DVD

BIENVENUE DANS L'UNIVERS DE JESS FRANCO

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Entre "Mad Movies" et Jess Franco, c'est une grande histoire d'amour. J'en veux pour preuve le nombre de DVD reprenant les oeuvres de ce maître du Z sortis sous leur label. Déjà, 2005 fut une année faste puisque la collection "Le Meilleur des B-Movies", qui regroupe les DVD vendus mensuellement avec la revue (pour les lecteurs qui choisissent cette formule), nous a proposé coup sur coup trois films de Franco parmi les plus millésimés, j'ai nommé: "L'horrible Docteur Orloff" (1962), "Le sadique Baron Von Klaus" (1962) et "Les Maîtresses du Docteur Jekyll" (1964). Cette année, "Mad Movies" enfonce le clou en lançant dans tous les points presse une nouvelle collection intitulée "Les Curiosités du Cinéma fantastique", et c'est à nouveau Franco qui ouvre le bal avec ce coffret compilant pour la somme ridicule de 13 € trois chefs d'oeuvre du Z pur et dur: "Une Vierge chez les Morts-Vivants", "L'Abîme des Morts-Vivants" et "Le Lac des Morts-Vivants". Quatre heures et demi de franche rigolade pour un peu plus de 4 € la galette, vous admettrez que ça vaut le jus!

Cerise sur le gâteau, "Mad" a réalisé à l'occasion de cette grande rétrospective un interview fleuve de Franco, dans laquelle celui-ci passe en revue pièce par pièce l'essentiel de son interminable filmographie (180 films recensés!). Ainsi, on trouve sur cinq des six DVD déjà sortis un bonus proposant les commentaires du réalisateur sur le film concerné. Grand moment! C'est à se demander ce qui est le plus drôle, des films ou de l'interview! Vêtu d'un pull informe, le cheveu gras et les chicots en bataille, Franco y arbore un look clodo du plus bel effet nous suggérant que sa petite industrie ne doit pas être bien florissante! Volubile et parfois même incohérent, Franco s'y montre de surcroît d'une mauvaise foi des plus réjouissantes! En effet, il faut avoir entendu ce maître du navet fustiger Antonioni et annoncer sans sourciller que "Romero est un mauvais réalisateur", ou encore que "Romher n'est pas un auteur"! Mais l'apothéose est atteinte lorsqu'il concède, dans un superbe élan de lucidité: "Je n'ai pas le talent de Vincente Minelli"! Discours dont on goûtera toute la saveur après visionnage des films du coffret!

Enfin, avant d'entrer dans le vif du sujet, on ne peut pas parler de Franco sans évoquer la firme Eurociné, grande pourvoyeuse de Z sur l'hexagone dans toute la période sixties-seventies, et qui restera dans nos coeurs pour avoir produit la grande majorité de l'oeuvre des deux pires réalisateurs de ce côté-ci de l'Atlantique: l'intéressé Jess Franco, et l'inénarrable Jean Rollin, dont on reparlera d'ici la fin de cette chronique. Si les deux zigotos sont surtout réputés pour leur érotomanie patente, cela est surtout dû aux choix de Marius Lesoeur, directeur d'Eurociné, bien décidé à exploiter à fond la libération sexuelle post-soixante-huitarde. De fait, les productions de la firme se distinguent avant tout par leur caractère hybride, et peuvent être vus indifféremment soit comme des films fantastiques, soit comme des films de cul softcore. À tel point d'ailleurs que la plupart sortiront plus ou moins remontés sous des titres différents, accentuant selon le cas l'aspect fantastique ou l'aspect érotique des productions: ainsi, "Une Vierge chez les Morts-Vivants" avait fait l'objet d'une première sortie sous le titre évocateur de "Christina, Princesse de l'Érotisme"! Mais le cas le plus représentatif dans la filmo de Franco restera "La Comtesse noire", rapidement rebaptisé "La Comtesse aux Seins nus", pour finalement devenir "Les Avaleuses"! Ce dernier titre est de loin le plus honnête, puisqu'il est question d'une vampire se nourrissant exclusivement... de sperme!!! Cela est évidemment prétexte à moult scènes de fellations, au cours desquelles les "victimes" découvriront à leurs dépens que l'expression "se faire sucer à mort" n'est pas une simple métaphore! Pour ma part, j'ignorais jusque là que l'on pouvait décéder d'un prélèvement excessif de semence, mais c'est précisément ce genre de détails foutraques (et je pèse mes mots!) qui fait tout le charme du cinéma Z! Ceci dit, il ne faudrait pas en arriver à penser que Franco fait du cul alimentaire à son corps défendant... Au contraire, le vieux salaud prend visiblement son pied à pratiquer une sorte d'échangisme cinématographique en offrant généreusement et sous toutes ses coutures le corps pulpeux de son épouse Lina Romay à la concupiscence du spectateur. Sans quoi, comment justifier cette scène de "La Comtesse noire" où elle se masturbe voluptueusement un quart d'heure durant dans un séquence qui semble ne jamais devoir prendre fin?

Bon, maintenant que les présentations sont faites, lâchez cinq minutes ce que vous avez dans la main et examinons dans la détail les DVD de ce coffret:

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UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS (1973)

Cette histoire de pauvre orpheline retournant dans le manoir ancestral après le décès de son pôpa pour y toucher son héritage, et découvrir que la famille tuyau-de-poële qui y réside est en fait constituée de spectres pervers et malfaisants, s'avère très rapidement une bonne excuse pour faire défiler devant l'objectif une quantité astronomique de nibards et fesses et founes. Pour une vierge pure et innocente, l'héroïne y va tout de même fort: fait-elle une promenade dans le jardin qu'elle tombe sur un étang et hop! à poil et à l'eau! Regagne-t-elle sa chambrette pour y prendre quelque repos qu'elle envoie in petto tout valser par-dessus les moulins! Se pâme-t-elle devant une vision cauchemardesque, qu'on l'allonge sur son lit et qu'on la dépoile des pieds à la tête sous prétexte de lui donner de l'air! Ouvre-t-elle une porte qu'elle tombe sur ses cousines en plein exercice saphique, et coetera, et coetera, et encore je ne vous parle pas de la malédiction du "grand phallus noir"! En dehors de cette débauche fessière, le film réserve tout de même quelques moments intéressants, comme cette scène de veillée funèbre qui verse dans le surréalisme le plus échevelé: la défunte vêtue de noir est assise sur un trône au pied duquel une blondasse se vernit les orteils, au milieu d'une magnifique brochette de tronches de cakes psalmodiant une lugubre mélopée, parmi lesquelles un Jess Franco hilarant dans le rôle du neuneu de service et un Howard Vernon en roue libre se déchaînant sur son piano qui, très mystérieusement, produit un son d'orgue! Imparable! Puisqu'on en parle, je me suis toujours demandé comment Howard Vernon, après un début de carrière fulgurant dans "Le Silence de la Mer" de l'immense Jean-Pierre Melville, où il tenait magistralement la tête d'affiche dans le rôle de l'officier allemand, a fini par se retrouver dans "L'horrible Docteur Orloff", devenir l'acteur fétiche de Jess Franco et gâcher son talent dans un nombre incalculable de nanars. Funeste destin. Sinon, on se régalera du bonus-interview dans lequel un Franco des plus hypocrites joue les pleureuses et se plaint des scandaleuses mutilations que son film - titré à l'origine "La Nuit des Étoiles filantes" - aurait subies pour devenir "Christina, Princesse de l'Érotisme". En gros, il accuse le producteur Marius Lesoeur d'avoir chargé un réalisateur français "dont il préfère taire le nom" (nul n'est besoin de se torturer les méninges pour deviner qu'il s'agit de l'ineffable Jean Rollin!) de remonter son oeuvre et de la caviarder de scènes de cul... On aurait éventuellement pu le plaindre s'il n'y avait pas eu entre temps "La Comtesse noire", a.k.a. "La Comtesse aux Seins nus", a.k.a. "Les Avaleuses"! Plus faux cul, tu meurs!

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L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS (1983)

(La Tumba de los Mortes Vivientes)

Il y a des jours où l'on regrette que l'alphabet ne compte que vingt-six lettres: en effet, on aurait bien eu l'utilité d'un vingt-septième ou d'un vingt-huitième caractère après le Z pour classifier à sa juste valeur un objet tel que "L'Abîme des Morts-Vivants". Je me suis longuement demandé pourquoi la "Tumba" du titre original était devenu un "Abîme" dans la version française, alors que la réponse était pourtant évidente, la nullité du produit atteignant des profondeurs insondables! L'auteur en est bien conscient, qui signe prudemment la chose du pseudonyme de A.M. Franck, comme s'il avait encore une réputation à sauver! Mais il est vrai que, douze ans après "Une Vierge chez les Morts-Vivants", Franco n'est plus que l'ombre de lui-même, si l'on en juge par les scènes érotiques qui, foisonnantes du temps de sa splendeur, se trouvent ici réduites à la portion congrue, sans parler de leur caractère timoré: à peine quelques gros plans sur des petits shorts moulants, une scène de baignade filmée à distance très respectueuse, un mamelon dépassant furtivement de dessous un drap, et baste... Oui, la vieillesse est un naufrage, et force est de reconnaître que dans ce film, Franco bande singulièrement mou... Il faut y voir également le chant du cygne des productions Eurociné et, de manière générale, la fin du Z dans les salles en cette période de montée en puissance de la VHS qui confine dans leurs foyers les pervers du nanar. Le direct-to-video consommera bientôt définitivement la disparition des cinémas de quartier, snif, bou-hou! Mais bon, ressaisissons-nous et faisons le pitch: plusieurs bandes d'aventuriers s'affrontent mollement autour d'une oasis, dans laquelle un commando de nazis a jadis enterré un trésor avant de se faire massacrer par les Alliés. La nuit, lesdits nazis entre temps zombifiés émergent du sable pour venir exploser les chasseurs de joncaille, c'est simple et carré! Malgré l'indigence du produit, qui touche au sublime, on a tout de même droit à quelques bonnes parties de fendage de gueule: il faut avoir vu ces pintades en short rechercher le trésor en tapant sur les buissons avec un bout de bois! Rien que pour de telles scènes d'anthologie, je n'échangerai pas mon coffret Jess Franco à 13 € contre (au hasard!) l'édition collector de la trilogie Matrix! D'autant moins que pour trouver des zombies plus bidonnants, faut se lever matin! Putain, le gonze qui les a maquillés n'y a pas été de main morte: le latex est littéralement TARTINÉ sur le gueule des figurants, avant d'être peint avec des couleurs genre tombées du ciel! Je profite de l'occasion pour attester du fait que, conformément à une rumeur assez répandue, les cheveux continuent bien de pousser après la mort. Comment expliquer sans cela que les nazis arborent des tignasses telles qu'on n'en vit qu'à Woodstock? Spéciale dédicace pour le "zombie-tête-de-mort", mon préféré, qui se résume à un crâne saupoudré de lombrics avec une balle de ping-pong dans l'orbite, balladé devant la caméra au bout d'un piquet: c'est tellement beau que ça mériterait un Oscar!

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LE LAC DES MORTS-VIVANTS (1980)

Aussi incroyable que cela puisse paraître, "Le Lac des Morts-Vivants" fit à sa sortie l'objet d'une polémique dans le Landerneau du Z. La question était de savoir qui, de Jess Franco ou de Jean Rollin, se planquait derrière le pseudo du réalisateur J.A. Lazer. Pour avoir activement pratiqué l'un comme l'autre, je puis vous affirmer qu'il s'agit bel et bien de Jean Rollin. Le style ne trompe pas: en dépit de tout ce que l'on sait, Jess Franco possède tout de même quelques notions rudimentaires de mise en scène, alors que Jean Rollin ABSOLUMENT PAS!!! Paternité attestée du reste par la présence dans le casting de Rollin en personne, qui joue comme un cochon! En revanche, le scénar serait en partie l'oeuvre de Franco, du moins si l'on en croit la jaquette qui le crédite à ce poste en compagnie d'un certain Julian Esteban, alors que le générique ne l'attribue qu'à ce dernier... À moins qu'Esteban ne soit qu'un pseudo derrière lequel s'abrite Franco, allez savoir, avec Eurociné... N'importe, Rollin vaut largement Franco, quel que soit le critère considéré. Par exemple, qui dit "lac" dit "baignade", et qui dit "baignade" dit "papardelle de gonzesses à oilpé", filmées ici en contre-plongée sous-marine toutes foufounes épanouies! On a beau le leur répéter, que la baignade est dangereuse, macache! elles débarquent au lac par autobus entiers, ah ça! le père Rollin lésine pas sur la marchandise! ...pour le plus grand bonheur des zombies qui croupissent sous les eaux depuis la seconde guerre mondiale! Comment? Ben ouais, c'est encore des nazis, balancés jadis dans le lac après que les maquisards du village voisin les eussent occis! Mais surprise, le lac a des pouvoirs magiques, comme l'explique à une journaliste un Howard Vernon fatigué après vingt ans de bons et loyaux services chez Eurociné, et c'est la raison pour laquelle les nazis reviennent tirer les naïades par les pieds! Mais le film sait aussi se montrer novateur: six ans avant "Le Jour des Morts-Vivants" de Romero et son célèbre Bub, "Le Lac des Morts-Vivants" nous présente également un personnage de gentil zombie, de son vivant gentil nazi puisque, faisant l'amour et pas la guerre, il devait engrosser dans le foin une fille du village (je vous passe les détails de la conception, sur lesquels Rollin s'attarde longuement!), laquelle fine mouche eut la bonne idée de mourir en couches pour éviter d'être tondue! Cet accident de scénario nous vaudra la séquence mélodramatique des retrouvailles de Papa Zombie avec Fifille qui aurait éventuellement pu nous émouvoir aux larmes, si seulement le géniteur prodigue n'avait pas arboré un maquillage vert pomme qui, non content de nous éblouir, ne rate pas une occasion de couler! Pas de doute, on est bien dans le Z le plus intransigeant, et c'est rien que du bonheur!

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Jess Franco himself paie de sa personne et joue les neuneus!

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Mon Dieu, Christina se pâme! Qu'on lui donne de l'air!

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L'art du cadrage chez Jess Franco!

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Ne te gratte pas! Tu vas arracher ton latex!

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Ça folâtre dans le lac...

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... et sous le lac!

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Howard Vernon: vingt ans d'Eurociné, ça use!

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Heu, Papa, j'aimerais que tu évites de venir me chercher après les cours...