patchworkman's blog

Ce blog concerne tous les fans de fantastique sous toutes ses formes et dans tous les arts: cinéma, télé, littérature, BD, comics, etc... Vous y trouverez mon actualité de fantasticophile au jour le jour, ce que j'ai vu, lu, aimé, détesté, etc...

14 août 2006

BLADE TRINITY

Vu à la télé

BLADE TRINITY

de David S. Goyer (2004)

aff_2

Le père Goyer, moi, je l'ai jamais senti... Après qu'il eût attiré favorablement l'attention en écrivant les très chébrans (mais néanmoins intéressants) "The Crow" et "Dark City" réalisés par Alex Proyas, ses prestations sur la franchise "Blade" lui valurent rapidement une réputation de super-scénariste qui en fit la coqueluche du tout-Hollywood, en matière notamment d'adaptations de comics. Par le fait, son ascension fulgurante n'est pas sans rappeler le cas de Kevin Williamson, un peu trop vite porté au pinacle en tant que "maître du slasher" et retourné tout aussi promptement à un anonymat mérité après avoir ressassé le même script poussif jusqu'à épuisement des bouffeurs de pop corn, et enfoncé le dernier clou de son cercueil en s'improvisant réalisateur ("Mrs Tingle"). Je vais peut-être me faire quelques ennemis, mais je n'ai jamais vu dans les scénars de la trilogie "Blade" autre chose que le catalogue de lieux communs qui sont le quotidien de n'importe quel actionner de série B proposé en direct-to-video. La seule différence réside dans le budget blockbusterien, qui permet d'emballer somptueusement la camelote et de jeter un peu plus de poudre aux yeux pour dissimuler l'indigence fondamentale des scripts, lesquels se résument au bout du compte à une enfilade de bastons plus ou moins chiantes reliées entre elles par un prétexte scénaristique des plus ténus (l'éradication des méchants vampires, qui n'est pas sans évoquer par moment une ratonnade pure et simple!) et qui exalte des valeurs douteuses essentiellement à base de testostérone.

Oublions le catastrophique opus 1 commis par le minable Stephen Norrington - également responsable du massacre perpétré sur le comics culte "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" d'Alan Moore et Kevin O'Neill (1) - et passons au très sympa "Blade 2" réalisé par le surdoué Guillermo del Toro: Goyer peut en effet lui baiser les pieds d'avoir transcendé, par l'inventivité constante de sa réalisation éblouissante, l'indigence d'un script une fois de plus extrêmement convenu. Succès honorable et mérité pour les prouesses de son réalisateur, "Blade 2" n'en demeure pas moins à mon sens l'oeuvre la plus faible de la filmographie du prodige mexicain. Ce cas de figure se reproduit sur le script de "Batman Begins", assez prétentieux il faut bien le dire, mais qui bénéficie d'un double effet d'aubaine: d'une part la réalisation efficace et élégante de Christopher Nolan (2) - un metteur en scène à suivre - et d'autre part le mauvais souvenir laissé par les deux navets "Batman Forever" et "Batman et Robin" du tâcheron Joel Schumacher qui font ici office de faire-valoir. Mais si vous voulez mon humble avis, tant qu'à raconter la genèse de Batman, il eût mieux valu se tourner vers le "Year One" de Frank Miller et David Mazzucchelli, où tout était dit et bien dit, plutôt que d'essayer de refaire un "Incassable" boiteux...

Malheureusement pour lui, Goyer travaille sans filet avec "Blade Trinity", c'est-à-dire qu'il ne peut ici se reposer sur le talent d'un del Toro ou d'un Nolan pour sauvegarder sa réputation surfaite, si bien qu'il ne tarde pas à se retrouver le nez dans la sciure. Présenté comme un événement sans précédent par une promotion pour le moins imprudente, son passage derrière la caméra achève de dégonfler la baudruche Goyer. Un scénar qui tient sur un timbre-poste: "Dracula est de retour, ça va chier!", point à la ligne. Le reste: gunfights, kung-fu, pirouettes, stock-car, pyrotechnique, gangstarap attitude à la con et punchlines où l'on invite l'adversaire à la fellation quand on ne le voue pas à la sodomie, la classe! En guise d'innovation, on a droit à des clébards vampires qui dominent de loin l'ensemble du casting, tant celui-ci fait étalage de son incompétence, mal dirigée qui plus est. L'imbuvable Wesley Snipes, plus poseur que jamais et se croyant sans doute chez Galliano, se contente de défiler dans les corridors pour bien nous faire admirer ses belles sapes en cuir et les prouesses de son coiffeur... Ceci dit, au vu de sa palette expressive, je dirai qu'il est urgent de s'occuper sérieusement de cette occlusion intestinale qui le tourmente avant qu'elle ne dégénère en péritonite aiguë! Constipation visiblement contagieuse, puisqu'elle frappe également un comte Dracula très méconnaissable... Fi donc, cher marquis, les ci-devant ont bien déchu! Où sont passés ce front noble et ce port altier? Que reste-t-il de Dracula? Une sorte de clone de Vandamme, dont le bovin Dominic Purcell partage la musculature et la vivacité d'esprit! Tout cela sent sa roture, et ce ne sont pas ses métamorphoses en une espèce de Predator mal branlé qui vont améliorer le personnage! Ajoutons un Ryan Reynolds babillant qui joue les Jar-Jar-Binks de service et, clou du spectacle, une Parker Posey à l'incroyable répertoire grimacier, de quoi faire passer Jim Carrey pour un modèle de sobriété! Bon, y'a bien ce vieux briscard de Kris Kristofferson, mais hélas Goyer le dézingue au bout de dix minutes, craignant sans doute qu'il ne porte ombrage à son cast de blaireaux! En échange, on a droit à sa "fille" Jessica Biel, blondasse fade et inexpressive qui joue les amazones de Prisu!

Conclusion: encore une franchise de flinguée!

Notes

(1): Décidément, ce pauvre Alan Moore n'a pas de chance! Après l'inqualifiable "V pour Vendetta", voilà qu'on annonce l'infect Zack Snyder (voir rubrique "L'Armée des Morts") pour réaliser le chef-d'oeuvre "Watchmen"...

(2): "The Dark Knight", suite de "Batman Begins", est d'ores et déjà annoncé pour début 2007. À la réalisation: Christopher Nolan - ouaaaiiiiis! Au scénario: David Goyer - bou hou hou!

Cliquez pour voir la bande-annonce:

http://www.bladetrinity.com/vid_trailer2_lg.html

trio

Les musiciens appellent ça un "trio laid"!

blade

Yo, z'avez maté les sapes: que de la marque, cousin!

baston

Vas-y mollo, Jessica, tu vas finir par nous couler une Biel!

reynolds

Ryan Reynolds, croisement improbable de Jar-Jar-Binks et de Michael Youn!

grimace

Parker Posey, surprise en pleine débauche grimacière!

Posté par patchworkman à 12:37 - Vu à la télé - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"The Dark Knight", suite de "Batman Begins", est d'ores et déjà annoncé pour début 2007. À la réalisation: Christopher Nolan - ouaaaiiiiis! Au scénario: David Goyer - bou hou hou!"

Ayaie !
Non, là je crains vraiment le pire....
J'irais en reculant vers la salle de cinéma alors...

Posté par Nio, 14 août 2006 à 20:46

pour Nio

Malgré ma position critique, je n'ai pas absolument détésté "Batman Begins". Nolan a réussi un beau film, surtout avec le matériel dont il disposait. C'est juste que je ne suis pas d'accord avec les choix de Goyer. Bien qu'il ait fait un effort pour ne pas livrer l'habituel script standard, son scénar ressemble à une salade russe d'éléments disparates glanés ça et là au hasard des comics, et reliés artificiellement entre eux. Et puis les personnages de Ras Al' Guhl et de l'Epouvantail, si importants dans le "Batverse", sont ici à peine ébauchés et manquent singulièrement de profondeur. Autre détail ridicule qui plombe le film, la voix de Bruce Wayne qui devient caverneuse dès qu'il enfile son costard de Batman. Qui trop embrasse mal étreint: voulant dire trop de choses à la fois, Goyer finit par ne plus rien dire.
Pour "The Dark Knight", on devrait logiquement avoir droit, comme annoncé à la fin de "Batman Begins", à un affrontement avec le Joker. Personnage-clef, puisque sa psychopathie renvoie à celle de Batman, lequel n'est pas sans éprouver une réelle empathie pour l'enfariné, au point que leurs empoignades finissent par ressembler à des accouplements (relation magnifiquement illustrée par un Alan Moore toujours iconoclaste dans "The Killing Joke"), le Joker nécessite un traitement de fond particulièrement soigné, ce qui me semble être au-dessus des moyens de Goyer. De plus je plains sincèrement le malheureux qui va décrocher le rôle au casting car, après la prestation de Jack Nicholson dans le "Batman" de Burton, il est clair que tout le monde va l'attendre au tournant...
Wait and see... mais je pense qu'une fois de plus on aura affaire à un film mitigé, pour ne pas dire écartelé entre le talent de Nolan et les choix scénaristiques souvent hasardeux de Goyer...

Posté par patchworkman, 15 août 2006 à 09:30

Batman contre Blade!

Blade n'est pas un de mes personnages préférés dans les comics. Sans doute parce que j'ai commencé les comics après ses débuts et avant son retour.
Mais j'ai plutôt apprécié le premier film pour ce qu'il est: un film d'action avec effets spéciaux de qualité, le blockbuster américain typique.
Pas de dialogues transcendants, pas de scénario réellement original, pas un jeu d'acteur particulièrement remarquable ... Mais ça distrait.
Le deuxième est un peu dans la même veine, même s'il est mieux réalisé. Le scénario faisant lever les yeux en l'air par moments, mais c'est ce à quoi je m'attendais.
Mais le troisième ... Je n'ai pas été jusqu'au bout, zappant à plusieurs reprises.
Un Dracula aussi peu charismatique pour ennemi, un scénario d'une grande banalité, des scènes d'action inégales, des personnages hauts en couleur mais tellement absurdes ...
Quelle nullité!

En revanche, si je remets bien en cause le talent de réalisateur de Goyer, je ne sais jamais réellement à quoi m'attendre quand il écrit un scénario.
En effet, sur Batman Begins, j'ai plutôt apprécié son script. Soyons francs, ce n'est pas tout à fait ainsi que je voyais certains personnages. Mais il s'inspire de Batman: Year One (et Batman: Dark Knight) et ne s'en tire pas si mal.
Je ne pars pas rassuré pour autant quant au prochain Batman. Mais le fait que le casting soit reconduit et que Nolan soit toujours de la partie est encourageant. L'acteur qui jouera le rôle du Joker a été annoncé (je n'ai évidemment pas retenu son nom, illustre inconnu je crois).
A voir ...

Posté par Céd, 17 août 2006 à 16:09

pour Céd

Bon, c'est parti pour un historique de Blade:
Le personnage voit le jour dans les seventies en tant que second couteau de plus en plus récurrent dans le comics "Tomb Of Dracula" (publié en France d'abord en "Comics-Pocket" dans le petit format "Dracula" - 25 numéros parus - puis dans "Dracula le Vampire", une édition en couleurs plus respectueuse du matos original - une dizaine de numéros). A noter que Blade tint la vedette dans une série de back-up, dont certains furent publiés en France dans l'éphémère revue "Vampire" (3 numéros seulement!) qui proposait également les aventures de "Morbius, le Vampire vivant".
La série refit surface à partir de 94 avec plusieurs mini-séries et one-shots, dont aucun ne remporta de succès notable, en tous cas pas suffisamment pour engendrer une série régulière.
Dans ces conditions, il est tout de même assez étonnant que "Blade" ait été l'un des premiers héros Marvel à être sélectionné pour une adaptation cinéma. L'opus 1 n'eut d'ailleurs pas un succès fulgurant (et pour cause!), et il fallut attendre la prestation de Guillermo del Toro pour propulser le personnage sous les feux de la rampe. En revanche, après celle de Goyer, il y a fort à parier qu'on ne reverra pas Blade de sitôt!
Batman: j'ai beau réviser tout mon Miller ("Year One" + "Dark Knight"), à part quelques allusions fugitives, je ne vois pas d'où Goyer a bien pu s'en inspirer... En revanche, je sais qu'il a fait sa promo en citant le nom de Miller à tout va, histoitre de racoler les fans qui, du coup, se sentent bien cocus! On appréciera la manière...

Posté par patchworkman, 18 août 2006 à 07:49

Histoires de vampire et de chauve-souris.

En fait, la licence Blade était facile à vendre et rapportait de l'argent immédiatement pour Marvel.
Un personnage black qui se veut cool, les producteurs se sont dit que ça plairait au public ado. Et ça a plutôt marché, y compris le premier numéro me semble-t-il. Enfin c'est l'impression que ça me faisait.
Le troisième devait de toute façon être le dernier (enfin entre ce qui est annoncé et ce qui se fait ...), alors avec l'échec que ça a été ... ;-)

Pour Batman Begins, les allusions à Year One sont évidemment les débuts du héros. Celles à Dark Knight sont surtout visuelles.
Mais il est certain que ce ne sont que des allusions. Toutefois, si les fans ont pu être déçus (mais tu es l'un des seuls que je connaisse ;-) ), Miller lui-même a trouvé le film bon.
On pouvait espérer mieux, mais ce n'est pas si mal et je préfère certains aspects de ce Batman à ceux de Burton.

Posté par Céd, 18 août 2006 à 17:41

pour Céd

Ah non, pas d'accord du tout!
Les deux Burton (particulièrement "Le Défi") sont à mon avis en tous points supérieurs, ne serait-ce que par l'intelligence qu'ils montrent de la psycho(patho)logie du personnage. Je crois me souvenir que le scénariste en est Sam Hamm, un habitué du comics, et cela se sent. De plus la vision burtonienne de Batman a à son tour profondément influencé le comics (voir le Batman schizo-parano-quasi-facho contemporain). Ne serait-ce qu'au niveau de l'interprétation (Nicholson frappadingue, Keaton inquiétant, DeVito hallucinant), le dyptique de Burton laisse "Batman Begins" loin derrière. On a dans ce dernier des vilains nettement moins bien caractérisés: j'ose à peine penser ce que Burton aurait fait avec un personnage comme l'Epouvantail, assez falot dans le film de Nolan. En fait, Burton s'attache avant tout à créer des personnages puissants. Et puis il y a ce look de polar urbain qui rappelle le "Metropolis" de Fritz Lang par son look néo-gothique expressioniste... Là où on a chez Burton des histoires fortes servies par des personnages solidement définis mis en scène de façon démentielle et démesurée, on a dans le Nolan une succession de tranches de vie, je dirai presque de sainettes, reliées entre elles de façon artificielle, et des personnages qui ne sont qu'ébauchés. Et puis, ne pas oublier: Burton s'est fait virer par les producteurs pour cause de noirceur excessive (c'est là qu'est entré en scène le triste sire Schumacher), et ça, c'est tout de même un signe de bonne santé!

Posté par patchworkman, 18 août 2006 à 19:47

Objection!

J'insiste: je préfère CERTAINS aspects de Batman Begins à ceux de Burton.
Cela n'inclut pas que je trouve les Burton mauvais.
Je suis d'accord avec toi sur la bonne caractérisation faite les vilains, meilleure que pour Batman Begins. Ce qui n'est pas rien.
Même si en revoyant le premier Batman, je trouve que le Joker n'est finalement pas tout à fait comme je le vois dans les comics. Mais Nicholson est bon dans le rôle, il n'y a pas à dire.
Toutefois, je trouve que les Burton, s'ils sont sombres, ont aussi une partie moins sérieuse. Le résultat final est bon, mais j'aime justement le Batman de Nolan pour son côté sombre et sérieux, plus "réaliste" presque (même si on parle de personnages en costume avec gadgets et tout le toutim).
Je ne suis pas sûr d'être clair.
Je trouve également que le Batman (personnage) de Nolan est plutôt bien caractérisé ainsi que d'autres personnages comme Alfred ou Gordon, plus présents que dans les Burton.
Enfin bon, peut-être qu'en le revoyant, je réviserai mon avis comme je l'ai en partie fait pour les Burton.

Posté par Céd, 18 août 2006 à 22:59

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