Comics

titre

en "BIG BOOKS"

INTRODUCTION:

"Le mega-crossover: stade ultime du comics...

...ou prise de tête à but lucratif?"

Reprise tardive de notre feuilleton "Infinite Crisis", que j'avais il est vrai quelque peu délaissé depuis la conclusion de "The OMAC Project" publiée chez nous en Septembre 2006 (ce qui ne nous rajeunit pas!), dans "Batman & Superman # 7 (voir "Mollards" de Novembre 2006), et qui constituait l'un des (nombreux) préludes à la fameuse "crise". Avant que de m'attaquer à une chronique de la série "Infinite Crisis" proprement dite, nous allons donc passer en revue les différentes mini-séries publiées en amont de celle-ci, et auxquelles Panini a décidé de consacrer un pan tout entier de sa collection "Big Books" sous cette même bannière "Infinite Crisis", à raison de deux titres par album. Pour cette première fournée, je me contenterai des trois premiers volumes, puisque les suivants sont à rattacher à la saga "Crisis Aftermath" relatant les événements "post-Crisis".

État des lieux: à la base, on a donc une multitude de séries plus ou moins régulières et interconnectées qui, mega-crossover oblige, vont se mettre à converger dans le temps et l'espace jusqu'à se confondre au moment de la "crise", censée bien évidemment les "redéfinir" dans leur totalité. Première remarque: la crise virtuelle qui nous est relatée dans les comics répond à une crise éditoriale et commerciale, bien réelle quant à elle. Quel que soit le plaisir qu'on prend à la lecture d'un crossover, on ne peut pas raisonnablement donner tort à l'esprit critique qui définira ce principe comme un attrape-gogos poussant à la consommation. Car le concept du crossover a aussi son histoire: ainsi, tant qu'il ne s'agissait que d'aller chercher dans le titre "Superman" la fin d'une aventure débutée dans "Batman", cela pouvait encore être interprété comme une invitation polie à élargir ses horizons. Mais c'était mal connaître le libéralisme économique que de croire que l'industrie du comics allait s'en tenir là... De phylactère en aiguille, le concept de crossover n'a cessé de croître et embellir, au point d'en devenir une caricature de lui-même, plus connue sous le nom de "mega-crossover". Et encore, le mega-crossover d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier: en effet, à considérer le chef-d'oeuvre de Marv Wolfman et George Perez "Crisis On Infinite Earths" (1985-1986) comme le premier crossover géant de l'histoire du comics, le lecteur contemporain sera tout simplement confondu par sa relative simplicité en comparaison des usines à gaz que sont "Infinite Crisis" chez DC ou "Civil War" chez Marvel. Pourtant, si "Crisis On Infinite Earths" embrassait à l'époque la quasi totalité des séries DC, sa structure était simple: il y avait un "avant-crise" et un "après-crise" de part et d'autre des douze épisodes de la série, et point-barre. Le fan de Flash, par exemple, pouvait aisément faire le détour par "Crisis" pour comprendre pourquoi Wally West avait remplacé Barry Allen sous le fameux costard rouge, puis reprendre la chronologie de sa série favorite sans se préoccuper autrement qu'occasionnellement du devenir des autres titres DC. Ou, s'il se mettait à le faire de façon régulière, c'était selon son bon vouloir. Et c'est bien là que je veux en venir: une telle situation est de nos jours impensable pour les éditeurs de comics, et "Infinite Crisis" est là pour en témoigner. L'impérialisme des deux majors du comics DC et Marvel est tel que tout est fait pour que le fan achète la quasi totalité des séries sous peine d'être irrémédiablement largué, quels que soient les titres qu'il suit assidûment. Le mega-crossover, nonobstant la qualité artistique des comics qu'il met en oeuvre, peut donc être considéré comme une OPA particulièrement agressive sur le portefeuille des fans. Au désir, librement consenti, suscité hier par tel ou tel titre, il a substitué la contingence d'un besoin qui rend indispensable, par un jeu de références perpétuel, l'assiduité à un maximum de séries. Je vous ai décrit plus haut la structure on ne peut plus simple de "Crisis On Infinite Earths", crossover mis en chantier avant tout - il est important de le préciser - pour répondre à un DÉSIR exprimé par le lectorat de DC de voir établir une cohérence qu'ils vivaient comme problématique à l'époque. Tout le génie scénaristique de Marv Wolfman consista donc à pointer les contradictions et à apporter une réponse à chacune d'entre elles, livrant à la fin des douze épisodes de la série un "DC-verse" relativement cohérent. À l'inverse, tout se passe dans "Infinite Crisis" et ses satellites comme s'il était question de foutre un maximum de bordel, histoire de susciter un nombre incalculable de questionnements donnant du grain à moudre aux scénaristes pour une période indéterminée, et créant de toutes pièces un BESOIN chez le lecteur en le maintenant dans une sorte de cliffhanger permanent. D'où la structure particulièrement complexe, pour ne pas dire inexpugnable, d'"Infinite Crisis": les séries régulières se mettent soudain à converger vers une multitude de mini-séries parallèles, lesquelles se mettent à leur tour à pareillement converger, en tant que "préludes", vers une série-pivot développant la "crise" proprement dite, ceci sans cesser d'interagir les unes sur les autres, voire sur les séries régulières qui continuent leur parution pendant ce temps-là... et je ne vous parle pas des divers "one-shots" faisant de temps à autre une éphémère apparition pour y ajouter leur grain de sel! Bref, pour mettre en organigramme l'interactivité d'"Infinite Crisis", il faudrait pour le moins prévoir une surface de l'ordre d'une façade de l'Empire State Building!

Un tel état de fait ne va évidemment pas sans produire quelques effets pervers. À force de mega-crossovers, l'univers de DC devient à tel point autoréférentiel qu'il en constitue désormais un ésotérisme jaloux de lui-même, soit: une affaire d'initiés, pour ne pas dire de geeks... En effet, l'accessibilité des storylines mises en oeuvre par des scénaristes de plus en plus délirants ne risque-t-elle pas, à terme, de devenir problématique pour un public de profanes, quand les "initiés" eux-mêmes ont parfois du mal à s'y retrouver? Actuellement, pour un néophyte, prendre en route une série DC est du domaine de l'impossible, et la lui expliquer revient presque à soutenir une thèse de doctorat! On peut donc raisonnablement craindre un certain découragement de la part d'un nouveau lectorat potentiel, en même temps qu'un vieillissement des "initiés", voire une échappée vers les séries du comics indépendant qui ne présentent pas de tels inconvénients, ce qui est pour le moins paradoxal, l'objectif visé étant pour les majors d'occuper le terrain et de prendre un maximum de parts de marché.

Le problème est particulièrement sensible en France où, en dépit des efforts méritoires de Panini pour coller au plus près de la chronologie US, les entorses à celles-ci ne peuvent pas toujours être évitées du fait des délais de publication: on a ainsi vu certains "préludes" sortir alors que la série "Infinite Crisis", par définition postérieure, battait son plein depuis plusieurs mois dans la revue "Batman & Superman", de même que d'autres séries régulières publiées dans "DC Universe" se retrouvaient en décalage dans leur interactivité par rapport au crossover, ou à tel ou tel de ses "préludes... Et je ne parle pas des questionnements resté en suspens, pour la bonne raison que la plupart des titres impactés par "Infinite Crisis" ne sont tout simplement pas publiés chez nous. Le lecteur français se trouve donc contraint à une gymnastique intellectuelle assez éprouvante, consistant à remettre en ordre le puzzle d'une chronologie événementielle éclatée, et dont certaines pièces demeurent désespérément manquantes... Constant flash-back et flash-forward, prise de notes en vue de l'établissement d'un ordre de lecture, colmatage des trous au moyen des maigres allusions glanées au détour d'une page ou des quelques infos que nous donnent les éditorialistes de Panini: tel est le lot du lecteur français qui, dans de telles conditions et malgré toute sa bonne volonté, a du mal à se départir d'une fatale impression de replâtrage. Quand la lecture d'une BD commence à supposer la maîtrise d'un SYSTÈME au sens philosophique du terme, et lorsqu'elle implique autant de recherches que de lecture, on est en droit de se demander si une telle cérébralité n'est pas quelque peu antithétique avec l'essence populaire du comics, et si cette quête permanente d'informations et d'ordination des événements ne finit pas par s'avérer plus contraignante que divertissante, c'est-à-dire par tout simplement nuire au plaisir de lire un comics... Il semblerait en effet que les "initiés" et autres fans rompus au brainstorming que requiert la lecture des séries DC - ce qui suppose également un budget conséquent! - ne suffisent plus à viabiliser celles-ci de façon durable auprès du lectorat français, sans parler de l'écrasante concurrence marvelienne...

Quoi qu'il en soit, on ne pourra pas reprocher à Panini de ne pas avoir fait le maximum pour essayer de résoudre la quadrature du cercle, notamment au travers de ces somptueux "Big Books" qui préludent "Infinite Crisis", et dont j'attaque enfin la chronique après cette longue mais nécessaire introduction.

01INFINITE CRISIS - Vol 1: "Prélude" (1)

(Panini - coll "Big Books" - Juin 2006)

1ère partie - "The Rann-Thanagar War"

par Dave Gibbons, Ivan Reis, Joe Pardo &

Joe Bennett

Je vous entretenais plus haut de la "cérébralité" des séries DC... Ben là, justement, on est servi! Le scénar pondu par Dave Gibbons (qu'on a connu en d'autres temps comme génial dessinateur des "Watchmen" d'Alan Moore - prosternation!) est un édifice d'une telle complexité qu'il ne m'a fallu pas moins de cinq lectures consécutives, avec prises de notes (et de tête!) pour parvenir à en apprécier toutes les subtilités et à démêler l'écheveau de ses multiples lignes narratives. Comme son titre l'indique, cette mini-série (six épisodes) se donne avant tout comme un crossover Hawkman / Adam Strange, et c'est là que commencent les difficultés pour les froggies que nous sommes, vu que la série régulière "Hawkman" est tout aussi inédite chez nous que la mini-série "Adam Strange: Planet Heist" dont "The Rann-Thanagar War" est la suite directe. Car la fameuse guerre interplanétaire bat déjà son plein lorsque nous ouvrons le "Big Book", et nous eussions été d'emblée bien largués sans le briefing auquel se livre fort opportunément Adam Strange dans le premier épisode - ceci pour dire que, pour faire les choses correctement, une publication française de "Planet Heist" n'eût pas été du luxe... En revanche, la transition avec la série "Hawkman" est plus problématique, et nous n'en saurons pas plus sur ce mystérieux "Phénix" que l'homme-oiseau et sa compagne affrontent dès la première page: gênant! Au fil des épisodes, le crossover va bien évidemment s'élargir, accueillant deux Green Lantern (Kyle Rainer et Kilowog), un Omega Man (Tyggor), Vril Dox et sa L.E.G.I.O.N. accompagnés de la vieille gloire Captain Comet, le Starman local (à ne pas confondre avec le Starman terrestre, pourquoi faire simple?), sans oublier toute une armada d'aliens aux tronches bigarrées et aux morphologies plus ou moins biscornues, puisque la guerre que se livrent Rann et Thanagar ne va pas tarder à déborder le système polaire (entendez: les planètes qui gravitent autour de l'Étoile Polaire) pour embraser toute la galaxie, et notamment le système végan, fief de ces très malfaisants Psions qui donnent régulièrement du fil à retordre aux Green Lantern. Je ne vais pas m'étendre davantage, de peur de vous coller une migraine carabinée, sur toutes les factions en présence, non plus que sur les intérêts stratégiques plus ou moins fumeux qui amènent celles-ci à se ranger dans l'un ou l'autre camp - voire à tourner casaque en plein milieu du récit! Car de deux choses l'une: soit l'on décroche au bout de quatre pages et l'on s'enquille un tube de Doliprane, soit on s'accroche - ce qui demande une bonne dose d'entêtement, voire de perversité - et dès lors la lecture que l'on fait de "The Rann-Thanagar War" risque fort de s'aliéner dans quelque chose qui ressemble fort à une explication de texte, pouvant aller pour les plus geeks d'entre nous jusqu'à entreprendre des recherches documentaires qui peuvent nous emmener très, très loin - et soyez convaincus que je parle d'expérience! C'est alors qu'une sorte de petit miracle se produit, et que l'on reste absolument baba devant la perfection systémique du script de Gibbons qui, sous de faux airs de space-opera superhéroïque à la sauce "Star Wars", finit par renouer avec une tradition beaucoup plus intello de la SF classique représentée par des créateurs d'univers aussi prestigieux que Frank Herbert ou Isaac Asimov. Par le fait, la "cosmopolitique" qui sert d'infrastructure aux multiples affrontements épiques auxquels on assiste n'est pas sans rappeler, de par le soin qui est apporté à sa mise en système d'une précision obsessionnelle, le souffle cosmique positivement fascinant qui animait les célèbres cycles de "Dune" ou de "Fondation". Mieux, Asimov m'est soudainement apparu comme une sorte de précurseur de la conception moderne du comics, notamment par la manière ahurissante dont il a fini par réunifier son imposant oeuvre romanesque en un "Asimov-verse" dont il conte et organise l'Histoire sur des millénaires, finissant par interconnecter ses différents cycles (les "Robots", l'"Empire intergalactique", "Fondation") dans un mega-crossover avant l'heure. De manière assez similaire, Gibbons dresse une sorte de cartographie de la "sphère spatiale" de l'univers DC, avant d'en jeter les différentes factions les unes contre les autres... Sauf que cette cartographie n'est pas apparente au premier regard et se donne comme éclatée, la narration sautant d'une planète à l'autre toutes les quatre pages, nous présentant alternativement les différents fronts de la guerre qui fait rage, chacun d'entre eux représentant un enjeu bien précis qui finira par prendre sa place dans l'ensemble. C'est donc au lecteur de se prendre par la main et de réaliser la synthèse de cet univers foisonnant, tant au niveau des décors qu'à celui des concepts. Certes, il s'agit d'un effort intellectuel intense, pour ne pas dire fastidieux, et je conçois tout à fait qu'il puisse rebuter certains lecteurs. Moi-même, si je reste admiratif devant la construction scénaristique élaborée par Gibbons, que l'on contemple un peu comme une oeuvre d'architecte, je dois avouer que je ne me taperais pas un comics de ce tonneau tous les jours, et que je prise davantage une narration plus limpide... Circonstance aggravante, le dessin souffre d'une mise en couleur dégueulasse (signée d'un certain John Kalisz) qui noie littéralement le trait du pourtant excellent Ivan Reis, nuit à la lisibilité du graphisme et rajoute encore à la confusion d'un comics qui, de par les options de narration très spéciales prises par son scénariste, n'avait pas vraiment besoin de ça. Enfin, son positionnement à l'intérieur même d'un mega-crossover interminable fait que cette mini-série n'a pas véritablement de fin, si ce n'est un rebondissement de dernière minute qui nous laisse assez désagréablement la trique en l'air, nous renvoyant à plus tard pour ce qui est du dénouement. Mais ça, je vous en parlerai un peu plus loin...

2ème partie - "Day Of Vengeance"

par Bill Willingham, Justiniano & Ron Wagner

Depuis que le vétéran Hal Jordan a laissé tomber la défroque du Spectre pour reprendre ses fonctions initiales de Green Lantern (voir mini-série "Rebirth" dans "DC Universe #5 à 10), l'entité est devenue folle et, nous explique-t-on, a "perdu tout contact avec la réalité" en l'absence d'hôte humain. Du fait de sa nature inconcevable hors d'une telle symbiose, le Spectre fait un peu tout et n'importe quoi, comme appliquer une peine de mort disproportionnée à des maris adultères, à de petits canaillous piquant quelques dollars dans les poches de leurs parents, ou encore aux mauvais citoyens ayant floué le fisc. Bref, il est devenu néorépublicain! Par ailleurs, on se souvient de Jan Loring, l'ex-compagne d'Atom qui a précipité cette fameuse crise dans laquelle on patauge depuis des mois en assassinant Sue Dibny, l'épouse bien-aimée de l'Homme Élastique, dans "Identity Crisis" (publiée dans "Batman & Superman #1 à 4). Adonc, la meurtrière va se retrouver possédée par le démon Eclipso, lequel profite de la faiblesse du Spectre pour le circonvenir et le convaincre d'éradiquer toute magie, en tant que source de tous les maux de la Terre. Le Spectre se convertit alors dans le massacre systématique de tous les magiciens, sorciers, nécromants, avatars et divinités, ce qui a pour effet d'éclaircir considérablement la "sphère magique" de l'univers DC. Se colleter avec le Spectre, ça fout les jetons (faut avoir vu le Phantom Stranger transformé en souris!) et toute la communauté occultiste fait dans son ben, à l'exception d'un sextuor de magiciens de troisième ordre rassemblés par le destin et qui va tenter l'impossible sous le nom de "Shadowpact". S'il est vrai que le "Shadowpact" n'est jamais qu'une super-équipe de plus faite de bric et de broc et peut sembler un plat réchauffé à première vue, il n'en demeure pas moins que le scénariste Bill Willingham parvient contre toute attente à lier la sauce et à faire de "Day Of Vengeance" une série passionnante d'un bout à l'autre, déclinée sur un ton relativement nouveau. Sa plus belle réussite aura été sans doute de réussir à rendre son équipe de seconds couteaux extrêmement attachante pour le lecteur, du fait de personnages extrêmement hauts en couleurs. Exhumés du fin fond du catalogue DC où ils croupissaient comme autant de concepts non viables ou morts-nés, ces laissés-pour-compte prennent assez miraculeusement toute leur dimension dans le contexte de cette improbable équipe. Si un personnage comme Nightmaster peut paraître assez falot (normal, c'est le chef, il est pas là pour rigoler!), en revanche ses congénères ont suffisamment de personnalité pour remporter l'adhésion: ainsi, le concept du Ragman (une sorte de momie dont les oripeaux constituent un "purgatoire" rassemblant les âmes de milliers de criminels en quête de rédemption dont il peut mobiliser l'énergie à volonté) s'avère extrêmement puissant et original. À l'opposé de ce personnage très sombre, on trouvera plus de légèreté chez le Detective Chimp, un chimpanzé alcoolo en costume de Sherlock Holmes qui rend des points à son illustre modèle question intelligence déductive et stratégique, parle accessoirement le langage des animaux, et détend l'atmosphère à coups de vannes foireuses. Parmi les plus connus, on retrouve également Blue Devil, avec ses cornes et son trident, ainsi que la très sexy Enchanteresse, qui fit les beaux jours de la Suicide Squad. Sans oublier Nightshade, qui se fait obéir des ombres, ni la petite nouvelle Black Alice, qui les assistera temporairement, et qui est à l'équipe ce que Malicia est aux X-Men - en clair: elle pique les pouvoirs des autres. Mais "Day Of Vengeance" accueille également un invité-surprise de poids en la présence de Captain Marvel qui, le temps d'un épisode, va livrer au Spectre un combat d'anthologie. Question dramaturgie, la mini-série relate les deux affrontements du Shadowpact avec le Spectre et son éminence grise Eclipso, lesquels comptent parmi les plus belles bastons que j'ai pu voir durant ma longue pratique du comics: impeccablement mis en pages et "chorégraphiés", constamment éclairés dans les différentes phases par un scénar limpide (ce qui signifie: aux antipodes des embrouillaminis confus auxquels nous a habitués un Geoff Johns dyslexique - désolé, fallait que ça sorte!), bref un petit modèle du genre, parfaitement dessiné par l'excellent Justiniano. Noir et même assez désespéré sans être lourd, ce comics est une indéniable réussite dont la lecture procure un plaisir immédiat et imparable qui semble d'ailleurs avoir remporté l'adhésion des lecteurs, puisque le "Shadowpact" dispose désormais de sa propre série régulière, que l'on espère bientôt voir publiée en France. Pour conclure, sachez que "Day Of Vengeance" se termine également en cliffhanger, sur un cataclysme assez épouvantable qui met l'univers DC en grand péril. Bref, on n'a pas fini d'entendre parler du Spectre...

02

INFINITE CRISIS - Vol 2: "Prélude" (2)

(Panini - coll "Big Books" - Septembre 2006)

1ère partie - "Villains United"

par Gail Simone & Dale Eaglesham

Vous en rêviez? Gail Simone et Dale Eaglesham l'on fait! Une mini-série 100% immorale, entièrement à base de super-vilains pur jus, sans aucun grumeau super-héroïque dedans! Je ne suis pas auteur de comics, mais j'imagine que ça doit quand même être assez éclatant à réaliser: on peut se lâcher à fond, tout se permettre sans se préoccuper de morale ni de politiquement correct, ni qu'aucun éditeur ou rédac' chef ne vienne vous dire "Ah ben non, Superman peut pas faire un truc pareil" ou bien "C'est exclu, on ne peut pas foutre Batman et Wonder Woman dans un pieu!" Comme un vilain, c'est pas fait pour être gentil ni attentionné, autant vous dire que quand ils commencent à se friter entre eux, ce n'est pas pour se faire des cadeaux ni pour défendre la veuve et l'orphelin! Ce qui aboutit à une mini-série qui décape plus que grave, et que l'on aurait plutôt vue dans la ligne "Vertigo", aux côtés du "Preacher" de Garth Ennis par exemple, tellement ça saigne, ça fracasse, ça torture, ça s'étripe et ça s'arrache bras et jambes! Mais voyons un peu ça dans le détail. À ma droite, vous avez Lex Luthor qui, entouré d'un état-major trié sur le volet (Black Adam + Docteur Psycho + Deathstroke + La Calculette + la fille de Ra's Al Guhl) a réussi le tour de force de fédérer, sous l'appellation de "Société", la TOTALITÉ des super-vilains de l'univers DC, à une exception près: le Joker, jugé vraiment trop taré - une exclusion qui aura des répercussions déterminantes dans le futur de la saga "Infinite Crisis", mais chût... À ma gauche, les "Secret Six", une équipe de mercenaires sans foi ni loi embauchés par l'énigmatique Mockingbird (une vague silhouette virtuelle sur un écran d'ordinateur) et qui ont en gros pour mission de chier dans le cou de Luthor et de sa horde, pour des raisons tout aussi mystérieuses... Vaste programme, et combat disproportionné, qui donneront à notre sextuor de crapules l'occasion de s'en prendre plein la tronche, mais également d'en distribuer sans compter! Normal, pour une équipe composée d'un Paradémon venu tout droit d'Apokolips, du tireur d'élite Deadshot, du dégingandé Désossé, de la sexy autant que vénéneuse Cheshire et de l'athlétique Catman, tous sous les ordres de la belle et saphique Scandale, qui n'est rien moins que la fille de l'abominable Vandal Savage (soit dit en passant: le seul avec Catman à avoir décliné l'offre d'embauche de Luthor sans se faire dézinguer dans les cinq secondes). Gail Simone, brillante spécialiste du féminisme superhéroïque (cf "Birds Of Prey", "Wonder Woman"...), explore ici un monde très viril non sans une savoureuse dérision, tresse un scénar aux lignes narratives suffisamment emberlificotées pour nous tenir solidement accrochés à son histoire de fous, dresse force batailles rangées où tout ce beau monde se destroy avec enthousiasme, multiplie les trahisons et les coups de théâtre dans les deux camps, et nous amène sans nous laisser souffler jusqu'à une fin de partie apocalyptique lors de laquelle les "Secret Six" laisseront deux membres sur le carreau - mais non sans avoir sérieusement éclairci les rangs de Luthor et le personnel criminel du "DC-verse" par la même occasion. L'identité de Mockingbird nous sera révélée en fin de parcours, quoique de façon quelque peu cryptée, ce qui en laissera plus d'un sur le cul. Bref un scénar parfait, suffisamment épique pour assurer le fun, et cérébral juste ce qu'il faut pour entretenir la curiosité du lecteur et lui faire tourner les pages avec avidité, le tout magistralement illustré par le trait génialement tourmenté de Dale Eaglesham, qui nous offre des cases délicieusement poisseuses. Violente, cynique, déjantée, amorale, outrancière et souvent très drôle du fait même de son hénaurmité assumée, cette mini-série est, avec "Day Of Vengeance", le deuxième moment fort de ces "Big Books". Ainsi, nos anti-héros auront tôt fait de recruter de nouveaux membres tout aussi peu recommandables que les chers disparus, afin d'assurer la mini-série "Six Degrees Of Devastation" (tout un programme!) qui s'ensuivra, et qui a d'ores et déjà connu une publication française dans l'album "Infinite Crisis - vol 4", que je vous chroniquerai un de ces jours.

2ème partie - "Power Trip" ("JSA Classified" #1-4)

par Geoff Johns & Amanda Conner

C'est toujours un plaisir que de retrouver Power Girl, la super-héroïne la plus poumonnée de l'univers DC, celle qui, de son propre aveu, ne porte pas de masque car on ne la regarde jamais dans les yeux... Dans cet arc paru dans les #1 à 4 de la série "JSA Classified", la malheureuse a bien besoin d'être consolée (holà! on se calme! on pousse pas! on prend la queue comme tout le monde!): confrontée au mystère de ses origines, affligée d'amnésie et de super-pouvoirs fluctuants, elle se perd en conjectures et se trouve en proie à de graves troubles de la personnalité. Évidemment, n'importe quel petit malin qui a lu "Crisis On Infinite Earths" pourra lui dire que c'est parce qu'elle vient de la Terre 2, un monde alternatif qui n'existe plus, voire n'a jamais existé puisque son tissu spatio-temporel a été fondu par le Monitor à celui de la seule et unique Terre qui subsiste désormais dans le DC-verse - pour des explications plus détaillées, envoyez un mail à Marv Wolfman! Par ailleurs, se souvenir clairement d'événements n'ayant jamais objectivement existé peut vous rendre fou: ce n'est pas le Psycho-Pirate, condamné par le Monitor à ce supplice très raffiné à la fin de "Crisis" qui vous dira le contraire, vue l'araignée qu'il se trimbale au plafond... Rappelons en effet qu'il est en théorie le seul, avec Donna Troy qui connut la Révélation à l'occasion de sa récente résurrection dans la mini-série "Le Retour de Donna Troy" (voir "DC-Universe Hors-Série #3, chroniqué dans les "Mollards" de Novembre 2006), à se rappeler l'Âge d'Or du "Multiverse" antérieur à la crise, et à posséder des souvenirs à la fois réels et factices. Adonc, ce vilain bien agité du bocal et partie prenante de la fameuse "Société" de Lex Luthor (voir chronique ci-dessus), va utiliser ses pouvoirs de manipulation émotionnelle pour prendre la tête de la pauvre Power Girl et lui provoquer des hallucinations. C'est là l'essentiel de ce scénario de Geoff Johns qui tire à la ligne tant qu'il peut et se résume à un défilé d'apparitions fantasmatiques se succédant d'un bout à l'autre de l'arc, sans que l'action n'avance d'un iota. En guise de justification de ce piétinement scénaristique, chaque apparition donne une version différente des origines de Power Girl, histoire d'embrouiller un peu plus la malheureuse, jusqu'à ce que le Psycho-Pirate vienne lui révéler ce qui est pour le lecteur un secret de Polichinelle, puisque connu depuis 1986 et régulièrement rappelé depuis. On assistera donc en bâillant au défilé d'une bonne partie du catalogue des personnages DC, certains réels, d'autres pas, héros ou vilains, et l'on verra Power Girl casser un peu de mobilier urbain en croyant affronter des ennemis imaginaires, histoire de donner l'illusion qu'il se passe quelque chose dans ce petit chef-d'oeuvre de foutage de gueule. Fort heureusement, pour nous distraire quelque peu des babillages de Johns, il y a le dessin aérien et, il faut bien le dire, agréablement féminin d'Amanda Conner, tout en épure dans une tradition à la Matt Wagner, et agrémenté de couleurs tendres et reposantes signées Jerry Palmiotti. On n'a donc pas tout perdu, puisque le plaisir des yeux est assuré - et là, je ne vous parle pas du décolleté de PG! L'affaire reste en suspens sur une ultime case qui voit l'apparition soudaine et inexpliquée d'un Gueule d'Argile menaçant... Crossover oblige, on trouvera la suite directe dans "Infinite Crisis" #2, dont la chronique viendra en son temps... Curieusement, on ne parvient pas vraiment à déplorer cette interruption...

03

INFINITE CRISIS - Vol 3: "Spécial"

(Panini - coll "Big Books" - Mars 2007)

1ère partie - "Outsiders" #28-33

par Judd Winick, Jen Van Meter,

Matthew Clark & Dietrich Smith

Les Outsiders, c'est le serpent de mer des éditions Panini. Réclamés à longueur de courriers par des lecteurs qui avaient bien accroché à la série lorsque les regrettées éditions SEMIC en lancèrent le volume 3 dans la défunte revue "Génération DC" (qui en publia les cinq premiers épisodes), ils réapparaissent sporadiquement dans diverses publications, là où ils peuvent être casés, pour tout dire... Logiquement, ils devraient avoir leur place dans "DC Universe", qui a été conçue à l'origine pour être la continuation de "Génération DC". Mais comme la revue est squattée par les séries de Geoff Johns (l'homme qui voulait être DC à la place de DC!), ben de la place, y'en a plus! Ça ne serait que de moi, je te virerais in petto la série "Green Lantern", qui allie une illisibilité chronique à une hideur graphique à vous refiler une crise de foie, mais bon... faudra se faire une raison: chez nous, le titre "Outsiders" ne paraîtra jamais qu'en pointillés. Vous en trouverez donc les #24 et 25 dans "DC Universe Hors-Série" #2, atterris là à l'occasion d'un crossover avec les Teen Titans, avant que voir l'équipe resurgir, fidèle à son habitude, en tant que bouche-trou de ce "Big Book", comme complément de la série de one-shots chroniqués ci-après et qui, eux, sont en prise directe avec la saga "Infinite Crisis". Quelques mois plus tard (Juin 2007), les Outsiders auront droit à un "DC Universe Hors-Série" #5 pour eux tout seuls, regroupant les #34 à 39 qui, s'ils s'inscrivent dans la continuité directe de ceux publiés dans ce volume, sont contemporains de la saga "Crisis Aftermath", qui traite de l'univers DC d'après la crise. On ose espérer que Panini trouvera un de ces jours un nouveau foyer d'accueil pour ces SDF du comics, afin d'y caser la fin de cette excellente série s'est hélas interrompue fin 2007 avec son #50. Quoi qu'il en soit, on saura gré à l'éditeur d'avoir sélectionné pour ce "Big Book" des épisodes contemporains à "Infinite Crisis" (quoique postérieurs aux deux volumes de "préludes" chroniqués ci-dessus), évitant ainsi le hors-sujet et permettant au lecteur français d'opérer quelques recoupements intéressants. Le #28, qui ouvre le volume, est un numéro de transition: point d'action ici, mais une équipe qui se reconstitue tant bien que mal, d'un point de vue aussi bien organisationnel que psychologique, après l'épisode tragique (et inédit en France) de la mort d'Indigo. On a affaire désormais à un line-up sensiblement différent de celui qu'on a connu dans "Génération DC", quoique le noyau dur demeure. Ainsi, Nightwing a quitté le groupe (ce qui ne l'empêche pas de continuer à se taper Starfire, comme on peut s'en rendre compte dans une scène d'ouverture assez érotique) et c'est désormais Jade qui dirige les Outsiders. Parmi les nouveaux, on fait connaissance avec Shift, sorte de clone de Metamorpho né de ce dernier par "scissiparité", pourrait-on dire, et on assiste au remplacement de feue Indigo par Captain Marvel Junior. Dans les #29 et 30, la nouvelle équipe part au feu affronter les Cinq Redoutables (ou ce qu'il en reste!) qui ont décidé de faire évader Mammouth d'Alcatraz, et tombent sur le démon Sabbac, plus dangereux que jamais. La série commence ici à être impactée par les événements qui préludent à la crise: on y voit notamment Sabbac, contacté par Deathstroke, rejoindre les rangs de la "Société" de Luthor, mais surtout on assiste aux retombées de la destruction du Rocher d'Éternité suite au combat entre Shazam et le Spectre qui concluait (temporairement!) la mini-série "Day Of Vengeance". Désormais libres, les Sept Péchés Capitaux investissent le corps de Sabbac, ce qui nous vaut quelques épisodes bien croquignolets, notamment lorsque les Redoutables, possédés par la Luxure, cessent le combat pour organiser une partouze! À la fin de l'arc, c'est à dire au début du #31, l'équipe éclate de nouveau, Jade, Shift, Marvel Junior et Starfire partant dans l'espace en compagnie de Donna Troy pour enquêter sur les mystérieux événements qui concluaient "The Rann-Thanagar War". De leur côté, Arsenal, Thunder et Grace, rejoints par Katana - l'un des membres fondateurs des Outsiders réunis en 1983 dans la série originelle "Batman & The Outsiders" (1) - s'occupent des affaires terrestres et partent affronter, dans les #32 et 33, quelques représentants de la "Société" de Luthor (Deathstroke, Cold, Captain Boomerang, le Maître des Miroirs, Écrou et Chain), ce qui nous vaut quelques pages pleines de combats épiques qui s'achèvent sur un twist assez surprenant. Bref, on ne s'ennuie pas une seconde avec cette poignée d'épisodes fort efficacement enlevés par Judd Winick, auquel il convient de rendre hommage pour avoir porté sur ses épaules les cinquante numéros de cette série de très bonne tenue. Le seul bémol que je pourrais émettre à la limite, c'est que les événements ici relatés croisent par moments, et notamment en fin de parcours, d'autres lignes narratives débutées dans d'autres titres inédits en France, ce qui ne facilite pas la lecture. En effet certaines interrogations bien légitimes demeureront sans réponse, comme par exemple lorsque les Outsiders retrouvent Mary Marvel prisonnières des sbires de la "Société", sans que l'on sache trop ce qu'elle fout là ni comment elle y est arrivée. Mais que voulez-vous, ce sont là les charmes du mega-crossover et, par ailleurs, le laborieux morceau de littérature que vous êtes en train de vous farcir aura au moins eu le mérite de vous donner une idée du sac de noeuds auquel on a affaire avec "Infinite Crisis". Bon, ne partez pas, le pire reste à venir!

Note:

(1): Pour ceux qui aiment chiner, les #1 et 2 de la série "Batman & The Outsiders" ont connu une publication française dans "Hercule" #11 et 12, chez les éditions Artima (collection "Flash Nouvelle Formule" - Novembre 84 et Janvier 85). Ce sont les deux seuls épisodes, sur une série qui en compte 32 (+ 2 "annuals"), à être jamais parvenus jusqu'à nous.

2ème partie - One-shots

Avant que d'attaquer en détail la revue du quatuor de "one-shots", estampillés "special", qui concluent ce troisième volume, quelques considérations préliminaires s'imposent (on ne dira jamais assez l'importance des préliminaires!), ainsi qu'une petite mise au point chronologique. Les trois mini-séries de six épisodes que je viens de vous chroniquer, "The Rann-Thanagar War", "Day Of Vengeance" et "Villains United", sont très exactement contemporaines (sorties aux States de Juin à Décembre 2005), et elles seules méritent au sens strict l'appellation de "préludes", en ce que le titre "Infinite Crisis" (sept épisodes parus de Décembre 2005 à Juin 2006) en constitue la suite directe. Toutefois, il convient de leur adjoindre "The OMAC Project" dont j'ai déjà traité en ces pages (1), sortie dans le même créneau chronologique (Juin-Novembre 2005), mais publiée dans les #6 et 7 de la revue "Batman & Superman" parallèlement aux deux "Big Books" de préludes - ceci pour expliquer que l'on trouve ici un one-shot estampillé "OMAC Project". Signalons enfin que les quatre mini-séries (et plus particulièrement "The OMAC Project" et "Villains United") sont la conséquence directe des événements relatés en 2004 dans la saga "Identity Crisis", par laquelle le scandale est arrivé et qui a débouché sur l'implosion de la JLA (2). À présent, venons-en à ces fameux one-shots. Plusieurs mois après la conclusion des quatre mini-séries, et alors que la crise bat son plein, on va voir apparaître successivement, de Mars à Juin 2006, une série de one-shots labellisée "special" qui en constituent en quelque sorte les septièmes numéros - ce qui explique que chacun des titres ait connu, comme je vous l'ai précisé, des fins en forme de cliffhangers. À la lecture des "préludes", on aura compris que la crise qui explose dans le titre "Infinite Crisis" est en fait l'aboutissement de plusieurs "sous-crises" très localisées dans le "DC-verse": crise cosmique dans "The Rann-Thanagar War" avec un conflit qui menace d'embraser l'univers entier, crise mystique dans "Day Of Vengeance" avec la folie du Spectre, crises terrestres avec d'une part un Luthor qui lance sur le monde des hordes de super-vilains fédérés ("Villains United") et d'autre part des OMAC qui bousillent indifféremment héros et méchants, pour peu qu'ils soient "métahumains" ("The OMAC Project"). Bien entendu, on découvrira dans "Infinite Crisis" que toutes ces crises ne sont en fait que les différents aspects d'une même attaque menée contre l'univers, et qui s'est diversifiée sur de multiples fronts. D'où la convergence des quatre mini-séries vers la série pivot, dans le tissu narratif de laquelle elles vont se fondre pour ne finalement constituer qu'une seule et même histoire. Or, les quatre one-shots ont précisément pour fonction d'assurer cette fusion, apparaissant à des moments différents et bien particuliers de la crise. À partir de Mars 2006, le lecteur va donc être amené à un constant aller-retour entre la série "Infinite Crisis" et l'un ou l'autre de ces one-shots. En Mars donc, le "Day Of Vengeance Special" (Willingham / Justiniano) paraît en même temps que le #4 d'"Infinite Crisis", et nous montre la totalité des personnages de la "sphère magique" de DC, soit une trentaine de magiciens venus des quatre coins du DC-Verse, s'atteler à la reconstruction du Rocher d'Éternité qui, après sa destruction, s'est écrasé sur... Gotham-City, engendrant moult perturbations d'ordre surnaturel. Bien évidemment, on retrouve nos amis du "Shadowpact", auxquels le Phantom Stranger confie la délicate mission de capturer dans des fioles magiques les Sept Péchés Capitaux échappés du Rocher, et qui foutent un sacré bordel dans la cité de Batman. Pendant ce temps, Nabu, l'entité qui "habite" le Docteur Fate, affronte le Spectre et l'oblige à entrer en symbiose avec un nouvel hôte humain - événement qui, la crise passée, aura pour effet d'engendrer une mini-série consacrée à ce Spectre new-look, parue chez nous dans le volume 5 des "Big Books" estampillés "Infinite Crisis". En Avril, "The Rann-Thanagar War Special" (Gibbons / Reis - Pardo) nous montre, dans la plus grande confusion, une armada de super-héros controntés à - tenez-vous bien - deux mains géantes d'antimatière venues d'on ne sait où et tordant l'espace afin de le reconfigurer (désolé, faudra vous contenter de ça!). De leur côté, Adam Strange et Hawkman, accompagnés de Tygorr et Kilowog, découvrent qui est le véritable responsable de la destruction de Thanagar - le casus belli qui a provoqué l'embrasement de la galaxie dans la mini-série "Planest Heist" - et dont l'identité nous sera révélée dans "Infinite Crisis" #5. Accessoirement, on assiste à la mort de Jade (des Outsiders) et à la naissance de Ion, une sorte de super-Green Lantern né de la métamorphose de Kyle Rainer. En Mai, le satellite-ordinateur "The Eye", responsable de la tuerie perpétrée dans "The OMAC Project", se fait dézinguer dans "Infinite Crisis" #6 par un commando spatial mené par Batman, au sein duquel on trouve le tout nouveau Blue Beetle, seul super-héros capable de débusquer "The Eye" dans le repli de l'espace où il s'est planqué. Logiquement, au début de "The OMAC Project Special" (Greg Rucka / Jesus Saiz), on retrouve le satellite crashé sur terre dans le désert yéménite. Plusieurs nations belliqueuses de la Terre (Russes, Chinois, Israéliens, et évidemment USA) grouillent comme des vautours autour de ses restes pour s'approprier les infos cruciales qu'il contient, mais les commandos qu'elles envoient se font laminer par un OMAC géant, car la bestiole a encore du jus malgré pas mal de plomb dans l'aile. Heureusement, Sasha Bordeaux, bravant les ordres de l'éléphantesque et dure à cuire Amanda Waller, qui a pris le contrôle de l'organisation Checkmate, finira par mettre un point final à l'affaire OMAC en détruisant le satellite. Enfin, en Juin et dans "Villains United Special" (Simone / Eaglesham), les super-héros restés sur Terre tentent de juguler, sous la supervision d'Oracle et Martian Manhunter, une grande opération lancée par Luthor, et qui consiste à faire attaquer en même temps par les hordes de sa "Société", tous les pénitenciers de la planète afin d'en faire évader tous les super-vilains qui y sont incarcérés. L'épisode s'achève sur l'image glaçante du Docteur Psycho s'avançant sur le front en compagnie de Doomsday (l'abominable monstre qui parvint jadis à tuer Superman), prélude à une bataille gigantesque et apocalyptique qui embrasera les pages d'"Infinite Crisis" #7, qui clôt la saga. C'est ainsi que s'achève également cette chronique géante, sans que je sache si ma tentative de dresser une manière de guide de lecture vous aura donné envie de rentrer dans cette saga, ou vous en aura au contraire définitivement dégoûtés... À vous de me dire...

Notes:

(1): Voir chronique "Batman & Superman #6", ainsi que les "Mollards" de Novembre 2006, en ce qui concerne "The OMAC Project", mais également la chronique sur "Superman" #15 dans les "Mollards" d'Octobre 2006. En effet, ce numéro contient un crossover qui vient s'intercaler entre les #3 et 4 de "The OMAC Project" - oui , je sais, y'a des moments où ça devient vraiment pénible... Et puis, tant que vous y êtes, allez également jeter un oeil dans les "Mollards" de Juin 2006, qui renferment une chronique sur le "Batman & Superman" #5, dans lequel on trouve le one-shot "Countdown To Infinite Crisis", qui fait le lien entre "Identity Crisis" et "The OMAC Project".

(2): Voir les épisodes estampillés "Infinite Crisis" dans "DC Universe", qui publie régulièrement les aventures de la JLA.

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Hawkman et Adam Strange au centre d'un cataclysme spatial

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Tygorr et Starman sur le front de la planète Throneworld

shadowpact

Le "Shadowpact": une super-team de sorciers

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Captain Marvel se frite avec le Spectre: cataclysmique!

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Les "Secret Six": un équipe de salopards hors normes!

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Un petit échantillon de ce que Luthor a lâché sur le pauvre monde...

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"Il lui manque quoi, sérieux?" Peut-être un scénariste?

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Le Psycho-Pirate, dépositaire des secrets oubliés du "DC-verse"

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Les tout nouveaux Outsiders

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Le démon Sabbac, génétiquement modifié pat les Sept Péchés Capitaux!

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Le Spectre affronte son destin en la personne du Docteur Fate!

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Sacha Bordeaux met un point final à l'affaire "OMAC Project"