Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

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Vu à la télé

LE NOMBRE 23 (The Number 23)

de Joel Schumacher (2007)

Sacré Schumy! Il nous fera toujours rire! Besoin d'un réal pas trop contrariant pour remonter la cote de Batman chez des ligues de vertu? Hé, Schumy, viens un peu par là... Un tournage plus tard, mission accomplie: "Batman Forever" devient culte auprès de l'ensemble de la communauté gay! Vous avez récolté un scénar tout pourri que personne ne veut tourner? C'est Schumy qui s'y colle: l'histoire d'un mec atteint de numérophobie qui voit le nombre 23 partout après avoir lu un livre maudit dont le héros atteint de numérophobie voit le nombre 23 partout... Ça, quand Schumy se lance dans une mise en abyme, le film en sort forcément abîmé! Bon, au départ, il arrive malgré tout à nous accrocher, avec son histoire de nombre récurrent, au moins durant un bon quart d'heure... Au-delà, à force d'empiler les incidents liés au 23 pour bien nous convaincre que toutes ces coïncidences ne sont pas dues au hasard, il finit quand même par nous gonfler un chouille: eh! c'est bon, Schumy! on a COMPRIS!!! pas la peine d'être RELOU non plus! D'autant qu'on a le Nicholson du pauvre, a.k.a. Jim Carrey, qui de son côté accumule les grimaces pour bien nous signifier à quel point l'affaire est inquiétante, pensez donc: 23 au Carrey, ça fait 529, dont les chiffres additionnés donnent 16, qui est la moitié de 32, soit 23 inversé! Ha! ha! On fait moins les malins, là! Et ça continue çacomme jusqu'à la fin, tout au long d'une narration qui se dédouble entre le héros et son avatar dans la fiction du livre, laquelle n'en est pas vraiment une - car voilà le fin mot d'un script qui, entre autres, marche sans vergogne sur les brisées de "L'Antre de la Folie" (petit chef-d'oeuvre de John Carpenter), dont Schumy ne manque d'ailleurs pas de recopier les idées visuelles - voir la séquence de la chambre d'hôtel couverte de graffiti, sans parler du concept de l'affiche... Au bout donc d'une heure et demie d'incohérence scénaristique, les auteurs ne savent plus trop où ils en sont à force de jouer aux poupées russes pour nous faire accroire qu'on a affaire à un script sophistiqué: du coup, ils replâtrent le tout en catastrophe dans un flash-back tourné en accéléré et en images cradingues façon "Tueurs nés" (ouais, Schumy, il aime bien Stone), tandis que la voix off du héros débite une sorte de rap où se compilent des explications spécieuses, tout ça pour nous resservir au finish la bonne vieille histoire du mec qui se recherchait lui-même, comme dans "Angel Heart" d'Alan Parker - et quelques autres depuis... Essai transformé: à force de vouloir donner l'illusion de la profondeur, Shumy a bel et bien réussi à toucher le fond!

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18719141&cfilm=48412.html

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LE SURFER D'ARGENT: "Exil"

par Stan Lee & John Byrne

(Lug - coll "Top BD" n°8 - 1985)

Profitant de quelques jours de congés, j'ai coiffé mon casque spéléo et, laissant à mon épouse quelques ultimes recommandations en cas de disparition, je suis parti en expédition dans l'accumoncellement (1) d'objets aussi hétéroclites qu'inutiles qui squattent mon garage, bien décidé à faire du vide et à ne quitter les lieux qu'une fois tout impeccablement rangé. Fatalement, je suis tombé sur quelques piles de vieux comics bien à l'abri dans une antique armoire, et je n'ai pas manqué d'en ramener quelques-uns sur ma table de chevet, dont cet album antédiluvien du Surfer d'Argent, qui arrive à point nommé pour faire suite à mes récentes chroniques concernant ce héros si particulier. Cet épisode de ses aventures correspond en fait à un one-shot sorti aux States en Juin 1982, c'est-à-dire qu'il arrive chronologiquement après la parenthèse "The Ultimate Cosmic Experience" (voir chronique éponyme) et replace le Surfer dans sa continuité officielle, telle que mise en place dans la série régulière dessinée par John Buscema et interrompue en 1970 (voir "Mollards d'Août 2008). Ben le moins qu'on puisse dire, c'est que douze ans plus tard, le Surfer a toujours un karma aussi pourri! Pourtant, tout débute sous les meilleurs auspices avec son pote Mister Fantastic qui lui bricole une machine-à-niquer-la-barrière-de-Galactus et zoom! le voilà parti pour regagner ses pénates, tout le monde est content et surtout M. Hortefeux... Mais surprise: quand il débarque sur Zenn-La, Galactus s'est vengé, la planète est toute destroy et personne peut plus le blairer! Comme, dans le monde merveilleux du Surfer d'Argent, les emmerdes sont toujours conditionnés telle la Kro, c'est-à-dire par packs de douze, il se trouve en prime que la belle Shalla Bal a été kidnappée par Méphisto, ce qui débouche évidemment sur un fritage en Enfer comme au bon vieux temps de Big John. Et, comme vous vous en doutez, ça finit encore ouin-ouin! S'il faut bien reconnaître que Stan Lee ne s'est pas cassé le tronc, on est en revanche très heureux de voir le toujours excellent John Byrne s'essayer brillamment au Surfer: après Kirby et Buscema, on ne pourra pas dire que le niveau soit en baisse question graphisme. Et la tendance se confirmera dans notre prochain épisode car, mine de rien, il semblerait que j'aie entamé un feuilleton sur l'histoire du Surfer à travers les âges... En fait, c'était ça, le vrai scoop!

Note:

(1): J'ai emprunté ce néologisme à Mme Patch, qui l'a inventé afin de donner un descriptif fidèle de ce à quoi ressemble mon bureau!

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Livres

MISERERE

de Jean-Christophe Grangé

(Albin Michel - Août 2008)

Un nouveau Grangé, c'est toujours un petit évènement dans ma vie de lecteur, comme un nouveau King ou un nouveau Harris: cela veut dire que je m'apprête à me faire délicieusement harponner par un auteur impitoyable qui va m'embarquer dans une histoire plus noire que noire, et que je serai mort à la vie civile et irrécupérable pour mon entourage que je n'aie tourné la dernière page. Avec ce "Miserere", la qualité reste constante et on constate une fois de plus que l'écriture de Grangé n'a rien perdu de son extraordinaire pouvoir immersif. Certains esprits chagrins vous diront qu'il applique toujours les mêmes recettes à base d'abominables meurtres en séries perpétrés par de très inquiétantes organisations occultes regroupant les spécimens les moins recommandables de l'espèce humaine (tortionnaires, anciens nazis, fachos exaltés, disciples du Docteur Mengele...), ce qui revient à lui reprocher tout ce qui fait son style et son originalité dans le monde très fréquenté du thriller. Or, bien au contraire, c'est précisément son obsession autour d'un thème unique - l'exploration des ultimes limites de la monstruosité humaine - dont il expérimente à chaque nouveau roman une variation inédite (au sens quasi musical du terme), qui fait que Grangé est Grangé , et qu'il a su rassembler autour de son oeuvre ténébreuse une marée de fans inconditionnels et indéfectibles. Ainsi, "Miserere" met en scène une fois de plus, et à la manière d'un "buddy-movie", l'habituel couple de flics mal assortis, constitué comme toujours d'un vieux briscard et d'un jeune chien fou, comme on a pu en voir dans "Les Rivières pourpres" ou "L'Empreinte des Loups", en jouant ici la variation suivante: l'un est un vieil Arménien rugueux qui n'est pas sans rappeler l'Isaac Sidel de Jerome Charyn, et l'autre un petit génie du profilage, junkee en plein décrochage. Ce tandem improbable en marge de la loi (l'un est retraité, l'autre sur la touche), va s'immerger dans une enquête nauséeuse dans le milieu des chorales de jeunes enfants, sur la piste d'un assassin qui perfore les tympans de ses victimes et qui kidnappe les émules de Jean-Baptiste Monnier - quel homme sympathique! Au terme d'une dérive qui va les mener des bas-fonds les plus craignos d'un Paris que n'aurait pas désavoué un Eugène Sue psychopathe jusqu'aux paysages foudroyés des Causses, et dont chaque étape est un nouveau degré franchi dans l'horreur et le sordide, nos deux héros démêleront, avec une opiniâtreté de fourmi alliée à une détermination quasi suicidaire, un écheveau tout à fait délirant et digne des plus grands feuilletonistes qui les entraînera, pour ainsi dire, "aux frontières du réel" - et, accessoirement, au fond de leurs propres personnalités perturbées... Passionnant de bout en bout, et délicieusement vénéneux. Un Grangé grand cru.

Cliquez sur le lien pour lire les deux premiers chapitres:

http://www.jc-grange.com/extraits/miserere.pdf

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Vu à la télé

SPIDER-MAN 3

de Sam Raimi (2007)

Je ne sais pas ce que je dois en conclure mais, depuis que j'ai vu "The Dark Knight", la trilogie Spidey me paraît d'une niaiserie incommensurable. Déjà, je pouvais pas trop encadrer le trio de neuneus casté pour les rôles principaux - Maguire, Dunst, et (le pire de tous) James Franco avec son sourire à soixante-quatre dents! C'est vrai quoi, n'importe quel second rôle (J.K. Simmons dans la peau de JJJ, par exemple) montre trois fois plus de charisme que cette tête d'affiche qui passe son temps à surjouer à grand renfort de mimiques inutiles une romance sirupeuse et triangulaire qui vient casser régulièrement le rythme du film pour nous réengluer dans la guimauve à chaque fois qu'on part en plein trip! Ceci dit, je vous rassure, je suis bien conscient que Raimi travaille au second degré et qu'en authentique fan du Spidey du Silver Age, il ne fait rien d'autre qu'illustrer avec fidélité la composante "soap" des scripts de Stan Lee, ingrédient incontournable qui permit à des générations d'ados de s'identifier à Peter Parker pour faire de "Spider-Man" le classique qu'il est devenu. Donc, OK, je veux bien pour la romance, mais que dire de certaines séquences du plus haut ridicule, comme celle où Parker pète les plombs dans un night-club et se livre à une parodie éléphantesque de comédie musicale? J'entends encore la critique s'extasier à la sortie du film, comme quoi Raimi avait tourné un opus 3 "particulièrement noir"... Mais qu'est-ce qu'ils appellent "noir", au juste? Tobey Maguire avec une mèche sur l'oeil? Enfin, tout cela est d'autant plus contrariant que dès qu'on entre dans l'action, alors là c'est le fun total! Raimi enchaîne les morceaux de bravoure avec une rare maestria, et on sent l'extraordinaire travail de mise en images réalisé sur un story-board pensé dans un parfait esprit "comics" - jusqu'aux postures de Spidey qui sont reproduites au millimètre près. Ainsi, l'épisode d'ouverture qui voit le Bouffon se lancer à la poursuite de notre héros dans un roller-coaster de la mort, le "double showdown" final dans la grande tradition des team-ups marveliens et, last but not least, la séquence de la naissance de l'Homme-Sable, d'une beauté graphique à couper le souffle, resteront dans toutes les mémoires comme autant de sommets du film de super-héros. Je reste donc perplexe et mitigé face à cette douche écossaise permanente d'adrénaline et de marshmallows, mais j'espère que vous me pardonnerez cette faiblesse car, je vous le répète, le monument batmanien de Christopher Nolan m'a tout de même mis une sacrée ébullition dans la tronche, à tel point que je ne suis même plus sûr d'être capable d'approcher un superhero-movie en toute impartialité... C'est grave, Docteur?

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18726051&cfilm=56136.html

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Vu à la télé

MENACE SUR LA TERRE

(Deadly Skies a.k.a. Force Of Impact)

de Sam Irvin (2005)

Richard Donovan est un savant fou finalement pas si fou que ça: inventeur d'un laser réputé arme de destruction massive ultime, mais soucieux d'éviter une nouvelle course aux armements entre les nations, il a refourgué au général Dutton, une vieille ganache qui pèse tout autant (deux tonnes! wharf!), un engin dont il a bidouillé les codes informatiques. Pour faire bref: il a inventé un truc qui marche pas! Mais attendez, c'est pas fini... Le général Dutton, il s'est bien gardé de dire au Président des États-Unis d'Amérique que le laser de l'autre, il était tout pourri, ce qui lui permet de détourner les subventions que lui verse ledit Président des États-Unis d'Amérique, lequel croit dur comme fer que le laser y marche, habitué qu'il est à voir des armes de destruction massive là où il n'y en a pas! Vous me suivez toujours? Bon, cessez de me suivre ou j'appelle un agent! Adonc, voilà-t-y pas que se pointe dans l'immédiate banlieue terrienne une vilaine météorite très menaçante... Coup de bol pour le général, celle-ci se planque derrière une seconde météorite, inoffensive celle-là... Du coup, le galonné se dit: "Comme personne voit rien, fermons notre gueule, ainsi je ne serai pas obligé d'utiliser mon laser qui ne marche pas afin de ne pas détruire cette météorite qui menace d'éradiquer toute vie sur la planète, et je pourrai continuer à toucher mes subventions" - quand je vous le disais, qu'il était lourd! Fort heureusement, la professeure Taylor, astrophysicienne, sait bien que la vérité est tailleur (Taylor... tailleur... whaaaaaaarf-arf-arf!), et s'en va donc alerter notre savant fou qui, pas si fou que ça, s'exclame: "Bon sang mais c'est bien sûr, il faut faire en sorte que le laser qui ne marche pas cesse de ne plus marcher pour sauver la Terre!" Il s'agit donc de s'introduire dans la base militaire où est gardé le fameux laser afin de le réparer, et le reste du métrage s'abîme dans une opération commando aussi palpitante qu'un dimanche après-midi chez Drucker... Je vais vous confier un secret: dans les nanars, ce ne sont pas les savants qui sont fous, mais bel et bien les scénaristes!

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http://www.youtube.com/watch?v=80Euya1rjy8

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Comics

COSMIC ODYSSEY

par Jim Starlin & Mike Mignola

(Panini - coll "DC Anthologie" - Janvier 2008)

La collection "DC Anthologie" poursuit sa réédition des grands space-operas superhéroïques, avec cette mini-série sortie aux States en 1988. Ma foi, ce n'est pas du luxe, étant donnée la confidentialité des précédentes éditions françaises, assez difficiles à se procurer pour le lecteur lambda (une première parution en 1998 chez le très discret éditeur Bethy, dans la collection "Comics Culture", et une seconde en 2003 chez Vertige Graphic, maison plus volontiers spécialisée dans le fétichisme bondage vintage tendance Stanton / Eneg). Le scénario de Jim Starlin, également dessinateur à ses heures et grand spécialiste du comics "spatial" dont on n'a pas oublié les runs sur "Captain Marvel" et "Warlock", s'avère très classique dans sa conception. Dans un premier temps, une menace apocalyptique se profile sur l'univers, et l'on convoque une armada de super-héros triés sur le volet. Puis, la menace étant distribuée sur plusieurs fronts, on forme les équipes, dont chacune se voit assignée une mission bien particulière. Si le canevas n'est pas nouveau et rappelle par sa composition synoptique les innombrables crossovers JLA / JSA de la période pré-Crisis, Starlin sait en revanche lui donner une dramaturgie suffisamment captivante pour tenir le lecteur en haleine jusqu'à l'inévitable bouquet final. Une fois de plus, on rend hommage à Kirby au travers des planètes New Genesis et Apokolips - l'infâme Darkseid lui-même se mobilisant contre la menace universelle, vous dire si l'affaire est grave! - mais également en ramenant Etrigan, héros de la série "Demon", autre fameuse création du King pour DC. Plus intéressante est la prestation du jeune Mike Mignola qui, à l'époque, n'avait pas encore développé le style épuré qui fait tout le charme d'"Hellboy", et qui nous offre ici un dessin très détaillé et démultipliant l'action dans tous les coins de cases, dans la grande tradition perezienne. Du tout bon, donc, pour les amateurs de sagas cosmiques qui verront ici lutter au coude à coude Superman, Batman, Martian Manhunter, Green Lantern (dans sa version John Stewart), Starfire, Etrigan, le Dr Fate ainsi que quelques "New Gods" tels Lightray et Forager. Excusez du peu!

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Comics

THE DARK KNIGHT ARCHIVES - Vol 1

par Bill Finger & Bob Kane

(DC - coll "Archive Editions - 1992)

Depuis son apparition en Mai 1939 dans "Detective Comics" #27, le Batman du Golden Age demeure désespérément inédit en France (1). Les seules à s'y être sérieusement attelées sont les défuntes éditions SEMIC, qui éditèrent en Janvier 2004 le luxueux album "Archives Batman 1939-1941" regroupant les bandes parues dans "Detective Comics" #27 à 50, mais leur faillite coupa court à cette belle aventure et il n'y eut pas d'autre volume. De son côté, Panini a bien entrepris quelque chose d'approchant dans sa collection "Archives DC" (deux volumes parus - dont un chroniqué dans les "Mollards" de Mars 2007), mais a choisi de débuter sa rétrospective en 1964, c'est-à-dire en plein Silver Age. Or, chez nos amis ricains qui, c'est bien connu, font tout en plus grand et en plus beau - y compris les génocides et les crises économiques! - de telles archives chronologiques existent depuis presque vingt ans et ne se cantonnent d'ailleurs pas à Batman, puisque tous les héros DC du Golden Age y sont représentés. Je suis donc parti en chasse, via E-Bay, dans les comics-shops d'outre-Atlantique (2) et en ai ramené quelques belles pièces parmi lesquelles ce "Dark Knight Archives, vol 1" qui regroupe les quatre premiers numéros du comics "Batman" - les "Batman Archives" étant quant à elles consacrées, comme leur nom ne l'indique pas, à "Detective Comics". Adonc, en 1939, le "Caped Crusader" ne fut pas long à s'imposer en tant que nouvelle coqueluche du comics puisque, dès le printemps 1940, il eut droit à son propre titre qui, pour trimestriel qu'il fût, n'en proposait pas moins quatre de ses aventures par numéro - alors qu'il devait partager "Detective Comics", mensuel à vocation essentiellement policière, avec d'autres héros DC depuis longtemps oubliés. Et ça attaque fort dès le #1, avec l'apparition de deux icônes de l'univers gothamite qui allaient faire leur chemin: le Joker et "The Cat", qui ne tardera pas à devenir Catwoman. Succès immédiat pour ce tandem de vilains, puisque le premier apparaît à quatre reprises et la seconde à trois rien que dans ce premier volume. À part ça, ça délire déjà pas mal à l'époque, quoique dans un style plus feuilletoniste hérité du serial, Batman et Robin affrontant tour à tour des pirates, des Pygmées, une homme préhistorique de cinq mètres de haut, le "tueur au pied-bot", "l'homme le plus laid du monde", et je vous en passe, tout au long de scripts qui s'inspirent de figures classiques de la culture populaire tels que Docteur Jekyll et Mister Hyde, Sherlock Holmes, King Kong ou encore les gangsters-movies de James Cagney. On en profitera pour rendre hommage à Bill Finger, véritable usine à scénarii du Golden Age, et qui fut quelque peu éclipsé par Bob Kane, dont les dessins naïfs constituent un véritable bain de jouvence. L'on sera également ému par une narration rudimentaire et souvent redondante, les (nombreuses) vignettes répétant systématiquement ce que le dessin dit déjà très bien, survivance d'un "Platinium Age" dans lequel on n'avait pas encore inventé le phylactère. Si tout ceci ne nous rajeunit pas, en tous cas ces archives ont la saveur à nulle autre pareille de ces bonbecs qu'on achetait au bazar du coin en sortant de l'école communale...

Notes:

(1): À deux exceptions près: dans les années 40, le magazine "L'Astucieux" publia Batman sous le titre "Les Ailes rouges" (???), et n'oublions pas la compilation de "daily strips" sortie en Octobre 1982 dans la magnifique et regrettée collection "Copyright" des éditions Futuropolis, sous le titre "Batman 1943-1944".

(2): Je me suis d'ailleurs rendu compte qu'en achetant ce genre de produits de luxe aux States et frais de port compris, on restait sensiblement en deçà des prix pratiqués par les comics-shops français!

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Vu à la télé

GOTHIKA

de Matthieu Kassovitz (2003)

Mauvaise pioche pour l'ami Kasso. À peine débarqué sur la terre promise du Nouveau Monde, la tête pleine du Rêve Américain et le coeur empli d'un légitime ressentiment à l'égard de la frigidité de nos franchouillards producteurs, le voilà qui tombe dans les griffes d'une bande de marchands de soupe prompte à mettre le grappin sur tout jeune talent immigré, afin de donner artificiellement quelque lustre à leurs productions fantastiques à deux balles... Il s'agit bien sûr de "Dark Castle", la boîte de Joel "Pompe-à-Fric" Silver (l'une de mes plus régulières têtes de Turcs!), spécialisée dans le remake foireux à vocation alimentaire, et que l'on vit s'en prendre aux B-movies fendards de l'ineffable William Castle avec les lamentables "13 Fantômes" et "La Maison de l'Horreur" (1), deux classiques de ce petit maître tragiquement pop-cornisés par ses soins, après s'être attaquée à "La Maison du Diable", chef d'oeuvre absolu de Robert Wise dont l'infâme Jan de Bont nous a livré avec "Hantise" une version d'une stupidité abyssale. Dans de telles conditions, et avec un script aussi pourri et farci de lieux communs que celui de "Gothika", on ne s'étonnera pas que Kasso, en dépit de toute la virtuosité déployée dans une réalisation qui, du coup, tourne à vide et laisse une désagréable impression de gratuité, échoue à nous délivrer autre chose qu'un navet friqué, ampoulé et finalement assez vain, se reposant paresseusement sur le prestige de son casting (Halle Berry, Robert Downey Jr, Penelope Cruz) et de son metteur en scène. Aussi élaborés et inventifs soient-ils, les mouvements de caméra - parfois à la limite de l'acrobatique - peinent à nous faire oublier l'indigence d'un script dont on a éventé chaque rebondissement avant même que l'auteur ne l'ai écrit: fantôme possesseur réclamant vengeance, déambulations interminables dans les couloirs d'une vénérable institution psychiatrique, twists téléphonés à coups de coupables portant une pancarte autour du cou et, comble de tout: pas l'ombre d'un frisson tant cette production garde le cul entre deux chaises et vise une épouvante pour midinettes politiquement acceptable (la marque de fabrique de "Dark Castle") qui n'effraiera que le public de "Bouffie contre les Vampires"! N'en doutons pas, Kasso a été embauché par des épiciers soucieux de s'acheter une crédibilité à bon compte, afin de noyer le poisson, comme n'importe quel couillon de yes-man. Triste destin pour un cinéaste qui su nous séduire par une filmographie française à la fois originale, intransigeante, audacieuse et anticonformiste. Ce n'est certes pas la platitude de "Gothika" qui provoquera controverses et polémiques, comme au bon vieux temps de "La Haine" et d'"Assassin(s)"... Donner de la confiture aux cochons de "Dark Castle" ne leur fera pas pour autant sortir le groin des épluchures!

Note:

(1): Remake de "La Maison de tous les Mystères" - voir chronique "La Maison de l'Horreur".

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18356747&cfilm=50709.html

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Vu à la télé

PRÉMONITIONS (Premonition)

de Mennan Yapo (2007)

Une fois de plus, on est dans le phénomène de mode hollywoodien du scénar en forme de plat de spaghetti. Les paris sont ouverts chez tous les tâcherons de la profession: qui sera le prochain David Fincher? et qui écrira le nouveau "Usual Suspects"? Bref, qui nous pondra le script le plus emberlificoté, avec des vrais morceaux de twist dedans, genre ha! ha! vous y bitez plus rien, bande de pauvres nases, tellement mon scénar il est trop fort pour vous! Plutôt que d'utiliser les procédés habituels, qui consistent soit à développer cinquante lignes narratives en même temps et à les faire converger avec plus ou moins de bonheur, soit à la jouer en zig-zag en contredisant toutes les cinq minutes ce que l'on vient d'établir, le scénariste Bill Kelly nous la fait au "cut-off": j'écris une histoire où il ne se passe pas grand chose, puis je la débite en petits morceaux que je jette en l'air, je réassemble le tout tel que c'est tombé sur la table de montage en replâtrant vaguement aux entournures, histoire qu'on voit pas trop les coutures, et c'est moi que je suis le William Burroughs d'Hollywood! Le spectateur en reste bouche bée, à se demander pourquoi le mari de Sandra Bullock prend une douche alors qu'il est mort dans un accident de voiture, et pourquoi elle se retrouve devant son cercueil alors qu'il est en train de prendre une douche, etc... à moins qu'il ne soit tout simplement en train de bâiller, le spectateur, devant ce pensum prétentieux élaboré par un "Shyamalan du pauvre", pour reprendre l'expression inspirée d'Aurélien Ferenczi dans "Télérama"... Bien entendu, ça bouffe un peu à tous les râteliers sans en avoir l'air, ça touille le "Dead Zone" de Cronenberg, "Un Jour sans Fin" d'Harold Ramis, plus divers éléments à la Philip K. Dick (l'auteur de S.F. les plus pillé et torpillé par les bricoleurs de réalités parallèles) et ça fait emballer le tout par un réal plutôt doué, avec une belle photo et tout ça, pour nous ressortir au final le bon vieux mythe du vizir de Samarkhand qui se précipitait dans les bras de son destin précisément en cherchant à l'éviter, quelle cruelle ironie ma bonne dame! Quant à moi, inactuel comme vous me connaissez, je rêve à "Mulholland Drive", et à un scénario écrit de main de maître se donnant l'apparence de l'incohérence à force de surdétermination! Quel rapport avec "Prémonitions", me direz-vous? Aucun, évidemment!

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Presse

MAD MOVIES HORS-SÉRIE #12:

"Les Divas de la Série B"

(Custom Publishing - Juillet 2008)

Excellente initiative que ce hors-série dédié aux "scream queens", ces starlettes peu farouches sans lesquelles nos amis les nanars ne sauraient vraiment être ce qu'ils sont, et dont la principale compétence réside dans des poumons très performants, tant au sens propre - puisque leurs punchlines se résument le plus souvent à des hurlements de terreur face à quelque monstre caoutchouteux - qu'au sens figuré - et là, je ne vous fais pas un dessin, la très riche et très avenante iconographie de ce magazine étant par elle-même suffisamment éloquente, merci bien. À tel point que ça se feuillette quasiment comme un bon vieux "Playboy" et que, captif de toutes ces rondeurs, on en oublierait presque le rédactionnel, ce qui serait tout de même dommage au vu de la somme extraordinaire de travail abattue par l'équipe de "Mad", qui passe au crible les carrières respectives de pas moins de cent beautés aux charmes très développés. Ce panel considérable balaye avec une minutieuse exhaustivité le cinoche d'exploitation des trois dernières décennies, traquant la bimbo couinante avec une passion communicative qui engendre une irrépressible envie de se lancer dans une furieuse chasse aux nanars dans les bas-fonds de la production vidéo. On y croisera bien évidemment certaines figures (si j'ose dire!) devenues cultes, telle la torride Barbara Crampton qui nous fit abondamment transpirer dans les réalisations lovecraftiennes de Stuart Gordon ("Re-Animator", "Les Portes de l'Au-Delà"), ou encore le joyeux gynécée qui s'est déloqué dans la fine fleur du nanar ricain des eighties pour des réalisateurs aussi prestigieux que Fred Olen Ray, David DeCoteau ou Jim Wynorsky, principalement composé de Michelle Bauer (que l'on peut voir trôner sur la couverture, tronçonneuse en main), Brinke Stevens, Bobbie Bresee, Debbie Rochon, sans oublier Linnea Quigley dont on n'a pas oublié le célèbre effeuillage dans le cimetière du "Retour des Morts-Vivants" de Dan O'Bannon. On rencontrera également certaines "célébrités" ayant fait les beaux jours de la presse people de par leurs frasques siliconées, telles que l'ineffable Pamela Anderson et la gérontophile Anna Nicole Smith, ou encore la bodybuildée ex-Mme Stallone Brigitte Nielsen. Plus une quantité astronomique d'inconnues courant le cachet qui, s'il leur est arrivé de côtoyer quelques monstres au hasard d'une carrière erratique, n'évoqueront un souvenir que dans la mémoire des amateurs purs et durs de pornos plus ou moins hard... C'est d'ailleurs là qu'on touche aux limites de l'intérêt que peut susciter ce hors-série, qui a un peu tendance à se perdre par moments dans l'univers limitrophe du film de cul, ce qui n'interpellera que très moyennement le fantasticophile. En effet, si l'idée d'un hors-série sur le thème des "scream queens" ne pouvait qu'exciter cette secte très étrange qui est la nôtre, en revanche on aurait préféré un traitement du sujet moins anecdotique et plus recentré autour du nanar horrifique proprement dit, avec peut-être quelques études sur le rôle de ces pulpeuses créatures dans certaines oeuvres représentatives - bref réalisé dans un esprit plus typiquement "Mad". Ceci étant dit dans le plus total respect du travail remarquable effectué par les rédacteurs.

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"Le Nombre 23", ou quand Schumy se prend pour Carpenter!

surfer

Le Surfer d'Argent: le con, la pute et le puant!

grang_

Jean-Christophe: Géant avec un Grangé!

spidey

Un Spidey lacanien qui s'aliène dans le miroir...

menace

"Menace sur la Terre"... et sur le cinéma!

odyssey

Etrigan et Darkseid: les héros de Kirby revus par Mignola

batman_001

Batman 1940: apparition d'un affreux dont on n'a pas fini d'entendre parler!

gothika

"Gothika": Halle cavale dans le dédale!

pr_monitions

"Prémonitions": never mind the Bullock!

mad

Scream queens: cachez ces poumons que je ne saurais entendre hurler!