Vu à la télé

TRASH (Octobre 2008)

Après un détour dans le monde très underground du cinéma gay et érotique, "Trash" revient au fantastique, et nous surprend une fois de plus en sortant des oubliettes du Septième Art quelques curiosités frappées du sceau de la déjante et de la bizarrerie. Habitués que nous sommes à une culture désormais blockbusterienne du genre, nous avons oublié combien les petits maîtres inconnus de la série B d'antan, dans laquelle le genre fut longtemps relégué non sans un certain mépris de l'intelligentsia, pouvaient transcender leur modeste condition d'artisans d'un cinoche populaire et se montrer inspirés en dépit de moyens souvent très limités. Fort heureusement, Arte est là pour nous le rappeler!

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DOOMWATCH

de Peter Sasdy (1972)

Peter Sasdy fait partie de ces artisans tout à fait honorables qui, derrière le chef de file Terence Fisher, contribuèrent à écrire la légende de la Hammer dans les années 60 et 70. Homme de télévision, il réalise pour la BBC entre 1957 et 1970 une multitude de séries et dramatiques inédites en France dans leur grande majorité. C'est par la poignées de B-movies horrifiques qu'il tourne pour la Hammer dans la première moitié des seventies qu'il se fera connaître des afficionados de l'hexagone, qui se régaleront successivement de "Une Messe pour Dracula" (1970) - quatrième épisode de la franchise draculéenne initiée par Terence Fisher avec "Le Cauchemar de Dracula" (1958) et "Dracula, Prince des Ténèbres" (1965) - , "La Comtesse Dracula" (1971), "La Fille de Jack l'Éventreur" (1971), et enfin de ce "Doomwatch" de 1972, quelque peu en marge de la production gothique habituelle de la firme. En fait "Doomwatch" est un long métrage dérivé d'une série télé éponyme et inédite en France - quoique culte outre-Manche - mettant en scène une agence gouvernementale chargée de surveiller et si possible de prévenir les catastrophes écologiques. C'est ainsi que le Docteur Shaw est envoyé sur la petite île de Balfe pour une mission en principe de routine, et qui consiste à effectuer des prélèvements pour évaluer les séquelles sur l'environnement d'une ancienne marée noire. Évidemment, il ne va pas tarder à mettre le doigt sur quelque chose de beaucoup plus lourd, se heurtant à une population hostile de pêcheurs burinés par les embruns, et qui semble prête à tout pour garder un secret que l'on pressent abominable... Tout l'intérêt de cette production réside dans l'option prise par Peter Sasdy de consacrer la majeure partie du métrage à décrire, avec des effets savamment dosés, la pesanteur du quotidien d'une communauté insulaire repliée sur elle-même, vivant hors du temps et sur laquelle la modernité semble de pas avoir de prise. Le lieu de tournage sélectionné - un hameau anachronique, sinistre et quasi désert où l'on devine un regard inamical derrière chaque persienne - n'est pas sans rappeler ce haut lieu de la terreur lovecraftienne qu'est le célèbre village d'Innsmouth, avec sa population non moins inquiétante. Habile, Sasdy sait en tirer tout le parti qu'il faut et prend tout son temps pour laisser son héros démêler un à un tous les fils d'un mystère dont l'énoncé, déroulé tout à l'économie, ne manque pas de nous accrocher solidement et d'exacerber notre curiosité. Les confrontations de notre détective écolo avec une communauté frustre, revêche, agressive et souvent dégénérée sont autant de moments de tension que la réalisation sait rendre suffocants. Bref, tout cela est mené avec brio jusqu'au dernier tiers du film, qui nous ramène sur le continent où le mystère prend sa source, avant de nous surprendre par un épilogue plein d'un émouvant humanisme là où l'on s'attendait, eu égard à ce qui précède, à un déchaînement d'horreur et de violence. Le contre-pied total. Par le fait, cette oeuvrette essentiellement et efficacement "atmosphérique" s'avère une série B soignée, tout à fait digne d'intérêt et, en tant que telle, parfaitement représentative d'une qualité "Hammer" qui ne s'est jamais démentie. Une curiosité à découvrir.

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RÉINCARNATIONS (Dead And Buried)

de Gary Sherman (1980)

Gary Sherman avait tout pour devenir un "Master of Horror": il débute sa carrière en 1972 avec "Le Métro de la Mort", déjà très favorablement accueilli par les fans et la presse spécialisée de l'époque, avant d'amener ceux-ci à l'orgasme huit ans plus tard avec ce "Réincarnations" écrit par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (les scénaristes d'"Alien", quand même!), et qui compte parmi ces perles du B-movies aussi inspirées que désargentées qui firent les beaux jours d'Avoriaz et du Grand Rex. Las, cédant à l'appel des sirènes hollywoodiennes, Sherman se vautrera en cours de route en acceptant d'écrire, produire et réaliser pour MGM le pitoyable "Poltergeist 3" (1988), avant d'échouer dans la série télé où il croupit encore de nos jours en filmant platement ce qu'on veut bien lui donner à tourner... Pur produit horrifique pour drive-in animé d'une gnaque remarquable, "Réincarnations" nous égare assez agréablement une heure et demie durant dans un savant mélange de sous-genres. S'il traite principalement de nécrophilie et se régale sans vergogne des ambiances d'athanées au parfum de formol, dans la droite lignée du "Phantasm" de Don Coscarelli (1979) dont il est contemporain, le film ne se cantonne pas à cette unique thématique et, partant dans diverses directions, finit par régurgiter avec une érudition non feinte toute une culture du B-movie horrifique, qui va d'une problématique "du double" directement héritée du classique de Don Siegel "L'Invasion des Profanateurs de Sépultures" (1956) - les morts revenant à la vie pareillement "altérés" - au thème de la "communauté hostile à l'étranger" tel qu'on peut le voir illustré dans le cultissime "2000 Maniacs" de l'ineffable Hershell Gordon Lewis (1964). D'un point de vue plus formel, "Réincarnations" se place également dans une filiation des plus fameuses qui prend ses sources chez Romero ("La Nuit des Morts-Vivants"), Hooper ("Massacre à la Tronçonneuse", "Le Crocodile de la Mort") ou encore le Wes Craven des débuts ("La dernière Maison sur la Gauche", "La Colline a des Yeux") - tous situés dans le même Âge d'Or de la série B qui décape grave. En effet, "Réincarnations" se donne comme un pur "sick-movie" du fait de ses images crades, de sa photographie constamment enfumée comme par une brume sale et de ses angles de caméra souvent déstabilisants. La petite ville côtière de Potter's Bluff dans laquelle des gens sinistres gâchent leur vie, en attendant d'être massacrés avec la dernière cruauté puis de devenir bourreaux à leur tour, s'en trouve écrasée d'un ciel "bas et lourd" où le soleil ne brille jamais et qui confère à l'air une moiteur malsaine et nauséeuse. Sortant de là, notre estomac conserve la sensation d'avoir passé une heure et demie sur une barque tanguant inlassablement d'un bord sur l'autre - bleurk! On ne déplorera jamais assez que la carrière de Sherman se soit enlisée par la suite, tant il est vrai que "Réincarnations" témoigne d'un réel génie dans la déviance provocatrice que n'auraient pas désavoué nos modernes Eli Roth et Rob Zombie...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=8ZmlEh34unM

dr_shaw

C'est chaud pour le docteur Shaw!

petite_fille

Il se passe des choses bizarres, sur l'île de Balfe...

tronche

...on y croise de drôles de tronches...

cl_bard

...et même les clébards font leur tête de cochon!

victime

Remarquez, ceux de Potter's Bluff sont pas mal non plus...

bras

Une vraie bande de bras cassés!

b_cher

En tous cas, ils savent réchauffer l'ambiance...

oeil

...et soigner leurs invités!