant elle a bien méritées!... Qu'il ne trompe personne sur son incompétence en se reposant sur un chef-op qui noie le toutim dans des images floues et surexposées à la David Hamilton de mes deux... Que son pseudo-maniérisme chichiteux et surfait nous emmerde prodigieusement... Qu'on en a marre des bouffons qui secouent leur caméra dans tous les sens et sous tous les axes pour nous faire accroire qu'il y a enfin quelque chose qui bouge... Qu'il a gravement compromis Donald Sutherland en le mettant en tête d'affiche de ses exactions (enfin, on espère quand même que ça lui aura permis de payer ses impôts)... Que ce n'est pas en essayant de démarquer "Sleepy Hollow" (on ricane!) qu'il réussira à racoler les fans de Tim Burton, ni en sortant une Sissy Spacek amorphe de la naphtaline qu'il fera cautionner son navet par l'internationale fantasticophile... Et enfin que le twist qu'il nous assène en fin de parcours est tellement ridicule que je m'en taperais le cul par terre jusqu'à me fêler le coccyx, si je n'étais pas si consterné par tant d'esbroufe autosatisfaite!

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18727971&cfilm=109689.html

FF_couv

Comics

FANTASTIC FOUR - 1967

par Stan Lee & Jack Kirby

(Panini - coll "L'Intégrale" - Mai 2008)

Mine de rien, cette "Intégrale" des FF atteint son sixième volume avec cette année 1967 et semble se pérenniser dans le temps, pour le plus grand plaisir des fans de Jack Kirby que nous sommes tous - ou, à défaut, que nous devrions tous être, tenez vous le pour dit! Voici donc l'occasion, pour la nouvelle génération des fans revivalistes, de découvrir les #58 à 69 du volume 1 des FF, inédits chez nous depuis 1975, date à laquelle ils firent leur apparition dans les mythiques albums des "Fantastiques" #4 à 6 ("Docteur Fatalis", "Voyage cosmique", "La Citadelle") alors publiés par Lug, et dont la cote fait l'objet d'une inflation impitoyable - en même temps que le bonheur d'un Patch spéculateur, qui va pouvoir les mettre en vente sur E-Bay afin de quelque peu financer sa boulimie de comics galopante! Adonc, en cet Été des Fleurs 1967, la série se trouve au top de sa maturité, tant graphiquement que scénaristiquement. "Stan the Man" a désormais du métier et ses scripts, nettement plus ambitieux, témoignent d'une volonté d'organiser l'ensemble des comics Marvel en un cosmos cohérent. En tant que série pionnière de la Maison des Idées, "Fantastic Four" est symptomatique de ce projet quasi démiurgique: non seulement les arcs prennent de l'ampleur et ne craignent pas de s'étaler sur plusieurs numéros, s'inscrivant dans une temporalité totalement absente des premiers épisodes au style plus "télégraphique", mais elle se voit envahie d'une profusion de super-personnages aux pouvoirs délirants qui jaillissent à un rythme effréné d'une imagination bouillonnante, pour ne pas dire incontinente, et qui vont s'installer dans l'univers des FF au point d'en devenir presque incontournables. "Fantastic Four" devient ainsi par excellence une sorte de banc d'essai des nouvelles figures du Marvelverse, avec des personnages tels que les Inhumains - dont la saga se poursuit régulièrement depuis le volume "1965" dont j'ai traité ici même, ou encore le mythique Surfer d'Argent, apparu dans le tome précédent et dont les démêlés avec le Docteur Fatalis se poursuivent dans celui-ci. Et, comme Stan ne perd jamais le Nord commercialement parlant, tout ce petit monde ne tardera pas à bénéficier de son propre comics, les Inhumains en Octobre 1975 pour une maxi-série de 12 épisodes (publiée chez nous en petit format dans "Frankenstein" #11 à 18), et le Surfer dès 1968 sous les pinceaux gothiques de Big John Buscema, pour dix-huit épisodes cultes qui feront les beaux jours de "Fantask", "Strange" et autre "Nova", mais on peut également citer le quelque peu oublié Adam Warlock qui fait ici (#66-67) son apparition sous le patronyme lapidaire de "Lui" et qu‘on retrouvera, sous les crayons de Gil Kane puis du très cosmique Jim Starlin, dans une série de quinze épisodes qui aurait mérité un meilleur accueil que celui qu'elle a connu (publiée en France, toujours en petit format, dans "Étranges Aventures" #40 à 59). Cerise sur le gâteau, et qui nous permettra de souligner l'extraordinaire cohérence de cette édition, vous y trouverez en prime un "Fantastic Four Annual" #5 totalement inédit chez nous et qui, entre autres incunables, nous propose la première aventure du Surfer d'Argent en solo (où il affronte l'ordinateur Quasimodo) - un épisode que l’on retrouve également dans l'intégrale "Silver Surfer" que Panini vient de sortir dans la collection "Marvel Omnibus" (chronique très prochainement). Vous l’aurez compris, je suis devenu accro à ces "Intégrales" aussi exhaustives que luxueuses qui, malheureusement pour nos portefeuilles, ont une fâcheuse tendance à devenir indispensables!

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Vu à la télé

LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS

de Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro (1994)

Revoir ce superbe objet filmique non identifié ne manquera pas, rétrospectivement, de nous faire déplorer une fois de plus le split du tandem le plus atypique du cinéma français. En deux films, "Delicatessen" (1991) et "La Cité des Enfants perdus" - auxquels il convient de rajouter le court-métrage culte et bilalien "Le Bunker de la dernière Rafale" (1981) - Caro et Jeunet auront su investir le genre qui nous intéresse et le marquer d'une empreinte indélébile, ce qui est tout de même une performance dans un pays où le fantastique et la SF sont la plupart du temps tenus dans le mépris le plus total. Et puis Jeunet en solo, c'est plus ça: ce n'est pas le très impersonnel quoiqu'honnête "Alien, la Résurrection" (1997), ni ces deux boursouflures que sont "Le fabuleux Destin d'Amélie Poulain" (2000) et "Un long Dimanche de Fiançailles" (2004) qui nous feront oublier la filmo du tandem. Force est donc de reconnaître que l'absence de Caro pèse de façon mallarméenne sur le cinéma de Jeunet: souvent considéré à tort un peu comme l'"intendance" de cette association, on réalise aujourd'hui ô combien était déterminante sa foisonnante créativité visuelle. Conte surréaliste et parfois cruel - mais quel conte ne l'est pas? - "La Cité des Enfants perdus" est le film le plus abouti du duo, en même temps que son chant du cygne. Pur chef d'oeuvre de bizarrerie, il ressemble à une sorte d'anthologie du grotesque qui releverait d'une culture systématique de tout ce que le cinéma a pu produire de décalé. Mélange de bric et de broc génialement assemblé par des visionnaires louftingues ne reculant devant aucune incongruité, le film est un véritable manifeste de l'art de dérouter le spectateur tout en l'émerveillant par une puissance poétique hors du commun, et qui ne faiblit jamais. On peut évoquer indifféremment le casting de trognes à la Fellini (génialissime et regretté Daniel Emilfork, flanqué des fidèles et excellents acteurs fétiches Dominique Pinon et Jean-Claude Dreyfuss, sans oublier Ron "Hellboy" Perlman, remarquable en colosse aux pieds d'argile), les lieux improbables aux décors oniriques shootés avec une débauche de grands angles et autres objectifs déformants sous les azimuts les plus déstabilisants, une esthétique qui ressemble à un collage surréaliste d'anachronismes à la "Brazil", mêlant une imagerie steampunk et une bio-mécanique inquiétante dérivée d'artistes tels que Giger ou Bilal, une ambiance ambivalente de fête foraine plus ou moins cauchemardesque (voir Dreyfuss, magnifique en directeur de cirque de puces mutantes!) et qui passe sans crier gare du kafkaïen au féerique, bref un conte contemporain dans lequel les figures modernes de la SF se seraient substituées aux ogres et aux fées, et où les enfants se montrent étrangement sérieux et réalistes face à des adultes immatures qui convoitent pourtant leurs rêves... Difficile à décrire, mais absolument sublime.

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18740961&cfilm=9683.html

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BD

EWEN #1: "Alis"

par Tiburce Oger & Andreï Arinouchkine

(Daniel Maghen - Juin 2008)

Quoi de neuf dans le franco-belge? J’ai bien envie de vous répondre "toujours la moitié de dix-huit!", tant le paysage me semble désespérément statique. Si l’on fait exception des classiques du blockbuster (ceux qui insistent, parfois lourdement, malgré le décès de leurs créateurs) et le mainstream contemporain (en gros: Van Hamme!), ce qui reste du marché est squatté par la sempiternelle déferlante d’héroic-fantasy qui nous ressasse depuis des lustres les mêmes histoires de farfadets, princesses, barbares, dragons, et autres quêtes de ceci ou de cela… Bref, de quoi ressentir une grande lassitude, mais je vais essayer tout de même de positiver pour vous parler de cet "Ewen". À tout seigneur tout honneur, sachez d’abord que son dessinateur Andreï Arinouchkine est tout à fait épatant, et c’est bien ce qui a attiré mon attention sur cet album, sans quoi… L’artiste travaille en couleurs directes, détail déjà fort appréciable à l’heure du tout et n’importe quoi infographique, et illustre magistralement un script normando-celto-médiévaliste sans grande originalité, faisant plus œuvre de peintre que de dessinateur proprement dit. L’effet le plus saisissant est une sorte de flou impressionniste constant, qui confère à ses paysages une ambiance cotonneuse fort propice aux climats fantastiques. Arinouchkine obtient cet effet remarquable, nous explique-t-on dans les magazines spécialisés, en travaillant sur des cases de très petit format qu’il agrandit ensuite à la repro. Quoi qu’il en soit, le résultat est bluffant, notamment au niveau de la profondeur de champ, les dessins devenant de plus en plus floconneux au fur et à mesure que l’on s’éloigne du premier plan. Vous l’aurez compris, "Ewen" est à lire principalement pour le plaisir des yeux - grand plaisir au demeurant - parce que pour le reste, c’est une fois de plus barbares et compagnie… La seule originalité du script réside dans un personnage-titre soigné aux petites oignons, anti-héros absolu sans aucun état d’âme et pourri jusqu’à la moelle - exemple: je suis amoureux, donc je chope la meuf et crac! je la viole! logique et pragmatique! Fort heureusement, cet affreux très charismatique, et qui met un point d’honneur à se montrer plus imbuvable qu’un bol d’urine, rend fort divertissante la lecture de cette quête de je sais plus trop quoi. Vous êtes témoins, je fais tout de même des efforts!

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ELEKTRA

de  Rob Bowman (2004)

Franchement, l'héroïne de l'un des meilleurs comics des eighties méritait mieux, en fait d'incarnation, que la moue collagènée de Jennifer Gardner - durant une heure et demi, j'ai cru visionner un "Looney Tunes" avec Daffy entrecoupé de pubs pour Canard WC! On pensait pourtant s'en être débarrassé à la fin du pitoyable "Daredevil" du non moins pitoyable Mark Steven Johnson, mais las, voilà-t'y pas qu'un Terence Stamp cachetonneur a eu la pitoyable idée de la ressusciter en lui pelotant les implants mammaires sous prétexte de circulation des énergies, ce qui nous a valu ce spin-off absolument navrant. Bref, on ne peut que se féliciter qu'après un tel doublon de navets inspirés de ses comics, Frank Miller ait décidé de prendre en main le devenir cinématographique de ses chefs-d'oeuvre dessinés. Car ce ne sont pas les ambiances bleutées et chichiteuses que Rob Bowman a importées d'"X-Files" et qu'il délivre ici à un rythme sédatif, qui hisseront cette espèce de "Kill Bill" foireux au-dessus du niveau des ninjas-flicks que la Cannon tournait au kilomètre dans les années 80...

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18375171&cfilm=56029.html

brazil_aff

Vu à la télé

BRAZIL

de Terry Gilliam (1985)

On ne se lasse pas de voir et de revoir ce monument inclassable qui a marqué plusieurs générations de spectateurs, et continuera encore longtemps de le faire. Le cinéma et tous ceux qui réalisent de vrais films (et non des produits de consommation) doivent énormément à "Brazil": en effet, le chef d'oeuvre de Gilliam reste avant tout, dans l'histoire du celluloïd, le symbole d'une victoire absolue de l'Art avec un grand A et de l'Intelligence avec un grand I contre la pesanteur du système hollywoodien dans toute sa stupidité, décrochée à force d'intransigeance et d'opiniâtreté par un réalisateur (inconditionnellement soutenu par un Robert DeNiro mécénique dont le poids de superstar pesa lourd dans la balance) bien déterminé à ne pas laisser massacrer son film par des épiciers à l'esprit étriqué, et qui vécut un véritable enfer pour en imposer chaque plan, résister à la volonté castratrice des bien-pensants (qui ont dû se sentir légèrement visés!) et obtenir à la force du poignet un final cut qui nous vaudra un épilogue impitoyable et admirable de cruelle lucidité - je me souviens, au sortir de la salle, avoir erré au hasard durant plus d'une heure, tel un zombie, dans les rues de Nice, positivement traumatisé par ce que je venais de recevoir sur le coin de la gueule... Car "Brazil" est une sorte de douche écossaise extrêmement éprouvante, où l'on passe sans cesse de l'hilarité la plus débridée à la tragédie la plus désespérante, ce qui en fait l'un des films les plus déstabilisants qui aient jamais été vus. En effet, si le concept d'"humour noir" est autre chose qu'un pléonasme (je considère personnellement que tout humour est forcément noir), alors tout se passe comme si Gilliam avait résolu de rire à gorge déployée au spectacle de la tragédie, son rire se faisant d'autant plus intense que l'on plonge plus profondément dans la désespérance - un peu comme on a tendance à le faire face à un mélo un peu trop appuyé. Sauf qu'avec "Brazil", c'est notre propre société, et donc notre propre vie dont le caractère absurde est impitoyablement mis en évidence, qui sont offertes en pâture à nos rires - forcément jaunes, pour le coup! Plus de trente ans après, ce constat est encore plus foudroyant et Gilliam apparaît comme un visionnaire à la lucidité exacerbée: que penser en effet de cet embrouillamini de tuyaux censés assurer mais parasitant impitoyablement la communication entre les êtres, face à la multiplication des portables qui fait que les gens sont continuellement partout, sauf avec vous qui êtes pourtant à un mètre d'eux? ou de ce paravent que l'on tire pour épargner aux bourgeois la vue des victimes d'un attentat terroriste dans ce même restaurant où il sont en train de se goberger? ou de ces orgies de chirurgie esthétique auxquelles se livrent les vieilles peaux et qui, hier, paraissaient de la pure anticipation, mais prennent de nos jours une tout autre résonance alors que les filles de vingt ans rêvent de ressembler à Daffy Duck et qu'on cherche désespérément un nichon, même un peu lourd, qui ne soit pas un défi aux lois de la pesanteur? Force est de reconnaître que des cas tels que celui de Michael Jackson ou de Cher sont tout à fait dignes des monstruosités tragi-comiques mises en scène dans "Brazil"... Dès lors, la pratique du nonsense héritée des impayables Monty Python prend une toute autre signification, et pourrait bien s'avérer un retournement de valeurs nietzchéen: je veux dire par là que, lorsqu'une civilisation cultive l'absurdité au point d'en marcher sur la tête, seule une pratique systématique de l'absurde, employée un peu comme un pare-feu, est en mesure de la remettre sur ses pieds. Je vous l'ai dit et je vous le répète: "Brazil" est un monument, dont les fondations s'ancrent au plus profond de nos tripes corrompues. Vénérez-le en tant que tel!

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http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=7152.html

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