Vu à la télé

SÉANCE INTERDITE (Décembre 2007)

Bon, puisque c'est Noël - que je souhaite joyeux à tous mes fidèles ainsi qu'à mes occasionnels, sans oublier les éventuels qui demain viendront rejoindre notre petite communauté de sympathiques fadas - je vais me fendre d'un post à l'occasion de la saison d'hiver de la "Séance interdite" de notre ami Yannick Dahan, qui se déchaîne positivement dans une sélection de petites pépites de séries B gorissimes, sans lesquelles la vie du cinéphile serait somme toute assez triste. Car les grands auteurs, c'est bien admirable, mais il faut de temps en temps et conformément à un célèbre aphorisme gainsbarrien savoir se décontracter l'intelligence par une (sous) culture ponctuelle de la connerie. Justement, le jeune James Gunn milite en faveur d'une imbécillité non seulement revendiquée mais en outre soigneusement entretenue! Eli Roth, lui, met en scène cette connerie graveleuse si répandue chez les gens les plus décontractés, pour dans un second temps les soumettre aux pires sévices, non sans pratiquer une certaine dérision dans l'outrance. Quant à M.C. Dahan, qui n'est pas le dernier à jouer au con à l'occasion de ses présentations délirantes et hautement appréciées, s'il pouvait néanmoins éviter de nous raconter les films quasi in extenso avant leur projection, ainsi que de nous déflorer prématurément les scènes les plus décoiffantes, ça ne serait... pas plus con! Allez, Yannick, joyeux Noël à toi aussi, et continue à nous éclabousser encore longtemps: on aime!

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HORRIBILIS (Slither)

de James Gunn (2005)

Oublions le James Gunn responsable des scénarii du navrant "Scooby-Doo" (2002) et du révoltant "L'Armée des Morts" (2004) - chroniqué en ces pages - afin de nous pencher sur son passé douteux chez la célèbre firme Troma, bien connue de l'Internationale Nanardeuse rigolarde et pour laquelle il écrivit et réalisa en 1996 le très réjouissant "Tromeo and Juliet". En effet, on ne peut que se féliciter de voir ce jeune cinéaste laisser tomber le blockbuster tout pourri pour revenir à ses sources horrifico-déconnantes avec cette seconde réalisation. Car, disons le tout net, si "Horribilis" n'existait pas, Troma l'aurait certainement inventé! Gunn, lui, n'invente rien et, de son propre aveu, compile avec malice tous les poncifs des séries B des années 80 qui ont horrifié son adolescence pour nous livrer un hommage vibrant et d'une générosité inouïe. Tout y est, je vous dis: météorite tombant sur une bourgade de rednecks bas du front, personnages tous plus crétins les uns que les autres, zombies cannibales se régalant de chair humaine et expectorant des mollards corrosifs, limaces parasites dégueulasses s'insinuant dans tous les orifices naturels, débauche de gore, mutations épouvantables, etc, etc... Ne vous attendez surtout pas à une quelconque subtilité: Gunn n'y va pas avec le dos de la cuillère et en rajoute par louches entières dans la provoc, l'outrance délibérée, les allusions lourdasses, le mauvais goût assumé et fier de l'être, le gore craspec, les gags de comiques troupiers, et j'en passe... Outres les origines "tromatiques" de l'auteur, on sent planer sur "Horribilis" l'esprit trash de certains auteurs fameux de l'underground des eighties, tels Jim Muro ("Street Trash") ou encore l'excellentissime Frank Henenlotter ("Basket Case", "Elmer le Remue-Méninges", "Frankenhooker"). Les SFX sont de très bonne tenue - mention spéciale pour le keum coupé en deux dans le sens de la longueur qui se "partage" en déversant un tombereau de viscères! - et font défiler un catalogue fort divertissant de "craignos monsters", dont le moindre n'est pas celui interprété par cette vieille ganache de Michael Rooker - nul n'aura oublié sa géniale et inquiétante prestation dans "Henry, Portrait Of A Serial Killer" - dans le rôle d'un vieux barbeau mutant amoureux fou de sa sémillante épouse, union improbable qui permet à Gunn d'improviser une variation savoureuse de "La Belle et la Bête", version tentaculaire! Bref, c'est très con, ça le revendique sans complexes, et putain que c'est bon!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18410129&cfilm=61611.html

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HOSTEL

d' Eli Roth (2005)

Après le peu original et très surestimé "Cabin Fever" (2002), Eli Roth passe aux choses sérieuses avec cette seconde réalisation produite par l'ineffable Quentin Tarentino. Essai transformé: "Hostel" s'avère une série B horrifique de grande qualité, réalisée et produite avec soin, et d'une efficacité redoutable. Yannick Dahan a beau nous présenter le film comme une hénaurme pochade grand-guignolesque, je dois vous avouer que, très subjectivement, je ne l'ai pas reçu à cent pour cent comme tel. Certes, "Hostel" n'est pas dénué d'un certain humour de carabin, notamment lorsque Roth dédramatise des scènes de torture menaçant à tout moment de verser dans une complaisance problématique en les poussant dans l'outrance et la caricature. Ainsi, on rit pas mal à voir le héros chercher obsessionnellement à récupérer ses doigts coupés, et énormément dans cette scène d'anthologie où, découvrant une victime dont l'oeil pend lamentablement sur la joue, il ne trouve rien de mieux pour lui venir en aide que de s'emparer d'une paire de ciseaux pour lui trancher le nerf optique! Toutefois, nonobstant ces moments de pur délire politiquement incorrects, Roth joue le premier degré la plupart du temps et c'est tant mieux, car "Hostel" aurait considérablement perdu de son impact en versant dans la parodie de façon trop ostensible. Il en résulte un perpétuel numéro d'équilibriste, parfaitement maîtrisé par ailleurs, entre la parodie et une horreur nettement plus viscérale, qui fait de "Hostel" une oeuvre à l'originalité étrange et dérangeante. Par exemple, toute la première partie sacrifie à la grande tradition du slasher en nous présentant un trio de jeunes crétins queutards sans lésiner sur les scènes de cul, tout en nous interdisant toute sympathie à leur endroit: on est en effet rapidement gonflé par leurs plaisanteries de corps de garde, et on se dit que finalement, ils sont vraiment trop cons et n'auront pas volé sur qui est sur le point de leur tomber sur la gueule - peut-être même éprouvera-t-on, qui sait, un certain plaisir à les voir morfler... Dès l'abord donc et avec une belle perversité, Roth retourne le spectateur comme un gant en l'identifiant non pas aux victimes, mais aux bourreaux: on va donc suivre cette oeuvre terrible sans pouvoir jamais se départir d'une certaine culpabilité, d'où un sentiment de malaise permanent, entretenu avec une remarquable habileté. Il en va de même des scènes de fesse: le sexe qui nous est montré est traité sous un angle quasi pornographique, et les coucheries de nos trois imbéciles sont à tel point sordides et dénuées d'érotisme qu'on ne saurait en retirer un quelconque plaisir des yeux. Dans la deuxième partie du film, qui nous relate les disparitions successives de deux des membres du trio, la sensation de dégoût savamment mise en place dans l'acte d'introduction se meut en une sourde inquiétude et le climat s'alourdit encore alors qu'on erre à la recherche des disparus dans un dédale de venelles lépreuses et de bouis-bouis craspecs, où l'on croise les trognes d'une populace semblant porter les traces d'une profonde dégénérescence, adressant à la caméra des sourires édentés et entendus qui semblent suggérer que la ville entière est impliquée dans un gigantesque complot. Roth travaille donc ses climats avec brio, et le spectateur est parfaitement mis en condition, passablement terrifié, lorsque déboule enfin le troisième acte, celui de l'horreur pure et dure. Là encore, on notera la maestria avec laquelle les scènes de torture sont traitées: Roth montre certes, mais ne s'attarde pas: les plans gore sont brefs et d'autant plus percutants, le montage se fait plus cut et le rythme du film s'accélère pour ne plus nous laisser souffler jusqu'à la fin. Sadique, le réalisateur nous en montre suffisamment pour nous faire fantasmer, mais évite soigneusement d'insister lourdement, de peur que l'horreur ne finisse par se banaliser et que la tension ne tombe. Deux séquences sont assez représentatives de cette manière de procéder: celle où notre héros est traîné par deux nervis le long d'un couloir interminable, passant devant une multitude de portes ouvertes qui laissent entrevoir, le temps d'un instant fugitif et sans nous donner plus de détails, les horreurs se déroulant à l'intérieur des cellules, et celle dans laquelle le tortionnaire allemand se livre sur l'infortuné à un sadique simulacre de torture, agitant ciseaux et scalpels à proximité de son visage pour s'en détourner soudainement avant de revenir à la charge, et ainsi de suite durant de longues minutes... Dans ces deux cas, l'imaginaire fonctionne à plein et Roth obtient un effet nettement plus traumatisant que s'il avait purement et simplement montré les instruments trancher à vif dans la chair - chose dont il ne se prive pas à d'autres moments, mais toujours brièvement et souvent avec humour, juste histoire de relancer la tension. Au bout du compte, on a donc affaire à un film très noir et très éprouvant pour les spectateurs que nous sommes, comme en témoigne le final très "cravenien" nous montrant la victime prenant avec non moins de sadisme sa revanche sur son bourreau: le relais est transmis, semble nous dire Roth dans cette conclusion d'un pessimisme qui n'est pas sans rappeler celui d'oeuvres telles que "La dernière Maison sur la Gauche" ou "La Colline a des Yeux" (voir "Mollards" de Mars 2007). Je ne serais d'ailleurs pas surpris que les deux premiers films de Wes Craven fassent partie des influences majeures de Roth, tant la communauté de propos qu'elles entretiennent avec "Hostel" - de même d'ailleurs que la controverse qu'elle ont pu engendrer - est flagrante.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18410133&cfilm=108925.html

poulpe

"Horribilis": poulpe fiction!

tronche

Michael Rooker: Portrait of a mutant serial killer!

baignoire

Des symboles qui ne font pas dans la dentelle!

festin

Le festin de la bête!

ballon

La conception de Gunn d'une femelle engrossée!

chaise

"Hostel": prenez donc un siège!

h_ros

Ça, c'est juste une mise en bouche!

bossu

Quelques morceaux choisis!

minotaure

Damned, le Minotaure est en travers!

oeil

Un film éprouvant pour les nerfs (optiques!)