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MASTERS OF HORROR - Saison 2

série créée par Mick Garris (2006)

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Amateurs de Grand Guignol salissant, réjouissez-vous: la deuxième saison des "Masters Of Horror" débarque sur Canal +. Sans bouder notre plaisir, on déplorera que la chaîne cryptée ne diffuse à nouveau qu'une sélection de morceaux choisis, politique qui suppose le passage à la trappe d'un certain nombre d'épisodes et qui risque, comme ce fut le cas lors de la première saison, de produire son lot de grincements de dents. Par exemple, j'ai personnellement mal compris que des segments aussi plébiscités que le "Jenifer" d'Argento ou "La Maison des Sévices" de Miike aient été laissés pour compte au profit d'épisodes nettement plus faiblards, tels "La Survivante" de Don Coscarelli, course-poursuite dans les bois sans grande originalité, ou encore le très autosuffisant "La Cave" de ce bouffon de William Malone. À se demander s'il n'y aurait pas quelque (auto) censure là-dessous car on remarquera que, parmi toute les séries câblées diffusées par Canal, aussi excellentes que provocatrices dans leur concassage des tabous télévisuels (voir notamment: "The Shield", "Dexter, "The L Word", "Deadwood"...), "Masters Of Horror" est la seule à n'avoir pas bénéficié d'une diffusion intégrale et, face à un auteur aussi dérangeant que Miike, on peut légitimement se poser quelques questions... Second bémol: on aurait tout de même aimé un peu plus de variété dans le choix des "Maîtres" représentés et, si l'on est toujours heureux de retrouver des talents confirmés tels que Carpenter, Hooper, Gordon, Dante ou Argento, force est de constater qu'à quelques exceptions près, il n'y a pas de grandes différences de casting entre la première et la deuxième saison. Outre le fait que les grands absents (Romero, Cronenberg) le soient toujours autant (du fait d'un calendrier de tournage chargé, nous dit Garris), une certaine ouverture vers la jeune génération ne serait pas du luxe - on pense à des gens tels que Rob Zombie, James Wan, Neil Marshall... - et surtout vers cet extraordinaire vivier qu'est l'Espagne avec des auteurs comme Balagueró , Koldo Serra, Nacho Cerda ou encore, bien que mexicain mais opérant souvent outre-Pyrénées, notre bien-aimé Guillermo del Toro, qui suggéra à Garris le concept des "Masters Of Horror". Mais il est vrai qu'"Ibère rien pour attendre", puisque nos amis espagnols ont produit avec les fameuses "Scary Stories" (dont nous reparlerons bientôt) leur version locale des "Masters Of Horror". Et puis tiens, tant qu'on y est, citons quelques Grands Anciens oubliés comme Brian Yuzna, dont le style inénarrable est complètement dans l'esprit carabin de la série, ou encore l'infortuné Michele Soavi qui, malgré les films admirables dont il nous gratifia (sublime "Dellamorte Dellamore"!), croupit toujours dans les oubliettes de la RAI et enfin, pourquoi pas, cette vieille baderne de Wes Craven qui, en dépit de tout ce qu'il a à se faire pardonner, mériterait bien un petit hommage pour l'ensemble de sa carrière en dents de scie. Toutefois, parmi les quelques nouveautés de cette seconde fournée, on notera l'arrivée d'un des réalisateurs les plus atypiques et les plus intéressants du moment, j'ai nommé Brad Anderson, en espérant que Canal ne zappe pas son épisode qui s'annonce comme l'un des plus excitants... En attendant, ouvrons les festivités avec John Landis et Tobe Hooper, deux signatures que les amateurs connaissent bien.

landis_affUNE FAMILLE RECOMPOSÉE 

(Family)

de John Landis (épisode 2)

On est bien content de retrouver John Landis, dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps dans notre hexagone, d'autant que "La Belle et la Bête", son épisode de la première saison, faisait partie des laissés-pour-compte de la sélection de Dahan. Et puis tout de même, Landis mérite le respect pour son désormais classique "Loup-Garou de Londres" (1981), qui réussissait la performance de marier comédie et film d'horreur avec un exceptionnel bonheur, c'est-à-dire sans qu'aucun des deux genres ne nuise à l'autre comme c'est hélas bien trop souvent le cas dans ce genre d'entreprise. Bref, avec cette comédie horrifique, Landis réalisait un petit miracle d'équilibre dont de nombreux cinéastes cherchent encore la recette. Disons le tout net, l'homme fait partie des joyeux drilles du genre, et on serait assez tenté de le classer aux côtés d'un Joe Dante dans la catégorie "histrions", bien qu'il préfère le comique de situation à la satire politique et sociale. Avec "Une Famille recomposée", il se livre à un curieux exercice de style, et on jurerait qu'il a décidé de se montrer délibérément décevant tant il met un soin particulier à accumuler les lieux communs: quartier résidentiel à la "Desesperate Housewives" tourné en ridicule selon les canons les plus éculés de ce genre de satire, couple on ne peut plus nunuche plein de bonnes intentions confronté à un voisin schizo et serial-killer qui doit tout à Norman Bates, mise en place de situations à la fois macabres et cocasses dans la meilleure tradition de l'humour noir hitchcockien, et au cours desquelles le monstre se montre d'autant plus mielleux que ses desseins sont funestes, etc... Car ce bon gros père prévenant occupe ses loisirs de retraité à dissoudre ses victimes dans une baignoire d'acide, afin de se constituer une famille de squelettes dignes de la momie de "Psychose" qu'il habille comme des poupées et dont il entend les voix dans sa tête bien malade, ce qui donne lieu à quelques conversations du plus haut comique. Or, ne voilà-t-il pas qu'il est sur le point de divorcer d'avec son actuelle épouse décharnée, jalouse de ses vues sur l'élément féminin de notre gentil couple... Parvenu aux trois quarts du métrage et à ce stade où l'on est censé s'inquiéter pour ces héros, sympathiques au point qu'ils en frôlent le crétinisme, on se dit bon, il est bien gentil Landis, et on a beau être bon public et sourire de bon coeur à ses aimables facéties, mais il serait temps qu'il nous propose autre chose qu'une sitcom à l'humour bon enfant, aussi relevée de gore soit-elle... Las, ça continue de la sorte jusqu'à la dernière extrémité, qui est précisément le moment qu'attendait le salopiaud pour nous balancer un bon vieux twist des familles! Tout s'éclaire alors, et on réalise le peu d'importance des événements relatés dans un script qui n'est lui-même qu'une simple formalité, sans autre finalité que celle d'amener ce fameux retournement de situation. Certes, on pourra objecter que le twist non plus ne brille pas par son originalité mais, là encore, cette critique serait hors de propos. Car c'est dans sa structure même que réside tout l'intérêt de l'épisode et ce n'est que rétrospectivement, une fois le twist consommé - bien que le script sème çà et là quelques indices qui n'échapperons pas aux plus observateurs - que l'on saisit la démarche de Landis: par le fait, son segment est narrativement organisé comme l'un de ces bon vieux EC Comics des années 50 et, en tant qu'hommage évident, est à rapprocher d'une série telle que "Les Contes de la Crypte", qui est l'adaptation directe des célèbres bandes de William H. Gaines, ou encore du "Creepshow" de Romero. Pour ceux qui ne connaîtraient pas les comics EC, ni ceux de la firme Warren ("Creepy", "Eerie", "Vampirella"...) qui en prolongèrent le style dans les années 60 et 70, sachez que ces bandes proposaient des histoires d'horreur relativement classiques et dont tout l'intérêt résidait dans leurs chutes généralement très noires, cyniques et tarabiscotées. Le corps proprement dit du récit n'avait donc d'autre utilité que d'amener ce fameux twist, et par conséquent ne s'éloignait que très rarement d'une certaine tradition horrifique. On le voit, on retrouve point par point dans "Une Famille recomposée" l'essence même des comics de Gaines: récit traditionnel au point de passer pour une enfilade de lieux communs (ce qu'il est, mais de façon délibérée), chute déstabilisante justifiant in extremis ce qui précède, et débauche des mêmes procédés purement horrifiques (étalage complaisant de gore) qui secouèrent en leur temps le petit monde du comics et valurent à Gaines les pires démêlés avec la censure. En conclusion, "Une Famille recomposée" est à regarder, si on ne veut pas passer à côté, comme une oeuvrette en forme de clin d'oeil à une certaine catégorie de fans, mais ça, on ne l'apprend qu'à la fin puisqu'il s'agit d'un film qui s'avance masqué, remarquablement agencé par un John Landis toujours aussi malicieux.

Cliquez sur le lien pour voir quelques extraits:

http://www.sho.com/site/video/player.do?video=/224/2006/episodes/224_128586_a&seriesid=224

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LES FORCES OBSCURES

(The Damn Thing)

de Tobe Hooper (épisode 1)

Avec "La Danse des Morts" (voir chronique "Masters Of Horror" du 17 Décembre 2006), Tobe Hooper avait réussi à créer la surprise lors de la première saison, en adaptant une nouvelle très macabre de Richard Matheson, dans un style assez avant-gardiste qui en avait agacé certains par son agressivité délibérément chaotique. Que l'on ait apprécié ou pas, l'exercice témoignait au moins d'une belle volonté de renouvellement de la part d'un cinéaste dont on pensait depuis longtemps qu'il n'avait plus rien à dire. Plus classique dans sa forme et dans son inspiration, et quoi qu'on puisse en penser au final, "Les Forces obscures" restera toutefois comme l'un des épisodes les plus représentatifs du concept de la série, en ce qu'il ne rassemble pas moins de trois "maîtres de l'horreur": Hooper bien évidemment, mais également l'immense Ambrose Bierce dont il adapte ici l'une des nouvelles les plus éprouvantes, laquelle se trouve elle-même scénarisée par l'illustre Richard Matheson, qui semble désireux de pérenniser son association avec l'auteur de "Massacre à la Tronçonneuse". Linéaire de bout en bout, ce segment nous compte l'histoire d'une malédiction: contre l'avis de tous, le shérif Reddle continue à vivre dans la maison parentale, dans laquelle son père, possédé par les fameuses "Forces obscures", massacra jadis sa mère et tenta de lui faire subir le même sort, avant que de finir écartelé par la terrifiante entité. Unique survivant d'une ancienne ville pétrolière détruite lors d'événements aussi mystérieux qu'épouvantables, le shérif se vit à la fois comme la victime inévitable desdites forces, dont il est persuadé qu'elles sont à sa recherche et ne manqueront pas de le retrouver, et comme l'ultime rempart contre la malédiction. Bien évidemment, c'est cette obsession même qui précipitera l'avènement de l'horreur et consommera son destin ainsi que celui de ses administrés... Sur ce canevas très simple, Hooper ne va pas chercher midi à quatorze heures et nous offre du pur "fun for fans", avec tout ce qu'il faut en matière de gore et de bouseux zombifiés, filmé avec un dynamisme sans temps morts, voire même assez mode si l'on en juge par une certaine tendance à l'"hyper-cut". Bref, si l'épisode se regarde sans déplaisir, en revanche il ne laissera pas un souvenir impérissable. Certes, Hooper est avant tout un réalisateur graphique, mais je déplore pour ma part que les possibilités offertes par le matériel de base n'aient pas été davantage exploitées. On sait que Bierce fut un auteur engagé - au point de revendiquer l'amitié de Pancho Villa dont il couvrit la révolution en tant que journaliste - et l'origine des "Forces obscures", entités souterraines quasi cthoniennes réveillées de leur sommeil séculaire par un forage malheureux et dont les maléfices précipitent une folie meurtrière débouchant sur un massacre, peut facilement être interprété comme une parabole. En effet, d'une part Bierce a connu le boom pétrolier, et d'autre part son oeuvre littéraire est profondément ancrée dans une vision très critique de l'Histoire américaine. Comment dès lors ne pas être tenté d'établir un parallèle entre cette période troublée où des fortunes se firent et se défirent dans un contexte de concurrence acharnée souvent générateur de violence sociale, et la folie homicide engendrée par une entité maléfique d'autant plus métaphorique qu'elle est issue des nappes pétrolifères? Là où un Romero ou un Carpenter n'auraient pas manqué d'exploiter cet angle social avec la verve libertaire qu'on leur connaît - et particulièrement dans le contexte irakien qui est le nôtre! - Hooper passe complètement à côté et se contente de rester dans les limites superficielles du genre. Pareillement, l'ambivalence psychologique du héros, à la fois adversaire et vecteur de la malédiction, aurait mérité un approfondissement que ne lui donnent ni le réalisateur, ni son scénariste. .. Enfin, je pense qu'une démarche davantage axée sur une attente lourde de menaces et l'approche inexorable des "Forces obscures" eût été préférable au rythme adopté par Hooper, qui file à cent à l'heure d'un bout à l'autre de l'épisode sans jamais prendre le temps d'instaurer un quelconque climat, secouant le spectateur comme un prunier mais omettant fâcheusement de lui faire peur. Ainsi, si le résultat demeure honorable, surnage toutefois une sensation de rendez-vous manqué ou d'erreur de casting, comme si le sujet et le réalisateur étaient en constant décalage. Car quel que soit le respect qu'on éprouve pour Hooper et pour Matheson, il reste évident que Bierce est un auteur qui réclame un peu plus de profondeur et de subtilité...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=GwrEYNhHBz4

Quelques extraits ici:

http://www.sho.com/site/video/player.do?video=/224/2006/episodes/224_128586_a&seriesid=224

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De l'art de se fabriquer une famille...

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Surtout bien décaper...

landis

Et voilà le travail!

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Le shérif Reddle a bien des problèmes...

Damned_Thing_001

...et ça ne s'arrange pas!

hooper

Hooper rien pour attendre!