Vu à la télé

BLADE TRINITY

de David S. Goyer (2004)

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Le père Goyer, moi, je l'ai jamais senti... Après qu'il eût attiré favorablement l'attention en écrivant les très chébrans (mais néanmoins intéressants) "The Crow" et "Dark City" réalisés par Alex Proyas, ses prestations sur la franchise "Blade" lui valurent rapidement une réputation de super-scénariste qui en fit la coqueluche du tout-Hollywood, en matière notamment d'adaptations de comics. Par le fait, son ascension fulgurante n'est pas sans rappeler le cas de Kevin Williamson, un peu trop vite porté au pinacle en tant que "maître du slasher" et retourné tout aussi promptement à un anonymat mérité après avoir ressassé le même script poussif jusqu'à épuisement des bouffeurs de pop corn, et enfoncé le dernier clou de son cercueil en s'improvisant réalisateur ("Mrs Tingle"). Je vais peut-être me faire quelques ennemis, mais je n'ai jamais vu dans les scénars de la trilogie "Blade" autre chose que le catalogue de lieux communs qui sont le quotidien de n'importe quel actionner de série B proposé en direct-to-video. La seule différence réside dans le budget blockbusterien, qui permet d'emballer somptueusement la camelote et de jeter un peu plus de poudre aux yeux pour dissimuler l'indigence fondamentale des scripts, lesquels se résument au bout du compte à une enfilade de bastons plus ou moins chiantes reliées entre elles par un prétexte scénaristique des plus ténus (l'éradication des méchants vampires, qui n'est pas sans évoquer par moment une ratonnade pure et simple!) et qui exalte des valeurs douteuses essentiellement à base de testostérone.

Oublions le catastrophique opus 1 commis par le minable Stephen Norrington - également responsable du massacre perpétré sur le comics culte "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" d'Alan Moore et Kevin O'Neill (1) - et passons au très sympa "Blade 2" réalisé par le surdoué Guillermo del Toro: Goyer peut en effet lui baiser les pieds d'avoir transcendé, par l'inventivité constante de sa réalisation éblouissante, l'indigence d'un script une fois de plus extrêmement convenu. Succès honorable et mérité pour les prouesses de son réalisateur, "Blade 2" n'en demeure pas moins à mon sens l'oeuvre la plus faible de la filmographie du prodige mexicain. Ce cas de figure se reproduit sur le script de "Batman Begins", assez prétentieux il faut bien le dire, mais qui bénéficie d'un double effet d'aubaine: d'une part la réalisation efficace et élégante de Christopher Nolan (2) - un metteur en scène à suivre - et d'autre part le mauvais souvenir laissé par les deux navets "Batman Forever" et "Batman et Robin" du tâcheron Joel Schumacher qui font ici office de faire-valoir. Mais si vous voulez mon humble avis, tant qu'à raconter la genèse de Batman, il eût mieux valu se tourner vers le "Year One" de Frank Miller et David Mazzucchelli, où tout était dit et bien dit, plutôt que d'essayer de refaire un "Incassable" boiteux...

Malheureusement pour lui, Goyer travaille sans filet avec "Blade Trinity", c'est-à-dire qu'il ne peut ici se reposer sur le talent d'un del Toro ou d'un Nolan pour sauvegarder sa réputation surfaite, si bien qu'il ne tarde pas à se retrouver le nez dans la sciure. Présenté comme un événement sans précédent par une promotion pour le moins imprudente, son passage derrière la caméra achève de dégonfler la baudruche Goyer. Un scénar qui tient sur un timbre-poste: "Dracula est de retour, ça va chier!", point à la ligne. Le reste: gunfights, kung-fu, pirouettes, stock-car, pyrotechnique, gangstarap attitude à la con et punchlines où l'on invite l'adversaire à la fellation quand on ne le voue pas à la sodomie, la classe! En guise d'innovation, on a droit à des clébards vampires qui dominent de loin l'ensemble du casting, tant celui-ci fait étalage de son incompétence, mal dirigée qui plus est. L'imbuvable Wesley Snipes, plus poseur que jamais et se croyant sans doute chez Galliano, se contente de défiler dans les corridors pour bien nous faire admirer ses belles sapes en cuir et les prouesses de son coiffeur... Ceci dit, au vu de sa palette expressive, je dirai qu'il est urgent de s'occuper sérieusement de cette occlusion intestinale qui le tourmente avant qu'elle ne dégénère en péritonite aiguë! Constipation visiblement contagieuse, puisqu'elle frappe également un comte Dracula très méconnaissable... Fi donc, cher marquis, les ci-devant ont bien déchu! Où sont passés ce front noble et ce port altier? Que reste-t-il de Dracula? Une sorte de clone de Vandamme, dont le bovin Dominic Purcell partage la musculature et la vivacité d'esprit! Tout cela sent sa roture, et ce ne sont pas ses métamorphoses en une espèce de Predator mal branlé qui vont améliorer le personnage! Ajoutons un Ryan Reynolds babillant qui joue les Jar-Jar-Binks de service et, clou du spectacle, une Parker Posey à l'incroyable répertoire grimacier, de quoi faire passer Jim Carrey pour un modèle de sobriété! Bon, y'a bien ce vieux briscard de Kris Kristofferson, mais hélas Goyer le dézingue au bout de dix minutes, craignant sans doute qu'il ne porte ombrage à son cast de blaireaux! En échange, on a droit à sa "fille" Jessica Biel, blondasse fade et inexpressive qui joue les amazones de Prisu!

Conclusion: encore une franchise de flinguée!

Notes

(1): Décidément, ce pauvre Alan Moore n'a pas de chance! Après l'inqualifiable "V pour Vendetta", voilà qu'on annonce l'infect Zack Snyder (voir rubrique "L'Armée des Morts") pour réaliser le chef-d'oeuvre "Watchmen"...

(2): "The Dark Knight", suite de "Batman Begins", est d'ores et déjà annoncé pour début 2007. À la réalisation: Christopher Nolan - ouaaaiiiiis! Au scénario: David Goyer - bou hou hou!

Cliquez pour voir la bande-annonce:

http://www.bladetrinity.com/vid_trailer2_lg.html

trio

Les musiciens appellent ça un "trio laid"!

blade

Yo, z'avez maté les sapes: que de la marque, cousin!

baston

Vas-y mollo, Jessica, tu vas finir par nous couler une Biel!

reynolds

Ryan Reynolds, croisement improbable de Jar-Jar-Binks et de Michael Youn!

grimace

Parker Posey, surprise en pleine débauche grimacière!