Vu à la télé

LA MAISON DE L'HORREUR

(House On Haunted Hill)

de William Malone (1999)

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Le tournant du millénaire aura connu dans les salles américaines un engouement exceptionnel pour les films d'horreur, et notamment pour le thème de la maison hantée. Sans doute faut-il y voir une récupération opportuniste des films de fantômes japonais tels que "Ring" ou "Ju-On", ayant d'ores et déjà conquis le statut de classiques par un succès amplement mérité. Hollywood se remet donc à l'heure de l'horreur: mais là où on était en droit de s'attendre à un regain du genre à l'occasion de cette nouvelle vague porteuse, on n'obtint en fait que frilosité conformiste et ressassement des éternelles vieilles recettes.

Ça commence très mal en 1999 avec "Hantise" de l'exécrable Jan de Bont ("Speed" 1 et 2, "Twister"), qui se veut un remake du chef-d'oeuvre de Robert Wise "La Maison du Diable" (1963) et là, je vais devenir violent: la seule idée de cette insignifiante larve posant ses mains moites sur le monument de Wise me donne des envies de ressortir la guillotine, pas moins! On remerciera au passage Môssieur Spielberg, producteur exécutif, qui fit fort courageusement rayer son nom du générique au vu du résultat car, si "La Maison du Diable" est bien "l'Everest du film de maison hantée" comme on a pu le lire dans "Mad Movies", en revanche "Hantise" se situerait plutôt du côté de la Fosse des Mariannes! Las, la machine hollywoodienne était lancée et, la même année, le mogul Joel Silver, toujours au premier rang dès qu'il s'agit de pelleter de la merde pour la livrer par pleins tombereaux (il produit les Wachowski, c'est dire!), y va de son propre remake, j'ai nommé "La Maison de l'Horreur" du yes-man William Malone. Pour ce faire, il crée la société "Dark Castle Entertainment", ainsi baptisée en référence au réalisateur William Castle, auteur de l'original "House On Haunted Hill" (1958) sorti en France sous le titre "La Nuit de tous les Mystères".

Là, on marque une pause, car il faut bien que je vous parle de William Castle. Véritable phénomène cher au coeur de tous les fantasticophiles, l'homme restera dans les mémoires moins pour ses séries B horrifiques que pour sa manière très originale de les promouvoir, l'idée étant d'organiser le spectacle dans la salle de cinéma parallèlement à la projection du film. Au moment opportun, le spectateur de l'époque pouvait ainsi voir un squelette ricanant traverser le cinoche en coulissant le long d'un câble, ou bien découvrir en se retournant qu'un macchabée sanguinolent était assis juste derrière lui! C'est dans cette ambiance de "train fantôme", directement importée de la fête foraine, que "La Nuit de tous les Mystères" fut projetée chez l'Oncle Sam. La superstar de l'horreur Vincent Price y incarnait avec le charisme qu'on lui connaît un milliardaire pervers qui, récompense substantielle à l'appui, mettait un groupe de personnages au défi de passer une seule nuit dans une maison maléfique.

On ne sera donc pas surpris d'apprendre que le milliardaire de "La Maison de l'Horreur" a fait fortune dans la conception d'attractions foraines toujours plus décoiffantes, et que la bâtisse en question est censée constituer son Grand Oeuvre, attraction ultime truffée de mécaniques complexes et vicieuses. Hommage évident, le personnage s'avère une réincarnation de William Castle, qui mécanisait pareillement les salles de cinéma dans le but d'arracher des cris de terreur à son public. Mais les choses ne sauraient être aussi simples, car la maison est en fait un ancien asile psychiatrique où sévissait jadis toute une équipe de docteurs Mengele: d'autres forces sont dont en présence, et il n'est pas exclu que le manipulateur soit à son tour manipulé. De cette mise en abyme alléchante, et de la réflexion qu'elle aurait pu induire sur une approche quasi-kafkaïenne de la notion de pouvoir, il était possible de faire un film d'"entertainment" pouvant prétendre, faute d'originalité, à une certaine profondeur thématique. Rien de tout cela dans le remake de Malone, et rien d'autre non plus d'ailleurs. Le produit - je n'ose pas dire "film"! - s'avère d'une platitude effarante et, puisqu'il y est question de contrôle, on est en droit de se demander si les concepteurs de cette purge ne se sont pas trouvés totalement dépassés par un sujet dont ils n'avaient pas l'ombre d'un début de compréhension... à moins que le producteur Joel Silver n'ait impitoyablement éradiqué du métrage toute velléité naissante d'intelligence, en tant que menaçant la rentabilité de la marchandise! Le scénar est incohérent, au point de ressembler à un millefeuille indigeste de réécritures non concertées, impression accentuée par un montage des plus hasardeux... On éprouve en effet un extrême difficulté à suivre les circonvolutions mal articulées de ce salmigondis, qui a de surcroît la prétention de nous surprendre en empilant des twists dont on n'est pas sûr que les auteurs eux-mêmes ne maîtrisent les tenants et les aboutissants: les morts redeviennent vivants, les coupables désignés ne le sont plus, ça piaille, ça se perd, ça se cherche et ça se poursuit tout au long des sacro-saints couloirs, où déambulent des pantins stéréotypés aux motivations nébuleuses incarnés par des cabotins grimaciers, le tout filmé avec un esthétisme creux et haché menu au montage. On a beau croiser à chaque coin les apparitions les plus cauchemardesques, comme dans toute galerie des horreurs qui se respecte, celles-ci sont aussi surprenantes que si un aboyeur de foire nous les annonçait un quart d'heure à l'avance, et fleurent bon le "soft gore" soucieux de ménager la ménagère et l'innocence des boutonneux! Bref, un "pop corn movie" de plus, incapable de produire le moindre frisson ni d'asseoir le moindre climat, et qui dilapide un budget confortable dans les effets faciles à force de vouloir être consensuel et politiquement correct pour ratisser le plus large possible.

Hélas, Joel Silver ne s'en tint pas là et s'en prit de nouveau au malheureux Castle dès 2001, avec l'irregardable "13 Fantômes" qui piétine sans vergogne le "13 Ghosts" de 1960 (inédit en France). Récidive enfin en 2005 avec "La Maison de Cire", remake du très beau classique d'André de Toth "L'Homme au Masque de Cire", de 1953 (1). Va falloir se faire une raison, le marchand de soupe n'a pas encore fini de massacrer le patrimoine! À voir la régularité linéaire avec laquelle les bouses s'alignent derrière lui tout au long de son parcours, sa filmographie finit par ressembler à une départementale du Berry, et lui à une vache incontinente!

(1): Les originaux "13 Ghosts" et "L'Homme au Masque de Cire" étaient également interprétés par Vincent Price: à croire que Silver lui en veut!

Cliquez pour voir la bande-annonce:

http://www.imdb.com/title/tt0185371/trailers-screenplay-E21102-10-2

Patchworkman vous en donne plus, avec la bande-annonce de "La Nuit de Tous les Mystères":

http://videodetective.com/default.asp?frame=http://videodetective.com/home.asp?PublishedID=921475

geoffrey_rush

Geoffrey Rush, pitoyable parodie du grand Vincent Price

famke_janssen

On croise de tout dans les couloirs, même Famke Janssen!

foetus

Visite guidée du musée des horreurs: le foetus de paille...

squelette

...l'écorché vainement...

fr_res

...Igor et Grichka...

affreux

...la "face de Carême harassée" (merci Boby Lapointe!)...

tronche

...et enfin le dommage de tête!

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Affiche de l'original de William Castle