17 décembre 2006
Masters of horror - saison 1 - ép 2-3
Série Télé
MASTERS OF HORROR - Saison 1
série créée par Mick Garris (2005)
Et c'est reparti: troisième fournée des "Masters Of Horror" diffusés sur Canal +, avec quelque retard certes, puisque les deux épisodes traités ci-dessous nous ont été proposés le 1er Décembre dernier. Mais mieux vaut tard que jamais, et nous voici confrontés à deux oeuvres tout à fait dignes d'intérêt. D'abord un Tobe Hooper qui, avec un segment dont on peut déjà prévoir qu'il sera sujet à controverse de par un visuel extrêmement agressif dans sa forme, n'en sort pas moins de l'ornière où il s'était embourbé depuis le début des nineties. Reste à espérer que l'essai sera transformé et que ce commencement de rédemption ne restera pas à l'état d'ébauche dans ses prochaines productions. Stuart Gordon, quant à lui, revient pour notre plus grand plaisir à ses premières amours lovecraftiennes et, loin des pochades de carabin auxquelles il nous avait habitués, adapte ici le Maître avec une gravité tout à fait nouvelle dans sa filmographie. Bref, deux épisodes qui consacrent une fois de plus le grand mérite de Mick Garris, qui offre ici à deux réalisateurs quelque peu à la ramasse l'occasion de se remettre en selle. Malgré quelques réserves, le bilan reste positif, et me donne l'occasion de revenir sur leurs carrières respectives, pleines de bons souvenirs.
(Dance Of The Dead)
de Tobe Hooper (épisode 3)
Il y a des cinéastes maudits qui ne se remettent jamais d'avoir entamé leur carrière par un chef d'oeuvre. L'ayant déjà fait par ailleurs (voir chronique éponyme), je ne vais pas épiloguer sur "Massacre à la Tronçonneuse", oeuvre archétypale souvent imitée, jamais égalée. Bien qu'au cours des nineties, la carrière de Hooper se soit incontestablement enlisée dans les pires navets, il ne faudrait pas croire pour autant, comme certains ont un peu hâtivement tendance à le proclamer, qu'exception faite de son oeuvre maîtresse sa filmographie ne compte que des bouses infâmes. Ainsi, Hooper traversa les eighties fort honorablement. D'abord avec "Le Crocodile de la Mort" (1977), excellente série B aussi moite et putride que les bayous où elle nous fait patauger, et qui tentait sans y parvenir vraiment à reproduire l'ambiance hystérique et nauséeuse de "Massacre à la Tronçonneuse", un peu trop ostensiblement peut-être... Puis Hooper s'attaque à des budgets plus conséquents et change radicalement de style avec le très fun "Massacres dans le Train Fantôme" (1981), roller-coaster efficace au visuel très soigné, avant de donner dans le blockbuster avec "Poltergeist" (1982) qui, pour intéressant qu'il soit, n'en souffre pas moins de l'interventionnisme spielbergien. Hooper signe alors avec la Cannon, firme des célèbres "Mémé et Yoyo" spécialisée dans la série B d'exploitation, qui lui lâche un budget confortable pour réaliser "Lifeforce" (1985), tiré du roman "Les Vampires de l'Espace" du lovecraftien Colin Wilson, et dont le moindre des mérites n'est pas la débutante Mathilda May qui, à l'époque, n'avait pas de ces pudeurs d'actrice consacrée et se montrait particulièrement généreuse de ses charmes dans leur intégralité - tiens, Arthur, voilà une casserole de choix pour "Les Enfants de la Télé"! Malheureusement, le film flope lamentablement, et Hooper replonge dans la série B avec le très sympa "L'Invasion vient de Mars" (1986), remake au second degré des "Envahisseurs de la Planète rouge" (1953), un classique très "guerre froide" signé William Cameron Menzies. Mais la période Cannon culmine avec l'incroyablement frappadingue "Massacre à la Tronçonneuse 2" (1986), pour lequel Hooper ne commet pas l'erreur de se mettre en concurrence avec son propre chef-d'oeuvre et joue à fond la carte du gore rigolard, opposant une famille d'équarisseurs plus gonzo que jamais à un Dennis Hopper en roue libre. Cette réussite incontestable sera hélas le dernier bon film d'Hooper, qui débute à partir de là sa période "navets indéfendables". Cette mise au point établie, qu'en est-il de "La Danse des Morts"? Sans doute est-ce dû à la carte blanche dont dispose chacun des "Masters Of Horror", j'ai le plaisir de vous annoncer que, sans crier au génie, on a affaire ici à un Tobe Hooper qui relève la tête, se montre ambitieux pour la première fois depuis des années, tant par le choix de son sujet que par ses options de mise en scène, et nous offre au final une oeuvre extrêmement dérangeante. Pour commencer, référence en béton, il adapte ici une nouvelle du maître Richard Matheson, sélectionnée parmi les plus macabres. Dans un monde post-apocalyptique peint aux couleurs les plus crades et filmé avec une violence impressionnante, les bourgeois puritains déchus vivent dans la crainte des bandes de jeunes lascars venus de la ville voisine non pas pour tirer le sac des mamies, mais pour pomper leur sang vicié, lequel a l'étrange faculté de réanimer les morts. Ce trafic peu ragoûtant constitue le business de Robert Englund, propriétaire de la boîte le "Doom Room" et friand en zombies femelles aux formes avenantes qu'il transforme en go-go danseuses, quitte à leur asticoter les abattis à coups de décharges électriques. C'est dans ce contexte que prend naissance une très cynique parodie de "Roméo et Juliette", qui nous montre une oie blanche tomber amoureuse d'un lascar au coeur tendre assoiffé de rédemption et s'encanailler dans les bas-fonds. Pour nous raconter ce cauchemar poisseux, Hooper consomme une absolue rupture de style qui nous laisse comme deux ronds de flan. Adoptant une mise en scène "clipesque" qu'on ne lui a jamais connue, et qui n'est pas sans rappeler le "Tueurs nés" d'Oliver Stone, il brouille l'image en la dédoublant, pratique le flou systématique, bouscule sa caméra et adopte un rythme épileptique grâce à des plans très brefs et un montage hyper-cut (du gauche!). Cette réalisation très - trop? - agressive pour les sens du spectateur ne laissera probablement pas d'en agacer certains par son systématisme insistant et, à leur décharge, il faut bien reconnaître que l'épreuve est d'autant plus épuisante qu'elle a tendance à traîner en longueur, et qu'on en ressort comme d'un passage à tabac. La musique hard-core tonitruante renforce encore cette impression de chaos irrémédiable, notamment lorsqu'on pénètre dans un "Doom Room" où la lumière stroboscopée laisse apparaître par flashes les créatures les plus inquiétantes, comme cette serveuse manchote. Bref, on reste mitigé, car si cette forme délibérément irritante finit par nous révolter, on est par ailleurs obligé de reconnaître qu'elle s'avère parfaitement efficace et adaptée à la tension chaotique mise en place par Hooper, où l'image déconstruite jusqu'à l'absurde renvoie à un cauchemar de junkee. Fort heureusement, il y a Robert Englund qui cabotine délicieusement dans une de ces compositions de pervers onctueux dont il a le secret, laissant transparaître une extrême dangerosité derrière des manières mielleuses. Il en a fait, du chemin, notre Freddy, depuis ses premières armes dans "Le Crocodile de la Mort" d'un Hooper débutant, dont le premier plan lui donnait cette réplique immortelle: "My name is Buck, and I wanna fuck!" En tous cas, il reste l'un des principaux atouts de cette oeuvre étrange et irritante, pas vraiment ratée mais pas vraiment réussie, et que l'on qualifiera, faute d'un meilleur terme, de tout à fait déconcertante.
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http://freevod.universfreebox.com/fiche.php?page=viewba&id_film=950
LE CAUCHEMAR DE LA SORCIÈRE
(Dreams In The Witch House)
de Stuart Gordon (épisode 2)
Lorsqu'il débarque en 1985 avec son fameux "Re-Animator", Stuart Gordon fait forte impression sur les fans. Non seulement l'homme place la barre haut, car Lovecraft est un auteur réputé inadaptable pour cultiver systématiquement le non-dit afin de mieux stimuler l'imagination du lecteur, mais de plus il prend le risque de se mettre à dos les puristes les plus intransigeants par une double hérésie qui consiste à traiter l'oeuvre du Maître sous un angle parodique, tout en y injectant une dose massive de sexe via la très chaude prestation de la sculpturale Barbara Crampton qui nous livre un show à faire péter toutes les braguettes! Contre toute attente et en dépit des handicaps qu'il semble cumuler à plaisir, "Re-Animator" est une franche réussite couronnée d'un succès mérité, et nul parmi les innombrables fans de l'Ermite de Providence ne trouve quoi que ce soit à redire. Bien au contraire, puisque Stuart Gordon est immédiatement catalogué "auteur à suivre" dans la presse spécialisée qui le classe parmi les espoirs du renouveau fantastique. "Re-Animator" est un film historique, en ce qu'il est l'oeuvre d'une équipe dont les divers membres n'ont pas fini de secouer le genre, qu'il s'agisse du producteur Brian Yuzna - qui passera derrière la caméra pour réaliser les deux séquelles "La Fiancée du Re-Animator" (1989) et "Beyond Re-Animator" (2001), ainsi que moult séries B des plus délectables - ou de l'acteur Jeffrey Combs qui gagne avec "Re-Animator" ses galons de "scream-king". En effet, le sérieux imperturbable avec lequel il campe son savant fou provoque un décalage des plus cocasses en contrastant vivement avec le délire ambiant. De plus, avec ce film, Gordon met en place une formule magique qui va devenir sa marque de fabrique et qui peut se décomposer ainsi: Lovecraft + du cul + grosse déconnade à base de gore. La recette est d'ailleurs réinvestie dès l'année suivante avec "Aux Portes de L'Au-Delà", où l'on retrouve avec plaisir la chaudasse Barbara Crampton en suggestive lingerie SM, agressée par un Jeffrey Combs qui voit une très phallique glande pinéale lui jaillir du front! Lovecraft est à nouveau malmené au travers de la machine du Docteur Prétorius qui, non contente d'ouvrir les "Portes de l'Au-Delà", enfonce également celles de la libido des protagonistes! Paradoxalement, c'est en dépravant le très puritain HPL par le cul et les gags de carabins que Stuart Gordon se fait une réputation de spécialiste du Maître. C'est qu'en dépit de ses facéties, il prend par ailleurs bien soin de respecter le synopsis des nouvelles qu'il adapte. Mais comme celles-ci, pauvres en éléments visuels, nécessitent un certain gonflage scénaristique sans lequel on se retrouverait, au mieux, avec un court-métrage, c'est là qu'interviennent les personnages féminins - impensables chez Lovecraft. Et comme du cul à la rigolade il n'y a qu'un pas allègrement franchi, on se retrouve avec le produit typiquement gordonien, fait d'une fidélité sincèrement admirative pour l'oeuvre de Lovecraft, sur laquelle vient se superposer la trahison d'une charge subversive contre le puritanisme d'un auteur probablement puceau. Après ces débuts lovecraftiens et fracassants, suivis hélas d'une longue et décevante parenthèse où Gordon s'essaie à la science-fiction, genre dans lequel il accumule les navets, il revient enfin à ses premières amours en rejoignant la firme "Fantasy Factory" de Brian Yuzna pour laquelle il tourne "Dagon" (2001), adaptation du "Cauchemar d'Innsmouth" comme son titre ne l'indique pas, avant de livrer en 2005 sa version de "La Maison de la Sorcière" pour les "Masters Of Horror". Certes, il est de nouveau question d'injecter du sexe dans Lovecraft au moyen d'une héroïne fort bien pourvue par la nature et qui ne manque pas de nous le faire savoir lors d'une scène de "full frontal nudity" très audacieuse pour un téléfilm américain. Mais ici, et c'est la nouveauté, tout demeure effroyablement sérieux et n'invite aucunement à la gaudriole. Le rapport sexuel ébauché est dès le départ chargé d'angoisse quant à l'accomplissement de l'acte et, à l'instar du héros, l'on débande à la vitesse de l'éclair en découvrant les secrets de cette chair corrompue. Confronté avec Keziah Mason, la sorcière qui hante les lieux, à l'un des rarissimes personnages féminins de Lovecraft, Gordon tourne casaque et, après l'avoir tant brocardée, épouse une conception puritaine du sexe surchargée d'angoisse: la luxuriance de la chair n'a d'autre fonction que de servir d'appât dans l'amorçage d'un piège ignoble, et la femme est assimilée à une mante religieuse dans une étreinte où le sang doit obligatoirement couler et où l'accouplement débouche sur le Mal absolu. Au travers de cette scène, de loin la plus effrayante de l'épisode, Gordon réinvestit assez génialement l'espace sexuel qui, dans l'oeuvre de Lovecraft, brille par son absence insistante, ou bien ne se réalise qu'en engendrant des monstres contrefaits, comme dans "L'Abomination de Dunwich". Le caviardage par le sexe a ici une fonction tout à fait nouvelle qui consiste non pas à s'amuser du puritanisme, mais au contraire à en révéler la dimension angoissante, tapie derrière la pesanteur mallarméenne du non-dit. Loin d'évacuer la question sexuelle des écrits de Lovecraft, son inscription en creux ne fait que la rendre plus tonitruante, et c'est l'une des raisons pour lesquelles le génie morbide lovecraftien est indissociablement lié au puritanisme le plus rigoureux. De ce fait, il n'est pas interdit de voir dans cette monstrueuse scène de cul que Gordon greffe sur la nouvelle originale une allusion à la brève, unique et lamentable expérience matrimoniale de Lovecraft, ce qui a pour effet de replacer l'auteur dans cette souffrance psychopathologique qu'il a si brillamment sublimée dans son oeuvre. Non, décidément, ici Gordon ne plaisante pas et rend au Maître un hommage émouvant parce que sans concession, et ce avec une compassion presque palpable. Pour le reste, la nouvelle est assez fidèlement adaptée par le script qui prend fort pertinemment soin d'élaguer les scènes oniriques dont la dimension cosmique posait un problème d'adaptation, et se concentre sur les événements au potentiel visuel plus évident, d'ailleurs fort bien restitués par une réalisation soignée. On déplorera néanmoins que ces scènes fortes perdent l'essentiel de leur impact du fait d'un traitement hélas peu homogène. Comme l'on saute de l'une à l'autre du fait de la "téléportation onirique" dont est victime le héros, elles se succèdent de manière quelque peu contiguë, et on a au final l'impression d'avoir assisté à une succession de sainettes horrifiques indépendantes les unes des autres. En effet, on ne retrouve pas la diabolique et lente gradation qui fait toute l’efficacité de la nouvelle, et l’on peut regretter que les climax censés nous terrifier nous soient amenés avec un peu trop de précipitation, sans mise en condition préalable suffisante. Il est vraiment dommage que ce paramètre "atmosphérique" ait été négligé car, hormis cette faiblesse, "La Maison de la Sorcière" est vraiment une oeuvre séduisante, où l'on retrouve le Stuart Gordon que l'on aime. Un scoop pour terminer: l'homme reviendrait aux sources et serait sur le point de mettre en chantier le quatrième chapitre des aventures de l'ineffable d'Herbert West, toujours interprété par Jeffrey Combs, qui cette fois investit la Maison Blanche dans "House Of The Re-Animator". Y verra-t-on Herbert West fumer le cigare?
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Yo! MC Freddy est dans la place!
Dead can dance!
La sorcière est mauvaise conseillère...
...en dépit d'arguments plutôt convaincants!
De l'art de fermer sa gueule à un nourrisson gueulard!
Chez HPL, un petit roupillon n'est jamais sans conséquences...
Toutes ces bonnes idées sont dans le Nécronomicon!
07 décembre 2006
Les démons de la nuit
DVD
LES DÉMONS DE LA NUIT (Shock)
de Mario Bava (1977)
Si l'on excepte le téléfilm "La Venere d'Ille" (1978), d'après la nouvelle de Mérimée, et le posthume "Les Chiens enragés", tourné en 1974 mais qui ne sortira que bien plus tard suite à un embrouillamini juridique, "Shock" (baptisé "Les Démons de la Nuit" lors de sa sortie française, mais plus connu sous son titre original en VHS et DVD) est le dernier opus de Mario Bava. Une rumeur insistante veut que le film soit l'oeuvre non créditée de son fils Lamberto, qui occupait le poste d'assistant-réalisateur, et qui aurait remplacé Bava, malade et très affaibli, sur le tournage. Bien que le fiston ait toujours nié ces allégations et attesté que "Shock" était un film de Mario Bava à part entière, la rumeur n'en persista pas moins, ne voyant dans ces dénégations que fausse modestie et piété filiale. Dans ce débat, chacun se positionnera comme il l'entend mais, en ce qui me concerne, j'ai du mal à voir dans "Shock" une oeuvre de Lamberto Bava. La raison en est que, tout bis qu'il soit, il s'agit d'un sacré bon film, et que je ne trouve rien dans la lamentable filmographie de Lamberto qui lui soit comparable de près ou de loin d'un point de vue qualitatif. Si, esthétiquement parlant, Mario Bava a un fils, il s'agit bien entendu de Dario Argento, c'est une évidence. Ce qu'il a appris de son père spirituel, notamment en matière de giallo, le disciple le transcende brillamment en 1975 avec "Les Frissons de l'Angoisse", qui constitue non seulement son chef-d'oeuvre absolu, mais peut-être aussi le plus grand giallo jamais tourné. Or, si "Shock" s'éloigne du giallo par son thème strictement fantastique (hantise et possession), il reste en revanche ancré dans le genre par le traitement qu'il en donne. Tout dans le visuel du film renvoie au giallo en général, et en particulier aux "Frissons de l'Angoisse", dont il est visible que les producteurs de "Shock" ont cherché à exploiter le succès. Quant à Mario Bava, il remplit le cahier des charges avec le talent et l'application qu'on lui a toujours connues, en bon artisan trop modeste pour avoir fait carrière. Dès lors, pourquoi grands dieux chercher la patte maladroite de Lamberto Bava derrière des images sur lesquelles plane si ostensiblement l'ombre d'Argento? Dire que "Shock" plagie "Les Frissons de l'Angoisse" serait abusif, les scénarii des deux films n'ayant strictement rien en commun. Mais il n'en demeure pas moins qu'il ne se passe pas une minute de "Shock" qui ne renvoie au chef-d'oeuvre d'Argento, comme dans une sorte d'hommage permanent. L'élément le plus évident est bien sûr la présence de Daria Nicolodi, épouse d'Argento à l'époque et sorte d'archétype de la "femme argentienne", en têtes d'affiches des deux films. Mais on remarquera également un certain nombre de ces colifichets macabres qui participent de l'ambiance si particulière des "Frissons de l'Angoisse", tels ces dessins d'enfant où le trait naïf contraste violemment avec la cruauté des scènes représentées, ou encore ces ribambelles inquiétantes, en peluche chez Bava et en papier chez Argento - décapitées avec délectation par les mains gantées de l'assassin. Et ainsi de suite, jusqu'à la musique du groupe Libra qui met un point d'honneur à sonner plus Goblin que nature. Bref, tout se passe comme si on avait ignoré la thématique constitutive du giallo pour n'en conserver que la forme, afin de replaquer celle-ci sur un film de fantômes, et déboucher de la sorte sur un hybride dont la tonalité inhabituelle est pour le moins curieuse, pour ne pas dire inédite. Plus insolite encore, le cahier des charges de Bava, qui consiste comme on l'a vu à reproduire le style des "Frissons de l'Angoisse", aboutit à cette situation singulière dans laquelle le maître s'inspire de l'élève qui l'a dépassé, et pour qui il fut lui-même source d'inspiration, comme en témoigne la fameuse "trilogie animalière" d'Argento. En effet, ce triptyque de gialli constitue pour ce dernier un galop d'essai où il affine son style si particulier avant que de nous livrer le classique absolu et définitif du genre. Pour Mario Bava, inventeur incontesté des codes du giallo (voir: "La Femme qui en savait trop", "Six Femmes pour l'Assassin", "Il rosso Segno della Folia", "La Baie sanglante", "L'Île de l'Épouvante", etc...), "Shock" constitue en quelque sorte un étrange "retour sur investissement". En tous cas, ce chassé-croisé maître / élève donne naissance à un petit chef-d'oeuvre du bis italien. Le synopsis est des plus simples: après un long séjour en hôpital psychiatrique suite au suicide de son mari junkee, Dora revient habiter la maison où elle vécut avec celui-ci en compagnie de son fils et de son nouveau compagnon. Immédiatement, les événements insolites se succèdent, derrière lesquels Dora est amenée progressivement à voir la patte de son fils, qui multiplie les attentats contre elle au moyen des objets les plus familiers. Dès lors, nous sommes tiraillés entre deux interprétations: soit l'attitude maléfique du bambin est le fruit d'une tension oedipienne par rapport à Bruno, le compagnon de Dora, soit le mari défunt possède l'enfant et cherche par-delà la tombe à s'assurer l'exclusivité sur sa veuve. Le scénar, écrit à quatre mains, parmi lesquelles celles de Lamberto Bava et de l'incontournable Dardano Sacchetti, nous égare délicieusement en mettant tour à tour l'accent sur l'une ou l'autre des hypothèses. La tension monte encore d'un cran lorsque Dora commence à avoir des visions d'horreur, et l'on se demande si notre héroïne replonge dans une folie paranoïaque de type "polanskien", ou si elle est objectivement la victime d'un spectre malveillant. Là encore, le script et la mise en scène jouent habilement sur les deux tableaux, se gardant bien de nous apporter la réponse, repoussée jusqu'aux ultimes minutes du film. Rebondissant d'un mur à l'autre dans la maison, rasant le sol comme un rat sournois, s'attardant sur les bibelots les plus insignifiants qui se chargent soudain d'une lourde menace, errant le long des couloirs et des escaliers telle un courant d'air fantomatique, la caméra de Bava instaure un climat des plus vénéneux, relevé de saillies d'une cruauté surprenante (une lame de rasoir entre deux touches de piano!) et de scènes franchement perverses (le bambin allongé sur Dora dans un simulacre de coït). La tension grimpe ainsi inexorablement jusqu'au final, qui nous lance sur les pas de Dora, persécutée par une présence spectrale qui gagne à chaque seconde en effectivité, dans une poursuite interminable et riche en adrénaline au cours de laquelle Bava parvient à nous emballer le coeur et à nous faire sursauter désagréablement à diverses reprises, au moyen d'effets très simples mais magistralement amenés. Si vous m'en croyez, vous vous jetterez sans plus attendre sur ce DVD vendu avec le "Mad Movies" de Décembre pour la modique somme de 9,90 €. Merci les gars, pour cet ultime opus où le roi du bis italien tire sa révérence de façon inoubliable. Cliquez sur le lien pour voir la bande annonce: http://videodetective.com/default.asp?frame=http://videodetective.com/home.asp?PublishedID=790348 Daria planquée... Daria épouvantée... Daria palpée... Daria... hum... de dos! Un gamin maléfique... John Steiner: mauvaise pioche!
04 décembre 2006
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Nov 06)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!)
Vu à la télé
PTÉRODACTYLES (Pterodactyl)
de Mark L. Lester (2005)
Produit dans le plus pur style Roger Corman par la société American World Pictures, grande pourvoyeuse du marché vidéo qui alterne séries B parfois sympatoches et très réjouissantes séries Z, "Ptérodactyles" exploite bien évidemment le genre sous-"Jurassic Park" mis à l'honneur par le vieux grigou avec sa franchise des "Carnosaur" et autres "Raptors", et selon les mêmes principes - ratisser un max en investissant le minimum. Cela nous vaut ici un scénar taillé à coups de serpe: en gros une bande de scientifiques (menée par le professeur Michael Lovecraft!) rejointe par des troufions affronte à la grosse artillerie des lézards volants s'égayant dans la nature, et c'est marre. Les SFX sont nuls au point que l'on regrette amèrement les bonnes vieilles stop-motion du magicien Ray Harryhausen, et les décors se résument à un pré, une forêt, une cabane et un piton rocheux. Aux manettes, on retrouve le très burné Mark L. Lester, connu surtout pour son "Commando" avec Schwarzie (1985), qui n'hésite pas à faire l'apologie de l'auto-défense ou de l'éducation de la caillera à coups de batte et de riot-guns, comme dans "Class Of 1984" (1982) et sa suite "Class Of 1999" (1990), sortes de "Graine de Violence" à la sauce Sarko. Inutile donc de chercher quelque subtilité dans ce gouleyant nanar où l'on éradique au bazooka les hilarants bestiaux qui répliquent en coupant leurs agresseurs en deux. Imaginez une attaque en piqué laissant sur le terrain deux guibolles tanquées dans des Rangers, et vous aurez une idée de la confrontation! C'est donc absolument nul, résolument Z et, partant, strictement réservé aux pervers de la trempe de votre serviteur! Si vous y tenez absolument, ça se commande chez "Mad Movies" pour trois francs espagnols, dans la fameuse collection "Le Meilleur des B-Movies".
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BD
KOOKABURA UNIVERSE #6:
"Le Serment Dakoïd"
par Nicolas Mitric & Stéphane Peru
(Soleil - Juin 2006)
Certes, je n'ai pas lu les tomes précédents, mais j'ai tout de même pris quelques renseignements. Adonc "Kookabura Universe" est un spin-off de la série "Kookabura", grande saga à succès imaginée par Crisse, l'une des stars des éditions Soleil. La série-mère appartient au genre space-opera, et en tant que telle met en place une cosmo-géographie complexe dans la grande tradition du cycle des "Fondation" d'Isaac Asimov ou de celui des "Dune" de Frank Herbert, où se croisent divers peuples d'aliens plus ou moins anthropomorphes. D'où l'idée du spin-off "Kookabura Universe" qui se démarque de la continuité narrative de "Kookabura" pour nous donner un éclairage parallèle sur certains personnages, voire certains mondes mis en scène dans celle-ci. Hélas, ce tome 6 ne m'a pas donné grande envie de poursuivre plus avant l'aventure kookaburienne. D'abord, le scénar de Mitric, ci-devant dessinateur des tomes 4 et 5 de la série-mère et qui succède ici à Crisse, est assez faiblard, il faut bien le reconnaître. Cette histoire de société guerrière et machiste (les Dakoïds) mise à mal par les menées féministes des amazones de la planète Lilith ne parvient pas à nous captiver, du fait de la mollesse d'un récit par ailleurs assez décousu et ne parvenant pas à trouver son rythme. Ensuite, le dessin surnumérisé, qui témoigne de la carrière parallèle de Peru dans le comics, est profondément ennuyeux. Non pas que l'homme soit un mauvais dessinateur - il possède un métier incontestable - mais les planches de cet album sont bien trop marquées par le style Soleil à la mode, que l'on a déjà vu cent fois par ailleurs dans maintes séries interchangeables de SF ou de fantasy, et le lecteur finit par être saturé de tant d'impersonnalité. La question demeure donc de savoir si le faible intérêt suscité par cet album est représentatif de toute la série, ou s'il est imputable au changement d'auteurs.
BD
UNIVERSAL WAR ONE # 6:
"Le Patriarche"
par Denis Barjam (Soleil - Juin 2006)
Là non plus je n'ai pas lu les tomes précédents, mais ce n'est pas grave: ce volume 6, se lit comme un one-shot. Et pour le coup, il n'est pas impossible que j'aille faire un tour plus avant dans la série car, avec Barjam, on est vraiment dans la très grande SF. Dans un monde intergalactique kafkaïen, la Terre a été détruite par la folie des hommes et ses habitants se sont égayés dans la galaxie. L'espace est aux mains des CIC (Compagnies Intergalactiques de Colonisation), sorte de supertrust ultralibéral qui s'est assuré le pouvoir absolu sur l'ensemble de l'univers connu, où toute révolte semble impossible tant les peuples sont fliqués et surveillés. Dans ce contexte déprimant où le principe de la mondialisation économique se trouve transcendé à un niveau galactique, Barjam nous raconte l'histoire d'un pauvre type traumatisé par la perte de sa compagne, et qui fait payer son infortune à l'univers entier. L'homme que l'on croyait mort à la suite d'un crash a en fait effectué un bond dans le passé et se retrouve sur Terre avant la destruction de celle-ci. Injectant prématurément dans ce monde les technologies de l‘avenir, il s'assure le pouvoir économique et, ce faisant, modifie la ligne temporelle et précipite le triste futur que l'on sait. Je ne vous en dit pas plus, et vous laisse découvrir par vous-même cette aventure hallucinante où Barjam brasse avec maestria et originalité les thèmes classiques du space-opera et ceux du voyage temporel, pour clore la série en la précipitant, de façon tout à fait inattendue, dans l'univers biblique! Au passage, il se sera livré à un petit exercice de politique-fiction, nous avertissant avec une remarquable pertinence de ce qui nous attend si nous continuons à abandonner le monde à des puissances économiques aveugles... Un petit chef-d'oeuvre, à découvrir d'urgence!
BD
PARADIS PERDU #4: "Terres"
par Ange & Philippe Xavier
(Soleil - Juin 2006)
Comme disait notre bien-aimé Corto Maltese: la première fois c'est un hasard, la seconde une coïncidence et la troisième une habitude. Bref, là non plus je n'ai pas lu les tomes précédents, et je m'empresse d'ajouter que je ne suis pas près de le faire. Car l'acronymique Ange, derrière lequel se dissimule le couple constitué par ANne et GÉrard Guero, nous gratifie ici d'un script de l'espèce que je ne peux pas voir en peinture, quand bien même il y est mis (en peinture!) par un artiste aussi talentueux que Philippe Xavier. Entre la guerre impitoyable qui oppose le Paradis et l'Enfer, la révolte de l'ange Gabriel contre un Dieu indifférent et falot, un gosse défunt aux pouvoirs divins arraché à l'Enfer et un Paris en ruines essuyant les raids meurtriers de cohortes de démons, on suit la première moitié du récit sans grand intérêt et on décroche irrémédiablement de la seconde, où le script s'abîme dans un salmigondis métaphysique comme on n'en voit guère que chez les Wachowski, et où l'on articule à la diable (!) des concepts abscons tirés de la démonologie judéo-chrétienne. Laissant leur dessinateur s'éclater en roue libre sur des planches magnifiques à la résonance dantesque, les deux scénaristes bâclent le final de ce cycle en semant çà et là quelques vignettes pseudo-explicatives rédigées avec un lyrisme de pacotille, au terme desquelles on est bien content d'apprendre cette incroyable vérité: une fois que l'équilibre entre le Bien et le Mal sera rétabli, il suffira d'AIMER (!!!) pour éviter que les choses ne se remettent à dégénérer et que le Mal ne reprenne le dessus. À vrai dire, je n'avais à ce jour rencontré un tel étalage de niaiseries que dans la discographie de Gérard Lenorman! On l'aura compris, la seule et unique et excellente raison qui justifie l'acquisition de cet album s'appelle Philippe Xavier et là, putain, on n'est pas volé: c'est géant, sublime, époustouflant, pandémonique, et j’en passe! L’homme a fait ses classes aux States chez Image Comics et cite Jim Lee comme référence principale, ce qui suffit à expliquer la virtuosité qui éclate à chaque case. Quant à moi, les enluminures tarabiscotées de ses architectures infernales m’évoquent irrésistiblement le Druillet de la grande époque de Lone Sloane. En un mot comme en cent: wow!
BATMAN & SUPERMAN #7:
"Le Projet OMAC" (2)
par Greg Rucka, Jesus Saiz & Cliff Richards
(Panini - Septembre 2006)
Après le pénible mais incontournable intermède "Sacrifice" (voir Mollards d'Octobre), nous reprenons le cours de cette mini-série dont ce fascicule regroupe les trois ultimes numéros, qui mettent un terme à l'interminable prélude que nous suivons depuis déjà presque un an. Le mois prochain, nous entrerons dans le vif du sujet avec la série "Infinite Crisis" proprement dite, et ce n'est pas trop tôt! Mais n'anticipons pas, et examinons d'un peu plus près comment les choses continuent à inexorablement se dégrader dans l'univers DC. Adonc vous savez à présent que Wonder Woman a tordu le cou à l'infâme Maxwell Lord et les plus optimistes d'entre vous s'imaginent sans doute que la situation ne peut dès lors que s'arranger. Dans vos rêves! Le satellite Brother Eye, reprogrammé par feu Lord, se met en roue libre, demeure introuvable et poursuit inexorablement son objectif d'éradication totale de la communauté méta-humaine. Du coup, les membres de la JLA se retrouvent avec un cahier des charges assez conséquent qui consiste à neutraliser 1,3 millions d'OMAC très exactement sans toutefois les détruire, puisque chacun d'entre eux renferme un humain innocent phagocyté par des "nanobots". Le solide scénariste Greg Rucka nous emmène donc graduellement d'échauffourées localisées à un final grandiose dans le désert, où une armada de super-héros affronte une nuée d'OMAC tandis que Sasha Bordeaux, qui subit ici une mutation métabolique fondamentale, tente depuis le QG de Checkmate de coller un virus informatique à Brother Eye. Nul doute que les planches qui montrent les OMAC approcher le champ de bataille comme une nuée de sauterelles géantes resteront dans toutes les mémoires! Ce délire hallucinant plein de bruit et de fureur se conclut sur une victoire partielle qui ne règle rien fondamentalement, d'où une fin ouverte sur de nouvelles catastrophes à venir. Pas à tortiller, nous sommes bien dans l'un des méga-crossovers majeurs de cette décennie et, bien que quelque peu déroutés par moments par la complexité de cette titanesque entreprise, nous en redemandons en espérant que cela dure encore longtemps, aiguillonnés par la curiosité de savoir au final sur quelle sorte de "Post-Modern Age" va déboucher toute cette affaire. À suivre...
Comics
JLA: "Justice - vol 1"
par Jim Krueger, Doug Braithwaite &
Alex Ross
(Panini - coll "DC Icons" - Octobre 2006)
Décidément, Panini est sur tous les fronts et on a du mal à suivre le rythme effréné de ses parutions, tant en kiosque qu'en librairie. Les voilà qui s'attaquent à la série limitée "Justice", prévue pour s'étendre sur douze épisodes (quatre albums prévus en France), et qui nous propose une aventure de la JLA du Silver Age. Cet album somptueux compile les trois premiers fascicules, parus aux States entre Octobre 2005 et Février 2006 - le titre est bimestriel - et constitue un acte d'exposition suffisamment énigmatique pour nous accrocher et nous faire languir dans l'attente du volume 2, prévu pour 2007. Woody Allen a écrit un jour "Les méchants doivent savoir quelque chose que les bons ignorent", et c'est exactement ce qui se passe ici. L'album s'ouvre dans une atmosphère d'Apocalypse nucléaire et voit les divers membres de la JLA impuissants à sauver l'humanité de l'holocauste, certains y laissant même leur peau... Fort heureusement, il ne s'agit que d'un rêve apparemment réservé aux vilains de l'univers DC, mais qui ne laisse pas d'inquiéter par son aspect prémonitoire. Ceux-ci s'organisent donc sous l'égide de Luthor afin d'enrayer la catastrophe annoncée - du moins c'est ce que l'on croit comprendre au travers des bribes d'information que le scénariste Jim Krueger, assisté pour l'occasion d'Alex Ross, nous délivre au compte-gouttes. En effet, les motivations de Luthor & Co demeurent suffisamment brumeuses pour que l'on puisse tenir quoi que ce soit pour acquis à ce stade du récit, car l'ensemble de ce premier volume consiste en une série de "coq-à-l'âne" savamment orchestrée qui empile les interrogations et nous laisse plus perplexes que jamais - effet suspense garanti! On voit ainsi successivement Aquaman se faire kidnapper par Brainiac et Black Manta, Batman poursuivre inlassablement le Sphinx pour récupérer les données que celui-ci a piratées sur l'ordinateur de la Batcave, Martian Manhunter partir à la recherche d'Aquaman et se retrouver piégé par Gorilla Grodd et, last but not least, les vilains embrasser une carrière christique pour éradiquer les fléaux qui tourmentent l'humanité par une multiplication d'interventions miraculeuses. Bref Krueger nous égare délicieusement, et nous voilà avides d'avancer dans le récit pour pouvoir injecter un peu de cohésion dans tous ces éléments disparates. Par le fait, lorsque nous arrivons en fin de volume, nous sommes littéralement mis à la torture! Pour le reste, on aime ou on déteste le style hyperréaliste du peintre Alex Ross, responsable ici de la mise en couleurs, au grand dam du dessinateur Doug Braithwaite qui s'avère le grand cocu de l'histoire. En effet, son trait disparaît totalement sous le pinceau de Ross et, à moins de passer les originaux aux rayons X, je vous mets au défi de distinguer "Justice" de n'importe quelle autre oeuvre du peintre. On pourra certes s'interroger sur l'opportunité d'un tel style "graphic-novel" qui risque de nuire au dynamisme de la série par l'effet quelque peu statique que lui confère les planches de Ross, plus propices à la contemplation qu'à l'action, mais "Justice" demeure malgré tout un comics passionnant et hautement recommandable.
BATMAN #2: "Face à Face"
collectif
(Panini - coll "DC Junior" - Août 2006)
Noël approche... Avant que votre petit neveu ne vous tombe dessus pour vous fourguer une coûteuse want-list de jeux-vidéo hors de prix, prévoyez le coup! La collection "DC Junior" est parfaite pour l'occasion: format poche, couleurs luxueuses, présentation soignée, 120 pages, le tout pour la modique somme de 6,80 €, vous vous en tirez bien, bande de rats! Si le nain regimbe, vous pourrez toujours lui rétorquer que ça ne lui fera pas de mal de mettre le nez dans un bouquin pour changer, et puis lâche-moi la grappe sinon l'an prochain ça sera un Kinder-Surprise et point-barre, non mais des fois! En plus, ils sont sympas comme tout, ces mini-albums qui collectent le matériel paru aux States dans "Batman Adventures, vol 2". Le graphisme cartoony renvoie au style de la première série d'animés, celle diffusée à la télé dans les années 90, et non l'actuelle que l'on peut voir dans "FX3: Le Choc des Héros" le dimanche matin sur FR3, ou dans le "Batman Magazine" du même Panini, avec ses personnages difformes à force de vouloir "faire manga". Les histoires sont très attractives et d'une lecture agréable, même pour un adulte, et possèdent leur propre continuité spécifique. De plus, on y trouve un humour très second degré, comme quoi, sur ce coup, DC respecte tout à fait l'intelligence de nos gnomes en ne les prenant pas pour des demeurés. Au scénar, on trouve selon les épisodes Ty Templeton, vétéran sur la série, ainsi qu'une nouvelle garde constituée de Don Slot, Gabe Soria et Vito Delsante. Au dessin, on a Rick Burckett, qui lui aussi fait partie des meubles sur "Batman Adventures", ainsi que Dean Haspel, qu'il a visiblement formé au style très particulier de ce titre. Si le gosse accroche, sachez enfin que la collection "DC Junior" publie également un "Superman" et un "JLA".
Comics
BATMAN: "Absolution"
par John Marc DeMatteis & Brian Ashmore
(Panini - coll "DC Icons" - Octobre 2006)
Bel objet que ce "graphic novel": papier glacé, cartonnage, format comics, le tout pour 15,50 €, rapport qualité / prix tout à fait raisonnable par les temps qui courent. Bref, c'est de la belle ouvrage que cette collection "DC Icons". D'un point de vue graphique, on appréciera le très beau style aquarelliste du peintre Brian Ashmore, qui change agréablement de cette débauche de couleurs numériques interchangeables qu'est devenu le comics moderne. Je sais pas vous, mais en ce qui me concerne j'accueille toujours avec joie une BD réalisée en couleurs directes: on dira ce qu'on voudra mais, sans vouloir dénigrer la production actuelle, cette approche "à l'ancienne" est sans aucune comparaison. Côté scénario, c'est moins intéressant et on assez de mal à entrer dans l'histoire mitonnée par le vieux briscard J.M. DeMatteis. Plus entêté que la mule du pape, Batman y poursuit dix ans durant et à travers le (tiers) monde une ex-terroriste responsable de nombreuses morts par attentat mais qui, désormais repentie, cherche une rédemption dans l'humanitaire. Doit-il la punir ou lui donner l'"Absolution"? Là est toute la question, et d'ailleurs en a-t-il le droit, en tant que créature ténébreuse à la pureté discutable? Heureusement, quelques Rambo viennent mettre un peu d'animation en défouraillant dans les coins, mais tout cela demeure assez peu convainquant: je l'ai assez dit, qu'il était toujours délicat d'extraire Batman de Gotham City! Par le fait, ici la mayonnaise ne prend qu'à moitié... "Absolution" n'en demeure pas moins un comics recommandable, surtout pour un public d'amateurs "contemplatifs" - mais n'est-ce pas là l'essence particulière du "graphic novel", d'y entrer comme dans un musée plutôt que comme dans un livre? En revanche, il est quasi certain que les fans d'épopées et de combats homériques resteront sur leur faim. Pas indispensable donc, mais on est content de l'avoir.
Comics
DC UNIVERSE HORS-SÉRIE #3:
"Le Retour de Donna Troy"
par Phil Jimenez, Jose Luis Garcia-Lopez &
George Perez (Panini - Octobre 2006)
C'est un principe bien établi: dans le comics, on ne reste jamais mort très longtemps! Donna Troy, ex-Wonder Girl des Teen Titans, devenue Troïa en acquérant du poil à la foufoune, ne fait pas exception à la règle. Survenu en 2003 dans la mini-série "Graduation Day" (paru chez nous dans "Spécial DC" #22), son décès laissa profondément traumatisés les Teen Titans et Young Justice, au point que les deux équipes splittèrent irrémédiablement. Cette mort dissimulait en fait une stratégie éditoriale visant à lancer deux nouvelles séries sur les cendres des groupes défunts: d'une part "Teen Titans, vol 3", qui paraît actuellement dans "DC Universe", et d'autre part "Outsiders, vol 3", un temps publiée dans "Generation DC" et dont Panini nous promet depuis des lustres un "Big Book" qui prend des allures d'Arlésienne. Nulle surprise donc à retrouver les Teen Titans et les Outsiders tenir la vedette dans cette mini-série aux côtés de la belle ressuscitée. Et nul étonnement non plus à voir l'événement consigné par Phil Jimenez, spécialiste incontesté de la sphère "mythologique" de DC, et qui a déjà foutu un sacré boxon scénaristique dans l'univers des Amazones (voir chronique "Wonder Woman - vol 1"). Adonc Troïa a été extraite de l'Hadès par les Titans des Mythes, enfants de Gaïa et d'Ouranos, ceux-là même qui ont été bannis de l'Olympe par Zeus après que celui-ci ait assassiné Chronos, son propre père. Dans la dimension supraterrestre de la Nouvelle Chronos, ces dieux déchus envoient des armadas de mercenaires à la conquête de Mynossys, un planétoïde qui résiste pire que le village d'Astérix. Motif de l'invasion: on raconte que l'astre abrite une arme extrêmement puissante que les Titans veulent absolument s'approprier - parabole irakienne à peine dissimulée! La déesse Mnémosyne lui ayant trafiqué la cervelle, la pauvre Troïa se retrouve amnésique: manipulée par les Titans, elle attaque à son tour Mynossys, occasionnant de gros dégâts. C'est alors que son frère Athyns, qui défend la planète, fait appel aux Teen Titans et aux Outsiders pour ramener soeurette à la raison... Tels sont les enjeux de cette aventure spatio-mythologique au souffle épique concoctée par Jimenez. Si l'homme s'est aguerri dans l'art du script depuis ses débuts parfois confus sur "Wonder Woman", il n'en demeure pas moins sous l'influence d'un géant du comics dont il reste l'éternel élève: en effet, il dessine comme George Perez, affectionne comme lui les histoires et les planches mettant en scène des batailles homériques où s'affrontent des nuées de super-personnages, sélectionne un dessinateur (Garcia-Lopez) pour le moins aussi précis et minutieux que son illustre maître, lequel est convié pour réaliser les encres. Bien que la chose ne nuise pas en soi à l'excellente qualité des comics de Jimenez (il y a pire référence), on aimerait bien malgré tout le voir enfin liquider son Oedipe pour endosser une vraie personnalité... Ceci étant dit, les trois pointures réunies sur cette mini-série en font une oeuvre tout à fait remarquable, tant du point de vue des événements relatés, qui feront date dans l'histoire de l'univers DC, que des planches somptueuses et hyper-sophistiquées du tandem Garcia-Lopez / Perez qui nous bluffe à chaque page. Enfin, de par sa conclusion assez inattendue, ce comics nous ramène à la charnière du Silver Age et du Modern Age, c'est-à-dire à la série "Crisis On Infinite Earth" (écrite par Marv Wolfman et dessinée par... Perez!), avec laquelle tout l'univers DC a basculé en 1985 pour être "redéfini" dans sa cosmologie actuelle. Cela revient à dire que ce hors-série est absolument indispensable au moins pour les plus jeunes fans de DC, que j'engage vivement à se procurer les quatre volumes de "Crisis On Infinite Earth" publiés en SEMIC-Books, avant qu'ils ne deviennent réellement introuvables.
Vu à la télé
PIRATES DES CARAÏBES:
LA MALÉDICTION DU BLACK PEARL
(Pirates Of The Carribbean:
The Curse Of The Black Pearl)
de Gore Verbinsky (2002)
C'est dans les vieilles marmites qu'on fait les bonnes soupes. Disney révisite ici le genre "fantastico-boucanier" façon "Le Fantôme de Barbe Noire", relevé d'un soupçon d'horreur édulcorée, et tout le monde y trouve son compte: les nains comme leurs géniteurs nostalgiques, les amateurs de zombies décatis à souhaits comme les inconditionnels de combats au sabres et d'acrobaties dans la voilure. Après les ratages du "Pirates" de Polanski (1985) et du népotique "L'Île aux Pirates" de Renny Harlin (1995), le genre retrouve enfin ses lettres de noblesse, en grande partie grâce à la prestation savoureuse du toujours excellent Johnny Depp, dont l'entrain et le jeu plein de clins d'oeil, cabotin juste ce qu'il faut, soutient sans problème la comparaison avec ses virevoltants prédécesseurs, de Douglas Fairbanks à Burt Lancaster en passant par Errol Flynn. On appréciera également la réalisation de Gore Verbinsky, artisan comme on n'en fait plus. L'homme va directement à l'essentiel, ne pète jamais plus haut que son cul, vise l'efficacité avant tout et nous livre au final un film de pur "entertainment" dans lequel on ne s'ennuie jamais. Que ceux qui cherchent l'originalité à tous crins passent leur chemin, car le film se veut avant tout une oeuvre dans la grande tradition du genre. À ce titre, c'est un vrai régal et rien ne manque: abordages, vaisseaux majestueux, taverne mal famée, trésor enfoui, île déserte, malédiction séculaire, jambes de bois, oreilles percées, yohoho! et une bouteille de rhum!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=11546.html
Vu à la télé MATRIX REVOLUTIONS d'Andy & Larry Wachowski (2002) Aaaaah! Après tout ce travail abattu, enfin l'heure de la récré! Impayables, ces Wachowski! On ne s'en lasse pas, de leur donner sur le groin! Ce coup-ci, on laisse momentanément béton le lattage en apesanteur pour notre bon vieux plancher des vaches, où l'antique Fion... pardon... Sion se voit agressée par des centaines de millions de milliasses au carré de machines vrillantes, perforantes et tentaculaires (en verlan: tant à l'air cul - OK, je sors!), et c'est parti pour plus d'une heure de bourrinage aussi chiant que confus! On peut sans problème partir pisser, consulter sa messagerie, se confectionner un tilleul-menthe voire, plus probablement, s'endormir sans vergogne... Lorsqu'on revient, ça n'a iglésiasquement pas changé: des mécaniques, des Goldorak, des explosions, des gun-fights à la mords-moi la chipo, et ça dure, et ça dure, à croire qu'ils ont chargé la caméra avec du chewing-gum! Duras à côté, ça ressemble à du cinéma d'aventures! Au bout de quelques siècles de ce régime, voici venue l'heure de la confrontation finale entre Neo et Mr Smith, qui concourent pour l'Oscar de l'acteur le plus constipé - et devinez qui gagne? Suit une demi-plombe supplémentaire de kung-fu aérien entre les gratte-ciel, façon comics, au terme de laquelle le méchant est enfin déprogrammé (panneau de configuration + ajout / suppression de programmes + désinstaller), la paix signée, et l'Oracle peut à loisir philosophailler à l'intention des générations futures. Inquiétude toutefois: la fin reste ouverte, et rien n'est encore dit - à part des conneries, bien évidemment! Ouh là! J'espère que les frangins n'ont pas dans l'idée de nous la jouer Lucas en nous chiant une seconde trisomie, parce que là, je me tire tout de suite une balle dans la bouche! Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=11742.html
"Ptérodactyles": l'important, c'est de garder les pieds sur terre!
"Kookabura Universe": ça en jette, mais on s'emmerde ferme.
L'univers kafkaïen de Denis Barjam
La porte de l'Enfer, vue par Philippe Xavier
Invasion d'OMAC: dur dur pour la JLA!
"Justice": Aquaman en mauvaise posture...
Batman pour les juniors: ça cartoon!
"DC Universe": Les Teen Titans et les Outsiders à la rescousse
Les pirates des Caraïbes ne sont plus ce qu'ils étaient!
"Matrix Revolutions": chiant comme la pluie!
29 novembre 2006
MASTERS OF HORROR - Saison 1 - ep 1-9
Série Télé
MASTERS OF HORROR - Saison 1
série créée par Mick Garris (2005)
Chose promise, chose due: on continue le passage en revue systématique des épisodes de la série de Mick Garris, l'un des principaux événements télévisuels du moment, actuellement diffusée sur Canal +. Certes, cette deuxième fournée est d'un niveau nettement inférieur à celle de la semaine dernière, qui nous proposait un Joe Dante frondeur et un John Carpenter à son top. Néanmoins, cela constituera pour moi l'occasion de vous parler d'un auteur bien oublié, mais qui semble amorcer un come-back inattendu ces derniers temps.
LA SURVIVANTE
(Incident On And Off A Mountain Road)
de Don Coscarelli (épisode 1)
Don Coscarelli est un auteur au parcours erratique. Il débarque dans la carrière en 1979 avec "Phantasm", une série B extrêmement originale et inventive qui fera son petit effet à Avoriaz, avec ses sphères tueuses et son croque-mort dégingandé, lesquels font désormais partie de l'iconographie classique du genre horrifique. "Phantasm" conquiert son public grâce à une idée très simple, qui consiste à suivre le trajet d'un cadavre à partir du moment où il est soustrait par les thanatologues à l'affliction de ses proches endeuillés. Film profondément enraciné dans les angoisses de tout un chacun face à la mort dans sa réalité la plus matérielle, "Phantasm" nous entraîne dans un monde glacial de fossoyeurs, de morgues et de nécrophilie, tapi à l'ombre des allées bordées de cyprès, sur lequel règne l'inquiétante figure du "Tall Man". Las! ce petit chef-d'oeuvre morbide constituera le seul coup de maître de Coscarelli, et les promesses dont il était porteur resteront lettre morte. L'homme revient en 1982 avec le nanardeux "Dar l'Invincible", sous-Conan mâtiné de Tarzan qui, s'il ravit les fans de Z purs et durs, est tout à fait indigne de l'auteur de "Phantasm". Cherchant à renouer avec le succès de son premier opus, Coscarelli en multipliera les séquelles, au nombre de trois (en 1988, 1994 et 1998), ne parvenant qu'à galvauder de plus en plus son concept initial, puis tombera dans un oubli total dont il ne sortira qu'en 2006, avec le très gonzo "Bubba Ho-Tep", que je n'ai malheureusement pas encore pu voir mais qui jouit d'une excellente réputation auprès des spécialistes. Il semblerait donc que "La Survivante", tourné l'année précédente, lui ait servi de carte de visite pour son retour aux affaires: encore une heureuse initiative à mettre à l'actif de Mick Garris, qui s'avère décidément un mécène éclairé, et qu'on peut probablement compter parmi les fans de "Phantasm". Bien qu'abonné aux petits budgets et au direct-to-video, Coscarelli n'en a pas moins acquis un solide métier et nous offre avec cet épisode un survival de facture très honnête, et riche en retournements de situations. Si la traque à travers bois et l'affrontement final avec le très fringuant Moonface se regardent sans ennui, en revanche le classicisme presque "fonctionnaire" de ce métrage nous laisse quelque peu sur notre faim. Tout ce que nous montre Coscarelli est bien sympa et joliment réalisé, mais on l'a déjà vu cent fois par ailleurs, comme cette cabane pleine de charognes qui, du fondateur "Massacre à la Tronçonneuse" au récent "Jeepers Creepers" (dont "La Survivante" semble tout de même s'être très inspiré visuellement), nous a été infligée dans une multitude de productions plus ou moins réussies. Certes, depuis le génial "Délivrance" de John Boorman (1972), le survival est devenu un genre pour le moins saturé, mais avec un peu d'imagination, de rigueur et de niaque, on peut encore en tirer quelque chose d'intéressant comme le prouve le brillant "Haute Tension" (voir chronique "Séance interdite") d'Alexandre Aja. Hélas ce n'est pas le cas ici, et Coscarelli échoue à nous surprendre dans le parcours balisé de son héroïne, de même qu'il ne parvient jamais à instaurer une quelconque atmosphère. L'intérêt principal de "La Survivante" réside surtout dans sa thématique, et dans la conclusion cynique sur laquelle elle débouche. Rappelant à cet égard les très controversés premiers films de Wes Craven "La dernière Maison sur la Gauche" (1972) et "La Colline a des Yeux" (1977), Coscarelli réfléchit sur le caractère pervertissant d'un violence qui, à terme, finit par se retourner contre ceux qui en sont les instigateurs, en créant de véritables monstres à partir des victimes qui se la voient infliger. Ainsi, Moonface, en tant que monstre "officiel" de l'histoire, n'a finalement pas d'autre rôle scénaristique que de servir de contrepoint au monstre bien pire qui se cache derrière l'apparence avenante d'Ellen, victime faussement proclamée. Terminons en signalant la présence dans le casting d'Angus Scrimm, acteur fétiche de Coscarelli qui interprêta le "Tall Man" dans les quatre "Phantasm", et qui nous offre ici une savoureuse prestation de vieux cinglé.
Cliquez sur le lien pour voir la bande annonce:
http://tele.ados.fr/series/masters-of-horror/la-survivante.html
LA CAVE (Fair Haired Child)
de William Malone (épisode 9)
Là je suis un peu révolté: faire figurer ce tâcheron esbroufeur de William Malone auprès de gens aussi prestigieux que Carpenter, Argento, Dante, Hooper et j'en passe, vous avouerez qu'il y a de l'abus! Je veux bien admettre que Romero et Cronenberg n'aient pas été libres, mais tout de même: il y a dans le genre suffisamment de réalisateurs honorables pour éviter de racler les fonds de tiroir! Nul besoin d'aller chercher très loin, le palmarès de Malone parle tout seul: débuts dans le nanar ("Créature", avec un Klaus Kinsky qui n'était pas à ça près!), séries TV assez quelconques, scénariste d'un des plus grands fours de l'histoire du cinéma ("Supernova", que son réalisateur Walter Hill refusera de signer), yes-man de Joel "pompe à fric" Silver sur "La Maison de l'Horreur", une des nombreuses productions horrifico-pop-corn dont le mogul a inondé les salles au cours de la dernière décennie (voir chronique éponyme, pour lire tout le mal que j'en pense), et enfin réalisateur en 2002 de "Terreurpointcom", déjà répertorié comme l'une des plus grosses bouses du troisième millénaire! Bref, le couac absolu de cette première saison! Pourtant, on aurait pu tirer quelque chose d'un peu sympa de ce scénar sur le thème très lovecraftien de "la chose dans la cave". Mais Malone préfère multiplier les effets de mise en scène, de préférence inutiles, au détriment de l'intensité dramatique qui reste à un niveau désespérément linéaire, quand elle n'est pas purement et simplement bousillée par les vaines démonstrations qu'il nous assène lourdement, compilant un catalogue exhaustif de tous les procédés foireux du pop-corn-movie à la mode! Résultat: on bâille jusqu'à la démandibulation devant un épisode dont le moindre événement est téléphoné une semaine à l'avance, et où l'on pousse le vice jusqu'à écrire le script sur les murs! On n'est jamais surpris, ni choqué, ni même inquiété: on se contente de suivre des acteurs somnambuliques jusqu'au dénouement convenu où l'on réalise que ce gâcheur de pellicule nous a fait perdre une heure de notre vie qu'on ne pourra jamais récupérer! Depuis 2002 qu'il n'avait rien sorti, on ne peut pas dire que ce poseur insupportable nous ait manqué: vite, qu'on le refoute dans sa cave!
Cliquez sur le lien pour voir un extrait:
http://horror.about.com/library/weekly/MoH/video/bl_about_moh_fair1.htm
Moonface: c'est qu'il vous mordrait!
La belle Ellen mène la guerre d'effroi!
Pas moyen qu'il vous lâche la jambe!
Cessez de me suivre ou j'appelle un agent!
"La Cave": mauvaise cuvée!
Un homme...
...une femme...
...chabadabada!
20 novembre 2006
MASTERS OF HORROR - Saison 1 - ép 6-8
Série Télé
MASTERS OF HORROR - Saison 1
série créée par Mick Garris (2005)
Enfin la voilà qui débarque sur Canal +, cette déjà mythique série que tous les fans d'horreur attendent depuis un an qui leur a semblé un siècle! Pensez donc: treize cinéastes parmi les plus grands, tous brillant au firmament de la fantasticophilie pour nous avoir offert, à un moment donné, un voire plusieurs chef(s)-d'oeuvre du genre. Oui, oui, ils sont venus, ils sont tous là, dès qu'ils ont entendu le cri poussé par Guillermo del Toro -"Nous sommes les maîtres de l'horreur!" - lors d'un repas un peu arrosé auquel participaient quelques-uns de ces spécialistes de l'abomination, parmi lesquels Mick Garris qui, s'il ne nous a pas encore produit de classique, s'est bien rattrapé ce soir-là en ayant l'idée lumineuse de cette série, suite à l'exclamation du Maître mexicain. En effet, Garris est avant tout une homme de télévision, surtout connu comme yes-man de Stephen King dans l'adaptation des oeuvres de ce dernier sous forme de mini-séries cathodiques telles que "Le Fléau" (1994) ou le remake télévisuel de "Shining" (1997) qui, pour être honnêtes et fidèles, laissent quelque peu l'amateur sur sa faim. Au cinéma, il continue à servir indéfectiblement le King avec le pénible "La Nuit déchirée" (1991), l'intéressant "Riding the Bullet" (2004) et enfin "Desperation" (2006) qu'on devrait voir arriver sous peu. Espérons qu'au contact des talents qu'il côtoie sur cette série, sa contribution relèvera le niveau d'une filmographie somme toute assez falote. En tous cas, rendons lui grâces pour la création de ce concept qui, à ce jour, constitue de loin son Grand Oeuvre, en même temps que l'un des événements majeurs de l'année fantastique 2005. Cerise sur le gâteau, la série est présentée par Yannick "Boule de Billard" Dahan de "Mad Movies", en plein délire au milieu d'un décor blanc éclaboussé de vermillon, dans le cadre de sa "Séance interdite" (voir chronique éponyme). Toutefois, l'homme m'inquiète un tantinet lorsqu'il nous annonce quatre semaines de diffusion: à raison de deux épisodes par semaine, cela fait huit épisodes... Faut-il comprendre que cinq sur treize seront passés à la trappe? On craint par exemple pour celui du très space Takeshi Miike, qui a déjà connu les foudres de la censure chez le toujours très prude Oncle Sam... Quoiqu'il en soit, vous pouvez compter sur moi pour vous rendre compte, semaine après semaine, de la moindre éclaboussure! Allez, accrochez-vous, c'est parti...
VOTE OU CRÈVE (Homecoming)
de Joe Dante (épisode 6)
On commence dans la bonne humeur avec Joe Dante, qui est un peu l'histrion du cinéma fantastique. Débuts comme tant d'autres chez Corman (voir Mollards d'Avril) avec "Piranhas" (1978), puis passage chez Spielberg avec "Hurlements" (1980), classique absolu du film de loups-garous, "Gremlins" (1984) où il manifeste un mauvais esprit extrêmement réjouissant, avant de faire naufrage dans la comédie familiale cul-cul avec les nullards "Explorers" (1985), "L'Aventure intérieure" (1987), censé remaker à coups d'humour lourdingue le superbe "Voyage fantastique" de Richard Fleisher (1966), et l'autoparodie lamentable que constitue "Gremlins 2, la nouvelle Génération" (1990). Néanmoins, il ne faudrait pas oublier la très grinçante comédie "Les Banlieusards" (1989), sur laquelle il retrouve son acidité de "Gremlins", considérablement amplifiée entre temps, notamment au niveau d'une critique au vitriol de la société américaine. Malheureusement, ce petit chef d'oeuvre d'humour noir ne trouvera pas son public, de même que "Panic sur Florida Beach" (1992), premier opus de Dante non produit par Spielberg, où il rend hommage aux films de son enfance sur fond de guerre froide, toujours avec la même ironie sarcastique. Le flop de ce film qui est sans doute le plus personnel du réalisateur, celui qui lui tenait le plus à coeur, le laissera profondément démoralisé, d'autant que ses facéties n'amusent que peu les professionnels de la profession et que l'homme se retrouve tricard à Hollywood. Dante végète donc à la télévision où on le croise au détour de séries telle "La quatrième Dimension" ou "Les Aventures du jeune Indiana Jones", et pour laquelle il réalise "La seconde Guerre de Sécession" (1997). Retour au cinéma en 1998 avec "Small Soldiers", sorte de "Toy Story" antimilitariste qui lui vaut une nouvelle mise au placard, puis résurgence en 2002 avec le très familial "Les Looney Tunes passent à l'Action", qui mélange toons et acteurs. Sa participation aux deux saisons de "Masters of Horror" lui rend donc justice en le faisant figurer au Panthéon des auteurs les plus marquants du cinéma fantastique, ce qu'il est sans aucun doute. Garris donnant carte blanche à ses réalisateurs, on assiste avec l'épisode "Vote ou crève" à un retour des vieux démons de Joe Dante, c'est-à-dire la critique sociale passée à la moulinette de l'ironie et parsemée des saillies les plus bouffonnes. L'homme y souffle le chaud et le froid, faisant alterner l'émotion avec des gags hilarantissimes, et donne de l'Amérique contemporaine une vision à la fois tragique et ridicule. Phillip Murch, directeur de campagne républicain, formule à la télévision le voeu que les jeunes soldats tombés en Irak puissent revenir pour pouvoir dire à la nation combien ils sont fiers de s'être ainsi sacrifiés. Manque de bol, ces derniers le prennent au mot et se mettent à sortir de leur tombe, exigeant de voter alors que le président Bush remet son mandat en jeu. Or, peut-on décemment refuser le droit de vote à quelqu'un qui est tombé pour la patrie? Encore faut-il que les zombies "votent bien", et là c'est plutôt mal barré, si l'on en croit le message adressé à la nation par ceux qui ont encore des cordes vocales pour s'exprimer! Situation d'autant plus cornélienne que les revenants s'avèrent indestructibles et ne consentent à re-mourir qu'un fois qu'ils ont voté! Cet épisode est tout à fait emblématique du style de Dante: tout au long on assiste à une mise en balance de la tragédie irakienne avec la profonde imbécillité républicaine, laquelle multiplie les stratégies et les magouilles les plus foireuses pour remporter les élections, sans aucune considération pour les pathétiques victimes du conflit. Dès que l'on pénètre dans les locaux de campagne, les gags se multiplient, parfois très bordeline, comme lorsqu'on voit un zombie à l'oeil crevé chausser des lunettes avec un verre explosé pour lire le contrat véreux qu'on lui propose de signer! Au passage, Dante rend hommage à quelques Grands Anciens, dont les noms sont écrits sur les tombes d'où s'extirpent les zombies: Jacques Tourneur, George A. Romero... Ce dernier semble d'ailleurs constituer une référence majeure pour Dante qui le met continuellement à l'honneur, de la séquence dans le cimetière militaire qui est un démarquage évident du début de "La Nuit des Morts-Vivants", aux files de revenants disciplinés qui piétinent dans les bureaux de votes et semblent une redondance de ceux de "Zombie" poussant leurs caddies, en passant par la torture ignoble d'une pauvre créature mutilée qui renvoie bien sûr au "Jour des Morts-Vivants". Chez Dante comme chez Romero, le zombie est aussi pathétique que l'humain est infect, et c'est à lui que va toute notre compassion. Je vous laisse découvrir la multitude de gags grinçants qui émaillent la douloureuse quête de ces revenants, laquelle s'achève sur un final très "Contes de la Crypte". "Vote ou crève" constitue donc une excellente mise en bouche à cette diffusion française de "Masters Of Horror", en même temps que le retour en pleine verve de Joe Dante, qui nous offre ici la quintessence de son style humoristico-socio-horrifique. Sacré cocktail, en vérité.
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.dailymotion.com/video/xacku_promo-homecoming
LA FIN ABSOLUE DU MONDE
(Cigarette Burns)
de John Carpenter (épisode 8)
Là on rigole plus, nom de Dieu! Après le pitoyable "Ghosts Of Mars" (2001) - sans doute le pire navet de sa longue carrière - Big Dad Carpenter nous revient en force et nous plonge dans l'horreur la plus intransigeante. On pourra certes regretter que le script de cet épisode s'avère un démarquage certain de "La neuvième Porte" de Polanski (1999), en même temps qu'une relecture de son propre chef-d'oeuvre "L'Antre de la Folie" (1995), mais on n'en restera pas moins bluffé par la virtuosité de la réalisation, et surtout par le climat vénéneux qu'elle parvient à distiller. Bref, faute de nouveauté, on s'en remettra corps et âme au talent de conteur de Carpenter, qui nous embarque dans un trip nauséeux émaillé de visions cauchemardesques. Reprenant donc son fameux thème "de l'artiste démiurge", le cinéaste met en scène un collectionneur milliardaire quelque peu perturbé (hommage à Forrest J. Ackerman?), interprété par l'excellent et épileptique Udo Kier, qui engage un loser impécunieux pour retrouver "La Fin absolue du Monde", un film maudit rarissime et à la réputation sulfureuse. À ce que l'on murmure, sa seule et unique projection publique au fameux Festival de Sitges a vu les spectateurs, soudain saisis d'une folie collective et meurtrière, se jeter les uns sur les autres, et l'affaire s'est soldée par quatre morts et la destruction par le feu de la salle de cinéma, sans parler de nombreux blessés et de gens devenus fous... On fait également allusion de rares projections privées ayant pareillement tourné à l'Apocalypse... C'est donc dans la quête du film d'horreur ultime que nous entraîne Carpenter, sur les pas de cet enquêteur de l'occulte qui va rapidement se retrouver en enfer... La première moitié du métrage consiste principalement en un film de dialogues. Carpenter laisse la réputation du film parler pour lui, au travers des propos de plus en plus inquiétants des personnages très glauques que notre héros rencontre sur son chemin. Qu'on ne s'y trompe pas toutefois: bien qu'essentiellement dialoguée, cette première partie ne suscite pas l'ennui que l'on pourrait craindre, et l'absence d'action y est brillamment compensée par la qualité de la mise en scène, la prestation habitée des acteurs qui savent à merveille rendre leur angoisse contagieuse et des décors de cauchemar nimbés d'une lumière irréelle. Arrivés à mi-film, donc, on se rend compte qu'on est en train de s'enfoncer entre les coussins de son canapé avec l'espoir d'y disparaître, tant la tension instaurée par le cinéaste nous agace les nerfs... C'est évidemment le moment que choisit Carpenter pour nous balancer une putain de scène d'horreur de la mort de sa race qui nous tombe dessus sans crier gare comme un pot de géraniums largué du quatrième étage, je vous dis pas la secousse! La séquence en question, que je me garderai bien de vous détailler, car vous méritez bien pour m'avoir lu jusqu'ici de vous la prendre en pleine poire, n'a rien de révolutionnaire en soi, et on en a vu des centaines de similaires dans moult films d'horreur de qualité variable. En revanche, la violence avec laquelle elle nous est assénée navigue sur des crêtes auxquelles seules peuvent prétendre une poignée de chefs-d'oeuvre du genre, et je pèse mes mots! Dès lors, c'est l'hallali, et les abominations vont aller bon train jusqu'au final en apothéose pour lequel Carpenter renoue avec la tradition du Grand Guignol. Plus notre héros s'approche de l'objet de sa quête, plus il est assailli de visions cauchemardesques et subliminales s'inscrivant dans des cercles, comme autant de brûlures de cigarettes pratiquées dans le tissu de la réalité - d'où le titre original - et qui laisseraient entrevoir des instantanés de l'enfer... Cette altération du réel est d'ailleurs magnifiquement illustrée par un gimmick de mise en scène absolument génial: au montage, Carpenter pratique plusieurs coupes sombres dans la continuité de certaines séquences, ce qui suggère fort efficacement que des lambeaux d'existence sont arrachés à la vie du héros par quelque entité transcendante et malveillante... Magistral! Signalons enfin que Carpenter sacrifie également à l'hommage, à l'instar de Joe Dante. La chose semble d'ailleurs être de mise dans la série, et on peut s'attendre à voir les Maîtres se congratuler systématiquement l'un l'autre au détour de tel ou tel plan, petit jeu amusant à l'usage des fans. Ici, c'est Dario Argento qui se trouve honoré: en effet, la salle de cinéma dont notre héros est propriétaire projette fort pertinemment "Les Frissons de l'Angoisse", chef-d'oeuvre absolu du réalisateur transalpin. Ajoutons que le physique poupin de l'acteur principal Norman Reedus rappelle immanquablement celui du regretté David Hemmings, et vous obtenez un "tribute" en bonne et due forme. Oyez, oyez, mortels, Carpenter est de retour, en génie et en os, et il faudra désormais compter "La Fin absolue du Monde" parmi les pièces maîtresses de sa déjà prestigieuse filmographie.
Cliquez sur le lien pour voir un extrait + la bande-annonce:
http://www.allocine.fr/series/fichenews_gen_carticle=18393209.html
Diffusions sur Canal+:
- le Vendredi vers 22h 30
- le Dimanche vers Minuit
Des zombies comme qui dirait... dantesques!
Le Besancenot de la révolution zombienne!
La scène du cimetière: un petit air de Roméro...
Installez-vous confortablement, la séance commence...
Oui, ça dérange quelque peu les mises-en-plis!
Un rescapé de "La Fin absolue du Monde"
En voilà un qui a du sushi à se faire!
L'épouse du réalisateur maudit: je la sens critique...
16 novembre 2006
KGB #1: LES DEMONS DU KREMLIN
BD
KGB #1: "Les démons du Kremlin"
par Valérie Mangin & Malo Kerfriden (Soleil - Juin 2006)
Il s'en passe de belles à Moscou, sous le chantier du futur Palais des Congrès où se tenaient jadis, profondément enfouis dans le sol, les laboratoires du professeur Von Ausch, un ex-nazi récupéré par les Soviets. Du sang suinte des fondations, et de diaboliques surhommes doués de pouvoirs terrifiants attentent à la vie des plus hauts dignitaires du régime: Kossyguine échappe de peu à la crémation que lui réservait une sorte de torche humaine, et une créature aussi belle que démoniaque tente de noyer Brejnev sous des torrents d'hémoglobine... Cela contrarie fort Khroutchev: le surnaturel ne fait pas bon ménage avec le matérialisme marxiste dans cette URSS post-stalinienne, et on a de plus en plus de mal à museler les prêtres orthodoxes qui amalgament l'étoile rouge avec le pentagramme sataniste. C'est à Chélépine, big boss du KGB de l'époque, qu'échoie la délicate mission d'élucider l'affaire et d'éradiquer "Les Démons du Kremlin". Quels monstres épouvantables hantent encore les labyrinthiques souterrains aux multiples entrées dérobées? Quel est ce gouffre sans fond sur lequel ils débouchent? Le complot est-il ourdi par Von Ausch depuis la lointaine Sibérie où il se trouve exilé? Et quel rôle joue cette mystérieuse sonde spatiale en orbite autour de Vénus?
Voilà quelques-uns des mystères, tramés par la très talentueuse scénariste Valérie Mangin, que Chélépine aura à résoudre. Il compte pour cela sur deux de ses prisonniers, héros de l'aventure: Dimitri, l'une des créatures de Von Ausch développant lui aussi un redoutable pouvoir, et Ava, ex-assistante du savant fou à tronche de Raspoutine, apparemment bien moins innocente qu'elle n'en a l'air...
Valérie Mangin est dingue d'Histoire, même si elle l'arrange à sa sauce personnelle, comme dans les cinq tomes du "Fléau de Dieu" qui transpose en space-opera la chute de l'Empire Romain (ici "Intergalactique"!) sous les invasions barbares, ou encore dans "Le dernier Troyen", qui fait subir le même sort à l'"Énéide" de Virgile. Pour sa nouvelle série "KGB", le principe est à la fois similaire et différent. Similaire, en ce que le fantastique joue ici le même rôle "dévoyeur d'Histoire" que la SF dans ses oeuvres précédentes, et différent en ce que le contexte historique malmené s'avère paradoxalement d'un réalisme à toute épreuve qui définit une sorte de sous-genre inédit, qualifié par le critique Christian Marmonnier de "rétrosoviétisme horrifique". Selon Mangin, toute l'affaire est partie d'une sonde vénusienne que l'on peut effectivement voir exposée dans un musée soviétique, comme faisant partie du très secret programme spatial de l'URSS au début des années 60. Tout le reste est à l'avenant, et pour cause: faire des dirigeants de l'ère Khroutchev des personnages de BD tout en assurant au scénario un maximum de crédibilité présuppose un monumental boulot de documentation historique et géographique.
Ce travail d'orfèvre, magnifiquement mis en images par Malo Kerfriden (dessinateur de la série "Quaterback" chez Delcourt), ne va pas sans rappeler par son réalisme obsessionnel les planches minutieuses du cultissime Edgar P. Jacobs. À ce propos, on se rappellera les errances de Mortimer égaré parmi les brouillards de la banlieue parisienne, dans le mythique "SOS Météores", qui donnèrent lieu de la part des fans de Jacobs à de véritables pèlerinages, ceux-ci parvenant à reconstituer dans la réalité des années 50 le parcours du héros, tant la fidélité à la topologie était cruciale pour l'auteur! Alors, "KGB" est-elle une série pour fans purs et durs de Jacobs? Indubitablement oui! Mangin avoue explicitement son admiration pour le Maître, et la superbe ligne claire de Kerfriden, réalisant une osmose parfaite entre modernisme et classicisme franco-belges, le proclame à chaque case et place "KGB" dans la lignée des oeuvres les plus réussies du "post-jacobsisme", telles "Le Rendez-Vous de Sevenoaks" de Rivière et Floc'h, ou encore les délires "égyptologiques" du scandaleusement oublié Wininger.
Mais, pour respectueux qu'il soit, "KGB" n'en est pas moins un pastiche, et à ce titre on s'y amuse beaucoup, particulièrement avec les tirades savoureuses que Mangin place dans la bouche des caciques du Parti, lesquels poussent le fanatisme jusqu'à ne s'exprimer qu'au moyen d'un langage hyper-codifié issu de la littérature marxiste-léniniste. C'est bien simple: le moindre phylactère prend des consonances de tract propagandiste! Au travers de cette langue de bois systématisée, la réalité des faits se trouve constamment réinterprétée dans le sens du dogme officiel, ce qui aboutit invariablement aux décalages les plus cocasses. Tout au long de "KGB", l'URSS de Khroutchev se trouve passée au laminoir d'une ironie impitoyable, et on se tape franchement le cul par terre lorsqu'un démon à tronche de Staline montée sur un corps de gorille tourmente l'infortuné camarade Mikoyan! Quant au projet qui consiste à exporter le socialisme dans les dimensions parallèles, je vous le donne pour ce qu'il vaut: son pesant de cacahuètes!
Le script étant parfaitement équilibré dans ses multiples tonalités, cette bonne humeur ne nuit jamais - comme c'est trop souvent le cas dans des oeuvres fantastiques adoptant une narration "distanciée" - aux séquences horrifiques très "slasher", lesquelles conservent tout leur impact pétrifiant - mention spéciale à l'invasion de zombies qui clôt l'album en apothéose.
Au finish, on obtient avec ce tome 1, qui démarre vraiment très fort, l'une des meilleures BD de l'année 2006. Absolument indispensable! Vivement le tome 2 - la série en comportera cinq - qui nous transportera en Sibérie, sur les traces du maléfique Von Ausch. On en frémit d'avance...
Brejnev face aux forces des ténèbres!
Gare au gorille: une réincarnation inattendue de Joe Stal!
"Quand tu regardes dans l'abîme..."
C'est pas le Kremlin de Joe Dante (ouaf!), mais celui de Kerfriden!
Du monde au balcon, Pâques aux bies-zom!
De l'exportation du socialisme dans les dimensions parallèles!
Dessin de Kerfriden pour la couverture du mag "Suprême Dimension": une attestation de paternité!
12 novembre 2006
CAPTAIN BRITAIN - LA FIN DU MONDE
Comics
CAPTAIN BRITAIN: "La Fin du Monde"
par Alan Moore & Alan Davis
(Panini - coll "Best of Marvel" - Octobre 2006)
Watch out, guys! Cette fois c'est du lourd! Rien moins que l'événement comics le plus important de cette fin d'année, non non j'exagère pas, un Alan Moore inédit sur l'étal des libraires, allez hop! on lésine pas, on débourse sans compter, les factures et le percepteur attendront, de toutes façons, dès que j'ai un nouveau Moore entre les pognes j'en perd le sommeil et le manger, quant au boire: pop! roteuse! Veuve Cliquot siouplaît! faut bien quelques bulles pour célébrer les phylactères les plus délirants de toute l'histoire du comics! Et puis après, trouver le bon moment, un recoin dans l'espace-temps à l'abri de tous les casse-couilles de la galaxie, abonnés absents, téléphone par la fenêtre, do not disturb, on ouvre le magnifique album cartonné, on hume l'odeur de frais du papier glacé, on savoure cet ortolan une page à la fois, on s'arrête, on revient en arrière pour mieux en goûter toutes les sublimes subtilités, on relit dix fois le même dialogue dément et on touche à la félicité en se disant putain ce mec est génial, comment le comics a-t-il pu exister toutes ces années sans Alan Moore?
Bon, puisqu'il est question d'approcher un phénomène avec un grand F, pourquoi ne pas commencer par un petit historique? Le run de Moore sur Captain Britain, qui date de 1982-83, fait partie des oeuvres de jeunesse du scénariste: celui-ci n'a pas encore quitté le sol anglais et il fait ses premières armes dans le mythique hebdo "2000 AD" en compagnie de nombre de futures gloires britanniques du comics américain, parmi lesquelles Brian Bolland, son futur complice sur "The Killing Joke", et Dave Gibbons, dessinateur du monument "Watchmen" - pour la petite histoire, sachez que c'est dans "2000 AD" que naquit également le seul super-héros plus facho que le Punisher, j'ai nommé le très couillu Judge Dredd! Un an plus tard, en 1984, Moore signera chez DC et s'envolera pour les States où il laissera tout le monde sur le cul avec son cultissime run sur "Saga Of The Swamp Thing" (intégrale en cours de publication chez Delcourt). Captain Britain est donc une oeuvre charnière dans la bibliographie de Moore en ce qu'elle constitue son premier contrat avec un géant du comics, en même temps que sa seule et unique contribution (si l'on excepte quelques épisodes d'un certain Night Raven) à l'univers Marvel.
Rétrospectivement, Captain Britain apparaît comme le trait d'union idéal entre la carrière anglaise de Moore et son explosion aux States. Super-héros cent pour cent britannique, comme son nom l'indique, il fut créé bien évidemment en tant qu'homologue local de Captain America, à l'exclusive intention du public anglais, et ne traversera l'Atlantique que tardivement. En poussant le parallèle un peu plus loin, on notera que Captain Britain, pur rejeton de la filiale anglaise de Marvel, fricote avec le STRIKE, filiale anglaise du SHIELD de Nick Fury, dont les fans connaissent bien la longue collaboration avec Captain America. Dès lors, il ne pouvait qu'arborer l'Union Jack tout comme son illustre modèle se drape dans le Star'n'Stripes. Adonc, Captain Britain voit le jour le 13 Octobre 1976 dans les pages de son propre magazine hebdo sous forme d'épisodes de huit pages: il s'agit d'une création originale de Chris Claremont, bien connu des fans des X-Men, et de l'impersonnel Herb Trimpe qui a longtemps dessiné Hulk. Ce format particulier était parfaitement adapté à la norme anglaise de l'époque, le public plébiscitant un rythme de parution hebdomaire, ce qui n'allait pas sans créer de problèmes à Marvel pour l'importation de son matériel américain: cela explique que l'on trouve en back-up dans "Captain Britain Weekly" des épisodes des FF et de Nick Fury malencontreusement fragmentés en sous-épisodes de huit pages, ce qui impliquait également un redécoupage des planches. L'hebdo connut 39 numéros et s'interrompit le 8 Juillet 1978. Les six premiers épisodes de ce run originel furent publiés chez nous en 1980 dans un assez bel album broché grand format et en couleurs édité par Artima, et qui constituait à ce jour la seule incursion de notre héros en territoire hexagonal. Outre-Manche, Captain Britain réapparaît en 1979 en tant que participant de la série "Black Knight" (un autre héros typiquement anglais, aux origines similairement arthuriennes) que l'on trouve dans les pages de "Hulk Weekly". Sa saga se poursuit la même année à partir du #377 de "Marvel Superheroes" (qui correspond au passage en format mensuel à l'américaine du magazine, précédemment intitulé "Mighty World Of Marvel") sous la plume de Dave Thorpe et les crayons de l'excellent Alan Davis, issu également de l'aventure "2000 AD", ce qui nous amène directement aux épisodes compilés par l'album Panini ci-chroniqué. En effet, lorsque "Marvel Superheroes" s'interrompt en 1982 avec son #388, Captain Britain est reconduit dans la revue "The Daredevils" au sommaire de laquelle on trouve, outre Spidey et le DD de Frank Miller, le début du run d'Alan Moore avec lequel Alan Davis entre en symbiose immédiate, ainsi que, citée plus haut, la série "Night Raven" animée par les mêmes. Si "The Daredevils" ne dépasse pas le #11, le Captain Britain de Moore / Davis ne s'en poursuit pas moins et sans interruption dans le #7 de "Mighty World Of Marvel, vol 2". Le #13 voit la fin du run de Moore, le scénar étant repris au #14 par Jamie Delano, connu surtout en tant que papa de "Hellblazer". Au #16, "Mighty World Of Marvel" est interrompu une fois de plus, ce qui est l'occasion d'une promotion pour notre héros puisque, toujours animé par le tandem Delano / Davis, il obtient à nouveau son propre comics "Captain Britain Monthly" qui verra paraître 14 numéros, ce qui nous amène en 1988 où le Cap décide de tenter sa chance en équipe: c'est le début de l'ère "Excalibur".
Après ce bref historique (que vous aurez j'espère apprécié, vues les recherches de ouf qu'il m'a occasionnées!), entrons directement dans le vif du sujet - et c'est là que les problèmes commencent! Car comment raconter ce qui est au-delà des mots? Par le fait, pour être une oeuvre de jeunesse, ce Captain Britain n'en est pas moins une oeuvre du Maître, et tout Alan Moore est déjà là. Premier super-héros établi à passer entre ses mains, le Cap n'en sortira pas intact: il se fait en effet atomiser par l'entité Fury, l'un des vilains les plus traumatisants qu'il nous ait été donné de voir, dès le second épisode du run! Une façon pour le scénariste de faire passer auprès de ses employeurs un message qui va rapidement devenir l'une de ses marques de fabrique: tout super-héros plongé dans un scénario d'Alan Moore subit une branlée, égale au poids de la routine qui l'a encroûté dans les épisodes précédents, en ressort méconnaissable, et bien du plaisir au malheureux qui reprendra le titre derrière lui! Captain Britain ne sera que le premier d'une longue série: comme je vous l'ai dit, dès l'année suivante Moore ira planter son joyeux boxon chez DC, en commençant par dézinguer la "Swamp Thing" pour ensuite la ressusciter selon ses propres critères. Le lecteur halluciné découvrira que la créature est en fait un élémentaire qui se prend pour le Docteur Alec Holland, lequel est mort à notre insu dès le premier numéro de la série originelle de Wein et Wrightson... On le voit, non content d'écrire ses propres scénarii, Moore se sent en outre obligé de réécrire ceux de ses prédécesseurs! Cerise sur le gâteau, il se permet de révolutionner les séries de fond en comble tout en restant collé à la continuité officielle, acrobaties qui sont d'ailleurs à la base de ses idées les plus géniales. La liste sera longue, du Superman du Silver Age qu'il envoie prendre une retraite de bon père tranquille sur un univers parallèle après avoir épousé Loïs Lane à laquelle il fait un mouflet - assurant ainsi un terrain vierge à l'Homme d'Acier post-Crisis - à Supreme dont il reconstruit l'univers entier en faisant de la notion même de redéfinition l'un des moteurs principaux de son intrigue dans une sublime mise en abyme - et se payant délicieusement la tête de Superman au passage - en passant par "The Killing Joke" qui expédie Barbara Gordon, alias Batgirl, dans un fauteuil roulant - tragédie qui servira de tremplin à l'émergence d'Oracle, l'un des personnages les plus importants du nouveau Bat-Verse.
On le voit, Moore est un joyeux fouteur de merde qui se sent comme un poisson dans l'eau au milieu du chaos. À cet anarchisme esthétique, c'est-à-dire mis en acte en tant que technique narrative, correspond un anarchisme proprement politique dont la théorie sera explicitement exposée dans "V pour Vendetta": un monde nouveau ("Ordung") passe nécessairement par un stade chaotique ("Verwirrung") qui en détruit les valeurs devenues obsolètes. Il s'agit de tout remettre à plat, et c'est exactement ce que fait Moore dans ses comics: tous les super-héros qu'il prend en main dans ses travaux pour Marvel ou DC commencent par être détruits, soit physiquement, soit symboliquement, c'est leur "Verwirrung" à eux, et V ne fait d'ailleurs par exception à la règle. Ne nous y trompons pas: sous ses aspects délirants, la révolution que Moore fait subir aux séries qu'il saccage n'est rien moins que politique. Le super-héros qu'il démolit, c'est bel et bien celui du Silver Age, avec ses valeurs morales de droite.
À cet égard, Captain Britain est une victime de choix: vêtu d'un drapeau, c'est à dire personnification d'un patriotisme cocardier et des valeurs morales dogmatiques qui vont avec, il peut s'attendre à se faire malmener d'importance - on ose à peine rêver de ce que Moore aurait fait d'un Captain America, avec ses tirades grandiloquentes et moralisatrices sur l'ordre et la liberté, mâtinées de considérations réactionnaires et anti-communistes primaires, si on le lui avait confié! Ne nous étonnons donc pas de voir Captain Britain réduit en chair à pâté avec une violence inouïe dès le début du run, puis reconstruit à partir de quelques reliques par un Merlin démiurge auquel Moore semble s'identifier, car ce dernier considère l'univers de Marvel dans lequel il débarque comme le "pays de fais ce qu'il te plaît". Au Captain Britain que vous avez connu, je substitue mon Captain Britain à moi, c'est comme ça et pas autrement! Belle insolence de la part d'un débutant: le monde des comics, il va le bouffer tout cru, et l'éditeur de Marvel-UK qui l'a embauché ne se doutait certainement pas qu'il venait d'ouvrir la boîte de Pandore! On ne s'étonnera donc pas non plus de voir son Captain Britain réduit par Merlin / Moore à un pion sur un échiquier: tout au long du run, son héros subit les événements que lui impose son démiurge et ne contrôle jamais la situation, sans parler de la victoire finale qui lui est subtilisée par l'un de ses doubles particulièrement trouillard venu d'une Terre alternative! Car l'arme la plus efficace de Moore dans son entreprise de démolition systématique, c'est bien sûr l'ironie. Certes le comics est délirant par essence et il n'est pas rare d'en voir les héros tenir les dialogues les plus bouffons avec un sérieux imperturbable. Moore reprend ce décalage à son compte tout en y injectant une distance ironique qui le plonge dans la caricature la plus outrancière. Là où ces prédécesseurs pratiquaient la mesure, il ne connaît aucune limite et tient à le faire savoir. J'en veux pour preuve ce dialogue totalement fracassé entre Zeitgeist et la mutante Cobweb, dont le pouvoir lui permet de connaître l'avenir des années à l'avance:
-" Cobweb, tu savais qu'on allait tomber là-dessus en sortant?
- Oui.
- Depuis?
- Un an.
- Un an? T'aurais pas pu nous prévenir?
- Si. Mais j'ai décidé de ne pas le faire quand j'ai appris l'horrible insulte que tu allais me balancer.
- Que j'allais te... Tu ne nous as pas prévenus parce que J'ALLAIS t'insulter? Tu veux dire qu'à l'époque je ne t'avais pas encore insultée? Tu as juste PRÉDIT que j'allais le faire et... Cobweb, tu es l'hystérique la plus profondément irrationnelle que j'ai jamais vue.
- Là! Je savais que t'allais dire ça! Alors, viens pas pleurer parce que tu es téléporté au milieu d'une armée d'extra-dimensionnels belliqueux... Vu ton langage, tu es le seul fautif!"
Voilà. J'espère que cet exemple vous aura donné la juste tonalité du Captain Britain d'Alan Moore. Car son run n'est rien d'autres qu'une enfilade de situations tout aussi bouffonnes, articulées entre elles avec une rigueur scénaristique remarquable: on sait depuis longtemps que la folie a sa propre logique, et que celle-ci produit du sens. La structure même du récit est propre à égarer le lecteur, car Moore entremêle avec maestria un nombre astronomique de lignes narratives parallèles. Toutefois, tout finit par se mettre en place, toujours à point nommé, et c'est alors que nous restons babas devant le génie du bonhomme, pour peu que l'on soit capable de laisser son cartésianisme au vestiaire. Lesdites lignes narratives renvoient d'ailleurs souvent à autant de réalités parallèles, et à autant de versions alternatives de notre Terre (vous serez ravis d'apprendre que vous appartenez à la Terre 616!), qui constituent ce que les marvelophiles les plus endurcis connaissent sous le nom de "Multiverse". Si Moore n'est pas à l'origine de ce concept, ce n'en est pas moins dans Captain Britain qu'il fait son apparition , au cours du run de Dave Thorpe dans "Marvel Superheroes" pour être précis - de même que les terrifiants Mad Jim Jaspers et Fury. En revanche, la notion de "Multiverse" va au fil du temps prendre des proportions cosmiques pour s'étendre à l'ensemble des productions Marvel, à tel point que rares sont les séries qui n'auront pas, à un moment ou à un autre, débordé dans quelque Terre alternative. Si les choses en sont arrivées là, Moore n'y est pas pour rien, son Captain Britain est là pour en attester. Car c'est durant son run que les dimensions commencent à proliférer, ainsi que les répliques alternatives masculines et féminines de notre héros, qui sont ici légion. Pour mettre un peu d'ordre dans tout ça, il y a l' "Overworld", correspondant au mythique Avalon où règnent les figures et divinités celtiques du cycle arthurien (dont, évidemment, Merlin) et où trône la "Cour Suprême Omniverselle" qui transcende les réalités et intervient sur les Terres menaçant l'équilibre de "Multiverse". Moore se fait d'ailleurs un plaisir de débarquer dans ce "monde de l'ordre" pour y semer un bordel mémorable!
L'arrivée de Moore dans un univers préexistant est d'ailleurs la principale difficulté à laquelle est confrontée le lecteur français, qui n'a pas eu connaissance du run de Thorpe. L'album débute donc sur la Terre 238, où débarque Captain Britain on ne sait trop pourquoi, si ce n'est pour s'y faire détruire. Mais qu'on ne s'inquiète pas outre mesure, le run demeure tout à fait lisible. En dix-huit épisodes, Moore nous entraîne dans un kaléidoscope chatoyant magnifiquement illustré par un Alan Davis dont le psychédélisme n'est pas sans rappeler le Docteur Strange de Steve Ditko, l'un des comics les plus hallucinés du Silver Age. Il est d'ailleurs admirable de constater à quel point scénariste et dessinateur parviennent dans le délire à une osmose qui relève de la magie pure et simple. Nous voyageons sur des mondes étranges dignes d'"Alice au Pays des Merveilles" - Mad Jim Jaspers, dont le pouvoir consiste à distordre physiquement la réalité, est une référence évidente au Chapelier Fou - où les personnages les plus picaresques (mention spéciale pour les super-mercenaires de l'"Armée Secrète") affrontent les situations les plus abracadabrantes en échangeant des dialogues hilarants. Mais Moore, qui est un auteur à tiroirs, ne manque pas non plus de se faire grave lorsqu'il s'agit de dépeindre une société totalitaire où les super-héros - soit: les déviants - sont internés dans des camps de concentration, dans une Angleterre qui préfigure celle de "V pour Vendetta". Il est d'ailleurs intéressant de noter que Mad Jim Jaspers, l'homme ivre de pouvoir qui forge les réalités les moins enviables, terminera sa carrière dans une dimension exempte de toute réalité. Force reste donc au chaos, décrit par un Moore pessimiste comme la nécessité incontournable de toute abolition d'un régime totalitaire.
Que du bonheur, donc, dans cette oeuvre pré-mature qui, paradoxalement, témoigne d'une maturité créatrice laissant loin derrière l'ensemble des comics de l'époque. Et c'est trop de joie que d'apprendre dans la checklist Panini de ce mois-ci qu'à la suite de cet authentique chef-d'oeuvre va débarquer sur les étals la nouvelle fournée de "Top Ten", préquelle nous relatant les origines du célèbre commissariat futuriste. Mettez vos listes de Noël à jour, les mecs... Quant à moi, permettez que je me pâme!
Le Cap découvre ses avatars alternatifs
Fury: un vilain à ne pas contrarier!
Big trip dans l'univers fraca de Mad Jim Jaspers!
La Cour Suprême Omniverselle, ou le retour du Muppet Show!
Les mercenaires hauts en couleurs de l'Armée Secrète
Un psychédélisme à la Steve Ditko
Moore et Davis foutent le boxon dans l'Overworld!
Agrandissez l'image pour jouir d'un dialogue savoureux!
08 novembre 2006
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Oct 06)
Fin de mois
ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...
(ou: "Les rubriques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!)
Vu à la télé
CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE
(Willy Wonka And The Chocolate Factory)
de Mel Stuart (1971)
Saviez-vous qu'il existait une version archaïque de "Charlie et la Chocolaterie"? Moi non plus. Grâce à Arte qui nous l'a déterrée, je me suis donc couché moins con que je m'étais levé. Et ma foi, j'ai pris grand plaisir à découvrir ce conte moderne plein de poésie et de malice qui fleure bon la superprod Disney des sixties façon "Mary Poppins". Le soin tout particulier apporté aux décors délicieusement surréalistes - un plaisir permanent pour les yeux - l'atmosphère très british, les chansons gentiment délirantes des Oumpas-Loumpas, et surtout la performance d'acteur de l'extraordinaire Gene Wilder, acteur fétiche de Mel Brooks, dans le rôle de Willy Wonka - certes, il ne fallait rien moins qu'un Johnny Depp pour soutenir la comparaison - valent à eux seul le déplacement. Personnellement, j'adore Willy Wonka: avec lui, nous nous sentons vengés de tous les sales gosses mal élevés par des parents inconséquents qui nous ont un jour cassé les pieds et que nous rêvions de fesser à tour de bras! C'est très bien réalisé par Mel Stuart, surtout connu pour son "Wattstax" qui est le "Woodstock" de la musique black des sixties. Y'a pas à dire, heureusement qu'il y a le chocolat pour rendre le monde supportable!
Vu à la télé
LE CERCLE 2 (The Ring Two)
de Hideo Nataka (2003)
À force de remaker systématiquement tous les films japonais qui ont revigoré le cinéma fantastique au tournant du millénaire, Hollywood a fini par vider le genre de sa substance: on ne s'étonnera pas que "Le Cercle 2" ressemble à un vieux cadavre desséché, souvenir d'une franchise vampirisée jusqu'à la dernière goutte par les épiciers de la Côte Ouest. Pourtant nous aurons été patients, reconnaissant les mérites du premier "Cercle" américain de Gore Verbinsky (voir "Mollards" de Juin), et nous enthousiasmant pour le remake "The Grudge" initié par Sam Raimi et réalisé par Takeshi Shimizu, auteur de l'original "Ju-on" (voir "Mollards" d'Août). Mais là où Raimi a réussi un coup de maître en délocalisant son film au Japon, renouant par là avec l'envoûtante magie des films de fantômes nippons, les producteurs de ce "Cercle 2" ont foiré leur entreprise en important Hideo Nataka aux States pour s'auto-remaker. Dieu sait que nous avons aimé Nataka pour le "Ring" original et pour son "Dark Water" (lui-même américanisé sous la direction du Brésilien Walter Salles, autre cinéaste d'importation fourvoyé dans le cinoche alimentaire), mais on ne le suivra pas cette fois. Tel beaucoup de maîtres asiatiques avant lui (John Woo, Tsui Hark, etc...), Nataka a perdu son âme en arrivant à Hollywood, comme si la Mecque du celluloïd n'était qu'un gigantesque laminoir de génies. Symbole d'un libéralisme triomphant qui désamorce toutes les déviances par la récupération, le cinéma de masse américain est comparable en cela à un immense tube digestif: tu introduis un mets délicieux à l'entrée, et tu récupères de la merde à la sortie! Ou, pour dire les choses moins trivialement, les cultures non américaines sont solubles dans le "melting pot", et il ne semble pas y avoir d'américanisation possible sans déculturisation préalable. Demandez-vous après ça pourquoi Kubrick s'était exilé à Londres! Ainsi, le pauvre Nataka se voit réduit ici à une pure forme qui tourne à vide et fait de son mieux pour illustrer le scénario crapoteux et bourré d'incohérences écrit avec les pieds par un pisse-copie sans doute payé au mois! Par le fait, et n'ayant rien de valable à se mettre sous la caméra, sa réalisation tourne au vain exercice de style et on peut dire qu'au bout du compte, il se regarde filmer, n'ayant rien de mieux à faire. Son fameux rythme lancinant, qui nous avait tant envoûtés dans ses films japonais, devient ici lenteur pathologique et le spectateur ne tarde pas à languir: c'est long comme une directive européenne, et tout aussi chiant! La pauvre Naomi Watts semble subir le film plus qu'elle ne l'interprète, et elle réalise son parcours fléché comme une veuve qui retournerait sur les lieux de sa lune de miel, triste... Enfin, il reste à espérer que Nataka ne fasse pas carrière à Hollywood car, pour le coup, c'est nous qui serions en deuil...
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.cinoche.com/trailers/1139/1319
Comics
SUPERMAN #15: "Sacrifice"
collectif (Panini - Septembre 2006)
Suite de notre feuilleton "Infinite Crisis", ou plutôt de son interminable prélude. Que ceux qui suivent encore s'accrochent, parce que ça va devenir compliqué... Vous étiez en droit de vous attendre à la suite de la mini-série "The OMAC project", puisque c'est là que je vous avait laissés à la fin de ma chronique "Batman & Superman #6"... Eh bien non, misérables mortels, sachez que les voies de DC sont impénétrables, et qu'il vous faudra sauter directement au crossover "Sacrifice", paru aux States en Septembre 2005, lequel s'intercale fort vicieusement entre les #3 et 4 de "The OMAC Project". Pour nous mangeurs de grenouilles, ce "Superman" #15 qui compile les quatre épisodes du crossover s'inscrit donc entre les #6 et 7 de la revue "Batman et Superman". Vous vous dites qu'il y a de l'abus et vous avez raison, l'affaire ayant provoqué un véritable tollé parmi les lecteurs américains, légitimement bien vénères de se faire prendre pour des vaches à lait et de se voir sans cesse contraints de sauter d'un titre à l'autre sous peine d'être largués. Jugez-en sur pièces: le premier chapitre de "Sacrifice" démarre dans "Superman" #217. Je vous avais dit dans ma précédente chronique que Supes n'avait pas l'air bien net à la fin de "The OMAC Project" #3: en fait voilà, l'ignoble Maxwell Lord a pris le contrôle de son esprit. Victime d'hallucinations, il rêve qu'il affronte ses vieux ennemis, et s'aperçoit dans "Action Comics" #829 que, croyant dérouiller Darkseid, il a en fait cassé la bouche à Batman! L'affaire se poursuit dans "Adventures Of Superman" #642 où la JLA entre en lice. Le puzzle hallucinatoire des deux premiers chapitres se met alors en place dans cette troisième partie, qui voit Superman perdre la confiance de la JLA, exception faite de sa fidèle amie Diana. C'est donc dans "Wonder Woman" #219 que s'achève la saga, avec un épisode dans lequel le duo va demander des comptes à Maxwell Lord, ce qui nous vaut un combat de titans entre Wonder Woman et un Superman à nouveau possédé. En fait les fans américains ont eu raison de se foutre en rogne: ce que nous relate ce crossover était en fait racontable en un seul comics, deux au grand maximum, qui aurai(en)t pu faire l'objet d'un ou deux fascicule(s) supplémentaire(s) de "The OMAC Project". Les deux premiers chapitres n'ont aucun intérêt dramatique, et tirent à la ligne en se complaisant dans les hallucinations de Supes, autant de non-événements fadement relevés d'un suspense à deux balles. À la fin du troisième chapitre, ce qu’il s’est effectivement passé se résume en une phrase: Superman a cassé la tête à Batman et la JLA ne lui fait plus confiance, point barre - on n’a plus dès lors qu’à attaquer le final. De plus, le changement d’auteurs dans le passage d’un titre à l’autre est loin de faciliter la cohésion de l’ensemble. On passe ainsi de Verheiden / Benes à Simone / Byrne pour les deux premiers chapitres. Si les deux derniers sont scénarisés par Greg Rucka (c’est d’ailleurs avec l’arrivée de celui-ci que l’histoire commence à ressembler à quelque chose!), en revanche les dessinateurs y sont légion: à croire que l’affaire "Infinite Crisis" mobilise tellement de monde chez DC qu'aucun dessinateur n'est plus en mesure d'assumer un comics entier! Bon, après cette grosse arnaque, retour incessamment sous peu sur "The OMAC Project" pour la conclusion du prélude...
BD
SPIROU ET FANTASIO #49:
"Spirou et Fantasio à Tokyo"
par Jean-David Morvan & José-Luis Munuera
(Dupuis - Septembre 2006)
Aïe, voilà qui va relancer la controverse de l'invasion des mangas! Soyons clairs dès l'abord, pour éviter toute polémique inutile: je n'ai absolument rien contre les mangas, je ne les connais d'ailleurs pas suffisamment (manque de temps!) pour avoir un avis valable sur la question, néanmoins il m'est arrivé ça et là d'en lire d'excellente facture. Ne comptez donc pas sur moi pour hurler avec les loups - principalement des éditeurs aigris déplorant la captation de 40% de parts de marché par les petits Mickey nippons! Après tout on n'a pas tant fait d'histoires lorsque le rock'n'roll a déboulé sur l'Europe, et personne ne se plaint du déferlement de blockbusters américains souvent indigents sur nos écrans, de même que l'on passe pour un vieux con rabat-joie dès qu'on essaye d'expliquer à un ado que McDo c'est caca, ou qu'Halloween ça fait juste un peu chier lorsqu'on vous tire du pieu à minuit pour vous réclamer des bonbecs! Alors comme ça, ça serait deux poids deux mesures? Faudrait qu'on lèche les couilles de l'Oncle Sam et qu'on fasse la gueule devant la déferlante manga comme au bon vieux temps du péril jaune? Et pourquoi pas des autodafés, tant qu'on y est? Bon, à présent que vous connaissez ma position, je peux attaquer ma chronique. N'ayant rien contre le manga, je n'ai rien non plus contre les Européens qui s'essaient à faire du manga - oui, ça existe aussi et c'est de plus en plus à la mode. Moi, je suis pour l'interpénétration des cultures. Que Munuera ait goulûment tété la mamelle manga, c'est une évidence fièrement proclamée par son trait, et je suis bien content qu'il ait trouvé en Morvan un complice pour jouer au samouraï. Dès lors, on se demande pourquoi ils ne créent pas leur propre série indépendante pleine de katanas et de coups de lattes, plutôt que de nous nipponiser notre groom d'outre-Quiévain. Car "Spirou et Fantasio à Tokyo", c'est manga à tous les étages, à tel point que l'on est en droit de parler d'aliénation de la série. Qu'est-ce que c'est que ce Spirou, jadis adepte de la bonne vieille castagne, devenu soudain expert en arts martiaux, qui flanque la pile à des yakuzas confirmés et affronte de gigantesques créatures à la Goldorak, animées par des minots aux pouvoirs télékinésiques? À peine sourit-on lorsqu'il quitte son kimono et se déguise... en groom, afin de s'introduire incognito dans un hôtel, tant le gag résonne en nous comme le glas sonnant la fin d'une époque: terminé le Spirou franco-belge et le style "gros nez", celui des Franquin, Fournier, Tome et Janry, voici venu l'heure du Spirou dénaturé, mondialisé, ajusté au marché, fluctuant selon les modes, aujourd'hui manga, demain autre chose, je sais pas moi, super-héros, pourquoi pas, au point où on en est... Tout cela pue la stratégie éditoriale opportuniste à plein nez, et les belles planches de Munuera, qui n'est jamais qu'un exécutant, ne parviennent pas à nous faire avaler la couleuvre. Je vous jure, je n'ai absolument rien contre le manga... mais je veux mon Spirou à moi!
Vu à la télé
LA PORTE DES SECRETS
(The Skeleton Key)
de Iain Softley (2004)
Iain Softley, qui se présente en tant que fan déclaré du "Angel Heart" d'Alan Parker, nous offre ici un décalque parfait de son modèle: Nouvelle-Orléans, vaudou (ici rebaptisé "hoodoo" pour donner l'illusion de la nouveauté), bayous fangeux, et twist final quasi identique que je ne dévoilerai pas pour ceux qui n'ont vu aucun de ces deux films pénibles. L'élève va jusqu'à reproduire dans les moindres défauts le style adulé du (milli)maître: même maniérisme systématique, esthétisant et chichiteux, à tel point qu'il finit par perdre son film de vue à force de se regarder le nombril. Par le fait, l'homme s'avère incapable de filmer un plan simple sans flanquer un torticolis à son malheureux caméraman, lequel mérite amplement un prime de risques! Par exemple, un personnage ouvrant une porte est obligatoirement shooté en plongée verticale, sans utilité démontrée, et tout à l'avenant... Et des portes, il y en a dans cette variation de "Barbe Bleue" où une garde-malade naïve se voit remettre par une maîtresse de maison acariâtre et inquiétante un passe-partout (d'où le titre original du film, "The Skeleton Key") auquel résiste une seule et unique porte, celle du grenier. Comme de bien entendu, l'ingénue n'aura de cesse de chercher à franchir le seuil prohibé, derrière lequel elle finira par rencontrer son destin, dûment programmé par sa manipulatrice employeuse. Les péripéties de cette ténébreuse histoire auraient pu se suivre avec un certain intérêt sans les spécieuses digressions techniques d'un cinéaste très auto-satisfait qui ne parvient qu'à lénifier le spectateur à force d'acrobaties filmiques, délivrées qui plus est à un rythme soporifique. À l'actif de Softley, reconnaissons qu'il a admirablement su préserver son twist, nous offrant un final surprenant qu'on ne voit vraiment pas venir. Dommage que ce réveil n'advienne que bien trop tard, alors que nous sommes déjà à un stade avancé de somnolence. On aura également le plaisir de retrouver la grande Gena Rowlands, épouse et égérie du regretté John Cassavetes, qui s'essaye ici pour la première fois au genre fantastique (et avec succès), ainsi que le non moins excellent John Hurt qui se la coule douce dans le rôle d'un vieux légume cacochyme.
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SCREAM 3
de Wes Craven (1999)
Ce pauvre Wes Craven n'est décidément plus que l'ombre de lui-même. Privé de Kevin Williamson, idole des cours de récrés et autres pom-pom girls et ci-devant scénariste des deux premiers chapitres, il recycle ici le script de "Freddy sort de la Nuit", son dernier bon film qui concluait brillamment la longue saga du griffu à tronche de pizza, et le fait réadapter par le tâcheron Ehren Kruger (ça sent le népotisme, c't'affaire!), l'un des principaux responsables du naufrage du "Cercle 2" (voir ci-dessus) et auteur du soporifique "La Porte des Secrets" (idem, décidément c'est sa journée!), bien connu pour la constitutive incohérence de ses écrits. Pour mémoire, l'habile mise en abyme de "Freddy sort de la nuit" mettait en scène Wes Craven dans son propre rôle en train de réaliser l'ultime séquelle de sa série avec, dans leurs propres rôles également, les acteurs survivants des "Griffes de la Nuit", génial premier chapitre de la saga. Le réalisateur se retrouvait à son tour victime des maléfices du croquemitaine onirique qui prenait un malin plaisir à actualiser toutes les horreurs imaginées dans le scénar. C'est exactement ce que fait le tueur mystérieux de "Scream 3", qui profite du tournage du film "Stab 3" relatant les évènements subis dans les deux premiers "Scream", pour bousiller les acteurs jouant le rôle des personnages de ces deux navets mémorables. L'astuce, c'est que ceux qui y ont survécu - à savoir l'éternelle victime Neve Campbell, le flic simplet David Arquette et la journaliste tête-à-claques Couteney Cox - sont présents sur le plateau à titre de consultants, et vont refaire équipe pour démasquer ce nouveau tueur qui suit scrupuleusement le scénario du film pour commettre ses exactions. Mais, allez-vous me dire, un tueur qui suit un script est désespérément prévisible. Certes, vous répondrai-je, mais Ehren Kruger est un petit futé: dans son histoire, il y a plusieurs versions du scénar, et c'est ce qui fait toute la subtilité de son sac de noeuds. Nonobstant le fait qu'on se demande où est l'intérêt de mettre en place un concept scénaristique pour le contredire cinq minutes plus tard (ça, je n'aimerais pas passer mes vacances dans la tronche d'Ehren Kruger!), on notera que "Freddy sort de la Nuit" nous montrait un Craven réécrivant sans cesse son script pour contrer sa diabolique créature: on ne s'étonnera donc pas que "Scream 3" ait un méchant goût de réchauffé. Pour le reste, c'est toujours la même accumulation de procédés vieux comme mes robes: un personnage tourne-t-il le dos à une fenêtre, que la tronche molle de l'autre blaireau vient immanquablement s'y encadrer, le tout ponctué par un tonitruant accord mineur! On a droit aussi à une salle remplie de costumes de tueurs, au milieu desquels déambule une victime programmée en attendant que l'un d'entre eux ne lui tombe sur le râble - re-accord mineur! - et tout à l'avenant... En gros ça se résume une fois de plus à un whodunit poussif entrecoupé de scènes de meurtres aussi effrayantes qu'une aventure de Casper le Gentil Fantôme, c'est-à-dire approuvé par les ligues de vertu, le Parti Républicain et le lobby des fabricants de pop-corn. On se demande d'ailleurs pourquoi les auteurs des "Scary Movie" ont éprouvé le besoin de pasticher la série des "Scream": elle n'a besoin de personne pour ça!
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THE JACKET
de John Maybury (2005)
Y'a de ces gens qui ont vraiment un destin christique. Prenez Jack, par exemple. Embarqué dans le bourbier irakien, il adopte une attitude pacifiste et commence par se prendre une balle dans le teston de la part d'un jeune autochtone avec lequel il tentait de faire ami-ami. Temporairement mort, il ressuscite miraculeusement et se voit rendu à la vie civile gratifié d'une solide amnésie, dont profitera un malveillant pour lui faire endosser le meurtre d'un policier. Le voilà interné en asile psychiatrique, où il est torturé par des infirmiers sadiques et une sorte de Docteur Mengele, interprété par c'te vieille ganache de Kris Kristofferson, qui lui fait régulièrement passer des heures sanglé dans une camisole (d’où le titre) et enfermé dans l'obscurité d'un tiroir de morgue. Mais Jack sait positiver, et va retourner à son avantage cette expérience claustrophobique et cauchemardesque: dans son tiroir commence pour lui une aventure extraordinaire aux confins de l’espace et du temps. Je n’en dis pas plus, et vous laisse découvrir par vous-mêmes les rebondissements de cette très captivante intrigue imaginée par le scénariste débutant Massy Tadjedin, qui nous livre un script en béton, et filmée avec élégance par John Maybery, poulain de Steven Soderbergh (ici producteur, en compagnie de George "chéri de ces dames" Clooney) qui a flashé sur sa première réalisation "Love Is The Devil", biopic du peintre tourmenté Francis Bacon. Enfin du sang neuf pour un cinéma fantastique adulte! L'ambiance cotonneuse mise en place par Maybery illustre efficacement la confusion mentale de son héros, interprété magistralement par Adrien Brody qui, avec son grand pif et son air de chien battu, s'assure de notre compassion inconditionnelle - honnêtement, je ne vois pas quelle femme digne de ce nom pourrait résister au désir impulsif de le materner! Résultat, on ne décroche pas une seconde de cet univers à la Philip K. Dick où le temps se recourbe sur lui-même dans l'éclosion de nouvelles réalités alternatives, le tout filmé sans esbroufe ni effets spéciaux, mais tout simplement à hauteur humaine. Une indéniable réussite!
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:
http://www.imdb.com/title/tt0366627/trailers-screenplay-E23081-6-3
Une vue panoramique de la "factory" de Willy Wonka
"Le Cercle 2": difficile de tomber plus bas!
Superman, Wonder Woman et Maxwell Lord: les psychanalystes vont s'éclater!
Spirou et Fantasio vs Goldorak!
"La Porte des Secrets": voyeurisme et châtiment!
"Scream 3": le retour de la tronche molle!
Pauvre Jack: on lui fait rien que des misères!
"La Vie de Patchworkman": ouéééééé! j'ai un nouveau porte-clefs!
05 novembre 2006
SIN CITY
Vu à la télé
SIN CITY
de Robert Rodriguez & Frank Miller (2005)
Vous en rêviez, Rodriguez l'a fait. "Sin City" est la réalisation d'un vieux fantasme de fans de comics, lesquels, plus souvent qu'à leur tour agacés par des adaptations où ils ne retrouvent pas leurs petits, espèrent depuis toujours un film qui respecterait leurs idoles au pied de la lettre et constituerait, lâchons le mot, une transposition presque en temps réel de ce qu'ils ont connu sur le papier. Perso, je fais souvent tout éveillé cet impossible rêve d'une série TV qui me proposerait, par exemple, les aventures des Fantastic Four ou de Spiderman dans leur exhaustivité, un épisode après l'autre, tels qu'ils sont présentés dans les intégrales Panini en cours de parution.
C'est précisément tout le mérite de Rodriguez: s'être attelé à l'impossible. Il fallait bien ce challenge, filmer un comics culte selon le principe "un plan - une case", en s'offrant au passage le luxe de reproduire par la photo le contraste très dur du noir et blanc originel, pour sortir le vieil ours Frank Miller de sa tanière, lui qui ne voulait entendre parler d'une adaptation de ses oeuvres ni de près ni de loin. La presse spécialisée a raconté comment, dévoué à l'oeuvre du Maître de manière jésuitique, Rodriguez se montra sur le tournage plus royaliste que le roi: à chaque modification que Miller proposait dans le but d'améliorer le matériau de base, il s'entendait répondre par son trop zélé collaborateur: "Mais ça n'est pas dans le comics!". Miller se voyait alors dans l'obligation de prendre la BD et de dessiner directement par-dessus les modifications qu'il souhaitait, rétorquant à Rodriguez: "Maintenant, ça y est!"
C'est cette intransigeance par rapport à une oeuvre adulée qui fait à la fois la force et la faiblesse du film. Faiblesse car le temps de la BD n'est pas celui du cinéma: les cases de la BD sont une succession d'instantanés, et le choix dans la durée objective d'une action de moments subjectivement déterminés lui confèrent toute sa puissance. Dans le cas de Miller, les cases tombent comme autant de couperets. Le cinéma, au contraire et de par sa nature même qui s'inscrit dans la durée, se voit contraint pour ainsi dire de remplir les blancs entre les cases, sous peine de se réduire à un diaporama sans intérêt. Morale de l'histoire: sans un minimum d'adaptation à ce qui constitue l'essence du médium cinéma, le discontinu se fond dans la continuité et l'impact des cases se trouve fatalement délayé dans la durée cinématographique. De là cette chute de rythme que le spectateur éprouve par moments à la vision de "Sin City" le film, et le fait que nous restions de glace devant certaines scènes pourtant ultra-violentes, qui auraient dû théoriquement nous percuter de plein fouet.
Mais n'accablons pas Rodriguez, qui fait sur ce coup oeuvre d'empiriste visionnaire. Le cinéma se trouve enrichi par sa superbe expérimentation, car on a désormais la confirmation par l'acte que dans toute adaptation, l'équilibre se trouve quelque part entre l'intransigeance de "Sin City" et la trahison pure et simple que constitue par exemple un "V pour Vendetta". En un mot comme en cent, Rodriguez a accepté héroïquement d'essuyer les plâtres afin d'essayer de donner corps au fantasme de milliers de fans. Et nous l'en remercions chaleureusement car, malgré ces quelques sautes de rythme, "Sin City" reste un grand film, et l'oeuvre vénéneuse de Miller n'aurait pu rêver meilleure adaptation. La technique photographique révolutionnaire mise en place par Rodriguez est bluffante, la mise en scène ne laisse rien à désirer puisque Miller est derrière chaque plan et chaque cadrage, et la distribution explose nos rêves les plus fous: Bruce Willis est parfait en flic chandlerien fatigué, Benicio Del Toro nous fait bien marrer à philosopher avec son bout de ferraille planté dans le teston, et le génialissime Mickey Rourke sort enfin de sa placardisation pour faire son grand retour dans un rôle à sa démesure, quelque part entre Mike Hammer et le super-héros de comics. Citons encore le très pittoresque gang des prostituées, avec une mention spéciale pour Miho, la sabreuse diabolique qui nous gratifie quelques grands moments de pur comics. Et puis il y a "Sin City", la ville vérolée jusqu'à la moelle, parfaite synthèse d'une L.A. à la James Ellroy et de cette Gotham City qui obsède tant Miller, où des héros en McFarlane bondissent des gratte-ciel ou jouent les trapézistes dans les cages d'escaliers dans le plus pur style Daredevil, où les personnages encaissent façon Hulk des dizaines de bastos sans sourciller, et qui a même son Joker en la personne du très croquignolet Yellow Bastard!
Bref, on en redemande, et on en aura probablement puisque le duo concepteur se propose de remettre le couvert dans un futur "Sin City 2": si Rodriguez a su tirer les enseignements de sa courageuse expérience, cette séquelle devrait théoriquement frôler la perfection et faire date dans l'adaptation de comics. Un bonheur n'arrivant jamais seul, sachez que Frank Miller a chopé dans l'aventure le virus du cinéma, qu'il projette de mettre en scène rien moins que le "Spirit" de l'immmmmmense Will Eisner, et que lui aussi promet une absolue fidélité à ce grand classique du Neuvième Art. Logique, somme toute: à y bien réfléchir, avec son bitos, son masque et son caveau de famille qui lui tient lieu de Batcave, le Spirit n'est-il pas l'ancêtre de Marv (dont il partage d'ailleurs le masochisme et le goût des femmes fatales), parfaite synthèse entre le privé des pulps et le super-héros des comics? En attendant, on se fera les dents avec l'adaptation de son péplum "300", réalisé par Zack Snyder (aïe!), lequel devrait malheureusement enchaîner (aïe-aïe-aïe!) sur "Watchmen", le chef-d'oeuvre d'Alan Moore et Brian Gibbons. En ce qui concerne "300", espérons que la présence de Miller sur le plateau en tant que producteur exécutif saura mettre un frein aux détestables tendances de Snyder, déjà auteur d'un ignoble remake bourrin et branchouille du "Zombie" de Romero.
Cliquez sur le lien pour voir la bande-annnce:
http://www.cinemovies.fr/fiche_multimedia.php?IDfilm=3666
Bruce Willis: les héros sont fatigués!
Mickey Rourke: y'a de l'Urgo dans l'air!
Clive Owen et Benicio Del Toro, dans une pub antitabagique!
Bruce Willis saigne pour les beaux yeux de Jessica Alba
Le gang des prostituées - spécialité: l'amour vache!
Devon Aoki: la touche manga de "Sin City"
02 novembre 2006
ÇA SENT LE BOOK!
Livres
ÇA SENT LE BOOK!
Oui, je sais, y'a de l'abus, mais c'est tout ce que j'ai trouvé comme titre pour cette chronique exclusivement littéraire qui compile un lot de bouquins raflés à vil prix sur l'étal d'un brocanteur, l'occasion pour moi de vous parler de quelques spécialistes du genre. À lire exclusivement après minuit, par une nuit sans lune, dans un cimetière abandonné, à la lueur d'un feu follet...
LE CONCILE DE PIERRE (2000)
de Jean-Christophe Grangé
(Livre de Poche n° 17216 - 2006)
Cocorico! Laissez tomber les Crichton, Wolfe et autre Clancy, le renouveau du thriller est français et il s'appelle Jean-Christophe Grangé! Outre-Atlantique, ses oeuvres font un tabac et, connaissant la proverbiale résistance de l'Américain moyen à toute culture étrangère, force est de reconnaître qu'il s'agit là d'un authentique exploit! Hollywood est évidemment sur le coup, et on peut légitimement s'attendre à voir fleurir bientôt quelques adaptations que l'on espère réussies, mais que l'on craint d'ores et déjà édulcorées, car l'univers de Grangé est d'une noirceur, d'une cruauté et d'une désespérance propres à affoler les ligues de vertu qui, sans aucun doute, y verront l'oeuvre de Satan. L'homme s'est fait un nom chez nous grâce à l'adaptation des "Rivières pourpres", son second roman, par Matthieu Kassovitz qui en a tiré un film assez confus bien qu'extrêmement séduisant par de nombreux aspects. Il semblerait toutefois que cette oeuvre ait pareillement conquis l'Oncle Sam puisqu'elle a servi de passeport à la fois à Grangé, qui a vu la plupart de ses romans traduits dans la foulée, et à Kasso, qui s'est consécutivement exilé aux States pour y tourner le gentillet "Gothika". Comme beaucoup de gens, Grangé raconte des histoires de serial killers, mais là où la majorité s'est contentée d'encroûter le genre dans une routine qui nous fait lever les yeux au ciel à sa seule évocation, l'homme le dynamite avec une outrance dont on ne trouve guère d'équivalent que chez un Thomas Harris. Par le fait, les assassins psychopathes de Grangé sont tous plus ou moins des petits cousins d'Hannibal Lekter, à la fois par leur approche esthétisante du crime et par la conscience aigue qu'ils ont de leur folie, par ailleurs entièrement assumée, intellectuellement théorisée, et dangereusement contagieuse pour ceux qui s'en approchent et risquent ce faisant leur intégrité mentale. Mais la grande originalité de Grangé, c'est d'avoir sorti le serial killer de son milieu urbain pour le lâcher dans de lointaines et exotiques contrées, et de préférence dans le tiers-monde où les horreurs qu'il commet trouvent un écho dans la misère engendrée par une humanité qui aurait mauvaise grâce à le juger. La traque du monstre, le nez collé à une piste jonchée d'abominations, prend dès lors la forme d'une errance rimbaldienne au terme de laquelle, après s'être perdu, le héros se révèle à lui-même dans toute son altérité. Le voyage initiatique débouche ainsi inévitablement sur l'enfer, comme si le Mal était incrusté de toute éternité au plus profond de l'homme. Grangé explose littéralement les limites de l'insoutenable: il faut avoir lu, dans "Le Vol des Cigognes", cette scène nauséeuse de l'exhumation du corps grouillant d'asticots d'une malheureuse fillette démembrée par une sorte de Docteur Mengele... Traumatisant! Les corps écartelés sèment ainsi leurs membres et leurs organes aux quatre coins d'une oeuvre des plus désespérées et qui sonne le glas de l'humanisme. Avant que d'entamer cette brillante carrière littéraire, Grangé fut grand reporter durant des années, et semble avoir ramené de ses voyages cette vision d'un monde au bord de l'apocalypse qu'il jette aujourd'hui sur le papier avec une crudité sans concession, comme pour exorciser un trop-plein de souvenirs dantesques. Si j'ai choisi de vous parler de son troisième roman, "Le Concile de Pierre", c'est que le grand homme y verse franchement dans le fantastique. En adoptant à Bangkok un enfant mystérieux parlant un idiome indéterminé, Diane, femme solitaire au passé douloureux, met le nez dans un nid de frelons. Un accident de voiture dans lequel le petit Lucien manque de perdre la vie, et qui s'avère en fait un attentat, met l'enfant au centre d'un complot aux ramifications labyrinthiques. L'errance commence donc avec une enquête qui mène Diane "aux frontières du réel", notamment avec un mystérieux tueur qui assassine tous les témoins de manière surnaturelle. Ce long cauchemar de quatre cents pages, vécu par le lecteur comme un voyage au "coeur des ténèbres", l'emmènera jusqu'au fin fond de la Mongolie, sur les ruines d'un empire soviétique qui n'a pas encore livré toutes ses secrètes horreurs, et parmi une peuplade de shamans aux étranges et terrifiants pouvoirs. Au bout d'une piste interminable et jonchée de cadavres, Diane se retrouvera face à elle-même et aux traumatismes de son enfance: pas une seule fois Grangé n'aura laissé tombé la tension, nous harponnant de sa plume diabolique. Âmes sensibles s'abstenir, mais les amateurs de sensations fortes en auront pour leur argent avec cette littérature de l'extrême. Un bonheur ne venant jamais seul, une adaptation cinéma du sympathique Guillaume Nicloux, avec Monica Bellucci et Catherine Deneuve, sort le 15 Novembre. On y sera.
LE JOUR J DU JUGEMENT
(The Devils Of D-Day - 1978)
de Graham Masterton
(Pocket - coll. "Terreur" n° 9018 - 1989)
Présenté un peu hâtivement par certains critiques mais surtout par ses éditeurs comme l'un des "maîtres du roman d'épouvante", voire comme l'un des héritiers du grand H.P. Lovecraft - les fleurs ne sont pas chères! - le Britannique Graham Masterton fait partie de ces auteurs surfaits qui, en bons fonctionnaires, alignent un à deux romans par an sans souci d'originalité ni de style. Ça peut faire passer un moment dans le train ou à la plage, mais ça ne nous encombrera pas les synapses la dernière page tournée. Surtout connu pour sa trilogie du "Manitou", rattachée de la cuisse gauche au Mythe de Cthulhu et dont le premier tome donna lieu, sous le titre "Le Faiseur d'Épouvantes" (William Girdler, 1978), à une série B assez sympa interprétée par Tony Curtis, Masterton ne cesse depuis d'ânonner la même histoire confrontant un démon investissant notre réalité à des héros qui ont toutes les peines du monde à le renvoyer chez lui (avec Sarko ça traînerait pas, moi je vous le dis!). Que la créature provienne du folklore amérindien ("Manitou"), japonais ("Tengu") ou autre, les romans se suivent et se ressemblent, et on peut légitimement dire que le père Masterton, y se casse pas le tronc! Le syndrome ne date pas d'hier puisque "Le Jour J du Jugement", oeuvre de jeunesse, ne fait pas exception à la règle. Ici, la créature démoniaque gît dans un vieux char d'assaut désaffecté et envahi de ronces que les Américains ont abandonné derrière eux lors du débarquement en Normandie, au grand dam des bouseux du coin qui se plaignent que ce acré bon Dieu eud' char y faisions cailler l'lait et tourner l'beurre, acré vain Dieu eud' génisse! La première moitié du roman voit le héros (américain, forcément américain, ce qui nous vaut une approche de la culture française assez divertissante!) tourner autour du char, dont la trappe d'accès est maintenue scellée par une croix et quelques conjurations en latin, comme un ours autour d'une ruche. On sait dès l'abord qu'il finira fatalement par ouvrir le cercueil de Dracula et qu'alors ça sera terrrrrrrible, mais ça n'empêche pas Masterton de continuer à tirer à la ligne comme si nous étions de parfaits crétins de lecteurs. Bon, je vous la fait brève, le démon finit par sortir, plante un boxon programmé, bousille un prêtre et tente de ramener sur terre ses cousins ainsi qu'Adramelech (à vos souhaits!), le big boss de tous les démons de l'enfer. Seule l'invocation des Anges du Bon Dieu aura raison des infernales créatures dans l'inévitable baston finale pleine de bruit, de fureur, et d'ennui. À contourner soigneusement, donc. Si vous avez des envies de fantastique britannique, faites-vous plutôt un bon Clive Barker des familles, là au moins, vous en prendrez pour votre grade!
LES LARMES DU DRAGON
(Dragon Tears - 1993)
de Dean Koontz
(Pocket - coll. "Terreur" n° 9182 - 1998)
Dean Koontz, c'est presque une institution aux States. Chacun de ses thrillers fait un best-seller et les exemplaires partent comme des petits pains à peine mis sur les étals, côtoyant sur les hauteurs du top-ten des ventes des monstres sacrés tels que Stephen King ou Anne Rice. Ça fait des années que ça dure, et y'a pas de raison pour que ça s'arrête, d'autant que l'homme, sans être d'une originalité à casser les briques, n'en a pas moins d'excellentes idées et, surtout, sait les exploiter. Pour le reste, en vieux briscard de la littérature fantastique, il connaît toutes les ficelles sur le bout des doigts et parvient sans faillir à nous tenir fermement accrochés à ses pages pleines de créatures menaçantes et de tueurs déviants, souvent produits d'une science dévoyée. Pour "Les Larmes du Dragon", incontestablement l'un de ses meilleurs titres, il imagine un tueur psychopathe d'un genre inédit, croisement entre le serial killer classique et le super-vilain de comics. En effet, l'ignoble individu se trouve investi de super-pouvoirs quasi illimités, ce qui en fait une sorte de démiurge tout puissant pratiquement invincible. Doté d'un esprit des plus infantiles et, partant, d'une cruauté tout à fait remarquable, il tourmente les pauvres mortels au hasard, un peu comme un sale gosse qui arrache les ailes des mouches. Face à lui se dressent Harry et Connie, un couple de flics durs-à-cuire qui n'ont pour l'affronter que leur courage, leur détermination et leur cervelle. Mais encore faut-il le débusquer, car l'affreux se terre dans son repaire et envoie au casse-pipe des créatures effrayantes pétries de terre et de mille autres matériaux, variations intéressantes du mythe israélite du Golem. On touche là l'un des talents les plus notables de Koontz, qui consiste à faire brillamment du neuf avec du vieux - mais le genre fantastique n'est-il pas une éternelle réactualisation des mêmes vieux mythes? À cet égard, on notera une ressemblance certaine entre son tueur et Francis Dollarhyde, le "Dragon Rouge" de Thomas Harris - encore lui! L'auto-contemplation d'un corps parfait et entretenu, le peignoir de soie rouge dans lequel il aime à s'envelopper, le titre même du roman, autant d'indices qui semblent désigner ce livre comme un fervent hommage au papa d'Hannibal Lekter. Quoi qu'il en soit, le lecteur n'est jamais volé et Koontz nous livre de la belle ouvrage, avec notamment quelques morceaux de bravoure tout à fait remarquables frappés du sceau de l'Ange du Bizarre: citons la traque d'un criminel fou dans un entrepôt de mannequins (qui n'est pas sans rappeler "Le Baiser du Tueur" de Stanley Kubrick, ou encore "Six Femmes pour l'Assassin" de Mario Bava) lors de laquelle Connie entame avec le forcené une étrange communication au travers de chansons d'Elvis, diverses scènes vécues du point de vue d'un chien, et enfin, la poursuite au milieu des participants immobiles d'une gigantesque rave, figés par le tueur qui a arrêté le temps: absolument envoûtant!
INTENSITÉ (Intensity - 1995)
de Dean Koontz
(Pocket - coll. "Terreur" n° 9210 - 1998)
Alors là, c'est la grosse surprise. Chapitre premier: Chyna est invitée à passer quelques jours à la campagne chez les parents de son ami Laura. Première nuit à la ferme: un tueur psychopathe s'introduit dans la bâtisse et dézingue toute la maisonnée. J'ai comme une impression de déjà-vu. Chapitre deuxième: le flash se produit alors que Chyna, folle de terreur, se terre sous son lit et voit s'approcher les bottes de l'assassin. Bon sang mais c'est bien sûr, je suis en train de lire l'histoire originale de "Haute Tension", le slasher décapant d'Alexandre Aja dont je vous ai dit tant de bien (voir ma chronique "Séance interdite"). La suite le confirme, le tueur embarque Laura sur son dos après l'avoir violée, Chyna s'introduit dans son camping-car à son insu, suivent le massacre dans la station-service, la filature de l'affreux, etc... Problème: j'ai beau parcourir toutes les fiches techniques du film que je trouve sur Internet et relire toutes les interview du duo Alexandre Aja / Grégory Levasseur responsable du scénar, aucune mention n'est faite d'un certain Dean Koontz dont le roman "Intensité" aurait servi de pitch à "Haute Tension", bien que la similarité sémantique des titres parle d'elle-même... Au pire, ça s'appelle un plagiat, et au mieux, en restant gentil, une captation illégitime de synopsis! Il est vrai que chez nous, malgré un certain engoûment limité à la sphère des fantasticophiles, Koontz n'a pas la stature commerciale d'un Stephen King. Là où la liste des commissions de ce dernier va, au choix, soit se négocier sur E-Bay, soit donner lieu à une adaptation au cinéma, on peut en revanche se permettre de traiter l'oeuvre d'un Koontz par-dessus la jambe, ce n'est jamais qu'un auteur mineur au pays de Descartes. Eh bien Messieurs Aja et Levasseur (ainsi que Monsieur Luc Besson leur producteur, tant qu'on y est), permettez-moi de vous le dire malgré toute l'admiration que j'ai pour votre excellent film, le procédé n'est pas joli-joli, et je ne vous plaindrai pas si quelque matin vous atterrit sur le coin de la hure ce procès que vous méritez amplement! Bon, la Défense arguera très certainement qu'à partir de la séquence de la station-service, le livre et le film divergent radicalement, et c'est très certainement ce qui fait que les prévenus se sont senti le droit d'omettre bien malencontreusement de restituer à Koontz ce qui lui appartient, mais n'empêche! C'est dit, vous ne serez pas gratifié avec le livre de ce twist décoiffant qui fait toute la valeur du film (et que je persisterai à taire), puisque vous y verrez une Chyna hyper déterminée poursuivre le tueur jusque dans son antre et lui livrer un combat digne des Walkyries. Certes bien moins original que le script qu'en ont tiré clandestinement Aja et Levasseur, le roman de Koontz se résume somme toute à un "mano-a-mano" entre un serial killer particulièrement vicieux et cérébral, et une superwoman héritière de la Sigourney Weaver d'"Alien" ou de la Linda Hamilton de "Terminator". Tout l'intérêt du bouquin tient dans le parti qu'a pris Koontz de nous décrire la traque de ce dangereux prédateur quasiment en temps réel, presque seconde par seconde, et ça, c'est diablement efficace: d'un bout à l'autre, le temps se démultiplie, l'aiguille du tensiomètre reste dans le rouge vif, les pages se tournent comme animées d'une volonté propre, et rien que pour ça, "Intensité" mérite largement son titre - ou celui que lui ont donné Aja et Levasseur.
LE FAUTEUIL HANTÉ (1909)
de Gaston Leroux
(Livre de Poche n° 1591 - 2002)
Et on termine avec un Grand Ancien, le plus célèbre de nos feuilletonistes bien d'cheu nous, papa de Rouletabille, de Chéri-Bibi et du Fantôme de l'Opéra. Considéré un peu légèrement comme un roman mineur de Gaston Leroux, "Le Fauteuil hanté" mérite d'être redécouvert tant la lecture en est divertissante. En effet, l'auteur s'y autoparodie avec un plaisir non dissimulé, en même temps qu'il tourne en bourrique le genre feuilletonesque qui lui assure la pitance et dont il est l'un des fers de lance. Mais la principale victime de ce pastiche délirant est bel et bien l'Académie Française, visiblement tout aussi ridicule à l'époque qu'elle l'est de nos jours avec, entre autres, l'intronisation d'un Giscard d'Estaing bloblotant. Sans doute Leroux se venge-t-il là de la condescendance dans laquelle les hommes en vert tenaient le genre littéraire qu'il pratiquait, car la dérouillée est sévère! Adonc, suite au décès de l'un de ses membres, l'illustre assemblée se voit dans l'obligation de pourvoir le fauteuil vacant. Problème: tous les prétendants au siège clabaudent les uns après les autres de façon très mystérieuse et de mort apparemment naturelle. Mais, c'est une question d'honneur, l'Académie ne saurait demeurer en effectif incomplet, et le Secrétaire Perpétuel M. Hyppolite Patard ne ménage pas sa peine pour trouver un suicidaire consentant à s'asseoir dans le fauteuil maudit. Pour tout dire, il est prêt à introniser absolument n'importe qui, y compris le brave antiquaire Gaspard Lalouette qui, pour homme de savoir qu'il soit, n'en demeure pas moins désespérément analphabète! L'enquête qu'il mène en compagnie de ce dernier va de rebondissement foutraque en péripétie tirée par les cheveux, d'autant que Leroux ne se fixe aucune limite dans la caricature et jette sur le papier tous les délires qui lui traversent la cervelle. Rien ne nous sera épargné dans cette intrigue aussi débile qu'alambiquée: ni les traditionnels passages secrets et autre crypte dérobée, ni la secte ésotérique sur laquelle règne un mage inquiétant répondant au doux patronyme d'Éliphas de Saint-Elme de Taillebourg de la Nox, ni les savants fous inventeurs d'armes ultimes telles que les "Parfums tragiques", les "Rayons assassins", sans oublier la "Chanson qui tue"! On cherchera vainement dans cette pantalonnade un héros digne de ce nom parmi une nuée de personnages fats, vaniteux, pleutres, veules, égocentriques, manipulateurs, et j'en passe... Quant à la vénérable Académie, elle s'avère surtout composée de parasites sociaux inutiles, auto-satisfaits et dénués de toute forme de talent si ce n’est celui de l’esbroufe. Bref, Leroux se délecte de ce jeu de massacre dans une écriture légère et élégante, dont le ton badin et apparemment détaché véhicule une ironie des plus acérées. Un régal!







































































































