Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

Oui, oui... je sais... Pour raisons de santé indépendantes de ma volonté pourtant inébranlable, les "Mollards" de Juillet accusent quelque retard... N'empêche que si vous croyiez y échapper, ben c'est râpé!

serp_couvLivres

LE SERPENT DE MER

de Jules Verne

(Hachette - Bibliothèque Verte - 1937)

Voilà un ouvrage que je recherchais depuis des années sans parvenir à mettre la main dessus. Ce n'est que très récemment, durant mes vacances, que je le dénichai dans la bibliothèque impressionnante de mes hôtes: sitôt trouvé, sitôt dévoré, et je n'ai pas été déçu! Considéré sans doute comme un oeuvre mineure par des éditeurs mal avisés, "Le Serpent de Mer" (également connu sous le titre "Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin") a connu sa dernière réédition - du moins à ma connaissance - en Février 1979, toujours en Bibliothèque Verte. Et cela est bien dommage, pour ne pas dire scandaleux, car ce court roman (250 pages) de 1899 demeure sans doute l'un des plus curieux et des plus marginaux de l'imposante bibliographie vernienne. Clairement scindé en deux parties bien distinctes, "Le Serpent de Mer" nous relate l'odyssée du "Saint-Enoch", parti du Havre pour une longue campagne de pêche à la baleine. La première partie nous décrit par le menu le quotidien de cette activité dans les eaux de Nouvelle-Zélande et, de ce fait, ne se démarque en rien de la manière habituelle de l'auteur. Véritable passionné de la marine à voiles, et plus que jamais animé de son éternel souci didactique, Verne nous livre un documentaire captivant au terme duquel on n'ignore plus rien des baleinières, des techniques de pêche aux cétacés, non plus que de la géographie, faune, flore et populations des contrées traversées. Nulle présence en tous cas du "grand serpent de mer", si ce n'est dans les divagations de Jean-Marie Cabidoulin, tonnelier superstitieux et sorte de Cassandre persuadé dès son embarquement que le voyage finira mal... Mais tout se déroule au contraire sous les meilleurs auspices, et cette première partie s’achève sur une relâche à Vancouver où le capitaine Bourcart fait fortune en vendant les produits de sa pêche, avant d’appareiller pour la Mer d’Orkhotsk, au large du Kamtchaka. Là débute la seconde partie dans laquelle tout bascule: le roman s’oriente distinctement dans le genre fantastique que Verne n’a que peu fréquenté, lui préférant d’ordinaire le récit d’aventures ou la SF de style "steampunk". On ne peut d’ailleurs que déplorer le manque d’intérêt de l’auteur pour le genre, car il s’y montre ici d’une maîtrise indiscutable: au fur et à mesure que le "Saint-Enoch" progresse vers le Nord, l’ombre du serpent de mer ne cesse de rôder autour du navire, et à se faire de plus en plus précise sans que toutefois le Léviathan ne daigne montrer le bout d’une écaille... Verne utilise ici un principe fondamental du genre, à savoir que la présence effective du croquemitaine ne sera jamais aussi terrifiante que la menace de plus en plus pressante de son apparition indéfiniment différée. Il s’approche donc peu à peu du monstre, dosant ses effets, comme par cercles concentriques, au moyen d'une gradation magistrale au terme de laquelle, bien que n’ayant toujours rien vu de concret, tout le monde se range à l’avis du sinistre Cabidoulin. Ça commence par une fausse alerte dont on rit de bon coeur, ça se poursuit par l’apparition d’une houle inexplicable, puis ça se précise par la découverte de cadavres de baleines mutilées par quelque formidable prédateur, ou encore le témoignage de pêcheurs kamtchadales terrifiés et revendicant une "rencontre du troisième type", bref Verne s’évertue à maintenir avec maestria le caractère INDIRECT de la relation qui lie le serpent de mer à nos héros. L’horreur culminera avec l’engloutissement aussi rapide qu’inexplicable d’un navire sous les yeux de l’équipage du "Saint-Enoch" impuissant, prélude pour celui-ci à un interminable cauchemar... On navigue, on le voit, dans les eaux troubles du "fantastique maritime", tels que le classique de Poe "Aventures d’Henry Gordon Pym", ou encore les chefs-d’oeuvre tétanisants de ce grand maître méconnu qu’est William Hope Hogdson ("Les Canots du Glen Carig", "Les Pirates fantômes", "La Chose dans les Algues", etc...). Évidemment, je me garderai bien de vous dévoiler le dénouement, lequel s’avère des plus déconcertants et, pour tout dire, extrêmement audacieux eu égard aux canons littéraires de l’époque. Les fans les plus assidus de Jules Verne, eux, garderont sur la langue le goût d’un soupçon lancinant, quant à la véritable nature de cet énigmatique serpent de mer...

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Vu à la télé

Trois courts-métrages

N'étant pas un adepte de "Koh-Lanta" (grabat, tartines de lombrics, se faire enfiler pour une boîte d’allumettes...), je m’arrange toujours pour avoir la télé en vacances, ne serait-ce que pour ne pas louper "Lost"... Même que ce coup-ci, j'avais le câble s'il vous plaît, ce qui m'a permis certaine nuit sans lune d'assister, sur la chaîne "13ème Rue", à un florilège de courts-métrages du genre qui nous intéresse.

"Dernier Cri" de Grégory Morin (2005) ressemble à une pochade de carabin. S'introduisant nuitamment chez Pierre Bellemare himself, qui joue son propre rôle, un cambrioleur (Jo Priesta, vu dans le flippant "Irréversible") assassine le grand homme. Mais, fort de son immortalité cathodique, celui-ci revient hanter son meurtrier via les innombrables téléviseurs disséminés dans son appartement. Tous diffusent "Dernier Cri", une émission de télé-achat qui donne à Bellemare l'occasion de s'autoparodier avec un plaisir non dissimulé, ce qui nous le rend d'autant plus sympathique. Présente-t-il un couteau de cuisine électrique, que les cinq doigts de son assassin volent en l'air dans une gerbe impressionnante d'hémoglobine! Propose-t-il un mixer, que voilà l'autre main finement émincée, et ainsi de suite jusqu'à réduction du malfaisant à l'état de larve sanguinolente! Bref, du tout bon pour les amateurs de gore rigolard!

"Dans la Nuit"  de François Reumont (2001) s'avère une variation classique mais efficace du thème du "voyageur-de-nuit-dérouté-qui-pénètre-dans-une-maison-sinistre". Bien que manquant quelque peu d'originalité et dans son argument et dans son dénouement, la qualité de la réalisation et de l'interprétation n'en place pas moins son auteur parmi les espoirs potentiels du fantastique hexagonal (si toutefois il en existe un!)

"La Patiente 69" de Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit (2005) - faut-il voir dans ce titre un clin d'oeil égrillard? - me pose un problème. Bien que non dénué d'atouts - réalisation impeccable, présence au casting du ténébreux Tom Novembre - le film craint par son sujet même. Que les auteurs plagient éhontément "Le Système du Docteur Goudron et du Professeur Plume" d'Edgar Poe (in "Histoires grotesques et sérieuses"), passe encore... Mais qu'ils puissent supposer le spectateur suffisamment inculte pour ne pas s'en être rendu compte, voilà qui relève d'une condescendance des plus insultantes! 

En conclusion, et malgré les quelques réserves que j'ai pu émettre, le bilan est globalement positif et tend à montrer que le cinéma fantastique français dispose d'un vivier de talents prêts à s'investir dans le genre avec passion. Encore faudra-t-il que Messieurs les producteurs de merde, tout à leurs pantalonnades franchouillardo-poujadistes façon Clavier-Jugnot, daignent leur accorder quelque attention. Le cinéma fantastique existe bien en France (Valette, Aja, Gans, voire Kassovitz), mais tous les auteurs présentant quelque intérêt, dégoûtés, ont tôt fait de se délocaliser aux States où ils finiront un jour ou l'autre par se faire laminer par le système blockbuster. Et en attendant, c'est pas Pitof qui va relever le niveau!

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DVD

DÉMONS 2 (Demoni 2: L'Incuba ritorna)

de Lamberto Bava (1986)

Et c'est reparti pour un tour! Après un opus 1 déjà bien pénible (voir "Mollards" de Mai), "Mad Movies" persiste et signe en sortant ce deuxième chapitre chiant comme la pluie (bon, d'accord, je devrais pas dire des trucs pareils en pleine canicule!). Les démons sont donc de retour mais cette fois, au lieu de crever un écran de cinéma, ils sortent directement de la télé (l'horreur absolue: imaginez Steevy Boulet surgissant dans votre salon, en chair et en incisives!). Le pillage systématique de quelques classiques du genre est évidemment au rendez-vous: "Evil Dead" bien sûr, référence de base de ce douteux diptyque, mais également le "Frissons" de David Cronenberg, ainsi qu'"Alien": comme dans le premier, la contagion se perpétue en effet à l'intérieur d'un immeuble de grand standing dans lequel les résidents, victimes d'une technologie protectionniste trop performante, se retrouvent enfermés en compagnie des démons, et concernant le classique de Ridley Scott, sachez que le sang des créatures traverse planchers et plafonds pour aller contaminer le voisin du dessous. Le pire, c'est qu'il n'aura fallu pas moins de quatre scénaristes, parmi lesquels Dario Argento (toujours producteur) et l'inévitable Dardano Sacchetti, pour pondre ce patchwork de plagiats opportuniste et sans âme. Non, il n'y a vraiment rien à sauver dans ce coûteux nanard: ni la mise en scène chaotique de Lamberto Bava, qui sur-sature en vain l'écran de couleurs primaires flashy histoire de bien nous rappeler de qui il est le fils (pathétique!), ni le scénar incohérent et bourré de contradictions, ni les acteurs nullissimes (parmi lesquels une juvénile Asia Argento ainsi que sa soeur Fiore) qui gesticulent plus qu'ils ne jouent, ni la musique de l'insupportable Simon Boswell qui nous pilonne les esgourdes de son heavy-metal pachydermique, ni les pseudo-innovations (clébard et bambin "démonisés"), etc... Le seul à tirer quelque peu son épingle du jeu est le responsable des SFX Sergio Stivaletti, qui orchestre avec ostentation un nombre incalculable de mutations visqueuses. Mais lui-même sombre à son tour dans le ridicule lorsqu'il fait jaillir d'une poitrine explosée (toujours "Alien"!) un gnome issu en droite ligne du "Muppet-Show"! Bref, si les deux "Démons" ont un quelconque intérêt, celui-ci ne saurait être que sociologique, le diptyque étant tout à fait représentatif de cette vacuité clinquante qui a caractérisé les années 80, au cours desquelles la civilisation occidentale est passée d'une passion immodérée pour la culture à un décervelage organisé dans l'auto-contemplation égotiste de sa propre vanité. La preuve: "Démons" 1 et 2 furent des succès tonitruants en salle et en vidéo!

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DVD

LA MORT AU LARGE (L'ultimo Squalo)

de Enzo G. Castellari (1980)

Un grand requin blanc de la taille d'un cachalot qui gobe les véliplanchistes comme des olives à l'apéro et descend les hélicoptères en plein vol, une petite station balnéaire américaine qui vit dans la terreur, un maire plus soucieux de sa réélection que de la sécurité publique, un chasseur de squales buriné qui suinte la testostérone faisant équipe avec un ichtyologue renommé, une bande de jeunes crétins inconscients courant à l'équarrissage, ça ne vous rappelle rien? Forcément, puisqu'on est dans un Z italien proposé par la collection "Mad Movies", et que le pompage systématique des oeuvres à succès fait partie du cahier des charges du genre. Enzo G. Castellari se garde bien d'innover. Comme nombre de ses collègues, il a fait ses classes avec des westerns-spaghetti aux titres amphigouriques: "Je vais, je tire et je reviens" (non, c'est pas un porno!) en 1967, "Tuez-les tous et revenez seul" (ça tombe sous le sens!) en 1968, "Django porte sa Croix" (après avoir "préparé son cercueil"!) la même année, "Aujourd'hui ma Peau, demain la tienne" (histoire tragique de deux écorchés vifs...) en 1969, bon ça ira comme ça, hein! Il connaît néanmoins son quart d'heure warholien en 1976 avec "Keoma", un western atypique fort prisé des amateurs et ma foi non dénué d'intérêt (programmé il y a peu sur Arte), avant de se lancer dans le plagiat opportuniste cheap puis de poursuivre sa carrière à la télé où il végète encore, réalisant notamment la laborieuse série "Extra-large", diffusée par M6 dans les années 90 et interprétée par le duo improbable Bud Spencer / Philip Michael Thomas - pour la petite histoire: le premier fut le pachydermique partenaire de Terence Hill dans nombre de westerns prout-prout façon Trinita, et le second incarna l'alter ego de Don Johnson dans la célèbre série de Michael Mann "Deux Flics à Miami". Bien moins délirant que certains de ses homologues tels Bruno Mattei ou Lucio Fulci (que les habitués de ce blog connaissent bien!), Castellari affiche plutôt le style d'un artisan consciencieux mais sans réelle personnalité. De fait, "La Mort au Large" se révèle un Z assez ennuyeux, en ce qu'il est cruellement dépourvu de ces délectables outrances qui font tout le charme du genre. Péchant par excès de sagesse, il s'avère en fin de compte plus proche d'un téléfilm familial que du nanard italien classique, en dépit de quelques scènes gore trop rapidement shuntées, de la baudruche hilarante qui tient lieu de requin, et de trop rares moments de comique involontaire. Bref, le Z italien ne s'est jamais montré aussi timoré, l'absence absolue de scènes érotiques - ne serait-ce que suggérées - est là pour en attester. Ceci dit, question casting, on retrouve avec un certain plaisir nostalgique le sourire "Ultra-Brite" de James Franciscus (vu dans "Le Secret de la Planète des Singes", et dans "Le Chat à neuf Queues" de Dario Argento), ainsi que la trogne artistiquement bosselée du regretté Vic Morrow, tragiquement décédé en 1983 dans un accident d'hélicoptère sur le tournage de "La quatrième Dimension" du collectif Spielberg-Dante-Landis-Miller. Quant à Castellari, il remettra le couvert en 1981, avec une nouvelle requinade intitulée "Le Chasseur de Monstres". D'ici à ce que "Mad Movies" ne nous l'exhume un de ces quatre, y'a pas des kilomètres...

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"Le Serpent de Mer": les bonnes vieilles illustrations de la Bibliothèque Verte

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"Dernier Cri": Pierre Bellemare en "scream-king" - le début d'une carrière?

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"Dernier Cri": Jo Priesta, l'homme qui rétrécit!

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"Dans la Nuit": un voyage interrompu, une maison sinistre, une famille inquiétante...

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L'hôpital de "La Patiente 69": si vous avez une autre photo, je suis preneur!

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"Démons 2": la télé, c'est pas bon pour la santé!

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"La Mort au Large": au menu, touristes sur canapé (servir chaud!)