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MASTERS OF HORROR - Saison 1

série créée par Mick Garris (2005)

mastersofhorror

Tout d’abord, bonne et heureuse année à tous les fidèles de ce blog, ainsi qu’aux visiteurs occasionnels – que j’espère fidéliser un jour – et à tous les potentiels qui daigneront venir jeter un œil indulgent sur mes délires. Pour ma part, j’attaque 2007 avec un ultime retour sur la série déjà culte de Mike Garris. Le retour à une "Séance interdite" plus classique dès le 16 Décembre, dans laquelle on est revenu à la formule habituelle qui consiste à nous présenter les succès gore du moment, a bien confirmé nos craintes: cinq épisodes sur treize des "Masters Of Horror" passent à la trappe pour cette diffusion. Plus grave: parmi les sacrifiés figurent deux des segments les plus attendus de cette saison, "Jenifer" de Dario Argento et "La Maison des Sévices" de Takeshi Miike, que Canal + avait pourtant annoncé sur son site pour le Vendredi 8, et que l'on a vus finalement remplacés par "Serial Auto-Stoppeur" du revenant Larry Cohen et "Liaison bestiale" du jeune loup Lucky McKee. Faut-il voir dans ce revirement une prudente autocensure de la chaîne cryptée, à l'heure où "Saw 3" écope d'une interdiction aux moins de 18 ans pour sa sortie en salle? Si la chose s'avérait, et si un retour à l'obscurantisme cureton devait à nouveau frapper d'ostracisme la frange la plus décomplexée du cinéma fantastique, en vérité je vous le dis ô mes frères, ça serait grave! Car que deviendrions-nous, monstres assoiffés d'émotions purpurines, si nous devions assister, comme cela peut se craindre avec le retour d'une censure larvée, à un nivellement par le bas du cinéma que nous affectionnons, dès lors réduit à quelques inoffensifs pop corn-movies façon Joel Silver? Ces anathèmes sont d'autant plus stupides, d'ailleurs, qu'ils vont à l'encontre de leurs propres objectifs en procurant aux oeuvres honnies une pub inespérée: il n'est que de voir les files d'attente devant les salles qui projetaient "Saw 3"! Quoi qu'il en soit, le fait est là: pas d'Argento, pas de Miike, et l'on est en droit de soupçonner que les réputations respectives de "boucherie" pour le premier, et de "film insoutenable" pour le second ne sont pas étrangères à leur éradication des programmes. En ce qui me concerne, j'ai pris la décision d'adresser une petite bafouille à Dahan pour tirer cette affaire au clair et savoir s'il s'agit d'un choix personnel ou de censure pure et simple. Quant à vous, fidèles lecteurs, je vous engage vigoureusement à lui demander des explications sur le site de "Mad Movies". Mais revenons à nos moutons à cinq pattes et tirons le bilan de ces quatre semaines sanguinolentes: après un Coscarelli trop convenu, une bouse prétentieuse à la manière de Malone, un Hooper déconcertant, un Gordon fun mais pantouflard, voici un Cohen gouleyant et un McKee introspectif qui viennent relever le niveau. Car si l'on excepte un Dante hors-concours par son aspect plus histrionique que véritablement horrifique, il ne restait guère jusqu’ici que le Carpenter pour nous avoir fait vibrer à hauteur de nos espérances. Quant aux autres absents, si je ne pleure pas trop sur le Garris, en revanche le McNaughton excite ma curiosité et je me serais volontiers tapé le Landis et son engageante femme-cerf… Damned! je viens de réaliser l'ambiguïté de cette dernière phrase... Ça y est, chuis grillé, toute la blogosphère va me prendre pour un zoophile! De là à ce que je me fasse censurer...

cohen

SÉRIAL AUTO-STOPPEUR (Pick Me Up)

de Larry Cohen (épisode 11)

On se demandait ce qu'il devenait. On se souvenait avec émoi de sa cultissime série "Les Envahisseurs", et de toutes les petites séries B bien sympas dont il nous avait abreuvés tout au long des années 70 et 80, avec notamment de sa fameuse trilogie des "It" ("Le Monstre est vivant" en 1974, "Les Monstres sont toujours vivants" en 1979, et "La Vengeance des Monstres" en 1987) mettant en scène des nourrissons agressifs: gouzougouzou! areuh areuh! qu'il était meugnon le bébé! l'avait fait son popo? Et vlan! v'là Tantine qui rentre chez elle sans la bouche! Tonton dûment énucléé! Soeurette reliftée façon Freddy! Ah c'était le bon temps! Larry Cohen nous gratifiait annuellement d'un B-movie comme on n'en fait plus, où Quetzalcoatl le serpent à plumes survolait les mégalopoles transies d'effroi ("Épouvante sur New York", 1982), et où les populations se faisaient dévorer par un yaourt envahissant ("The Stuff", 1985), quand de p'tits bouts d'choux montés sur ressorts ne jaillissaient pas de leur berceau pour vous sauter à la carotide! Et bien justement, le revoiçà, le revoili, notre bon vieux Larry Cohen, après toutes ces années de silence radio, et vous serez ravis d'apprendre qu'il nous revient dans une forme olympique! Pour sa contribution aux "Masters Of Horror", l'homme s'empare d'un sous-genre hyper-codifié et dans lequel on croyait avoir tout vu, le road-movie horrifique, qu'il transcende brillamment avec une idée scénaristique très simple et un tandem d'acteurs inspirés. L'idée en question, basique mais fertile en situations cocasses, consiste à mettre en scène un duo de serial-killers, l'un camionneur et l'autre auto-stoppeur, qui entrent en concurrence et se tirent la bourre tout au long du bitume. Un autocar tombé en panne et plein d'infortunés fera les frais de cette compétition absurde, dans laquelle chacun tente d'inscrire le plus grand nombre de macchabs à son palmarès. Racontée comme ça, l'histoire semble assez banale, mais le traitement qu'en restitue Cohen est quant à lui résolument remarquable, d'une part par le cynisme et le mauvais esprit qui traversent l'épisode d'un bout à l'autre, et d'autre part grâce à la performance d'acteurs tout à fait délectable de ses deux principaux interprètes. Il faut avoir vu les deux énergumènes rivaliser d'onctuosité et de bonnes manières, très fair play comme dans une partie de golf, avant de se livrer aux pires massacres, chacun appréciant le style de l'autre. Idem par rapport à leurs victimes, qu'ils dépècent avec professionnalisme, de façon très civilisée et avec la plus parfaite courtoisie! Ainsi, le camionneur Michael Moriarty, acteur fétiche de Cohen, est trompeusement rassurant en bon père de famille bedonnant, débitant avec un air docte une philosophie aux doubles sens inquiétants, comme dans cette séquence magistrale où il torture psychologiquement un caissier qui se liquéfie de terreur. Face à lui, en jeune loup entrant dans la carrière, stetson et santiags, symbole d'une Amérique profonde où tout peut arriver, Warren Cole n'est pas sans rappeler le Randall Flagg qui arpente les routes d'un monde à l'agonie dans "Le Fléau" de Stephen King, ou encore une caricature au vitriol d'Harry Dean Stanton dans "Paris Texas", déambulant dans des paysages à la Hopper où les routes se perdent dans des forêts profondes et menaçantes, jalonnées de loin en loin d'asiles dérisoires tels que motels et superettes dans lesquels errent les âmes perdues d'une Amérique oubliée, et où il ne fait pas bon s'égarer lorsqu'on n'en connaît pas les codes... Sur cette toile de fond angoissante, Cohen nous livre une comédie grinçante où l'on rit sans complexes du malheur d'autrui. Et des malheurs, Dieu sait s'il en advient: ligotage au fil de fer barbelé, décapitation au haillon, décollage de tatouages à la lame sans oublier, suprêmement raffiné et original, une strangulation au moyen d'un crotale! Ajoutez un twist final tout à fait surprenant, quoique parfaitement dans la lignée politiquement incorrecte de ce qui le précède, et vous obtenez un épisode où, tour à tour inquiet ou mort de rire, on ne s'ennuie pas une seconde. Fun et irrévérencieux, Larry Cohen pète la santé et, tel un gosse pervers, s'amuse à arracher les ailes des mouches pour notre plus grand plaisir. Par le fait, son "Sérial Auto-Stoppeur" compte parmi les meilleurs segments de cette première saison.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=v-GgH_kKk3s

McKee

LIAISON BESTIALE (Sick Girl)

de Lucky McKee (épisode 10)

N'ayant pas encore pu voir le déjà culte "May" (sifflets, lazzis, anathèmes!), c'est donc avec cet épisode ainsi qu'une absolue virginité d'esprit, sans aucun a priori favorable ou défavorable, que j'aborde le cas Lucky McKee, qu'un buzz enthousiaste donne déjà pour l'un des grands espoirs du cinéma fantastique. Première constatation: l'homme est un virtuose de la mise en scène, et se signale par un montage d'une précision diabolique. Bref, McKee nous apparaît d'emblée comme un réalisateur extrêmement talentueux, quel que soit le genre dans lequel il choisira d'orienter sa carrière. Non content de nous éblouir formellement, il n'en dédaigne pas non plus une certaine épaisseur thématique qui fait de "Liaison bestiale" une oeuvre déconcertante par les multiples directions de lecture qu'elle propose au spectateur. Ainsi l'élément purement fantastique - la mutation subie par les héroïnes qu'un insecte maléfique choisit comme terrain de reproduction, un peu comme dans "Alien" - s'apparente ici au concept hitchcockien de "McGuffin", c'est-à-dire qu'il se donne comme secondaire et prétexte à l'exploration d'un thème plus fondamental qui semble fasciner McKee, à savoir le mystère de la féminité, que le réalisateur attaque par son versant le plus abrupt: celui d'une liaison homosexuelle. En ce sens, "Liaison bestiale" s'avère quelque part beaucoup plus proche du magnifique "Créatures célestes" de Peter Jackson, dans lequel l'élément insolite réside essentiellement dans la nature énigmatique du lien qui unit les deux héroïnes, que dans un fantastique "féminisant" volontiers horrifique et franchement revendiqué tel qu'on peut le rencontrer dans un pur produit de genre comme, par exemple, "La Mutante" de Roger Donaldson. En effet, la caméra de McKee rôde avec respect et élégance autour du couple lesbien qu'il met en scène, tenant à distance tout fantasme de voyeurisme masculin et, pour bien mettre les pendules à l'heure, il nous dépeint le collègue et confident de l'héroïne comme un macho assez lourdaud pour lequel la sexualité de son amie n'est jamais que prétexte à onanisme. Faisant écho à la passion du personnage interprété par son actrice fétiche Angela Bettis, son approche s'apparente à celle d'un entomologiste que seule semble motiver la résolution d'un mystère d'ordre presque naturaliste. D'ailleurs, dans l'unique scène dénudée du film, le regard porté sur Misty, objet de tous les désirs d'Ida, et dont le corps semble sortir d'une toile de Botticelli, est une pure vision d'esthète, loin de toute évocation de concupiscence. L'affaire devient freudienne lorsque le second personnage masculin de l'histoire, le père absent, vient trianguler la relation de couple. Expéditeur lointain, invisible et posthume de l'insecte fécondateur par lequel la relation amoureuse s'altère dans la monstruosité, ce père qui est à la fois biologique pour l'une et symbolique pour l'autre (en tant que son mentor), se pose surtout comme sur-moi réprobateur exerçant sa répression / domination sexuelle par-delà la tombe. Et comme tout bon Tartuffe qui se respecte, ce flic moralisateur et intériorisé est loin d'être lui-même irréprochable, puisque son intrusion n'est rien moins qu'incestueuse - l'insecte se dissimulant dans la literie (dans ce fameux oreiller sur lequel se font les confidences!), théâtre des ébats réprouvés de sa progéniture! En ce sens, l'effet condensateur par lequel on passe d'"insecte" à "inceste" résonne comme un lapsus. Une lecture possible de la situation consisterait à attribuer à McKee le message suivant: derrière toute homophobie se dissimule en fait la figure refoulée de l'inceste, laquelle se manifesterait dans une étrange perversion du schéma oedipien. Mais l'affaire se complique encore en ce qu'on sent constamment derrière le réalisateur un père terrible dont l'absence pèse cruellement dans la série des "Masters Of Horror" et qui fait dans cet épisode un retour en force en tant que très probable mentor de McKee: j'ai nommé l'immense DAVID CRONENBERG! Car cet insecte monstrueux renvoie bien évidemment à "La Mouche", non seulement dans les mutations qu'il engendre chez les personnages, mais surtout dans l'exaltation presque joyeuse de ceux-ci qui assument totalement les métamorphoses radicales que leur impose cette "nouvelle chair" - pour reprendre le concept pivot de "Videodrome". Thème central de l'oeuvre de Cronenberg, cette somatisation des pulsions inconscientes amorales est toujours vécue par les personnages comme une évolution finalement acceptée. La déviance des chairs à un moment donné est constamment interprété comme une bifurcation débouchant sur une orientation inédite de l'élan vital. On est avec Cronenberg à l'extrême pointe de la philosophie nietzschéenne, celle qui considère la maladie comme une variété, un état particulier de la vie. La déviance charnelle peut ainsi être ressentie comme objet de désir (l'héroïne de "Faux Semblants" avec ses trois utérus), voire comme actualisation de la "volonté de puissance" et aspiration à une surhumanité ("La Mouche") et, lorsque la déviance ne se produit pas de l'intérieur, on la précipite de façon mécanique, quitte à avoir recours à l'automutilation ("Crash"). Ainsi, l'expression de totale satisfaction que montrent les héroïnes de "Liaison bestiale" dans le dernier plan de l'épisode, une fois la mutation consommée, s'inscrit de plain pied dans cette thématique cronenbergienne d'une acceptation joviale de la monstruosité, vécue comme révolution d'une chair informée par des pulsions déviantes. Dès lors que la mutation est en marche, la sexualité dissimulée sort du placard et se proclame de manière tonitruante, provocatrice et finalement meurtrière à la face d'un monde réprobateur, ici personnifié par une logeuse répressive et cul béni. Ida a beau dissimuler ses insectes, cristallisation scénaristique des désirs inavouables qui tiennent sa vie amoureuse en échec, ceux-ci ne cessent de s'échapper et de trotter dans les coins, et ce refoulement maladroit vole en éclat avec l'arrivée de Misty et de l'insecte monstrueux par lesquels le scandale arrive. À l'instar de Cronenberg - et même s'il le fait dans une tonalité de marivaudage qui contraste avec la gravité expressionniste du Maître - ce qui intéresse ici McKee est moins de filmer la bimbeloterie traditionnelle du cinéma fantastique que de rendre sensible le travail des pulsions dans l'intimité des êtres. En ce sens, on sent le film échapper par moments à son réalisateur, comme si les pulsions de ses héroïnes conquéraient soudain leur autonomie, ce qui en fait une oeuvre éminemment surréaliste. De là la polysémie foisonnante et assez déroutante de toute une grammaire onirique qui se développe presque à l'insu de son auteur, et où tout se condense et se déplace dans une surdétermination symbolique qui se réinvente constamment. Bref, on a affaire ici à un épisode bien plus profond que ne le laisse supposer son apparente linéarité et la limpidité de sa réalisation, et qui mérite mieux que les critiques tiédasses dont il a pu faire l'objet ici et là. Cinéaste plus cérébral que viscéral, Lucky McKee nous emmène hors des sentiers battus du fantastique, comme à la recherche d'une nouvelle voie qui reste encore à découvrir. En ce sens, ses errements sont passionnants.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=3WVVZHbqTA4

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