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MASTERS OF HORROR - Saison 1

série créée par Mick Garris (2005)

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Et c'est reparti: troisième fournée des "Masters Of Horror" diffusés sur Canal +, avec quelque retard certes, puisque les deux épisodes traités ci-dessous nous ont été proposés le 1er Décembre dernier. Mais mieux vaut tard que jamais, et nous voici confrontés à deux oeuvres tout à fait dignes d'intérêt. D'abord un Tobe Hooper qui, avec un segment dont on peut déjà prévoir qu'il sera sujet à controverse de par un visuel extrêmement agressif dans sa forme, n'en sort pas moins de l'ornière où il s'était embourbé depuis le début des nineties. Reste à espérer que l'essai sera transformé et que ce commencement de rédemption ne restera pas à l'état d'ébauche dans ses prochaines productions. Stuart Gordon, quant à lui, revient pour notre plus grand plaisir à ses premières amours lovecraftiennes et, loin des pochades de carabin auxquelles il nous avait habitués, adapte ici le Maître avec une gravité tout à fait nouvelle dans sa filmographie. Bref, deux épisodes qui consacrent une fois de plus le grand mérite de Mick Garris, qui offre ici à deux réalisateurs quelque peu à la ramasse l'occasion de se remettre en selle. Malgré quelques réserves, le bilan reste positif, et me donne l'occasion de revenir sur leurs carrières respectives, pleines de bons souvenirs.

hooper LA DANSE DES MORTS

(Dance Of The Dead)

de Tobe Hooper (épisode 3)

Il y a des cinéastes maudits qui ne se remettent jamais d'avoir entamé leur carrière par un chef d'oeuvre. L'ayant déjà fait par ailleurs (voir chronique éponyme), je ne vais pas épiloguer sur "Massacre à la Tronçonneuse", oeuvre archétypale souvent imitée, jamais égalée. Bien qu'au cours des nineties, la carrière de Hooper se soit incontestablement enlisée dans les pires navets, il ne faudrait pas croire pour autant, comme certains ont un peu hâtivement tendance à le proclamer, qu'exception faite de son oeuvre maîtresse sa filmographie ne compte que des bouses infâmes. Ainsi, Hooper traversa les eighties fort honorablement. D'abord avec "Le Crocodile de la Mort" (1977), excellente série B aussi moite et putride que les bayous où elle nous fait patauger, et qui tentait sans y parvenir vraiment à reproduire l'ambiance hystérique et nauséeuse de "Massacre à la Tronçonneuse", un peu trop ostensiblement peut-être... Puis Hooper s'attaque à des budgets plus conséquents et change radicalement de style avec le très fun "Massacres dans le Train Fantôme" (1981), roller-coaster efficace au visuel très soigné, avant de donner dans le blockbuster avec "Poltergeist" (1982) qui, pour intéressant qu'il soit, n'en souffre pas moins de l'interventionnisme spielbergien. Hooper signe alors avec la Cannon, firme des célèbres "Mémé et Yoyo" spécialisée dans la série B d'exploitation, qui lui lâche un budget confortable pour réaliser "Lifeforce" (1985), tiré du roman "Les Vampires de l'Espace" du lovecraftien Colin Wilson, et dont le moindre des mérites n'est pas la débutante Mathilda May qui, à l'époque, n'avait pas de ces pudeurs d'actrice consacrée et se montrait particulièrement généreuse de ses charmes dans leur intégralité - tiens, Arthur, voilà une casserole de choix pour "Les Enfants de la Télé"! Malheureusement, le film flope lamentablement, et Hooper replonge dans la série B avec le très sympa "L'Invasion vient de Mars" (1986), remake au second degré des "Envahisseurs de la Planète rouge" (1953), un classique très "guerre froide" signé William Cameron Menzies. Mais la période Cannon culmine avec l'incroyablement frappadingue "Massacre à la Tronçonneuse 2" (1986), pour lequel Hooper ne commet pas l'erreur de se mettre en concurrence avec son propre chef-d'oeuvre et joue à fond la carte du gore rigolard, opposant une famille d'équarisseurs plus gonzo que jamais à un Dennis Hopper en roue libre. Cette réussite incontestable sera hélas le dernier bon film d'Hooper, qui débute à partir de là sa période "navets indéfendables". Cette mise au point établie, qu'en est-il de "La Danse des Morts"? Sans doute est-ce dû à la carte blanche dont dispose chacun des "Masters Of Horror", j'ai le plaisir de vous annoncer que, sans crier au génie, on a affaire ici à un Tobe Hooper qui relève la tête, se montre ambitieux pour la première fois depuis des années, tant par le choix de son sujet que par ses options de mise en scène, et nous offre au final une oeuvre extrêmement dérangeante. Pour commencer, référence en béton, il adapte ici une nouvelle du maître Richard Matheson, sélectionnée parmi les plus macabres. Dans un monde post-apocalyptique peint aux couleurs les plus crades et filmé avec une violence impressionnante, les bourgeois puritains déchus vivent dans la crainte des bandes de jeunes lascars venus de la ville voisine non pas pour tirer le sac des mamies, mais pour pomper leur sang vicié, lequel a l'étrange faculté de réanimer les morts. Ce trafic peu ragoûtant constitue le business de Robert Englund, propriétaire de la boîte le "Doom Room" et friand en zombies femelles aux formes avenantes qu'il transforme en go-go danseuses, quitte à leur asticoter les abattis à coups de décharges électriques. C'est dans ce contexte que prend naissance une très cynique parodie de "Roméo et Juliette", qui nous montre une oie blanche tomber amoureuse d'un lascar au coeur tendre assoiffé de rédemption et s'encanailler dans les bas-fonds. Pour nous raconter ce cauchemar poisseux, Hooper consomme une absolue rupture de style qui nous laisse comme deux ronds de flan. Adoptant une mise en scène "clipesque" qu'on ne lui a jamais connue, et qui n'est pas sans rappeler le "Tueurs nés" d'Oliver Stone, il brouille l'image en la dédoublant, pratique le flou systématique, bouscule sa caméra et adopte un rythme épileptique grâce à des plans très brefs et un montage hyper-cut (du gauche!). Cette réalisation très - trop? - agressive pour les sens du spectateur ne laissera probablement pas d'en agacer certains par son systématisme insistant et, à leur décharge, il faut bien reconnaître que l'épreuve est d'autant plus épuisante qu'elle a tendance à traîner en longueur, et qu'on en ressort comme d'un passage à tabac. La musique hard-core tonitruante renforce encore cette impression de chaos irrémédiable, notamment lorsqu'on pénètre dans un "Doom Room" où la lumière stroboscopée laisse apparaître par flashes les créatures les plus inquiétantes, comme cette serveuse manchote. Bref, on reste mitigé, car si cette forme délibérément irritante finit par nous révolter, on est par ailleurs obligé de reconnaître qu'elle s'avère parfaitement efficace et adaptée à la tension chaotique mise en place par Hooper, où l'image déconstruite jusqu'à l'absurde renvoie à un cauchemar de junkee. Fort heureusement, il y a Robert Englund qui cabotine délicieusement dans une de ces compositions de pervers onctueux dont il a le secret, laissant transparaître une extrême dangerosité derrière des manières mielleuses. Il en a fait, du chemin, notre Freddy, depuis ses premières armes dans "Le Crocodile de la Mort" d'un Hooper débutant, dont le premier plan lui donnait cette réplique immortelle: "My name is Buck, and I wanna fuck!" En tous cas, il reste l'un des principaux atouts de cette oeuvre étrange et irritante, pas vraiment ratée mais pas vraiment réussie, et que l'on qualifiera, faute d'un meilleur terme, de tout à fait déconcertante.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://freevod.universfreebox.com/fiche.php?page=viewba&id_film=950

gordon

LE CAUCHEMAR DE LA SORCIÈRE

(Dreams In The Witch House)

de Stuart Gordon (épisode 2)

Lorsqu'il débarque en 1985 avec son fameux "Re-Animator", Stuart Gordon fait forte impression sur les fans. Non seulement l'homme place la barre haut, car Lovecraft est un auteur réputé inadaptable pour cultiver systématiquement le non-dit afin de mieux stimuler l'imagination du lecteur, mais de plus il prend le risque de se mettre à dos les puristes les plus intransigeants par une double hérésie qui consiste à traiter l'oeuvre du Maître sous un angle parodique, tout en y injectant une dose massive de sexe via la très chaude prestation de la sculpturale Barbara Crampton qui nous livre un show à faire péter toutes les braguettes! Contre toute attente et en dépit des handicaps qu'il semble cumuler à plaisir, "Re-Animator" est une franche réussite couronnée d'un succès mérité, et nul parmi les innombrables fans de l'Ermite de Providence ne trouve quoi que ce soit à redire. Bien au contraire, puisque Stuart Gordon est immédiatement catalogué "auteur à suivre" dans la presse spécialisée qui le classe parmi les espoirs du renouveau fantastique. "Re-Animator" est un film historique, en ce qu'il est l'oeuvre d'une équipe dont les divers membres n'ont pas fini de secouer le genre, qu'il s'agisse du producteur Brian Yuzna - qui passera derrière la caméra pour réaliser les deux séquelles "La Fiancée du Re-Animator" (1989) et "Beyond Re-Animator" (2001), ainsi que moult séries B des plus délectables - ou de l'acteur Jeffrey Combs qui gagne avec "Re-Animator" ses galons de "scream-king". En effet, le sérieux imperturbable avec lequel il campe son savant fou provoque un décalage des plus cocasses en contrastant vivement avec le délire ambiant. De plus, avec ce film, Gordon met en place une formule magique qui va devenir sa marque de fabrique et qui peut se décomposer ainsi: Lovecraft + du cul + grosse déconnade à base de gore. La recette est d'ailleurs réinvestie dès l'année suivante avec "Aux Portes de L'Au-Delà", où l'on retrouve avec plaisir la chaudasse Barbara Crampton en suggestive lingerie SM, agressée par un Jeffrey Combs qui voit une très phallique glande pinéale lui jaillir du front! Lovecraft est à nouveau malmené au travers de la machine du Docteur Prétorius qui, non contente d'ouvrir les "Portes de l'Au-Delà", enfonce également celles de la libido des protagonistes! Paradoxalement, c'est en dépravant le très puritain HPL par le cul et les gags de carabins que Stuart Gordon se fait une réputation de spécialiste du Maître. C'est qu'en dépit de ses facéties, il prend par ailleurs bien soin de respecter le synopsis des nouvelles qu'il adapte. Mais comme celles-ci, pauvres en éléments visuels, nécessitent un certain gonflage scénaristique sans lequel on se retrouverait, au mieux, avec un court-métrage, c'est là qu'interviennent les personnages féminins - impensables chez Lovecraft. Et comme du cul à la rigolade il n'y a qu'un pas allègrement franchi, on se retrouve avec le produit typiquement gordonien, fait d'une fidélité sincèrement admirative pour l'oeuvre de Lovecraft, sur laquelle vient se superposer la trahison d'une charge subversive contre le puritanisme d'un auteur probablement puceau. Après ces débuts lovecraftiens et fracassants, suivis hélas d'une longue et décevante parenthèse où Gordon s'essaie à la science-fiction, genre dans lequel il accumule les navets, il revient enfin à ses premières amours en rejoignant la firme "Fantasy Factory" de Brian Yuzna pour laquelle il tourne "Dagon" (2001), adaptation du "Cauchemar d'Innsmouth" comme son titre ne l'indique pas, avant de livrer en 2005 sa version de "La Maison de la Sorcière" pour les "Masters Of Horror". Certes, il est de nouveau question d'injecter du sexe dans Lovecraft au moyen d'une héroïne fort bien pourvue par la nature et qui ne manque pas de nous le faire savoir lors d'une scène de "full frontal nudity" très audacieuse pour un téléfilm américain. Mais ici, et c'est la nouveauté, tout demeure effroyablement sérieux et n'invite aucunement à la gaudriole. Le rapport sexuel ébauché est dès le départ chargé d'angoisse quant à l'accomplissement de l'acte et, à l'instar du héros, l'on débande à la vitesse de l'éclair en découvrant les secrets de cette chair corrompue. Confronté avec Keziah Mason, la sorcière qui hante les lieux, à l'un des rarissimes personnages féminins de Lovecraft, Gordon tourne casaque et, après l'avoir tant brocardée, épouse une conception puritaine du sexe surchargée d'angoisse: la luxuriance de la chair n'a d'autre fonction que de servir d'appât dans l'amorçage d'un piège ignoble, et la femme est assimilée à une mante religieuse dans une étreinte où le sang doit obligatoirement couler et où l'accouplement débouche sur le Mal absolu. Au travers de cette scène, de loin la plus effrayante de l'épisode, Gordon réinvestit assez génialement l'espace sexuel qui, dans l'oeuvre de Lovecraft, brille par son absence insistante, ou bien ne se réalise qu'en engendrant des monstres contrefaits, comme dans "L'Abomination de Dunwich". Le caviardage par le sexe a ici une fonction tout à fait nouvelle qui consiste non pas à s'amuser du puritanisme, mais au contraire à en révéler la dimension angoissante, tapie derrière la pesanteur mallarméenne du non-dit. Loin d'évacuer la question sexuelle des écrits de Lovecraft, son inscription en creux ne fait que la rendre plus tonitruante, et c'est l'une des raisons pour lesquelles le génie morbide lovecraftien est indissociablement lié au puritanisme le plus rigoureux. De ce fait, il n'est pas interdit de voir dans cette monstrueuse scène de cul que Gordon greffe sur la nouvelle originale une allusion à la brève, unique et lamentable expérience matrimoniale de Lovecraft, ce qui a pour effet de replacer l'auteur dans cette souffrance psychopathologique qu'il a si brillamment sublimée dans son oeuvre. Non, décidément, ici Gordon ne plaisante pas et rend au Maître un hommage émouvant parce que sans concession, et ce avec une compassion presque palpable. Pour le reste, la nouvelle est assez fidèlement adaptée par le script qui prend fort pertinemment soin d'élaguer les scènes oniriques dont la dimension cosmique posait un problème d'adaptation, et se concentre sur les événements au potentiel visuel plus évident, d'ailleurs fort bien restitués par une réalisation soignée. On déplorera néanmoins que ces scènes fortes perdent l'essentiel de leur impact du fait d'un traitement hélas peu homogène. Comme l'on saute de l'une à l'autre du fait de la "téléportation onirique" dont est victime le héros, elles se succèdent de manière quelque peu contiguë, et on a au final l'impression d'avoir assisté à une succession de sainettes horrifiques indépendantes les unes des autres. En effet, on ne retrouve pas la diabolique et lente gradation qui fait toute l’efficacité de la nouvelle, et l’on peut regretter que les climax censés nous terrifier nous soient amenés avec un peu trop de précipitation, sans mise en condition préalable suffisante. Il est vraiment dommage que ce paramètre "atmosphérique" ait été négligé car, hormis cette faiblesse, "La Maison de la Sorcière" est vraiment une oeuvre séduisante, où l'on retrouve le Stuart Gordon que l'on aime. Un scoop pour terminer: l'homme reviendrait aux sources et serait sur le point de mettre en chantier le quatrième chapitre des aventures de l'ineffable d'Herbert West, toujours interprété par Jeffrey Combs, qui cette fois investit la Maison Blanche dans "House Of The Re-Animator". Y verra-t-on Herbert West fumer le cigare?

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http://freevod.universfreebox.com/fiche.php?page=viewba&id_film=942

hoo_1

Yo! MC Freddy est dans la place!

hoo_2

Dead can dance!

gor_8

La sorcière est mauvaise conseillère...

gor_9

...en dépit d'arguments plutôt convaincants!

gor_10

De l'art de fermer sa gueule à un nourrisson gueulard!

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Chez HPL, un petit roupillon n'est jamais sans conséquences...

gor_2

Toutes ces bonnes idées sont dans le Nécronomicon!