Comics

TOP TEN: "The Forty-Niners"

par Alan Moore & Gene Ha

(Panini - coll 100% ABC - Novembre 2006)

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Je ne vais pas y aller par quatre chemins: voilà l'évènement comics le plus important de cette fin d'année 2006. L'Alan Moore nouveau est arrivé, suivant de près la publication de son run de jeunesse sur Captain Britain (chroniqué par ailleurs), et témoigne de la farouche volonté de Panini de ne pas se cantonner à la facilité commerciale que constituent la publication des majors Marvel et DC, mais au contraire de balayer toute la production parallèle, parmi laquelle ABC, le label créé par Moore, ou encore Vertigo, dont ils viennent d'acquérir les droits. Il faut dire aussi, et c'est une tarte à la crème de le préciser, qu'Alan Moore n'est pas n'importe qui, mais tout simplement l'auteur de comics "creator-owned" qui tient contre vents et marées la dragée haute aux deux monstres sacrés à la seule force de sa créativité inépuisable, à tel point qu'il en est venu à incarner aux yeux de nombreux fans l'alternative incontournable à une bipolarité impérialiste qui plombe quelque peu le développement des indépendants, et qui a coulé nombre de petites boîtes en récupérant à grands frais leurs artistes phares. Anarchiste antilibéral par excellence, comme ses oeuvres le proclament à chaque page, Moore est parvenu à enfoncer un coin dans cette alternance DC / Marvel pourtant souvent décrite comme irréductible par les plus fatalistes, et face à laquelle il apparaît comme une sorte de "troisième homme". Un artiste seul qui, droit dans ses bottes de résistant romantique (un peu comme son héros V, qui affirme inlassablement la beauté poétique des utopies face aux horreurs engendrées par une realpolitik qui s'autoproclame incontournable), fait la nique à des mégatrusts impersonnels et kafkaïens, en leur damant constamment le pion sur le plan du génie créatif. Là où ses deux imposants concurrents pratiquent régulièrement l'opportunisme et le délayage pour inonder le marché avec des séries fleuves qui alternativement s'essoufflent et se réinventent selon des concepts plus ou moins artificiels, Moore ne sort de sa réserve que lorsqu'il a véritablement quelque chose à dire, et préfère depuis toujours la série limitée reposant sur un concept fort à une narration se délitant tout au long de crossovers interminables très lucratifs pour leurs éditeurs: une façon de dire qu'il se refuse à prendre ses fans pour des vaches à lait. Tout Moore est dans ce bras d'honneur à l'industrie du comics, qui lui vaut le respect indéfectible de ses lecteurs en retour de celui qu'il met un point d'honneur à leur témoigner, et c'est précisément ce respect mutuel qui a su fédérer cette cohorte sans cesse grandissante de fans dont la fidélité sans faille l'autorise aujourd'hui à tout se permettre, du dynamitage des canons du comics (qu'il a lui même contribué à mettre en place lors d'une révolution dont on ressent encore les effets dans toute la production contemporaine - l'exemple le plus célèbre demeurant son "Swamp Thing" pour DC) au pastiche délirant et revanchard des icônes les plus indéboulonnables ("Supreme"), en passant par l'expression d'un message sociopolitique anarchiste des plus radicaux et fort peu populaire aujourd'hui (dans l'Amérique néo-conservatrice bushiste) comme hier (dans l'Angleterre thatcherienne, qu'il passe à la moulinette avec "V pour Vendetta").

En un mot comme en cent, Moore préfère la qualité à la quantité. En ce sens, le temps écoulé entre la parution de deux de ses oeuvres, insupportable pour le fan perpétuellement en état de manque, en fait une sorte de Kubrick du comics, non seulement du point de vue de la rareté de ses interventions, mais aussi de celui de son perfectionnisme qui vient justifier tous les affres que l'on a subis dans cette expectative. Le rapport entre Moore et les majors du comics peut ainsi se ramener à celui de la haute gastronomie et du fast-food. En privilégiant la série limitée, il s'affranchit de la contrainte de la parution à tout prix - et souvent au détriment de la qualité - et demeure son propre maître en toutes circonstances, ce qui revient à dire qu'à l'instar de Kubrick, il a su s'assurer une totale liberté artistique, avec laquelle ni l'un ni l'autre n'ont jamais voulu transiger. Les deux hommes ont su par le fait se rendre incontournables: Kubrick était courtisé par tous les producteurs de la planète, qui étaient prêts à satisfaire le moindre de ses caprices, et Dieu sait ce que ne donneraient pas DC ou Marvel pour publier un comics de Moore.

Le résultat de cette intransigeance qualitative, nous l'avons une fois de plus devant les yeux avec "The Forty-Niners", une mini-série de quatre épisodes dans laquelle chaque case compte. On est loin, avec ce nouveau chef-d'oeuvre, de la logorrhée souvent confuse d'un Geoff Johns, qui fabrique les scénarii comme des hamburgers, pour ne citer qu'un exemple. En quatre épisodes l'affaire est bouclée par un découpage hallucinant de cohérence dans lequel Moore n'oublie aucun de ses grands thèmes de prédilection. À ce travail au cordeau fait écho le perfectionnisme surhumain de Gene Ha, qui prouve une fois de plus qu'il est l'un des plus grands dessinateurs de comics du moment.

L'une des caractéristiques du génie est de toujours nous surprendre et de n'être jamais là où on l'attend. Ainsi, les fans espéraient depuis des années que Moore donne une suite à cet absolu chef-d'oeuvre qu'est "Top Ten" (4 volumes publiés chez nous par les défuntes éditions SEMIC et, au risque de me répéter, dépêchez-vous de vous procurer ce comics incontournable qui se fait de plus en plus rare chaque jour, et qui sera bientôt introuvable). Désireux de donner satisfaction à ses lecteurs, mais probablement peu motivé par le prolongement d'une série qui risquerait d'entamer le mythe par des redites, Moore accède à leur désir tout en les prenant à contre-pied et en proposant avec "The Forty-Niners" non pas une suite, mais une préquelle à la série mère. Une fois de plus, on notera le souci inactuel de ne jamais céder à cette facilité d'une séquelle plus ou moins justifiée, mais de proposer quelque chose de radicalement neuf - toujours le respect du lecteur. Deuxième remarque: en dépit de son statut volontiers provocateur de dynamiteur, il serait erroné de voir en Moore le fossoyeur du genre super-héros. En effet, il sacrifie avec "The Forty-Niners" à l'une des plus vieilles traditions du comics: le récit des origines, auquel le plus novateur des auteurs ne peut en aucun cas déroger, car pour être une fatalité, cet exercice n'en est pas moins constitutif. Conclusion: Moore est bel et bien un homme de tradition, malgré toute la modernité qui en a fait l'un des moteurs essentiels de l'évolution du comics. Mieux, cette ancrage radical dans le classicisme témoigne de l'amour immodéré et sincère qu'il porte au comics en général et en particulier au Golden Age, et s'il peut se montrer d'une férocité impitoyable dans le pastiche, celle-ci n'est jamais dirigée contre les artistes qui ont donné au genre ses lettres de noblesse, mais bel et bien contre un système éditorial qui les a exploités de façon souvent ignoble, les dépossédant de leur création pour mieux galvauder celle-ci sur l'autel du dieu dollar - rappelons à titre d'exemple que Jerry Siegel, le créateur de Superman, est mort dans la misère! En d'autres termes, Moore dynamite le comics comme Guy Fawkes, le modèle de V, dynamite le Parlement: il s'agit d'une attaque anarchiste en règle contre un système dont Moore lui-même a fait les frais dans sa jeunesse, et face auquel il se dresse comme un moderne Robin des Bois.

Comme chaque fan le sait, cet hommage réitéré au Golden Age n'est pas nouveau chez Moore, c'est même l'un de ses thèmes fondamentaux. Au milieu de ses histoires les plus délirantes et de ses pastiches les plus cyniques, il y a toujours un moment où le regard, soudain empreint d'une émouvante nostalgie enfantine, se tourne vers le passé, c'est-à-dire vers le Golden Age, ce qui n'est pas un vain mot: avec Moore le thème de l'Âge d'Or irrémédiablement perdu prend toute sa signification mythique dans son approche du comics. Qu'il s'agisse des nazillonnes au look SM que Tom Strong affronte dans le Berlin de 1945, des références faites au Supreme d'avant guerre (et surtout d'avant "redéfinition"!) qui résonne comme un vibrant hommage à Siegel et Shuster, et où l'on va jusqu'à reproduire le trait naïf qui renvoie à une immaturité revendiquée, ou encore aux Minutemen dont les modernes Watchmen ne sont jamais qu'une caricature fatiguée et bedonnante, c'est son âme d'enfant que Moore traque au travers de cette obsession pour le Golden Age, une véritable "Recherche du Temps perdu" d'où il sait comme personne faire émerger la saveur incomparable de nos madeleines d'antan. Mais sa tentative la plus radicale en ce domaine consiste à traquer le super-héros jusque dans sa préhistoire, bien en deçà du Golden Age, avec "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" qui explore les origines du mythe jusque dans la littérature "steampunk" du XIXème Siècle, chez les Welles, Verne, Stevenson, Rider-Haggard, Conan Doyle, etc, ou encore ce "Lost Girls" pas encore édité chez nous et qui en est la version féminine - quoique nettement plus adulte!

Or, une oeuvre telle que "The Forty-Niners" est impensable hors de cette thématique nostalgique, en ce qu'elle est la radicalisation ultime de cette tendance. En effet, la nostalgie y joue sur deux nivaux: d'une part en ce qu'elle se situe dans l'immédiat après-guerre, ce qui permet à Moore de renouer une fois de plus avec les super-héros basiques du Golden Age, et d'autre part en ce que ces héros du passé sont eux-mêmes en proie à la nostalgie. En effet, leur arrivée à Néopolis, cité concentrationnaire où sont relégués tous les super-héros de la Seconde Guerre Mondiale, coïncide avec la fin de leur propre Âge d'Or. Idoles des foules durant la guerre, les voici devenu obsolètes et déchus, perdus dans l'anonymat d'une modernité qui ne les respecte plus. Impitoyable, Moore nous brosse des portraits de héros pathétiques "aux collants élimés": le Dard Bleu a recyclé sa "Dardmobile" pour devenir chauffeur de taxi et livre de dérisoires combats contre les automobilistes dont il désapprouve la conduite, tel un vulgaire beauf, et la Femme-Jaguar se prostitue. Connaissant Moore, il n'est pas interdit de faire le rapprochement entre ces héros déchus et méprisés par une société ingrate, avec l'accueil réservé par l'Amérique à ses Viet-Vets lors de leur retour au pays, réduits à l'état de loques croupissant sur les trottoirs. Derrière le tapage des combats super-héroïques qui sont livrés dans "The Forty-Niners", et qui ne s'avèrent en définitive qu'anecdotiques, c'est surtout la détresse psychologique de ces êtres douloureux que traque Moore: l'ère des épopées homériques est bien révolue, semble-t-il nous dire, l'heure du bilan est venue et celui-ci n'est pas reluisant. En parfaite osmose avec le script de Moore, le trait méticuleux de Gene Ha, par une débauche de détails qui semblent se perdre jusque dans l'infinitésimal, illustre parfaitement cette quête de l'intimité névralgique des personnages. L'abandon des couleurs franches du "Top Ten" originel pour des teintes pastels (signalons à cette occasion le travail admirable du coloriste Art Lyon) souligne bien la pâleur de ces héros déchus qui se fondent avec les murailles de leur ghetto, contrastant violemment avec les surhommes "hauts en couleurs" qu'ils ont été. Accessoirement, cette "pastélisation" confère au trait de Ha un relief que l'on ne lui avait jamais vu jusqu'ici - si ce n'est dans le noir et blanc - et qui nous permet de goûter à sa juste valeur toute la sophistication de cet artiste fabuleux.

Toutefois, si cette oeuvre vise principalement à susciter émotion et compassion chez le lecteur, n'allez pas croire que Moore sombre pour autant dans le mélo. Certes cette dimension existe, mais le thème de la nostalgie et du retour au Golden Age est également l'occasion de quelques-unes de ces charges frondeuses dont l'homme ne se prive que rarement, à la plus grande joie de ses lecteurs. Son héros improbable, Jetlad, traverse la ville et le comics comme un fantôme contemplatif. En décalage constant par rapport aux intrigues et à l'action proprement dite, son combat est effectivement très éloigné des empoignades avec les super-vilains et s'avère avant tout intérieur, puisqu'il se découvre gay et travaille tout au long du comics à son coming-out. Ce n'est qu'une fois celui-ci réalisé qu'il pourra enfin se jeter dans la bataille, dans les ultimes pages de l'album, et on le retrouvera dans la série mère à la tête du fameux commissariat. Le fait que cette renaissance en tant que super-héros coïncide à sa sortie du placard est loin d'être innocent: les combats les plus héroïques, semblent nous dire Moore, sont aussi éloignés que possible du feu et de la mitraille. En d'autres termes, il tourne résolument le dos aux canons les plus constitutifs du comics avec ce héros fragile, effacé et sensible.

En contrepoint à Jetlad, on trouve son amie Skywitch qui, elle, se jette au contraire dans l'action en rejoignant les forces de police super-héroïques, seules habilitées à rendre la justice à Neopolis. Étrangement, leurs chemins ne cessent de diverger et de converger tour à tour: ennemis durant la guerre, tous deux se retrouvent à Neopolis en situation de devoir s'intégrer, en tant qu'appartenant à des minorités: Jetlad pour les raisons que l'on a vues, et Skywitch en tant que "Boche" ayant rejoint la cause des Alliés. Se raccrochant l'un à l'autre, ils tentent d'abord de nouer une idylle rapidement contrecarrée par la sexualité de Jetlad, qui trouvera l'amour dans les bras de Wulf, un autre "Boche". À l'occasion de ce triangle amoureux, Moore concentre toutes les difficultés possibles et débouche sur un magnifique plaidoyer pour la tolérance: les relations passionnelles qui se nouent et se dénouent passent outre les différences de nationalité, de sexualité et, peut-on rajouter, de génération, puisque Skywitch et Wulf sont des personnages d'âge mûr, alors que Jetlad n'est qu'un jouvenceau. Ainsi, si Moore revient par nostalgie sur le Golden Age, ce n'est pas pour nous le resservir tel quel, c'est-à-dire avec des Américains forcément héroïques et dépositaires du bon droit combattant des Allemands forcément nazis, infâmes et lâches, mais pour le dynamiter en y injectant une solide dose de relativisme et de tolérance, loin de toute propagande cocardière, pour ne pas dire xénophobe. Qu'on ne s'attende donc pas à voir un énième affrontement entre Captain America et Crâne Rouge car, si tous les Allemands n'étaient pas obligatoirement des nazis, comme le fait remarquer Skywitch, en revanche les Américains n'avaient pas forcément les mains aussi propres que les comics du Golden Age voulaient bien le prétendre: à cet égard, "The Forty-Niners" dénonce vigoureusement la récupération des savants nazis par une Amérique s'arrangeant sans trop d'états d'âme avec la morale qu'elle prône!

On le voit, les oeuvres de Moore font toujours l'objet d'une vive charge politique, autrement plus virulente que les timides plaidoyers démocrates que l'on peut trouver dans le comics classique. En ce sens, la cité de Neopolis, principal personnage de "Top Ten" et camp de concentration déguisé, reste l'archétype de la mégalopole américaine: mêmes gangs de quartiers issus de minorités mises au ban de la société (vampires, robots...), même corruption des autorités (le neveu du maire frayant dans les bordels de vampires), etc... On retrouve dans ces thèmes la source d'inspiration avouée de Moore, dont l'objectif était de réaliser avec "Top Ten" une synthèse entre le comics et l'oeuvre télévisuelle de Steven Bochco, véritable visionnaire qui a révolutionné la série TV policière en l'ancrant dans la réalité la plus crasse des mégalopoles américaines. Ainsi, le commissariat de "Top Ten" n'est jamais que la transposition chez les super-héros de ceux que l'on a pu voir dans "Capitaine Furillo", ou encore "NYPD Blue". Sauf que là encore, Moore torpille le concept en y injectant une dimension parodique qui tient autant à la folie quasi surréaliste des situations (la conclusion du combat contre les hordes de vampires qui déferlent sur la ville faut son pesant de cacahuètes, mais on se souvient également du monstre géant bourré gerbant des citernes de bière sur la population affolée de Neopolis, dans la série mère), qu'aux nombreux pastiches de super-héros qu'on peut croiser dans le commissariat, et qui constituent autant de références aux classiques du comics. Ainsi, il n'est pas interdit de voir dans Pure une version "rond de cuir" de Captain America, ou dans Gant de Fer un Iron Man révisité (dont le secret ne nous sera révélé qu'en fin de course). Le Black Rider est quant à lui un improbable croisement entre Zorro (l'un des archétypes du super-héros) et le Ghost Rider, et le Docteur Omega, qui dirige le commissariat, est le seul survivant d'une planète détruite - suivez mon regard! On croisera aussi, moment émouvant, le Capitaine Lilliput, père de Toybox, l'héroïne de la série mère à laquelle il a légué son coffre à jouets. Bref, c'est un véritable régal pour les fans que de traquer les références dans les coins de case: ici c'est un tripode martien tout droit sorti de "La Ligue des Gentlemen extraordinaires" qui traverse la rue, ou une anachronique montgolfière qui apparaît entre deux gratte-ciel, là c'est un bar mal famé où se rassemblent pour picoler - entre autres - Popeye, le Capitaine Haddock, le Capitaine Achab ainsi que, clin d'oeil absolu aux fans hard-core, le Submariner chevelu, barbu et amnésique tel que les FF le retrouvrent dans "Fantastic Four" vol 1 #4 (voir "L'Intégrale 1961-1962", chez Panini), épisode mythique qui consacre son retour en fanfare dans le Silver Age. Mais le personnage de loin le plus hallucinant de "The Forty-Niners", qui transcende son statut de sidekick et vole véritablement la vedette aux héros, c'est incontestablement La Pucelle, version moderne de Jeanne d'Arc, qui parle avec le style ampoulé de Thor, communique avec "ses voix" comme l'original historique, et affronte les pires dangers par la seule force de sa dévote pureté! Devant une telle charge ironique, on a comme une envie d'envoyer un exemplaire de l'album à Le Pen, juste pour le plaisir de lui voir faire un tonneau!

Mais, puisqu'on en est au chapitre des références, il convient de ne pas oublier l'équipe des Skysharks, à laquelle appartient Wulf, l'amant de Jetlad, et qui est une transposition évidente de la série "Faucon Noir", bien oubliée depuis les seventies où elle eut son propre magazine en France (en Comic-Pocket Artima). Tandis que l'hyperactive Skywitch pourfend les vampires et poursuit les savants fous du Troisième Reich à travers les failles temporelles, le contemplatif Jetlad répare les avions devenus inutiles de ces as de l'aviation au chômage. Faisant officiellement partie de l'armée de Neopolis, qu'on devine symbolique et qui reste indéfiniment sur la touche, un peu comme les héros du "Désert des Tartares" de Buzzati, on voit surtout les Skysharks hanter les bars et le mess de leur QG plutôt que participer au baroud. Si bien que leur leader finira par péter les plombs et lancer sur Neopolis une attaque aérienne afin d'en éradiquer ce qu'il estime en être la "racaille". Il serait difficile de ne pas voir dans cet interventionnisme inconscient et éminemment bushiste une parabole des raids meurtriers dont l'Afghanistan et l'Irak ont récemment fait les frais! Là encore, la charge politique de Moore est nettement orientée, et ce n'est sans doute pas un hasard si le fanatique trouve sur sa route trois éminents représentants des minorités réprimées: les homosexuels Jetlad et Wulf, et la "Boche" Skywitch. Pour être clair, on assiste à la victoire allégorique de la tolérance sur la haine belliciste et raciste, message directement adressé aux néo-conservateurs américains.

Je pourrais encore vous parler de "The Forty-Niners" durant des pages et des pages, tant l'oeuvre est dense, achevée, parfaite, et mérite indiscutablement le prix "Will Eisner" qui lui a été attribué. Avec ce nouveau chef-d'oeuvre, Moore prouve une fois de plus qu'il domine de cent coudées le monde du comics et qu'en dépit de (mais surtout grâce à) son fragile statut d'indépendant irréductible, c'est encore lui qui donne le ton à toute l'industrie du comics. Lorsque le génie est en marche, rien ne peut l'arrêter!

neopolis

Neopolis, sous les crayons de l'incroyable Gene Ha:

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trio

Le triangle amoureux: Jetlad, Wulf et Skywitch

pucelle

La Pucelle: un personnage qui restera dans

toutes les mémoires

skysharks

Les Skysharks, avatars des Faucons Noirs

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Skywitch et la Pucelle dézinguent du vampire:

fucking hot!

bar

Un bouge en forme de quizz pour les bédéphiles!

vampires

Attaque de vampires sur Neopolis: ça va saigner!

robots

Le pilonnage très "bushiste" du ghetto des robots