Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou:"Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper")

Confiné la plupart du temps dans mon lit pour raisons de santé, je n'ai eu durant ce mois d'Août rien d'autre à foutre que regarder la télé et m'abîmer (on en ressort pas toujours intact!) dans la lecture. Résultat: une rubrique "Mollards" qui ressemble à un plancher de sanatorium!

sky_aff

Vu à la télé

CAPTAIN SKY ET LE MONDE DE DEMAIN

(Captain Sky And The World Of Tomorrow)

de Kevin Conran (2003)

S'il y a un genre totalement inconnu des jeunes générations, et bien oublié des moins jeunes, c'est sans aucun doute le "serial". À part les contributions de quelques cinéastes majeurs ("Les Espions" - 1919 - de Fritz Lang, "Fantômas" - 1913 - et "Judex" - 1916 - de Louis Feuillade) qui restent visibles sous forme de longs métrages remontés dans les ciné-clubs et cinémathèques, et les trop rares mais méritoires incursions d'Arte dans ce domaine au cours des 90's (intégrale de l'inénarrable "Les Zombies de la Stratosphère" - 1952 - de Fred C. Brannon, plus trois épisodes programmés à l'occasion d'un Théma du tout aussi kitsch "Flash Gordon" - 1936 - du spécialiste Frederick Stephani - toutes choses dont je conserve précieusement les VHS!), auxquels il convient d'ajouter "La Reine de la Jungle" - 1935 - de Robert F. Hill, diffusé par FR3 dans les 80's (mais de façon trop anarchique pour pouvoir être suivi régulièrement), tout le monde semble se désintéresser du serial. Sauf peut-être Kenny Conran, qui avoue une passion immodérée pour le genre, et lui élève avec son "Capitaine Sky" un magnifique mémorial. Gigantesques robots volants à géométrie variable, porte-avions stationné en plein ciel, vieux coucou amphibie et truffé de gadgets à la James Bond, vilain invisible et insaisissable répondant au doux patronyme de Totenkopf (littéralement: "Tête de Mort"), blondes héroïnes en péril et péripéties abracadabrantes distribuées à un rythme effréné dans un avant-guerre de pacotille qui fleure bon la science-fiction d'arrière-grand-papa, voilà le spectacle virevoltant, à regarder avec les yeux écarquillés d'un enfant, que nous offre pour notre plus grand bonheur ce jeune réalisateur surprenant. Kevin Conrad se paie en outre le luxe de réussir là où d'autres, pourtant plus aguerris dans le métier, se sont lamentablement vautrés, à savoir dans le film entièrement réalisé (exception faite des acteurs) en images de synthèse. Cette réussite tient avant tout dans la mise en place d'une esthétique cohérente d'un bout à l'autre, parce que soigneusement pensée et élaborée en amont du tournage. Par l'utilisation d'un pseudo noir et blanc pseudo colorisé et très contrasté, Conrad replonge son film en pleine période expressionniste, c'est-à-dire à la charnière du muet et du parlant, cadre historique du serial dont il pastiche à merveille le style - à l'instar d'un Tim Burton pour son "Batman", lui aussi se réclame du "Métropolis" de Fritz Lang pour la conception de sa mégalopole. Les acteurs eux-mêmes prennent un malin plaisir à jouer la surenchère, tant dans leur look que dans leur gestuelle très théâtrale. Jude Law, en justicier hyper-positif toujours rasé de frais tel que l'Amérique n'en rêve plus que dans les délires des Républicains, prend des poses hilarantes de fier-à-bras. Gwyneth Paltrow, peste glamoureuse, semble sortir tout droit d'un polar de Chandler avec son imper McFarlane, son bitos et ses bas nylon. Mais la palme revient à Angelina Jolie, magnifique Walkyrie patriotique sur laquelle semblent converger tous les fétichismes: uniforme straight tiré à quatre épingles, bottes de cuir, calot vissé sur la tête et coquin bandeau sur l'oeil faisant écho à la très sexy Reine de Sogo du "Barbarella" de Forest, bref le rêve incarné de tout masochiste pratiquant! Que du bonheur, je vous dis, que du bonheur!

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=50154.html

Cult_1Comics

BATMAN: "Enfer blanc"

de Jim Starlin & Berni Wrightson

(USA - coll "Super-Héros" - 1989)

Si vous passez par la Lorraine avec vos gros sabots, vous ne manquerez pas de visiter la cult_2bonne ville de Metz ainsi que son impressionnante cathédrale, à proximité de laquelle vous trouverez un BD shop fort bien achalandé du nom de "CD Bulles", nanti qui plus est d'un rayon "comics d'occase" de bonne tenue et qui vous permettra de compléter vos collections à vil prix (en gros: 5 € l'album). En ce qui me concerne, je me suis fait l'intégrale des quatre volumes d'"Enfer blanc", laquelle, vous en conviendrez, ne se trouve pas sous le pas d'un cheval (cote officielle = 12 € le volume). Cette tétralogie cartonné à la présentation irréprochable reprend les quatre numéros de la mini-série "The Cult", sortie aux States en 1988. "Cult", ce comics l'est incontestablement, puisque dessiné par l'un des plus grands, co-créateur avec Lein Wein de la mémorable "Swamp Thing", maître inégalé du gothique, j'ai nommé (chapeau bas, je vous prie) MONSIEUR Berni Wrightson. Jim Starlin, autre star du cult_3Silver Age célèbre pour son très psychédélique "Captain Marvel", lui taille ici une histoire sur mesures, puisqu'il y est question d'une secte constituée de SDF et autres déshérités de la société, manipulés par le gourou Blackfire, qui se terre dans les égoûts de Gotham et n'en sort que pour délivrer une justice expéditive en massacrant la pègre avec une violence extrême. En effet, ce contexte "égoutier" permet à un Wrightson tout à son affaire de faire évoluer ses personnages dans une enfilade de galeries et de cryptes suintantes qu'il dessine comme personne, de les immerger dans cette putréfaction marécageuse qui a fait la grandeur des planches de "Swamp Thing", et enfin de dresser une galerie de créatures contrefaites, au physique tourmenté par la misère, s'extirpant de leur ghetto insalubre comme des démons de l'enfer pour hanter notre bonne conscience de nantis. Quant à cult_4Batman, piégé dans ce labyrinthe où la pourriture règne en maîtresse, torturé cruellement et interminablement, subissant un lavage de cerveau des plus pernicieux, il dérouille grave jusqu'à ce que Robin arrive enfin à la rescousse... Quoique l'art de Wrightson ne soit jamais aussi époustouflant qu'en noir et blanc, la mise en couleur reste ici à sa juste place et respecte le trait du Maître - contrairement à cette horreur imbuvable que constitue le crossover "Batman / Aliens" de 1997, autre oeuvre de Wrightson massacrée par des couleurs numériques du plus mauvais goût.

ts_couv

Comics

TOM STRONG - vol. 1

par Alan Moore & Chris Sprouse

(SEMIC-Books - Octobre 2000)

Trouvé toujours dans cet excellent magasin de Metz, et toujours pour 5 €! SEMIC s'étant irrémédiablement cassé la gueule, mieux vaut pendant qu'il en est encore temps compléter nos collecs en se jetant sur tous les "SEMIC-Books" qu'on trouve, avant qu'ils ne disparaissent définitivement des librairies pour devenir des collectors hyper-cotés! Dans la bibliographie de Moore, "Tom Strong" appartient à la même catégorie "pastiches" que "Supreme" (parodie de Superman) ou "Promethea" (parodie de Wonder Woman). Le modèle est ici Doc Savage, héros de romans d'aventures jadis publiés en France dans la collection "Marabout Junior" qui, avec Bob Morane, berça la jeunesse des gens de ma génération (pour mémoire: Marvel en tira un comics assez falot dans les seventies - publié en France dans "Titans" # 4 à 11). Comme toujours chez Moore, le pastiche tient un équilibre parfait entre la parodie et un hommage respectueux nourri à la nostalgie des comics du Golden Age. Comme dans "Supreme", il éclate la chronologie en nous proposant divers épisodes de la vie de Tom Strong, lequel mérite plus que personne le qualificatif d'"enfant du siècle". De fait, l'homme naît en 1900, en pleine période "steampunk" (ce qui nous vaut des planches dans le plus pur style de "La Ligue des Gentlemen extraordinaires", et qui offrent à Moore l'occasion d'un hommage à Edgar Rice Burroughs) et poursuit sa carrière jusqu'en 1999 où, toujours fringuant grâce à la racine de "goloka" qui lui confère santé et longévité, il se retrouve protecteur de Millenium City - une mégalopole d'un futurisme de pacotille - en passant par la Seconde Guerre Mondiale au cours de laquelle il affronte un gang de nazillonnes sexy au look SM. Autre procédé caractéristique de la manière de Moore: la mise en abyme. En effet, les aventures qui nous sont relatées constituent également les lectures de Timmy Turbo, gamin fan de comics typique et probable paradigme de Moore enfant, membre du fan-club de Tom Strong dont il attend chaque nouvel épisode avec impatience. Ce personnage, dont des tranches de vie s'intercalent entre les diverses aventures de son héros favori, et pour lequel Chris Sprouse change totalement son style pour adopter un trait "cartoony", fait le lien entre les épisodes qu'il découvre en même temps que le lecteur. L'une des scènes les plus savoureuses est celle où Timmy, absorbé par la lecture de son comics, ne se rend pas compte que son idole est en train de se peigner avec un vilain juste sous les fenêtres du tramway aérien qui l'emmène à l'école! Enfin, on a droit à une galerie de personnages des plus bigarrés, comme Pneuman, un robot "steampunk" alimenté en énergie par une chaudière à bois, ou encore Salomon, le gorille intelligent en costard trois-pièces (probable référence au "Monk" de Doc Savage) qui déquille ses adversaires à coups de club de golf! Les vilains ne sont pas en reste, tous plus hallucinants les uns que les autres, la palme revenant à l'"Homme Modulaire" qui "a scindé son esprit en une multitude d'unités informatiques" et qui voyage par le Web pour frapper aux quatre coins du monde! Bref, encore une preuve, si besoin en était, qu'Alan Moore reste le scénariste le plus fou et le plus créatif de toute l'histoire du comics.

alien_aff

Vu à la télé

ALIEN VS PREDATOR

de Paul W.S. Anderson (2004)

Encore un "pop-corn-movie" dont le seul intérêt réside dans l'effet d'annonce du titre. Le benêt s'y précipite en espérant voir le combat du siècle, et se retrouve devant la bouse du millénaire! Tant pis pour lui: rien que le nom de Paul Anderson au générique aurait du lui mettre la puce à l'oreille... Extrait de la filmo du lascar: "Mortal Kombat" - la bouse du millénaire précédent! - plus une paire de "Resident Evil" contre laquelle je n'échangerais pas la mienne! Bref, quand c'est pas "Donjons et Dragons", c'est "baston et couloirs"! Spécialiste de l'adaptation foireuse de jeux vidéo (pléonasme!), Anderson filme comme telle l'affrontement des deux superstars, tant il est vrai que les chiens ne font pas des chats! Pour ce qui est de la baston, on peut compter sur le baveux et le rasta pour s'en donner comme à Verdun et dans la plus totale confusion, comme toujours chez Popaul. Quant aux couloirs, on n'est pas volés non plus puisque l'action se déroule dans une pyramide labyrinthique à géographie variable (merci, "Cube"!), dans laquelle les protagonistes humains se perdent avant de se faire dégommer par l'une ou l'autre des monstruosités: autant de déambulations interminables qui, accommodées d'un suspense à deux balles, assurent le remplissage à peu de frais d'une longueur non négligeable de pellicule. Là-dessus, je te greffe quelques SFX noyés dans une pénombre bleuâtre, je saupoudre de quelques références à la tétralogie (Lance Henriksen, pseudo-Ripley...) et l'affaire est emballée. Ah ouais, j'allais oublier: c'est une production Joel Silver! Quoi? Qu'est-ce que tu dis, Paul? Tu viens de passer le cinquième niveau? C'est cool, Paul, mais fais gaffe quand même: y'a un cinéphile planqué prêt à te tomber sur le poil, et je crains que tu ne sois pas équipé pour...

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=47002.html

grudge_aff

Vu à la télé

THE GRUDGE

de Takashi Shimizu (2004)

Voilà un remake qui va relancer la polémique du pillage systématique du cinéma fantastique japonais par un Hollywood opportuniste, toujours prêt à récupérer le succès des autres tout en leur laissant essuyer les plâtres. Sauf qu'ici, le cas est très particulier: ce remake américain est en effet réalisé par Takashi Shimizu, l'auteur-même de l'original "Ju-On", considéré comme un classique au même titre que le "Ring" de Nadaka. Plus étrange encore, il a été tourné au Japon après délocalisation des principaux acteurs qui, eux, sont américains... Contre toute attente, cette tambouille insolite qui laissait présager le pire débouche au contraire sur un film de fantômes de très bonne tenue, laissant loin derrière les purges innommables dont Joel Silver et consorts saturent les écrans avec une prolixité qui confine à de la dysenterie. De fait, le déracinement des héros américains immergés dans un milieu et une culture qu'ils ne maîtrisent pas ou mal (thème déjà exploité par Polanski dans son excellent polar "Frantic"), s'avère au bout du compte une excellente idée. Les protagonistes ne s'en trouvent que plus vulnérables face à une menace qui se dédouble: l'angoisse du déracinement est en effet portée à la puissance deux par les événements abominables qui se déroulent sur ce substrat déjà instable... D'où inquiétude accrue par contrecoup sur le spectateur, qui s'identifie parfaitement à des héros non japonais, et s'en trouve deux fois plus déstabilisé... Coup de maître donc du producteur Sam Raimi, géniteur de ce concept très bizarre de "délocalisation": en sa qualité de réalisateur très estimé des fans et auteur entre autres d'un trop méconnu "Intuitions" fort inspiré par le fantastique nippon, il a su créer un contexte favorable à l'épanouissement du talent de Shimizu - ce qui, en théorie, devrait être le rôle de tout producteur qui se respecte. Et du talent, l'homme en a à revendre: il sait poser ses plans, leur imprimer le rythme qu'il faut, laisser au spectateur le temps de s'intriguer, puis de s'inquiéter, puis de s'angoisser, perturbant la chronologie pour intensifier le sentiment d'égarement, créant un climat d'étouffante étrangeté qui prélude à l'irruption de chocs visuels administrés comme autant de coups de marteau... Pour ne citer qu'un exemple, la scène de la réapparition du personnage présumé disparu de Yoko en laissera plus d'un pantelants! La violence elle-même, lorsqu'elle se déchaîne, est traitée avec un raffinement exquis, ce qui nous change agréablement du bourrinage à la mode hollywoodienne. Seule ombre au tableau, on est obligé de se farcir la pintade Sarah Michelle Gellar, qui ne sait plus que faire de sa carcasse dès qu'elle n'a pas de vampires à latter! À part ça, "The Grudge" est un maître-film, à consommer sans modération.

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=55429.html

Anacondas_aff

Vu à la télé

ANACONDAS: À LA POURSUITE DE L'ORCHIDÉE DE SANG

(Anacondas: The Hunt For The Blood Orchid)

de Dwight H. LITTLE (2004)

C'est aussi innovant que Koh-Lanta saison 2 par rapport à Koh-Lanta saison 1. Vous prenez l'opus 1, vous le délocalisez à Bornéo et le tour est joué. Tout pareil je vous dis: même fleuve, mêmes rapides, même barlu brinquebalant, même aventurier-baroudeur-cynique-mais-qui-a-bon-coeur-finalement, mêmes pétasses en short, même traître infiltré dans la bande, une mesure d'Indiana Jones, une mesure de grosse bestiole gloutonne, une mesure de terreur sub-aquatique, bref un some-up au rabais de la filmo spielbergienne, qu'on jurerait par moments filmé dans les mid-eighties par un Sergio Martino ou un Enzo G. Castellari au mieux de leur forme! Bon, d'accord, on n'a plus Jennifer Lopez, ni cette vieille brutasse sympathique de Jon Voight (the "Macadam Cowboy" himself), mais il nous reste le Black-moulin-à-paroles émule d'Eddy Murphy qui rappe sans discontinuer des vannes à deux balles avec une voix de tête insupportable et, pire que tout, le serpent ne le bouffe même pas! À ce sujet, il serait grand temps que SOS Racisme, ou les Black Panthers, ou même Dieudonné, tiens, se mobilisent pour faire interdire ce genre de personnages qui discrédite toute la communauté noire! Ou alors, qu'on fournisse de l'aspirine à l'entrée des salles! Sinon, c'est réalisé par le vétéran Dwight H. Little, artisan solide mais sans personnalité, spécialiste des séquelles foireuses ("Halloween 4", "Sauvez Willy 2"...) qui végète dans la série télé entre deux nanars. En dépit de l'accumulation de poncifs et de rebondissements annoncés au mégaphone, c'est passablement torché et ça se laisse voir d'un oeil amorphe pour s'oublier dans la seconde qui suit le générique de fin. Du cinéma-Kleenex, quoi...

REDIFFUSION: Mardi 5 Septembre à 4h40, sur Canal +

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.fra.cityvox.fr/cinema_calais/anacondas-a-la-poursuite-de-l-orchidee-d_900036195/BandeAnnonce?player=CAM

voix_des_morts_aff

Vu à la télé

LA VOIX DES MORTS (White Noise)

de Geoffrey Sax (2004)

Durant mon adolescence, j'ai vécu une expérience terrible... J'ai assisté à une journée "Marguerite Duras", organisée par le ciné-club local: de 8h du mat à minuit, je me suis farci successivement: "India Song", "Son Nom de Venise dans Calcutta désert", "Des Journées entières dans les Arbres", "Nathalie Granger", pour finalement m'endormir lâchement, bercé par le ressac, sur "Vera Baxter ou les Plages de l'Atlantique". Le tout entrecoupé d'interventions de l'auteur, invitée pour l'occasion, lesquelles justifièrent pleinement cette adresse que lui fit Jacques Lacan: "Ma chère Marguerite, vous êtes bête, et c'est tant mieux: car si vous n'étiez pas bête, vous deviendriez folle!" Affreux! J'ai juré qu'on ne m'y reprendrai plus, à jouer l'intello dégénéré! Encore aujourd'hui, il m'arrive de me réveiller en hurlant son Nom de Venise dans mon lit en portefeuille! Qu'on ne me parle plus de Duras ni de son Chinois! Et bien, je vous le donne en mille: je me suis refait piéger! Car la Guiguite s'est bel et bien réincarnée sous la forme de Geoffrey Sax, réalisateur souffreteux de "La Voix des Morts". Que vous dire? C'est chiant! mais alors chiant! Il s'agit d'un veuf inconsolable qui guette des messages de la chère disparue dans la neige de la télé, ou dans le bruit blanc de la radio - d'où le titre original. De temps en temps, il devine un vague grésillement dans lequel il nous semble distinguer quelque chose comme "N'oublie pas de ramener le pain, bzz, crac!", et il est fou de joie. D'autres fois, il énerve les morts qui se vengent cruellement en cassant le beau vase de Tata Lucie, et puis voilà... c'est tout! Durant une heure et demie qui ressemble à un siècle, Michael Keaton écarquille les yeux devant des points blancs, bidouille sur des ordis, écoute des craquements, "et ça recommence encore et encore", comme chante notre Cabrel national... Total foutage de gueule, à boycotter de toute urgence! Quoi? Qu'est-ce que j'apprends? "La Voix des Morts 2" est annoncé pour bientôt? Putain j'y crois pas!

REDIFFUSION: Vendredi 8 Septembre à 3h10, sur Canal +

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=57828.html

vaisseau_aff

Vu à la télé

LE VAISSEAU DE L'ANGOISSE

(Ghost Ship)

de Steve Beck (2003)

Ayaye! Une production "Dark Castle Entertainment"! La société de l'infâme Joel Silver, celle-là même qui enfile les remakes foireux comme d'autres les perles un jour de cassoulet, vous vous souvenez? Bon, c'est mon jour de bonté, je vais essayer de pas trop casser... Déjà, c'est pas un remake, quoique ça ne vaille guère mieux, les scénaristes nous ressortant les vieilles légendes de la "Marie-Céleste" et du "Hollandais volant". Ensuite, c'est nettement moins mauvais que "La Maison de l'Horreur" (voir chronique éponyme) ou "13 Fantômes": faut dire qu'il était difficile de faire pire! Faut dire aussi que - une fois n'est pas coutume - Silver a embauché ici un réalisateur non atteint d'épilepsie chronique, ce qui nous vaut une première demi-heure à peu près potable, durant laquelle Steve Beck s'applique consciencieusement à poser ses plans, à instaurer un semblant de climat et... ça s'arrête là! Car que voulez-vous, on ne peut pas faire de miracles avec un script inepte! Tant que les fantômes jouent à cache-cache dans les coursives, apparaissant çà et là dans les coins, ça passe encore... Le problème, c'est qu'ils apparaissent de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, jusqu'à en devenir envahissants! Or, ce que sait tout un chacun et que seuls semblent ignorer les prétendus scénaristes, c'est qu'un fantôme trop présent, ça ne fait plus peur! En outre, les spectres s'avèrent rapidement des bavards intarissables, à tel point que l'on finit par obtenir un film plus raconté qu'il n'est vu! Mieux: ça bavasse de la sorte jusqu'à ce que le spectateur sache de façon claire et précise une demi-heure à l'avance comment tout ça va se terminer! Un film qui génère lui-même ses propres spoilers, vous admettrez que c'est quand même assez puissant! Enfin, à entendre tous ces spectres nous expliquer par le menu le pourquoi du comment, on en arrive à se demander si Silver et sa bande ne nous prendraient pas un tout petit peu pour des neuneus, ce qui fait toujours plaisir! Sinon, toujours les mêmes plans "soft-gore" qui pourraient être montrés sans problème à "Bonjour les Zouzous", sans oublier les éternels pompages des succès les plus fameux du genre: les coursives rouillées rappellent fort celles du "Nostromo", parcourues qui plus est par une pseudo-Ripley en T-shirt moulant, et la salle de bal illuminée sort en droite ligne de "Shining" - on ricane! Un âne, on a beau lui couper les oreilles en pointe, on n'en fera jamais un cheval de course: de même, ce n'est pas en remplaçant les couloirs par des coursives qu'on réussit un film d'horreur.

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=40879.html

bouchers_aff

Vu à la télé

LES BOUCHERS VERTS

(De grønne Slagtere)

de Anders-Thomas Jensen (2004)

Voilà un concurrent sérieux pour Lars Von Trier, à croire que le Danemark est le pays de tous les OVNI cinématographiques! Svend et Bjarne, deux amis inséparables, bouchers de profession et las du harcèlement que leur fait subir un patron antipathique, décident de monter leur propre entreprise. Rien que de très banal a priori, sauf que les deux compères se trimballent l'un comme l'autre une collection de névroses à faire pâlir Sigmund Freud en personne! Tout démarre sur un accident stupide: un livreur est malencontreusement enfermé dans la chambre froide et y meurt gelé. Là où vous et moi ferions immédiatement appel aux autorités compétentes, Svend décide en toute logique de faire disparaître le corps en le débitant et en le refourguant à ses clients! Coup de théâtre, le boucherie qui jusque là vivotait explose son chiffre d'affaire. Se pose alors le problème du réapprovisionnement, etc, vous voyez le genre... Et bien non, vous ne voyez rien du tout, ou plutôt vous ne distinguez dans cette sordide et classique histoire de meurtres et d'anthropophagie que la partie visible de l'iceberg. En effet, ça se complique copieusement avec le réveil miraculeux d'Eigil, le frère jumeau de Bjarne, qui vient de passer dix ans dans le coma. Au vu des séquelles psychologiques qu'il manifeste, on ne peut pas dire qu'Eigil relève le niveau établi par notre couple de crétins, surtout si l'on en juge par la girafe en peluche qu'il trimballe partout! De plus, Bjarne manifeste une hostilité aussi mystérieuse qu'intense à l'égard de son jumeau, et particulièrement concernant la fixation de celui-ci sur les animaux... Comme si ça ne suffisait pas, Bjarne doit aussi s'occuper de dissimuler les exactions morbides de son associé, en même temps qu'il tombe amoureux de la fille du gardien du cimetière et que l'ex-patron du duo déficient ourdit un complot dans leur dos. Lorsque le délire atteint son apogée avec l'enterrement en grandes pompes de deux poulets plumés, nul ne doute plus des intentions facétieuses du réalisateur Anders-Thomas Jensen. Mais là encore, nous sommes pris à contre-pied par une réalisation d'un classicisme glacial et qui n'est pas sans évoquer un compte-rendu de médecine légale! Sachant pertinemment que le comique le plus drôle est celui qui débite ses gags avec un sérieux imperturbable, Jensen applique ce principe à la Buster Keaton d'un bout à l'autre de son métrage, et sans jamais faillir. Ne comptez pas sur lui pour mettre son humour en avant ou téléphoner ses gags à coups de clairon: au contraire, la satire et la dérision se fondent ici de façon homogène à la grisaille du quotidien, ce qui tend à réduire le réel dans sa totalité à une farce grotesque, racontée avec une rigueur quasi bergmanienne par un trio d'idiots laissés pour compte, et qui prend sa revanche sur une humanité dépeinte comme carnassière. Cet humour pisse-vinaigre, par le décalage qu'il établit entre la morgue de la forme et le délire fondamental qui la torpille, provoque chez le spectateur les plus franches crises d'hilarité, sans qu'il puisse toutefois se départir d'un sentiment diffus de malaise... Ajoutez une conclusion d'un immoralisme à pétrifier tous les tartuffes des trois religions réunies, et vous obtenez un petit chef-d'oeuvre frappé du sceau de l'Ange du Bizarre, à voir toutes affaires cessantes. Anders-Thomas Jensen est un réalisateur à suivre de très, très près.

Cliquez pour voir la bande annonce:

http://www.allocine.fr/film/video_gen_cfilm=57423.html

sky

"Capitaine Sky": une Angelina très dominatrice...

batman

Le Batman souterrain de Berni Wrightson

ts

Tom Strong et sa petite famille

alien___pred

"Alien vs Predator": T'a'ar ta gueule à la récré!

grudge

Tojiro: l'un des spectres inquiétants de "The Grudge"

Anaconda

"Anacondas": du boa dont on fait les flutes!

voix_des_morts

"La Voix des Morts": fermez vos gueules!

bouchers

"Les Bouchers verts": Lars Von Trier n'a qu'à bien se tenir!