Série Télé

MASTERS OF HORROR - Saison 1

série créée par Mick Garris (2005)

aff

Enfin la voilà qui débarque sur Canal +, cette déjà mythique série que tous les fans d'horreur attendent depuis un an qui leur a semblé un siècle! Pensez donc: treize cinéastes parmi les plus grands, tous brillant au firmament de la fantasticophilie pour nous avoir offert, à un moment donné, un voire plusieurs chef(s)-d'oeuvre du genre. Oui, oui, ils sont venus, ils sont tous là, dès qu'ils ont entendu le cri poussé par Guillermo del Toro -"Nous sommes les maîtres de l'horreur!" - lors d'un repas un peu arrosé auquel participaient quelques-uns de ces spécialistes de l'abomination, parmi lesquels Mick Garris qui, s'il ne nous a pas encore produit de classique, s'est bien rattrapé ce soir-là en ayant l'idée lumineuse de cette série, suite à l'exclamation du Maître mexicain. En effet, Garris est avant tout une homme de télévision, surtout connu comme yes-man de Stephen King dans l'adaptation des oeuvres de ce dernier sous forme de mini-séries cathodiques telles que "Le Fléau" (1994) ou le remake télévisuel de "Shining" (1997) qui, pour être honnêtes et fidèles, laissent quelque peu l'amateur sur sa faim. Au cinéma, il continue à servir indéfectiblement le King avec le pénible "La Nuit déchirée" (1991), l'intéressant "Riding the Bullet" (2004) et enfin "Desperation" (2006) qu'on devrait voir arriver sous peu. Espérons qu'au contact des talents qu'il côtoie sur cette série, sa contribution relèvera le niveau d'une filmographie somme toute assez falote. En tous cas, rendons lui grâces pour la création de ce concept qui, à ce jour, constitue de loin son Grand Oeuvre, en même temps que l'un des événements majeurs de l'année fantastique 2005. Cerise sur le gâteau, la série est présentée par Yannick "Boule de Billard" Dahan de "Mad Movies", en plein délire au milieu d'un décor blanc éclaboussé de vermillon, dans le cadre de sa "Séance interdite" (voir chronique éponyme). Toutefois, l'homme m'inquiète un tantinet lorsqu'il nous annonce quatre semaines de diffusion: à raison de deux épisodes par semaine, cela fait huit épisodes... Faut-il comprendre que cinq sur treize seront passés à la trappe? On craint par exemple pour celui du très space Takeshi Miike, qui a déjà connu les foudres de la censure chez le toujours très prude Oncle Sam... Quoiqu'il en soit, vous pouvez compter sur moi pour vous rendre compte, semaine après semaine, de la moindre éclaboussure! Allez, accrochez-vous, c'est parti...

dante

VOTE OU CRÈVE (Homecoming) 

de Joe Dante (épisode 6)

On commence dans la bonne humeur avec Joe Dante, qui est un peu l'histrion du cinéma fantastique. Débuts comme tant d'autres chez Corman (voir Mollards d'Avril) avec "Piranhas" (1978), puis passage chez Spielberg avec "Hurlements" (1980), classique absolu du film de loups-garous, "Gremlins" (1984) où il manifeste un mauvais esprit extrêmement réjouissant, avant de faire naufrage dans la comédie familiale cul-cul avec les nullards "Explorers" (1985), "L'Aventure intérieure" (1987), censé remaker à coups d'humour lourdingue le superbe "Voyage fantastique" de Richard Fleisher (1966), et l'autoparodie lamentable que constitue "Gremlins 2, la nouvelle Génération" (1990). Néanmoins, il ne faudrait pas oublier la très grinçante comédie "Les Banlieusards" (1989), sur laquelle il retrouve son acidité de "Gremlins", considérablement amplifiée entre temps, notamment au niveau d'une critique au vitriol de la société américaine. Malheureusement, ce petit chef d'oeuvre d'humour noir ne trouvera pas son public, de même que "Panic sur Florida Beach" (1992), premier opus de Dante non produit par Spielberg, où il rend hommage aux films de son enfance sur fond de guerre froide, toujours avec la même ironie sarcastique. Le flop de ce film qui est sans doute le plus personnel du réalisateur, celui qui lui tenait le plus à coeur, le laissera profondément démoralisé, d'autant que ses facéties n'amusent que peu les professionnels de la profession et que l'homme se retrouve tricard à Hollywood. Dante végète donc à la télévision où on le croise au détour de séries telle "La quatrième Dimension" ou "Les Aventures du jeune Indiana Jones", et pour laquelle il réalise "La seconde Guerre de Sécession" (1997). Retour au cinéma en 1998 avec "Small Soldiers", sorte de "Toy Story" antimilitariste qui lui vaut une nouvelle mise au placard, puis résurgence en 2002 avec le très familial "Les Looney Tunes passent à l'Action", qui mélange toons et acteurs. Sa participation aux deux saisons de "Masters of Horror" lui rend donc justice en le faisant figurer au Panthéon des auteurs les plus marquants du cinéma fantastique, ce qu'il est sans aucun doute. Garris donnant carte blanche à ses réalisateurs, on assiste avec l'épisode "Vote ou crève" à un retour des vieux démons de Joe Dante, c'est-à-dire la critique sociale passée à la moulinette de l'ironie et parsemée des saillies les plus bouffonnes. L'homme y souffle le chaud et le froid, faisant alterner l'émotion avec des gags hilarantissimes, et donne de l'Amérique contemporaine une vision à la fois tragique et ridicule. Phillip Murch, directeur de campagne républicain, formule à la télévision le voeu que les jeunes soldats tombés en Irak puissent revenir pour pouvoir dire à la nation combien ils sont fiers de s'être ainsi sacrifiés. Manque de bol, ces derniers le prennent au mot et se mettent à sortir de leur tombe, exigeant de voter alors que le président Bush remet son mandat en jeu. Or, peut-on décemment refuser le droit de vote à quelqu'un qui est tombé pour la patrie? Encore faut-il que les zombies "votent bien", et là c'est plutôt mal barré, si l'on en croit le message adressé à la nation par ceux qui ont encore des cordes vocales pour s'exprimer! Situation d'autant plus cornélienne que les revenants s'avèrent indestructibles et ne consentent à re-mourir qu'un fois qu'ils ont voté! Cet épisode est tout à fait emblématique du style de Dante: tout au long on assiste à une mise en balance de la tragédie irakienne avec la profonde imbécillité républicaine, laquelle multiplie les stratégies et les magouilles les plus foireuses pour remporter les élections, sans aucune considération pour les pathétiques victimes du conflit. Dès que l'on pénètre dans les locaux de campagne, les gags se multiplient, parfois très bordeline, comme lorsqu'on voit un zombie à l'oeil crevé chausser des lunettes avec un verre explosé pour lire le contrat véreux qu'on lui propose de signer! Au passage, Dante rend hommage à quelques Grands Anciens, dont les noms sont écrits sur les tombes d'où s'extirpent les zombies: Jacques Tourneur, George A. Romero... Ce dernier semble d'ailleurs constituer une référence majeure pour Dante qui le met continuellement à l'honneur, de la séquence dans le cimetière militaire qui est un démarquage évident du début de "La Nuit des Morts-Vivants", aux files de revenants disciplinés qui piétinent dans les bureaux de votes et semblent une redondance de ceux de "Zombie" poussant leurs caddies, en passant par la torture ignoble d'une pauvre créature mutilée qui renvoie bien sûr au "Jour des Morts-Vivants". Chez Dante comme chez Romero, le zombie est aussi pathétique que l'humain est infect, et c'est à lui que va toute notre compassion. Je vous laisse découvrir la multitude de gags grinçants qui émaillent la douloureuse quête de ces revenants, laquelle s'achève sur un final très "Contes de la Crypte". "Vote ou crève" constitue donc une excellente mise en bouche à cette diffusion française de "Masters Of Horror", en même temps que le retour en pleine verve de Joe Dante, qui nous offre ici la quintessence de son style humoristico-socio-horrifique. Sacré cocktail, en vérité.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.dailymotion.com/video/xacku_promo-homecoming

carpenter

LA FIN ABSOLUE DU MONDE

(Cigarette Burns)

de John Carpenter (épisode 8)

Là on rigole plus, nom de Dieu! Après le pitoyable "Ghosts Of Mars" (2001) - sans doute le pire navet de sa longue carrière - Big Dad Carpenter nous revient en force et nous plonge dans l'horreur la plus intransigeante. On pourra certes regretter que le script de cet épisode s'avère un démarquage certain de "La neuvième Porte" de Polanski (1999), en même temps qu'une relecture de son propre chef-d'oeuvre "L'Antre de la Folie" (1995), mais on n'en restera pas moins bluffé par la virtuosité de la réalisation, et surtout par le climat vénéneux qu'elle parvient à distiller. Bref, faute de nouveauté, on s'en remettra corps et âme au talent de conteur de Carpenter, qui nous embarque dans un trip nauséeux émaillé de visions cauchemardesques. Reprenant donc son fameux thème "de l'artiste démiurge", le cinéaste met en scène un collectionneur milliardaire quelque peu perturbé (hommage à Forrest J. Ackerman?), interprété par l'excellent et épileptique Udo Kier, qui engage un loser impécunieux pour retrouver "La Fin absolue du Monde", un film maudit rarissime et à la réputation sulfureuse. À ce que l'on murmure, sa seule et unique projection publique au fameux Festival de Sitges a vu les spectateurs, soudain saisis d'une folie collective et meurtrière, se jeter les uns sur les autres, et l'affaire s'est soldée par quatre morts et la destruction par le feu de la salle de cinéma, sans parler de nombreux blessés et de gens devenus fous... On fait également allusion de rares projections privées ayant pareillement tourné à l'Apocalypse... C'est donc dans la quête du film d'horreur ultime que nous entraîne Carpenter, sur les pas de cet enquêteur de l'occulte qui va rapidement se retrouver en enfer... La première moitié du métrage consiste principalement en un film de dialogues. Carpenter laisse la réputation du film parler pour lui, au travers des propos de plus en plus inquiétants des personnages très glauques que notre héros rencontre sur son chemin. Qu'on ne s'y trompe pas toutefois: bien qu'essentiellement dialoguée, cette première partie ne suscite pas l'ennui que l'on pourrait craindre, et l'absence d'action y est brillamment compensée par la qualité de la mise en scène, la prestation habitée des acteurs qui savent à merveille rendre leur angoisse contagieuse et des décors de cauchemar nimbés d'une lumière irréelle. Arrivés à mi-film, donc, on se rend compte qu'on est en train de s'enfoncer entre les coussins de son canapé avec l'espoir d'y disparaître, tant la tension instaurée par le cinéaste nous agace les nerfs... C'est évidemment le moment que choisit Carpenter pour nous balancer une putain de scène d'horreur de la mort de sa race qui nous tombe dessus sans crier gare comme un pot de géraniums largué du quatrième étage, je vous dis pas la secousse! La séquence en question, que je me garderai bien de vous détailler, car vous méritez bien pour m'avoir lu jusqu'ici de vous la prendre en pleine poire, n'a rien de révolutionnaire en soi, et on en a vu des centaines de similaires dans moult films d'horreur de qualité variable. En revanche, la violence avec laquelle elle nous est assénée navigue sur des crêtes auxquelles seules peuvent prétendre une poignée de chefs-d'oeuvre du genre, et je pèse mes mots! Dès lors, c'est l'hallali, et les abominations vont aller bon train jusqu'au final en apothéose pour lequel Carpenter renoue avec la tradition du Grand Guignol. Plus notre héros s'approche de l'objet de sa quête, plus il est assailli de visions cauchemardesques et subliminales s'inscrivant dans des cercles, comme autant de brûlures de cigarettes pratiquées dans le tissu de la réalité - d'où le titre original - et qui laisseraient entrevoir des instantanés de l'enfer... Cette altération du réel est d'ailleurs magnifiquement illustrée par un gimmick de mise en scène absolument génial: au montage, Carpenter pratique plusieurs coupes sombres dans la continuité de certaines séquences, ce qui suggère fort efficacement que des lambeaux d'existence sont arrachés à la vie du héros par quelque entité transcendante et malveillante... Magistral! Signalons enfin que Carpenter sacrifie également à l'hommage, à l'instar de Joe Dante. La chose semble d'ailleurs être de mise dans la série, et on peut s'attendre à voir les Maîtres se congratuler systématiquement l'un l'autre au détour de tel ou tel plan, petit jeu amusant à l'usage des fans. Ici, c'est Dario Argento qui se trouve honoré: en effet, la salle de cinéma dont notre héros est propriétaire projette fort pertinemment "Les Frissons de l'Angoisse", chef-d'oeuvre absolu du réalisateur transalpin. Ajoutons que le physique poupin de l'acteur principal Norman Reedus rappelle immanquablement celui du regretté David Hemmings, et vous obtenez un "tribute" en bonne et due forme. Oyez, oyez, mortels, Carpenter est de retour, en génie et en os, et il faudra désormais compter "La Fin absolue du Monde" parmi les pièces maîtresses de sa déjà prestigieuse filmographie.

Cliquez sur le lien pour voir un extrait + la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/series/fichenews_gen_carticle=18393209.html

Diffusions sur Canal+:

- le Vendredi vers 22h 30

- le Dimanche vers Minuit

dan_zom_2

Des zombies comme qui dirait... dantesques!

dan_zom

Le Besancenot de la révolution zombienne!

dan_cim

La scène du cimetière: un petit air de Roméro...

car_aff

Installez-vous confortablement, la séance commence...

Car_d_cap

Oui, ça dérange quelque peu les mises-en-plis!

car_ange

Un rescapé de "La Fin absolue du Monde"

car_noich

En voilà un qui a du sushi à se faire!

car__pouse

L'épouse du réalisateur maudit: je la sens critique...