Presse

WAMPIR n°2:

"Frankenstein rencontre l'Homme-Loup"

de Roy William Neill (ed. Ponzoni - Décembre 1967)

couv

À force de remuer la poussière chez les bouquinistes, j'ai fini par mettre la main sur quelque chose d'inespéré! Émotion intense, larmes de joie, découverte archéologique des plus inestimables, c'était bien l'un de ces rarissimes ROMANS-PHOTOS des sixties, cauchemar de moult collectionneurs, pris en sandwich entre un "Akim" et un "Jim Canada", que je venais d'exhumer de l'oubli!

Ça étonnera peut-être les plus jeunes d'entre vous, mais à l'époque le roman-photo était fort en vogue dans l'hexagone, et pas seulement chez la ménagère qui se régalait des cocktails à l'eau de rose servis par "Nous Deux" et autres "Confidences", pour ainsi dire l'équivalent de nos "Feux de l'Amour" contemporains. Genre typiquement italien (1), le roman-photo touchait en effet également un public masculin avec des productions plus viriles se résumant en fait à une transposition des très populaires "fumetti" (2). Or, ces derniers faisant un tabac en France, leurs avatars photographiques ne tardèrent pas à y faire leur apparition: je garde d'ailleurs un souvenir ému de "Satanik" (3), criminel insaisissable et sadique en costume de squelette qui assassinait froidement une dizaine de protagonistes dans chaque numéro et torturait des starlettes grassouillettes en sous-vêtements carapaçonnés, ainsi que de «Kimba», sorte de Tarzan gras du bide qui persécutait des félins cacochymes parmi les palmiers en pots, un must absolu pour les amateurs de kitsch hardcore (4)! Là-dessus, quelqu’un eut l’idée géniale de proposer des adaptations en romans-photos des succès cinématographiques du moment: on prenait une centaine de photos extraites des oeuvres originales, on ajoutait quelques phylactères et le tour était joué. Très populaire à l’époque, le western caracolait en tête de la production avec une tapée de revues («Aventures-Films», «Bravoure», «Colt», «Winchester»), mais d’autres genres étaient également représentés tels le film de guerre («Paras»), la SF (le mythique «Star Ciné Cosmos», pour lequel les collectionneurs donneraient un oeil!) et enfin l’horreur avec «Wampir».

Durant sa très éphémère existence, ce titre se concentra sur la légendaire série des «Frankenstein» initiée dans les années 30 durant le fameux «Âge d’Or du Fantastique» de la firme Universal. La franchise débute par deux chefs-d’oeuvres incontournables du maître James Whale: «Frankenstein» (1931) et «La Fiancée de Frankenstein» (1935), suivis en 1939 par «Le Fils de Frankenstein» de Rowland V. Lee (dont je vous recommande l’excellent «Zoo In Budapest» de 1933). Cette trilogie, centrée en plein Âge d’Or et interprétée par l’immortel Boris Karloff, est considérée comme classique et fait encore les beaux jours des ciné-clubs, ainsi que du «Cinéma de Minuit» de Patrick Brion qui la reprogramme régulièrement. La suite est une histoire de gros sous au cours de laquelle la franchise va être exploitée jusqu’à la corde, au travers de crossovers mettant en scène les autres stars de l’Âge d’Or Universal, j’ai nommé Dracula et le Loup-Garou. Si une certaine qualité se maintient avec «Le Spectre de Frankenstein» (1942), réalisé par le très compétent Erle C. Kenton (auteur en 1932 d’un remarquable version de «L’Île du Docteur Moreau» avec le génial Charles Laughton), elle est en nette régression avec «Frankenstein rencontre l’Homme-Loup» (1943) de Roy William Neill (nettement plus inspiré dans sa série TV «Les Aventures de Sherlock Holmes») si j’en juge, n’ayant pas vu le film, par le scénario foutraque que me relate ce «Wampir» n°2.

Dérangé dans son repos prétendument éternel par deux pilleurs de tombes auxquels il ne tarde pas à faire un sort, le loup-garou Larry Talbot (interprété par le célèbre poivrot Lon Chaney Jr, fils indigne du célébrissime «Homme-aux-Mille-Visages») se remet en quête d’un moyen efficace de mourir. Assisté d’un bellâtre médicastre, de la fille de Victor Frankenstein (si,si!) et d’une vieille Gitane qui en sait long sur la lycanthropie, il entreprend des fouilles dans les ruines du château de Frankenstein et tombe comme de bien entendu sur la célèbre Créature, interprétée par un Bela Lugosi bien fatigué. Après l’échange de beignes réglementaire, on attache les deux monstres et, à l’aide des machines compliquée du Docteur Frankenstein (deux électrodes + un fil électrique!), on essaie de transférer l’énergie (???) du Loup-Garou dans le corps de la Créature, afin que Talbot décède et soit libéré de sa malédiction. Évidemment, l’expérience foire (à votre avis: avait-elle la moindre chance de réussir?) et les deux affreux recommencent à se donner copieux! Mais toutes ces expériences maudites, ça finit par nous détraquer le temps ma brave Madame Michu et, dans le cas présent, ça destroy le barrage voisin qui, libérant ses eaux en furie, engloutit monstres et château au grand soulagement des bouseux autochtones, lesquels estiment que tout cela n’est que diableries... Mais n’ayez crainte, toute la ménagerie Universal revient en 1944 dans «La Maison de Frankenstein» (relaté dans «Wampir» n°1 sous le titre ««La Maison des Horreurs»), suivi en 1945 par «La Maison de Dracula», tous deux réalisés par Erle C. Kenton. La franchise s’achèvera en totale cata avec «Deux Nigauds contre Frankenstein» (1949) de Charles T. Barton, où la malheureuse Créature se verra confrontée aux pitreries des ringardissimes Abbott et Costello dans une pantalonnade des plus consternantes.

Après ce n°2, la revue «Wampir» fut quant à elle interdite par la censure gaulliste. Six mois plus tard, le Grand Con castrateur était accompagné jusqu’à Baden-Baden à coups de pied au cul, comme quoi il n’est jamais avantageux de faire chier les puissances des ténèbres! Le n°3 qui, sous le titre de «La Révolte de Frankenstein», relatait en fait «L’Empreinte de Frankenstein», une production Hammer de 1964 réalisée par Freddie Francis, n’atteignit jamais les kiosques puisqu’il fut directement envoyé au pilon.

Notons pour conclure que, mise à part la trilogie de base qui reste encore relativement visible, tous les épisodes postérieurs de la franchise demeurent de véritables incunables. D’où le grand intérêt de ces numéros de «Wampir», qui permettent de visionner d’une certaine manière ces raretés incontournables, témoins d’une époque où Hollywood inventait la série Z!

Notes:

(1): Pour les pervers qui s'intéresseraient au petit monde du roman-photo italien, je recommande chaudement "Le Cheik blanc" (1952) du maestro Fellini, qui porte un témoignage irremplaçable sur ce milieu très particulier.

(2): "Fumetti": terme désignant les petits formats de BD populaire, largement diffusés en France jusque dans les années 80. Pour ne citer que les plus célèbres: "Akim", "Zembla", "Blek Le Roc", "Tex Willer", etc... Le terme de "fumetti" fait référence aux phylactères, qui sortent de la bouche des personnages comme de "petites fumées". Poétique, non?

(3): "Satanik" (nommé "Thrilling" en Italie) est en fait un démarquage en roman-photo du célèbre fumetto "Kriminal", dessiné par le génialissime Magnus et scénarisé par Max Bunker, véritable institution dans la BD populaire italienne.

(4): Rhâââ! la meuf de Kimba en bikini léopard!

lg

Le Loup-Garou: vous noterez le respect scrupuleux des dialogues!

f

Frankie: là encore, Audiard n'a qu'à bien se tenir!

bl

Ex-comte Dracula, Bela Lugosi change de registre...

exp

La grande expérience foutraque est sur le point de commencer!

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Wampir n°3, annoncé en 4ème de couv', victime innocente de la censure gaulliste