Comics

LA TOUR SOMBRE - Vol 1

par Peter David, Robin Furth, Jae Lee & Richard Isanove

(Fusion Comics - Janvier 2008)

couv

Voilà un comics que vous ne risquerez pas de louper, vu le nombre d'exemplaires qui s'empilent dans la moindre Maison de la Presse de province - en ces lieux où, en entrant, on laisse toute espérance de trouver autre chose que Tintin, Astérix, Lucky Luke, Largo Wynch ou Lanfeust! Parlez-moi après ça du courage des libraires, qui vaut bien celui des distributeurs de films, et du libre choix de chacun - à peine orienté! - dans l'accès à la culture... Ceci pour vous dire, si vous ne l'aviez pas encore compris, qu'on est en présence d'un blockbuster du comics, comme en atteste le nom de Stephen King qui occupe à lui seul un bon quart de la couve, alors qu'il vous faudra quasiment un microscope électronique pour parvenir à lire celui des auteurs de cette adaptation.

Ceci dit, je ne vais pas jouer les hypocrites et les Sainte-Nitouche: oui, je suis un fan du King, et re-oui, j'attendais ce comics avec impatience, trépignant à l'idée de prolonger l'immense plaisir que j'ai éprouvé à la lecture des sept tomes de cette saga interminable - et hélas terminée! - dont la parution s'est tout de même étalée sur quinze ans de ma vie. Comme toujours lorsqu'on est dans l'attente d'une adaptation d'une oeuvre qu'on a adoré, notre enthousiasme spontané ne tarde pas à se tempérer d'une bonne dose de doute, qui n'a rien de déraisonnable en regard du nombre de relectures foireuses qu'il nous a fallu subir par le passé. De ce point de vue, je vous rassure: non seulement l'oeuvre a été supervisée de très près par le King, mais l'écriture du synopsis qui a servi de Bible au scénario de Peter David a été confiée à Robin Furth, femme de confiance du Maître, et par ailleurs auteure d'une mise en fiches de la cosmogonie complexe de l'oeuvre publiée sous le titre "La Tour sombre - Concordance" (J'ai Lu, n°s 8114 & 8294). De fait, on ne pourra pas reprocher à Furth d'avoir péché par manque de fidélité, bien au contraire: la seule licence qu'elle se permet est d'ailleurs assez heureuse, consistant à remettre dans l'ordre chronologique les différents flash-back qui, dans la version littéraire, intervenaient en cours de récit. Ainsi, les trois épisodes regroupés dans ce volume couvrent la moitié de la première mini-série de sept numéros du comics "Dark Tower", parue aux States d'Avril à Octobre 2007 et intitulée "The Gunslinger Born" (au moment où j'écris, la parution de la seconde mini-série "The Long Road Home" est déjà bien entamée là-bas). C'est donc de la jeunesse du Pistolero dont il est ici question, et la réorganisation opérée par Furth attaque la quête de Roland par l'épisode flash-back tiré du tome 1 "Le Pistolero", lors duquel notre héros conquiert son titre en défaisant son maître d'armes Cort, pour sauter directement au tome 4 "Magie et Cristal" qui, comme chacun sait, constitue une sorte de parenthèse dans la continuité narrative, puisque chronologiquement situé en amont des autres volumes. Les fans les plus tatillons y retrouveront donc leurs petits, d'autant que le découpage scénaristique adopté par Peter David illustre fidèlement la trame imaginée par le King et sait trouver le rythme adéquat, évitant le délayage tout en sachant mettre l'accent sur les moments importants.

En revanche, je serai plus réservé sur le travail des dessinateurs Jae Lee et Richard Isanove. En temps qu'entreprise essentiellement commerciale, le comics adopte en effet le style mainstream à la mode dans la plupart des titres qui se vendent un peu, et qui a à mon sens une fâcheuse tendance à uniformiser l'ensemble de la production en noyant le trait des dessinateurs - c'est-à-dire ce qui fait toute leur personnalité d'artistes - sous une débauche de couleurs infographiques pas toujours du meilleur goût. Ici, c'est certes très beau, ça en jette un max et la plupart des splash-pages constitueraient de très belles pochettes vynil pour des groupes de progressive pompeux des seventies, genre Yes ou Asia. Mais pour ma part, je trouve que cette esthétique pour videogame de "sword and sorcery" convient assez mal à ce western de la fin des temps, qui mériterait un graphisme plus brut de décoffrage.

Un mot pour finir, à propos de l'édition proprement dite: cet album, somptueusement réalisé et vendu à un prix tout à fait raisonnable (14,95 €), a de plus l'avantage de reproduire scrupuleusement la plupart des boni de l'édition américaine dans lesquels Robin Furth reprend sa fonction d'archiviste de l'Entre-Deux Mondes, au travers d'articles nous apportant un supplément d'informations sur la mythologie de l'univers créé par le King, et illustrés de cartes dressant la topographie de Gilead et de ses environs. Quant au label "Fusion Comics", il ne s'agit nullement d'un petit nouveau sur le marché, mais de l'aboutissement d'un partenariat entre Soleil et l'inévitable Panini. Appelée à devenir rapidement un best-seller assurant la viabilité financière du label, la série "La Tour sombre" sert à l'évidence de locomotive au lancement de publications nettement plus aventureuses, telle la distribution en France des productions de "Virgin Comics" (oui, oui, la boîte des mégastores), qui a introduit aux States une nouvelle race de comics en provenance... des Indes, et dans laquelle des artistes locaux mettent en scène des super-héros inspirés de la mythologie hindoue. À signaler également dans ce catalogue atypique: la série "Seven Brothers", sur un synopsis de John Woo (oui, vous avez bien lu!) scénarisé par le grand Garth Ennis, papa du très politiquement incorrect "Preacher" (voir "Mollards" d'Août 2007). Bref, ce n'est pas demain que le comics-fan français manquera de lecture!

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