Comics

BATMAN & SUPERMAN #6:

"Le Projet OMAC" (1)

par Greg Rucka, Jesus Saiz & Cliff Richards (Panini - Juillet 2006)

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La grande révolution de l'univers DC se poursuit chez Panini, et ça se passe toujours dans le titre "Batman & Superman" qui nous présente ce mois-ci le troisième prélude à "Infinite Crisis" (après "Identity Crisis" dans les quatre premiers numéros et le one-shot «Countdown To Infinite Crisis» dans le n°5 - voir ma chronique du 30 Juin dernier). Et, je préfère vous en avertir tout de suite, on n'est pas près d'en voir le bout vu que le super-giga-crossover "Infinite Crisis", flanqué de sa cohorte interminable de préludes et autres spin-off, est appelé à envahir d'ici la fin de l'année la majorité des titres DC publiés par Panini, et les autres au cours de l'année 2007! Que restera-t-il au terme de tout ce chambardement (si quelque jour on en sort!), telle est la question que se posent tous les fans, dont le portefeuille est sur le point d'être mis à rude épreuve s'ils veulent ne rien rater de cette énième redéfinition du DC-verse: ils peuvent d'ores et déjà budgéter la somme rondelette de 27 € pour faire péter le big book «Infinite Crisis - Prélude, vol 1», sorti le mois dernier chez Panini et qui regroupe les deux mini-séries «Day Of Vengeance» et «The Rann-Thanagar War». La première relate les retombées de la «crise» sur la sphère "magique" de l’univers DC (featuring le Spectre, Captain Marvel, et une chiée plus dix de super-héros sorciers), et la seconde la guerre entre les planètes respectives d’Adam Strange et de Hawkman - dessinée par l'icône Dave Gibbons, ce qui en fait d'emblée un must absolu. Il est d'ailleurs fait allusion à ces deux arcs parallèles dans "Countdown To Infinite Crisis", tous ces événements se déroulant simultanément.

Mais n’anticipons pas, et commençons par faire le point. Comme il a été dit par ailleurs, «Countdown To Infinite Crisis» nous relatait la triste fin du calamiteux Blue Beetle, exécuté froidement par l’ignoble Maxwell Lord pour avoir découvert un complot d’envergure cosmique. Rappelons que Lord, jusqu’ici considéré comme un gentil (quoique très ambigu) comptait parmi les rares et meilleurs amis de l’infortuné Beetle: sa trahison n’en est donc que plus perfide. En théorie, il est censé bosser pour le gouvernement, et fut même par le passé à l’origine certains bouleversements au sein de la JLA. On le retrouve à la tête de «Checkmate», une organisation bien connue des fidèles de DC (qui n’auront pas oublié la Suicide Squad, la Task Force X et la porcine Amanda Wailer), sorte de NSA chargée d’exécuter les basses oeuvres du gouvernement et qui emploie la plupart du temps des gens peu recommandables. Remontant la piste avec une opiniâtreté qui lui coûtera la vie, Blue Beetle a donc découvert que Lord, devenu raide siphonné, a non seulement pris le contrôle de "Checkmate", mais également celui de Brother 1, le satellite de surveillance de Batman.

Ce qui nous ramène directement à la mini-série "Identity Crisis": on se souvient en effet que certains membres peu scrupuleux de la JLA avaient trafiqué la cervelle du méchant Docteur Light, par l'entremise de Zatanna qui avait opéré une sorte de lobotomie magique sur l'esprit de celui-ci. Débarquant sur ces entrefaites, Batman s'était violemment opposé à ce procédé immoral, ce qui lui valut de subir le même traitement, Zatanna l'obligeant à oublier ce à quoi il venait d'assister. Mais on ne berne pas si facilement le plus grand détective du monde, et Batman finit par découvrir le pot aux roses, ce qui eut pour effet de le rendre encore plus parano qu'il n'était déjà - et ce n'est pas peu dire! Se méfiant désormais de la JLA, il programma le satellite Brother 1 afin de surveiller ses potes en permanence, juste au cas où ils auraient dans l'idée de lui refaire un enfant dans le dos. Comme on le voit, la confiance règne dans l'univers DC! C'est en se prenant pour Big Brother que Batman déclenche donc ce que l'on pressent déjà être une crise majeure, puisque Maxwell Lord, comme l'a découvert un Blue Beetle horrifié, connait désormais tous les secrets (identités civiles comprises) des membres de la JLA, mais également ceux de tous les méta-humains de la planète. Cerise sur le gâteau, Brother 1 lui permet de surveiller en permanence toute l'activité méta-humaine de notre monde et, couplé à un virus nommé OMAC, d'éliminer à loisir les super-héros ou super-vilains de son choix. En clair: ça va continuer à dézinguer grave!

Mais qui est OMAC? Là, un peu d'histoire s'impose. Il nous faut remonter en plein Silver Age, à l'époque où le grand Jack Kirby, en désaccord avec Marvel, quitte la "Maison des Idées" pour aller signer chez DC. Trop heureux de récupérer une légende vivante du comics, le "Diabolique Concurrent" lui laisse la bride sur le cou, ce qui nous vaudra une avalanche de planches parmi les plus magnifiques du "King", au sommet de son art dont l'aspect "mécaniste" confine au psychédélisme visionnaire. D'une créativité débridée, assurant dessins et scénarii, Kirby explose littéralement dans une multitude de séries dont la plus célèbre est bien évidemment "New Gods", à l'occasion de laquelle il crée un véritable univers dans l'univers DC. Aujourd'hui encore, bien après sa mort, la planète "New Genesis" des "New Gods" et son ennemie la lugubre Apokolips, gouvernée par l'infâme Darkseid, ne cessent de revenir sur le devant de la scène dans toutes les séries DC, et aucun fan ne conçoit désormais le DC-Verse sans la présence des "New Gods" qui participèrent à nombre de mémorables sagas. Mais Kirby ne s'en tient pas là et enchaîne série sur série: citons "Demon", dont le héros Etrigan, pur produit de l'Enfer, fait encore les beaux jours de la sphère "magique" de DC, "Kamandi" et ses aventures dans un univers post-atomique peuplé d'animaux mutants, "Mister Miracle", spin-off des "New Gods" et, bien entendu, "OMAC"...

La série "OMAC" voit le jour en 1974. Sans doute trop en avance sur son temps, elle ne connaîtra pas le succès et s'arrêtera au bout de huit épisodes, tous (mal) publiés en France par Artima, dans les numéros 1 à 5 du petit format "Le Manoir des Fantômes" (planches en noir et blanc, redécoupées, reformatées, lettrées à la machine, bref du "Comics-Pocket" pur jus de chique!). Le #1 nous raconte comment le loser Buddy Blank (patronyme qui peut se traduire par "neutre", "pâle", "terne", "incolore", bref une sorte de "Mister Nobody") se retrouve transformé en une espèce de robot intelligent intitulé One Man Army Corps (OMAC), soit "une armée dans le corps d'un seul homme". Dans un lointain futur où la haute technologie règne en maître (ce qui nous vaut des planches magnifiques et délirantes, Kirby n'étant jamais aussi bon que lorsqu'il dessine des machineries complexes!), et peuplé de citoyens pacifistes non-violents, le maintien de la paix est confié à l'organisation "Global Police Agency", sorte de police du monde chargée de réprimer le crime. OMAC, épaulé par le satellite Brother Eye, intelligence artificielle en orbite autour de la Terre qu'elle tient sous perpétuelle surveillance, se tape donc le sale boulot et fonce au baroud dès que le crime pointe le bout de son nez. Arrêtée en 75, la série refait surface en 80 sous la plume du célèbre Jim Starlin, dans le dernier numéro de "Kamandi" (#59), sous forme d'un back-up de 8 pages intitulé fort pertinemment "The Return of OMAC". Retour qui se poursuivra dans "Warlord" vol 1 #37 à 39, toujours en back-up, puis en 81 dans les #42 à 47 où la série est reprise par des seconds couteaux. Puis plus de nouvelles jusqu'en 91, où la superstar John Byrne reprend OMAC le temps d'une mini-série de quatre épisodes: pour avoir eu le TPB entre les mains, je puis vous dire que son travail est en tous points remarquable, et qu'une édition française ne serait pas du luxe!

À la lumière de ce flash-back, on commence à soupçonner où le scénariste Greg Rucka veut en venir avec "The OMAC Project": le monde du OMAC de Kirby serait-il l'un des futurs possibles du DC-Verse actuel? le satellite Brother 1 constituerait-il une version primitive du Brother Eye de la série initiale? et le virus OMAC, qui s'incarne dans des assassins ayant l'aspect du héros de Kirby, serait-il l'ancêtre de celui-ci? Quant à "Checkmate", il n'est pas absurde d'y voir une première version de la "Global Police Agency"... On voit que la question est loin d'être simple et, à ce propos, j'invite tout comic-fan qui aurait des indices à me fournir sur cette ténébreuse affaire à s'exprimer librement dans ces pages.

En attendant Maxwell Lord, plus givré que jamais, continue à bousiller tout le monde dans ces trois premiers épisodes, à commencer par les principaux dirigeants de "Checkmate", et en passant par le super-vilain Putsch, qu'un OMAC coupe littéralement en deux! À travers Brother 1, il espionne l'ensemble du monde méta-humain, et plus particulièrement le QG de la JLA, ce qui lui donne toujours une longueur d'avance sur ses adversaires. Fort heureusement, Batman dispose d'un allié au sein de "Checkmate" en la charmante personne de Sasha Bordeaux qui fit partie des amourettes du Dark Knight. Celle-ci parvient à l'alerter, ce qui lui vaudra de se retrouver en fort mauvaise posture. Se voyant dépossédé du contrôle de Brother 1, Batman est bien obligé de confesser la surveillance à laquelle il se livrait sur ses alliés de la JLA, ce qui n'est pas fait pour apaiser les tensions dans le groupe - la question étant: est-ce qu'il matait Wonder Woman sous la douche? Quant aux amis fidèles du regretté Beetle, Booster Gold et le psychopathe Guy Gardner, les voilà ivres de vengeance et bien décidés à mettre l'univers à l'envers pour retrouver l'assassin du petit scarabée. Batman, agressé par trois OMAC, échappe de justesse à l'éradication. Quant à Superman, hum... il n'a pas l'air bien clair dans toute cette affaire, comme nous le laisse supposer le cliffhanger à la fin du #3. Nous en saurons plus en Septembre, car le crossover sort momentanément des pages de "Batman & Superman" pour passer dans le titre "Superman" n°15 qui regroupera les comics "Superman" #219, "Action Comics" #829, "Adventures Of Superman" #642 et "Wonder Woman" #219 qui s'intercalent, si on en croit Panini, entre les #3 et 4 de "The OMAC Project", dont la suite nous sera contée dans "Batman et Superman" n°7.

Je vous donne donc rendez-vous en Septembre pour rendre compte des prochains développements de la crise. À vous les studios...

Vous voulez en savoir plus sur "Checkmate"? Allez faire un tour chez l'ami Erwan:

http://misterwan.canalblog.com/archives/2006/05/05/index.html

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