Vu à la télé

SOIRÉE INTERDITE (Janvier 2007)

Mine de rien (ou "gisement épuisé" comme dit Blair, un mien ami facétieux bien avantagé en nez!), je rattrape insensiblement mon retard et remonte la pente à la force d'un poignet musculeux - effet d'un chroniquage intensif, qu'est-ce que vous alliez encore vous imaginer? Adonc, nous voici déjà au mois de Janvier du millésime en cours, période que je n'aurais passée à l'as pour rien au monde puisque l'ami Dahan s'y fendit non pas d'une Séance, mais bel et bien d'une "Soirée interdite" à l'occasion de laquelle je me confectionnai un énorme saladier de pop-corn salé, agrémenté d'un soupçon de paprika, que je fis glisser de quelques verres d'un avenant rosé de Cassis. Les agapes se prolongèrent jusqu'à fort tard dans la nuit, puisque pas moins de trois films furent diffusés coup sur coup sans débander, à tel point qu'il fallut profiter des génériques de fin pour aller pisser. Eh oui, ce sont tous ces détails qui rendent la vie d'un blogueur passionnante, et que je regretterai amèrement lorsque je serai devenu cacochyme et prostatique... En attendant ne désespérez pas: d'ici 2008, je pense être en mesure de vous chroniquer quelque chose qui ressemble à une actualité...

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CURSED

de Wes Craven (2003)

Aïe! Ça commence plutôt mal avec ce qui fait désormais partie des plus notables "development hells" de l'histoire du cinéma. Après une éternité de cafouillages, remontages, démontages, retournages et retours d'âge, le père Craven a fini par nous sortir ce qu'il aurait mieux fait d'oublier dans un tiroir - il y a de ces manuscrits maudits qu'il vaut mieux ne pas exhumer, ce n'est pas Abdul Alazred qui vous dira le contraire! Renouant avec ses mauvaises fréquentations, le papa de Freddy est à nouveau flanqué du scénariste-boulet Kevin Williamson, lequel nous réchauffe le thème du loup-garou à la sauce campus en folie. Rien de nouveau donc sous la pleine lune depuis la très surfaite trilogie des "Scream" dont Williamson, qui utilise un stylo de la marque Rank-Xerox, nous balance ici une copie carbone avec le culot du mec qui vient vous réclamer un décapsuleur après vous avoir chouravé votre Kro! Toujours les mêmes ados attardés qui surjouent et brassent de l'air en piaillant, s'interrogeant en plissant le front qu'ils ont bas pour deviner à grand renfort de fausses pistes téléphonées lequel d'entre eux dissimule le lycanthrope qui remplace fort opportunément la tronche molle du tableau de Munch, le tout dans une ambiance de sitcom débile (1) propre à torpiller la moindre ébauche de climat horrifique - à supposer qu'il y en ait l'ombre d'une dans ce pur produit Weight Watchers allégé en tout que la CSA ne saurait déconseiller qu'aux moins de trois ans, et c'est ainsi que s'achève cette phrase proustienne! Toutefois, il n'est pas exclu que l'on prenne un certain plaisir à voir ces insupportables boutonneux se faire dégommer l'un après l'autre, tant il est vrai que chaque décès allège notre fardeau et nous rapproche de la fin!

Note:

(1): La sitcom a inventé le rire enregistré pour nous signaler les gags. De même, on devrait projeter "Cursed" et les "Scream" avec des cris enregistrés, pour nous expliquer là où il faut avoir peur... Ça, au moins, ce serait drôle!

Cliquez sur le lien pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18391812&cfilm=48640.html

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THE DESCENT

de Neil Marshall (2005)

Après avoir vu le pitoyable "Dog Soldiers" (2001), je n'aurais pas parié un vieux chewing-gum mâché sur un film de Neil Marshall. Énorme surprise donc avec "The Descent" qui, sur un argument simplissime (six meufs perdues dans un dédale de boyaux souterrains hantés par des créatures mutantes agressives), s'avère une petite merveille de série B tout à fait représentative de la récente renaissance du cinéma fantastique british. Pourtant, à comparer "Dog Soldiers" et "The Descent", les deux films présentent une structure scénaristique quasi identique de survival fantastique mettant en scène un groupe de personnages largués dans un milieu hostile et décimé par des monstruosités impitoyables. Tout réside donc dans la différence de traitement: autant celui de "Dog Soldiers" s'avérait mal dégrossi dans son affrontement bourrin entre troufions et simili-loups-garous, hésitant continuellement entre horreur et action défouraillante pour parvenir au bout du compte à une sorte de démarquage foireux du somptueux "Predator" de McTiernan, autant "The Descent" bénéficie d'une approche tout en finesse de la même grille scénaristique, somme toute très classique. Car avant toute chose, "The Descent" est un film "de personnages". Au-delà du simple remplacement du groupe de troufions caricaturaux de "Dog Soldiers" par un collectif de femmes baroudeuses ayant une revanche à prendre sur la vie - subtil paradoxe entre la condition de femme qui tend à fragiliser les héroïnes, et leur caractère de battantes qui rééquilibre cette conception quelque peu simpliste en contournant le cliché de la pintade piaillante si prisée par le genre horrifique - chaque protagoniste est soigneusement et individuellement caractérisée par le script, ce qui assure une dynamique de groupe qui est peut-être l'élément le plus déterminant dans la réussite du film. L'autre excellente idée réside dans le choix du milieu: en effet, transférer la trame survivaliste classique dans le contexte de la spéléologie tient lieu d'originalité et ouvre le champ des possibilités. Car les films d'horreur exploitant un tel environnement à la fois sombre et exigu, limitant les mouvements de caméra et multipliant les difficultés d'éclairage, se comptent à y bien regarder sur les doigts d'une main. En revanche, accepter le défi permet, compensation non négligeable, de jouer sur tout un panel de phobies parmi les plus universelles et qui sont ici poussées à l'extrême: perte des repères, peur du noir et claustrophobie sont d'autant plus exacerbées que l'éclairage et l'espace sont réduits à la portion congrue. Force est de reconnaître que pour le coup, Neil Marshall s'en tire avec les honneurs, compensant des moyens modestes par une inspiration qui ne faiblit jamais. Aussi chiche que soit la lumière dispensée, se réduisant la plupart du temps aux torches électriques et lampes à acétylène des héroïnes, le réalisateur sait exploiter à fond ces quelques photons, maintenant en permanence dans son cadre une masse d'obscurité écrasante qui fait littéralement suffoquer le spectateur, et de laquelle la menace peut émerger à n'importe quel moment à l'occasion d'un flash quasiment subliminal. Pareillement, Marshall parvient à doser ses effets à la perfection et l'horreur phobique se stratifie progressivement par couches successives au fur et à mesure que la situation s'aggrave. Il sait ainsi différer jusqu'au moment propice l'apparition de ses mutants blafards avec une technique tout à fait lovecraftienne, qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler "La Bête dans la Caverne", une nouvelle du Solitaire de Providence exploitant la même thématique. Parvenu à ce stade où la menace est révélée, Marshall se paie en outre le luxe de contourner un final classique se limitant au simple affrontement des deux partis en présence en introduisant dans son script un événement traumatisant que je passerai sous silence et qui fait littéralement voler en éclat ce qui restait de cohésion dans le groupe. La dernière demi-heure de métrage se déroule donc dans une anarchie hystérique et désespérée, chaos magnifiquement mis en images par le réalisateur, et dont nous ressortons bien secoués. Si j'ai un conseil à vous donner, voyez ce film de jour car, de retour à l'extérieur, vous n'aurez jamais autant apprécié la lumière du soleil!

Cliquez sur le lien pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18398936&cfilm=47101&hd=1.html

Voir également la chronique de l'ami Nio:

http://dvdtator.canalblog.com/archives/froid_dans_le_dos/index.htmlsession9_aff

SESSION 9

de Brad Anderson (2001)

Je vous l'avais promis, qu'on en reparlerait, de cet homme-là... Dans la filmo d'Anderson, "Session 9" précède immédiatement le fameux "The Machinist" (2003) dont je vous avais dit tant de bien (voir chronique "Séance interdite" de Décembre 2006). Bien que moins abouti et surtout moins dynamique que ce dernier, "Session 9" reste toutefois emblématique de la démarche de son auteur. Loin de tout sensationnalisme et prisant volontiers un fantastique diffus "à la lisière du réel", Brad Anderson préfère miser sur ses éclairages, ses cadrages, ses mouvements de caméra et sa direction d'acteurs plutôt que sur toute une batterie de SFX sophistiqués pour faire naître l'inquiétude et le sentiment d'étrangeté. Mieux: tout le premier tiers du film, dans lequel nous est décrit par le menu et de la façon la plus triviale le quotidien d'une entreprise de désamiantage, participe d'un réalisme social et psychologique pointilleux qui n'a pas manqué de rebuter les amateurs d'un fantastique plus graphique ou plus dynamique dans sa dramaturgie, comme le montrent les critiques parfois sévères que "Session 9" a pu essuyer. En effet, tout ce premier acte nous expose les problèmes très terre à terre des héros, équipe de prolos confrontée au désamiantage d'un hôpital psychiatrique désaffecté, dont le patron se voit contraint d'accepter des délais intenables afin de décrocher le marché et sauver ainsi son entreprise au bord du dépôt de bilan. D'aucuns jugeront qu'Anderson abuse de notre patience lors de cette longue introduction au cours de laquelle on suit les personnages dans le dédale de l'asile et où on les écoute disserter sur les techniques de déflocage avec une rigueur quasi documentaire. Néanmoins, et c'est précisément là que le réalisateur se montre extrêmement original, cette interminable visite guidée ayant en fait pour but de planter le décor et d'imprégner imperceptiblement le spectateur de l'atmosphère sinistre et empoisonnée qui suinte littéralement des murs de ce lieu maudit, sans que l'on puisse toutefois l'attribuer à tel ou tel détail précis car ce sentiment est principalement induit par les éclairages remarquables et le rythme lancinant de la mise en scène. De plus, le réalisme au ras des pâquerettes des préoccupations des personnages n'est pas la simple coquetterie scénaristique d'un réalisateur qui pèterait plus haut que son cul, mais a bel et bien pour fonction d'identifier le spectateur aux héros par la mise en place d'une problématique désespérément banale, sans doute, mais d'autant plus efficace pour ce qui est de la fameuse "suspension d'incrédulité". Je veux dire par là que cette prétendue faiblesse est en fait une manière diablement habile de contourner les poncifs et les improbabilités scénaristiques et psychologiques d'un genre trop codifié au goût d'Anderson, et qui se résume la plupart du temps à un gothisme de pacotille plus ou moins bien exploité. Bref, et contrairement au tout-venant du genre, Anderson ne quémande à aucun moment la complicité du spectateur pour faire passer d'éventuelles invraisemblances de scénario ou un comportement irrationnel de la part des personnages, ce qui le dispense de jouer la caricature. À l’inverse, son script est un modèle de rigueur et de véracité et, si l’on ne goûte que moyennement la forme quelque peu provocatrice adoptée par le réalisateur, qui milite visiblement pour un fantastique en totale rupture avec son exploitation "mainstream", force est de reconnaître que tout est magnifiquement en place et que le spectateur est parfaitement mis en condition dès qu'apparaissent les premiers signes de hantise des lieux et que commence à se fissurer cette rassurante normalité si bien assise dans sa trivialité, toujours par petites touches successives. Mais là encore, les choses ne sont jamais définies de façon univoque, et il subsiste suffisamment de flou pour que, comme dans "The Machinist", l'hypothèse d'un fantastique en tant qu'actualisation des névroses des personnages demeure viable, sans toutefois être clairement avancée. En conclusion, on a un film qui rendra très certainement fous de rage les amateurs de "fun" et de plaisirs plus immédiats, mais dont les demi-teintes et la langueur vénéneuse fascineront ceux qui accepteront de faire l'effort d'accompagner Anderson dans sa démarche atypique.

Cliquez sur le lien pour voir la bande annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=11718.html

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Avec "Cursed", Wes Craven se ramasse une pelle!

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Le coup des miroirs: n'est pas Orson Welles qui veut!

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Un film bas de plafond!

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Les meufs baroudeuses de "The Descent"

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Caillassage de mutants!

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À force de descendre, elles ont fini par trouver du pétrole!

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"Session 9": visite guidée d'un HP hanté

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Des personnages attachants...

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...qui ne tardent pas à se faire défloquer!