Série Télé

RÉVÉLATIONS

(Revelations)

série créée par David Seltzer (2005)

aff8

L'Apocalypse a eu lieu, et ça se passait le 15 Mai dernier sur M6 avec une soirée "Révélations", lors de laquelle nous pûmes visionner l'intégrale de cette mini-série de 6 x 45 minutes. Programmation quelque peu opportuniste en cette période d'engouement planétaire pour l'avatar cinéma du "Da Vinci Code", dont les promoteurs refusent obstinément de lâcher la grappe aux consommateurs potentiels que nous sommes, à coups de polémiques théologiques aussi lucratives que savamment entretenues. Va falloir nous y faire: on n'a pas fini de bouffer du thriller bondieusard à toutes les sauces et, à cet égard, "Révélations" ne constitue qu'un épiphénomène de plus.

Considérée au premier degré, la série passe plutôt bien, avec un scénar solidement bâti, dont le suspense entretient efficacement notre intérêt sans jamais nous faire languir, et qui se montre particulièrement généreux en rebondissements et coups de théâtre. Le postulat de départ est basique et spécule astucieusement sur les angoisses du moment: l'Apocalypse est en marche, le monde devient fou, y'a qu'à voir tout ce qui se passe, la guerre, les attentats, le prix de l'essence, la baguette à un euro, le mariage des homos si c'est pas une honte ma pauvre Madame Michu! Sur cette toile de fond alarmiste, un couple improbable formé par une nonne érudite et un astrophysicien rationaliste parcourt le vaste monde à la recherche du Christ himself qui, conformément aux prophéties de Jeannot, serait revenu en ce bas monde à l'occasion d'une seconde immaculée conception, Apocalypse oblige! Oui mais, qui dit Christ dit Antéchrist, et les puissances des ténèbres travaillent ardemment à planter le dawa en innondant le monde de faux messies (également connus sous l'appellation de para-messies!), histoire de faire tourner en bourrique nos deux méta-détectives... Il serait fastidieux de relater les innombrables péripéties qui émaillent leur quête: sectes sataniques, démon aux pouvoirs surnaturels, cérémonies impies, mondes secrets et ésotériques, décryptage d'anciens grimoires et d'antiques artefacts, exhumations de cryptes séculaires tapies sous la glaise de cimetières brumeux, enlèvements, fusillades, poursuites haletantes, parapsychologie et mystères insondables sont au menu d'une intrigue aux mille tiroirs, et dont la thématique constitue un savant cocktail de "La Malédiction" et d'Indiana Jones. Pour notre plus grand plaisir, "Révélations" nous ramène à l'âge d'or des feuilletonistes français du XIXème siècle, le créateur-scénariste David Seltzer (frère du célèbre Alka!) ne reculant devant aucune audace pour nous entraîner dans une ronde étourdissante d'aventures menées à un rythme effréné.

Mais attention: c'est de cet aspect irrésistiblement jouissif et captivant dont il faut précisément de méfier car, loin d'être le divertissement innocent qu'il se prétend, "Révélations" s'avère, dès qu'on gratte un peu le vernis, l'oeuvre de prosélytes parmi les plus pervers. Certes le fantastique, genre métaphysique par excellence, a toujours fait bon ménage avec la calotte, de par sa mythologie de créatures toutes plus ou moins émanations du Diable, lequel renvoie dialectiquement à Dieu. Nul athée ou laïque ne s'offusque plus à voir Dracula convulser devant la Sainte-Croix, tant l'attirail consacré fait désormais partie du folklore. Il n'y aurait donc pas matière à s'émouvoir si "Révélations" se contentait de mobiliser la mythologie chrétienne à des fins purement récréatives, comme le firent en leur temps "La Malédiction" ou encore "L'Exorciste" - quoique ce dernier s'avère à l'analyse plus freudien que religieux! Et quand bien même un film véhiculerait-il un message de foi qu'il n'y aurait pas de quoi pousser des cris d'orfraie: on a vu le sentiment religieux inspirer des chefs-d'oeuvre, notamment chez Robert Bresson ou, plus près de nous, chez Abel Ferrara (voir le sublime "Bad Lieutenant").

Là où ça craint, en revanche, c'est lorsque la libre expression d'une foi se pervertit en intégrisme sectaire et se met à prêcher certaines formes de négationnisme dans des buts éminemment obscurantistes. L'hypocrisie allant généralement de pair avec le fanatisme religieux de quelque confession qu'il soit, on ne s'étonnera pas du fait que le message ne soit jamais délivré dans toute sa crudité, mais adopte au contraire une forme rassurante et insidieuse, comme par exemple celle d'une divertissante série télé. Et à cet égard, "Révélations" s'avère d'autant plus dangereuse qu'elle est accrocheuse et bien ficelée en tant que divertissement. Mais ne nous y trompons pas: ses auteurs, David Seltzer en tête, sont à n'en point douter des fondamentalistes chrétiens de l'espèce la plus virulente, ceux-là même qui constituent la clique de George W. Bush!

J'en veux pour preuve la charge furieuse qui, sans avoir l'air d'y toucher, est menée contre l'Islam, nettement identifié aux émanations sataniques. D'une formulation très politiquement correcte qui évite de choquer les consciences pour mieux les pénétrer, le message est induit de la manière la plus pernicieuse qui soit, à tel point que le mot "islamisme" n'est jamais prononcé, et qu'aucun protagoniste d'origine arabe n'apparaît dans la série. Il n'en demeure pas moins qu'à chaque fois que les menées sataniques sont évoquées, ce sont des attentats palestiniens en Israël qui sont cités en exemple. Et que dire du démon à forme humaine qui prépare la venue de l'Antéchrist: l'homme se nomme "Haden" (pourquoi pas "Laden" tant qu'on y est?), communique par cassettes vidéos expédiées aux média, et répète haut et clair que "la terre des hommes est devenu le champ de bataille des dieux" - ce que Bush a résumé sous le terme provocateur de "croisade", dans sa folie à transformer la lutte antiterroriste en guerre de religions. Si l'on conserve encore des doutes, ils tombent rapidement lorsque le même Haden scande à ses ouailles "C'est la GUERRE SAINTE!": l'oeuvre de Satan est dès lors identifiée sans équivoque à la notion de djihad islamique par un Seltzer persuadé, comme tous les fondamentalistes, que Dieu est du côté de l'Amérique.

L'ennemi de tout intégrisme religieux, c'est traditionnellement la science: d'où le couple mal assorti que forment la nonne et l'astrophysicien. Néanmoins, la résistance rationaliste de ce dernier ne fera pas long feu devant l'avalanche d'événements miraculeux que lui assène le scénario. Sa prompte conversion, qui assimile le positivisme scientifique à un péché d'orgueil, renvoie à l'ouverture du premier épisode dans lequel un conférencier nous expose la théorie du big bang et l'évolution de la vie sur Terre. Derrière la reddition du scientifique devant la foi se profile donc la faillite de l'évolutionnisme darwinien au profit du créationnisme, grand cheval de bataille de Bush et de tous les fondamentalistes, qui oeuvrent inlassablement pour une réforme de l'enseignement réhabilitant les théories de Cuvier, plus compatibles avec le dogme biblique, en lieu et place de celles de Darwin - ce qui représenterait une régression épistémologique de plusieurs siècles! Vous avez dit "négationnisme"?

Citons encore la bataille idéologique que se livrent médecins et ecclésiastiques au chevet d’une fillette en état de mort clinique. Pour mieux argumenter en faveur d’un non-interventionnisme rappelant à s’y méprendre celui des Témoins de Jéhovah, le scénario la transforme en une sorte de medium divin, artifice permettant à Seltzer de dénoncer l’euthanasie et le don d’organes, voire, en filigrane: l’avortement.

« Tous les signes sont là! » nous serine Soeur Montefiore pour affirmer l’imminence apocalyptique. Elle ne croit pas si bien dire: «Révélations» présente tous les symptômes d’une gigantesque entreprise de propagande larvée. L’efficacité captivante de la série et son air de ne pas y toucher constituent l’enrobage de sucre censé dissimuler le poison idéologique qu’elle diffuse à doses homéopathiques, mais avec une opiniâtre constance, ce qui ne va pas sans rappeler la méthode d’approche concentrique des sectes les plus dangereuses. S’il y a quelque chose qui nous glace les os dans «Révélations», c’est bien cette présence derrière l'écran d’une secte de fanatiques ayant conquis non seulement les networks, mais également le pouvoir politique. Vu sous cet angle-là, il est effectivement bien possible que l’Apocalypse soit déjà en marche...

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