Vu à la télé

LA RÉVOLTE DES MORTS-VIVANTS

(La Noche del Terror Ciego)

de Amando de Ossorio (1971)

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Louée soit Arte qui, après deux classiques en béton - "Le Masque du Démon" et "La Nuit des Morts-Vivants", chroniqués en ces pages - effectue un virage radical sur le bon vieux Z des seventies pour ses séances fantastiques d'après minuit. Et une fois de plus, le choix est judicieux car, à mon sens, la tétralogie dite "des Templiers" de l'hispanique Amando de Ossorio - dont "La Révolte des Morts-Vivants" constitue le premier chapitre - est sans conteste l'une des plus belles "réussites" (!) de la zèderie internationale toutes époques confondues, un vrai régal pour les pervers amateurs de gondole au cinquante-troisième degré!

Réalisateur des plus délirants bien qu'il demeure en toutes occasions sérieux comme un pape (c'est encore meilleur!), Ossorio compte parmi les innovateurs du genre en dépit de ses maigres budgets, de sa mise en scène approximative et de ses scénars foutraques. En effet, s'il m'est permis de revenir un instant sur la classification des zombies que j'avais ébauchée dans ma chronique sur "La Nuit des Morts-Vivants", et qui distinguait le zombie "exotique" pré-Romero de type haïtien et le zombie "moderne" post-Romero de type occidental, force est de reconnaître que les zombies ossoriens se définissent en marge de cette dichotomie de base. De fait, ceux-ci nous arrivent directement de l'époque médiévale puisqu'il s'agit de Templiers se livrant à de sombres pratiques vampiro-sataniques leur octroyant le pouvoir de revenir tourmenter les populations des siècles plus tard sous forme de loques pitoyables.

Mais ce n'est pas là la seule des innovations initiées par Ossorio. S'il est évident que sa tétralogie ne doit son existence qu'au tabac que fit le classique de Romero un peu partout dans le monde, le réalisateur espagnol n'en met pas moins un point d'honneur à se démarquer de son illustre prédécesseur, et se distingue du coup de toutes les copies conformes sans grand intérêt qui inondèrent le marché à l'époque. Tout d'abord, en contrepoint au zombie putréfié, il invente un zombie "sec" et squelettique, revêtu d'une chasuble de Templier dont n'émergent que deux mains grêles et crochues et une tête de mort parcheminée se dissimulant dans l'ombre du capuchon. Ensuite, du point de vue du "rythme", Ossorio dédaigne le "zombie lent" de Romero de même que le "zombie speedé" d'apparition plus récente (et je ne parle pas de l'hilarant "zombie alternatif", tour à tour lent et speedé, tel qu'on peut le rencontrer dans le besogneux "Zombi 3" - voir chronique éponyme) pour inventer le zombie "plus lent que lent", ce qui nous vaut d'inoubliables moments d'intense rigolade! Imaginez des zombies à deux de tension, qui mettent une demi-heure pour gravir un escalier de trois marches ou parcourir cinq mètres, et vous aurez une idée du comique de situation (involontaire, évidemment!) que peut engendrer une telle particularité! Dès que nos ineffables Templiers se lancent à la poursuite d'une malheureuse, celle-ci demeure vissée sur place à hurler, chouiner, se tordre les mains et s'arracher les cheveux alors que, d'ici qu'ils la chopent, elle aurait largement le temps de se barrer, faire ses courses au supermarché du coin, tirer un coup conséquent et revenir tout en leur bottant le cul au passage!

C'est précisément cette locomotion laborieuse qui inspire à Ossorio son innovation la plus remarquable: doter les zombies de canassons! Le problème, c'est que les pauvres bêtes galopent AU RALENTI!!! Nonobstant les questions que l'on est susceptible de se poser quant à l'utilité de ces tocardes haridelles, on reste tout de même surpris de les voir rattraper contre toute logique physicienne des victimes qui, elles, cavalent comme des dératées! Encore plus drôle: certains fugitifs n'hésitent pas à chouraver un cheval-zombie pour se carapater (alors qu'ils iraient dix fois plus vite à pied!), ce qui nous vaut d'interminables poursuites au ralenti et permet à Ossorio de remplir une longueur considérable de métrage sans trop se casser le fion! Et ce n'est pas fini! Dès son apparition, ce singulier cheptel s'avère source de quantité d'incohérences des plus réjouissantes. D'abord d'où sortent-ils, ces bestiaux? de l'usine d'équarrissage du coin? Lors de séquences gothiques assez réussies dans un cimetière lugubre à souhaits, on voit bien les dalles glisser, les croix se renverser, les serres zombiesques émerger d'un terreau putride et on assiste sur fond de macabre chant grégorien à la résurrection des Templiers maudits, mais quid des canassons? N'empêche qu'ils sont toujours là, fidèles au poste et stationnés au coin d'une ruine ou d'une stèle, prêts à être enfourchés dès qu'un infortuné tente de prendre la tangente, et disparaissant dès l'aube tout aussi mystérieusement... Dommage! Je ne vous cache que pas que le spectacle d'un sabot squelettique surgissant de terre m'eût passablement diverti! Mais on se rattrapera sur le maquillage des pauvres bêtes, qui se résume à un vague haillon moisi jeté négligemment en travers de leurs flancs, et qui dissimule assez mal l'état de santé florissante de ces revenants ayant théoriquement traversé plusieurs siècles!

Pour notre plus grand plaisir, tout le film est à l'avenant, à commencer par les personnages qui, dans un contexte donné et de préférence périlleux, s'évertuent avec une opiniâtreté méritoire à faire exactement l'inverse de ce que toute personne normalement constituée et dotée d'un minimum de jugeote aurait fait en pareille situation. Ainsi cette héroïne qui, suite à une dispute avec son amoureux, saute en rase campagne d'un tortillard souffreteux et s'éloigne au hasard dans une nature hostile, tandis que ces amis perchés sur un wagon se contentent de lui crier "Reviens!" Mais soyons beaux joueurs, et reconnaissons que sans cela, elle n'aurait jamais atteint le couvent des Templiers où nous avons l'insigne plaisir de la voir se déloquer parmi les ruines pour se mettre en pyjama, se glisser dans un sac de couchage, allumer un transistor et attendre sagement que les macchabs se ramènent!

Cette inconséquence lui vaudra de se réveiller zombie dans la morgue du village, vêtue d'un bikini en bandes Velpeau du dernier chic! Au terme de quelques péripéties, dont une poursuite mollassonne dans un atelier de couture peuplé de mannequins, pompée sans vergogne et jusque dans les éclairages sur celle du "Six Femmes pour l'Assassin" de Mario Bava, elle périra dans les flammes en surimpression d'un incendie navrant par son indigence - à ce sujet, il faudra qu'on m'explique par quel miracle une femme à poil peut s'embraser comme si elle était habillée!

Tout cela serait comme un baiser sans moustache sans les inévitables scènes de cul greffées là dans le but de racoler le chaland érotomane! On se délectera donc d'une très chaste scène de saphisme au son d'une musique à uriner de rire (même après dix rails de coke, Francis Lai en personne ne parviendrait pas à accoucher d'un thème d'une telle niaiserie!), d'une splendide paire de nichons en caoutchouc utilisée pour les gros plans d'un tailladage en règle (c'est ce qu'on appelle un plan de coupe!), et enfin du viol d'une lesbienne par un magnifique spécimen de macho ibérique, au terme duquel la belle déviante regagnera le droit chemin en se précipitant in-petto dans les bras du héros - ouais, le film a été tourné sous Franco...

Bref, le cahier des charges est rempli, ô combien!

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Ils sont beaux, mais qu'est-ce qu'ils sont lents!

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Des étalons comme on n'en trouve pas chez Pierrette Brès!

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La grande scène des mannequins, merci Mario!

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Encore un plan qui fleure bon le Bava milléssimé!

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Qu'elle ne vienne pas se plaindre: elle l'a vraiment fait exprès!

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Heureusement, on a prévu des prothèses pour les gros plans!

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Le suçon qui tue!

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Saphisme sous la Sainte-Croix: le Vatican va pas aimer!

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Thérapie anti-saphique - approuvée par le Vatican!