patchworkman's blog

Ce blog concerne tous les fans de fantastique sous toutes ses formes et dans tous les arts: cinéma, télé, littérature, BD, comics, etc... Vous y trouverez mon actualité de fantasticophile au jour le jour, ce que j'ai vu, lu, aimé, détesté, etc...

29 mars 2006

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Mars)

Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

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Vu à la télé

LE RÈGNE DU FEU

(Reign of Fire)

de Rob Bowman (2001)

Vous connaissez tous la recette de la salade russe. Ben là c'est pareil: on récupère les rogatons de tout ce qui a été surexploité par plusieurs décades de blockbusters sans âme made in Hollywood, on mixe le tout et on obtient "Le Règne du Feu". Se croisent ainsi, sur fond de ruines et de futur apocalyptique: véhicules customisés à la "Mad Max", troufions ramboïdes surtesticulés et dragons exterminateurs du genre humain. Dans l'idée des scénaristes flemmards, mélanger une ambiance futuriste à un bestiaire issu du merveilleux médiéval était censé suffire à donner l'illusion de la nouveauté. Cela explique sans doute un script se résumant à un catalogue des clichés les plus éculés du cinéma de genre, et enfilant une théorie d'événements annoncés au mégaphone. À l'actif du film, on retiendra le soin apporté aux décors et des FX vraiment à la hauteur, ainsi que ces ambiances feutrées et bleutées qui ont fait tout le charme de "X-Files", Bowman étant l'un des principaux réalisateurs de la série. Pour le reste, qu'on subit en bâillant, c'est sitôt vu sitôt oublié. Du cinéma Kleenex, pour ainsi dire. Vous verrez qu'à force de tourner en rond, Hollywood finira par nous inventer la roue!

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DVD

TERROR TRACT

de Lance W. Dreesen

& Clint Hutchinson (2000)

La bonne affaire du mois est chez Géant Casino, où l'on trouve pour la ridicule somme de 1,45 € le déjà classique "Projet Blair Witch" couplé à ce "Terror Tract", qui renoue avec la grande tradition du film à sketches façon Amicus. Dans un quartier résidentiel à la "Desesperate Housewives", un agent immobilier fait visiter plusieurs bâtisses cossues à un jeune couple cherchant la maison de ses rêves à prix fracassé. Mais dans chaque demeure visitée s'est déroulé un drame atroce que, très mystérieusement, l'agent immobilier ne peut s'empêcher de relater par le menu à ses clients, lesquels, horrifiés, s'enfuient à toutes jambes. Aux trois visites correspondent donc trois sketches, successivement: une histoire classique de triangle amoureux qui dégénère en tuerie, celle d'une famille adoptant un macaque diabolique qui ne tarde pas à foutre un bronx sanglant dans la maisonnée, et enfin les souffrances d'un jeune infortuné connecté à l'esprit d'un serial killer, tout cela débouchant sur un final assez délirant par son climax paroxystique. Ce script, qui aurait pu donner lieu à une petite série B sympa, est malheureusement gâché par une réalisation sans relief ni inspiration qui atteint tout juste le niveau d'un téléfilm sur M6. Inaptes à asseoir la moindre ambiance ou à imprimer le moindre rythme à leur métrage, les deux j'en foutre commis à la mise en scène échouent à provoquer autre chose qu'un ennui profond. Dommage...

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Vu à la télé

THE CARD PLAYER

(Il Cartaio)

de Dario Argento (2004)

S'il existe une chose pénible entre toute, c'est bien de voir un réalisateur que l'on a adulé et qui a côtoyé les plus hauts sommets du cinéma fantastique s'abîmer dans des productions indignes du plus infâme des tâcherons. Je vous jure, c'est comme de voir un amis très cher sombrer dans la poudre ou l'alcoolisme... Las! que reste-t-il du style baroque, halluciné et visionnaire de l'esthète génial qui nous tétanisa avec "Suspiria" et "Inferno"? Difficile de croire, à la vision de ce "Card Player" à peu près aussi passionnant qu'un épisode de "L'Inspecteur Derrick", que l'on a affaire à l'auteur des "Frissons de l'Angoisse", sommet du giallo pervers où l'on pouvait compter quasiment une idée par plan! Jusqu'ici, on avait subi "Le Syndrôme de Stendhal" et "Le Sang des Innocents" avec un intérêt feint et poli, dicté par le respect que l'on conservait malgré tout à Argento en souvenir de ses chefs-d'oeuvre d'antan, mais là... c'en est trop! En fait de "Card Player", je vous avoue tout net que je préfère de loin une partie de "Spider solitaire" sur mon PC! Enfin, on nous annonce presque trente ans après - et pour la Nième fois - qu'Argento devrait s'atteler incessamment au dernier volet de sa trilogie dite "des Trois Mères" en donnant une suite à "Suspiria" et "Inferno"... Et, comme des imbéciles, on se surprend encore à espérer que le grand Dario va enfin relever la tête, s'arracher de sa déchéance comme un super-héros de comics dans un élan de superbe rédemption, et nous offrir une oeuvre flamboyante comme un tableau de Jérôme Bosch!

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Vu à la télé

RESIDENT EVIL: APOCALYPSE

d'Alexander Witt (2004)

Prière de laisser son cerveau au vestiaire, il vous servirait autant que des charentaises à un cul-de-jatte! Ici c'est bourrinage à tous les étages, grosses pétoires et personnages clichés dont la palme revient incontestablement, parmi un casting de sous-Rambo et de Lara Croft du pauvre, à l'inévitable blackos-moulin-à-paroles qui nous gratifie d'une performance entre Eddie Murphy et Jar-Jar Binks - pénible! Argument: un couillon a encore laissé la porte ouverte et les zombies ci-devant confinés en profitent pour envahir Raccoon City et mordre quelques culs. "Resident Evil" premier du nom était un film "de couloirs"; sa séquelle "Apocalypse" élargit ses horizons à toute une ville pour accéder au statut de film "de ruelles", soit: un film "de couloirs plus larges"! Sinon, c'est du pareil au même: sempiternel cahier des charges retranscrit de Romero (anthropophagie, contagion, balles dans le citron, cétéra...) et sempiternelle surenchère à coups de pseudo innovations, à savoir: des clébards zombies, un superzombie armé d'un superbazooka et une superhéroïne superboostée qui bondit comme Hulk, marche au plafond comme Spiderman, exécute des sauts périlleux vrillés comme dans "Matrix" en défouiraillant comme chez John Woo et en lattant les tronches comme chez Tsui Hark... C'est ce qui s'appelle ratisser large! Là où ça coince, c'est que le yes-man de service, contrairement à ses illustres modèles, s'avère inapte à shooter une baston ou un gun-fight proprement. En désespoir de cause, il secoue sa caméra comme un prunier en espérant qu'il finira par en tomber un film! Quant au spectateur, il fait de son mieux pour parvenir à capter qui a cogné qui ou qui a flingué quoi dans cette bouillie pour les chats... Fatiguant!

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CINQ ENFANTS ET MOI

(Five Children And It)

de John Stephenson (2004)

C'est la guerre. Gross malheur! Papa part au front et Maman se rend utile à l'arrière. Les cinq moutards sont confiés aux bons soins d'Onc' Albert (Kenneth Brannagh, qui s'amuse comme un petit fou!), lequel habite un manoir gothique avec sa gouvernante Martha et son fils l'infâme Horace. La découverte d'un passage secret, menant à une plage mystérieuse où vit un "génie des sables" très meugnon et capable d'exaucer les voeux les plus fous, va précipiter le quintette dans moult aventures magiques. On peut certes reprocher au film un opportunisme certain surfant sur tous les classiques de la culture naine: une mesure de Harry Potter, une mesure de Famille Adams, un dose de Peter Pan, et même un trait de "Jurassic Park" pour corser. Toutefois, le cocktail se laisse déguster et descend sans difficulté. Si on vous a cloqué votre petit neveu pour le week-end, vous pourrez toujours l'asseoir devant ce film pendant que vous entreprendrez votre copine dans la chambre. Si vous n'avez pas de copine, vous pouvez prendre place sur le canapé et vous offrir un bain de jouvence: vous ne vous ennuierez pas.

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Vu à la télé

L'ATTAQUE DE LA MOUSSAKA GÉANTE

(The Attack Of The Giant Moussaka)

de Panos H. Koutras (1999)

Oui, oui, vous avez bien lu! Ça c'est le genre de titre qui met en joie l'amateur de Z: rien qu'à l'énoncer, on se lèche déjà les babines à la perspective du grand moment de bonheur pervers qu'on va connaître! "L'Attaque de la Moussaka géante" innove au moins sur deux points: premièrement c'est le seul film (si l'on excepte "L'Attaque des Tomates tueuses" de John DeBello - 1978 - et ses deux séquelles "Le Retour des Tomates tueuses" - 1988, avec... George Clooney! - et "The Killer Tomatoes eat France" - 1992) à proposer dans le rôle du monstre une denrée alimentaire, et deuxièmement ce n'est pas tous les jours qu'on nous donne à voir un échantillon du cinéma fantastique grec: rien que pour cette production, la patrie d'Homère aura conquis haut la main une place d'honneur dans la Communauté Européenne! Toutefois, évitons immédiatement un malentendu: bien qu'il en emprunte les formes avec brio, "L'Attaque de la Moussaka géante" est moins une série Z qu'une parodie de série Z particulièrement réussie. Ainsi, l'esprit qui anime le film est à rapprocher des réalisations de John Waters, ou encore des productions loufoques de la fameuse firme Troma: il n'est pour s'en convaincre que de voir de kitchissimes bimbos extraterrestres irradier une malheureuse portion de moussaka depuis une soucoupe que n'aurait pas désavouée Ed Wood! C'est donc en se gondolant d'abondance que l'on suivra les exactions de ce gigantesque gratin déboulant tel Godzilla dans les rues d'Athènes pour inverser la prédation alimentaire! Grand merci à Arte pour nous avoir diffusé cet OVNI incunable, à classer d'ores et déjà dans le top ten des bizarreries du Septième Art.

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Le monde des dragons: d'après vous, y'a risque de grippe aviaire?

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Et les mordagnes de macaque vicelard, ça craint?

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Argento filme son PC: passionnant!

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"Resident Evil": super-zombie, super-nana, super-copter et... super-navet!

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L'est-y pas meuuugnon, le génie des sables?

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Les bimbos E.T. de la "Moussaka": cliquez sur l'image, et elle danseront pour vous!

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26 mars 2006

ZOMBI 3

DVD

ZOMBI 3

de Lucio Fulci (1987)

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Plus d'une semaine sans chronique de "bon mauvais", ça pouvait plus durer! Ça tombe bien, je viens d'acheter le numéro de Mars de "Mad Movies" et le DVD qui va avec: eh oui, encore un Z italien! eh oui, encore un Lucio Fulci! J'attends de pied ferme vos récriminations et, comme je ne suis pas bégueule, j'accepte même vos encouragements!

Pour commencer, mettons un peu d'ordre dans la chronologie. Déjà, qu'on se le dise, y'a pas de "Zombi 1", ou du moins pas de la part de Fulci. Le film sorti en Italie sous le titre de "Zombi" est en fait le "Dawn of the Dead" de Romero (en France: "Zombie", avec un "e"). Le "Zombi 2" de Fulci apparu l'année suivante (1979) ne porte ce titre que dans le but déloyal de se faire passer pour la suite du "Zombi" de Romero, vous suivez? Oui, je sais bien que c'est de l'arnaque, mais je vous rappelle qu'on parle de Z italien, là! Vous vous croyez où? au Festival de Cannes? Pour clarifier encore un peu les choses, sachez que ce "Zombi 2" s'appelle chez nous "L'Enfer des Zombies". Et on en arrive à "Zombi 3", sorti dans l'hexagone sous le même titre, ce qui vaudra à l'amateur français mal informé de pourchasser durant des années un "Zombi 2" qu'il a déjà vu sans le savoir et un "Zombi 1" qui, je le répète, n'existe pas. Du moins, pas sans "e". C'est clair?

Bien. À présent, parlons un peu de Fulci - je le tiens, je le chronique! On distingue trois périodes dans sa carrière:

1°) Les années d'apprentissage

Durant les sixties et les seventies, Fulci fait ce que font tous les artisans du cinéma populaire italien, soit des films de commande répondant à la demande des modes en vigueur: péplums, comédies lourdasses, sous-James Bond, westerns-spaghetti, etc. De cette période, on retiendra "Le Temps du Massacre", western d'un sadisme hallucinant pour l'époque (1966), et deux gialli particulièrement intéressants: "Le Venin de la Peur" (également connu sous le titre de "Carole" ou sous celui, plus délicat, de "Les Salopes vont en Enfer") et surtout "La longue Nuit de l'Exorcisme" où Fulci fait ses premières armes dans le gore bien dégueulbif.

2°) L'apogée, ou les "années zombies" (1979-1982)

La sortie du "Zombie" de Romero est une révélation pour Fulci. À ce titre, "L'Enfer des Zombies" donne le coup d'envoi d'une série de zombie-movies qui va lui valoir la constitution d'une communauté de fans indéfectibles. Si on reste incontestablement dans le Z comme le prouvent des scripts incohérents, une réalisation approximative et une complaisance confinant au mauvais goût dans le gore le plus démonstratif, il n'en demeure pas moins qu'en quelques films Fulci parvient à se créer un style qui, pour discutable qu'il soit, n'en est pas moins personnel et non dénué d'une certaine poésie macabre. Ainsi "L'Enfer des Zombies", "Frayeurs", "L'Au Delà" et "La Maison près du Cimetière" renouent par leurs décors chiadés de cryptes suintant la moisissure et de cimetières embrumés avec une certaine tradition gothique issue en droite ligne des productions de la célèbre Hammer. Mais surtout, Fulci filme la mutilation des corps et la putréfaction des chairs avec une fascination obsessionnelle quasi métaphysique, engendrant chez le spectateur un réel malaise. Cette morbidité aux limites de la pathologie culminera en 1982 avec "L'Éventreur de New York", film d'un goût douteux et vraiment très, très dérangeant...

3°) Le déclin

Le déclin de Fulci coïncide avec celui du Z italien et, de façon plus générale, avec la disparition des écrans transalpins du cinéma de genre dans les années 90. Dès 1983, "Manhattan Baby" ne suscite qu'ennui chez le spectateur et amorce une série noire de films bâclés tels l'irregardable "Murder Rock" ou encore "Aenigma", réalisation d'autant plus mollassonne qu'elle met en scène... des limaces anthropophages!!! Fulci achèvera lamentablement sa carrière avec "Les Fantômes de Sodome", film de cul sordo à peine déguisé en histoire de fantômes.

"Zombi 3" fait hélas partie de cette troisième catégorie. Lancé en 1987 dans le but de surfer, une fois de plus, sur le succès de Romero qui vient de sortir "Le Jour des Morts-Vivants" l'année précédente, il se distingue surtout par un tournage des plus chaotiques duquel Fulci se fera virer (ou partira, selon les versions...) au bout de quelques semaines, suite à son désaccord avec le scénariste Claudio Fargasso. Pour le remplacer au pied levé, on fera appel à l'ineffable Bruno Mattei (voir chronique du 15 Février) et là, c'est la rigolade assurée!

Si le film reste crédité à Fulci, c'est essentiellement dû à la notoriété qu'il a acquise durant sa période "morts-vivants". En effet, s'il faut en croire Fargasso, une quinzaine de minutes seulement des rushes de Fulci aurait été conservée par le montage final. Ainsi, ne vous demandez pas par exemple pourquoi dans telle scène les zombies se traînent comme des escargots rhumatisants, pour speeder comme des malades dans le plan suivant: les zombies lents sont ceux filmés par Fulci en bon fan de Romero, tandis que les zombies boostés constituent une innovation de Mattei - en quoi il se montre d'ailleurs précurseur, en regard de la mode actuelle. Mais ne nous en plaignons pas: ce genre de raccords foireux fait partie intégrante de tout ce qui fait le charme du Z!

Mieux, on est en droit de se demander si l'intervention de Mattei ne constitue pas un atout pour le film, surtout si l'on considère les productions pour le moins médiocres de Fulci en cette seconde moitié des eighties. Ainsi, je ne suis pas sûr qu'un "Zombi 3" entièrement assumé par ce dernier nous eût autant diverti. Car dès qu'il est question de balancer des séquences hilarantes par leur incongruité et leur décalage, personne ne peut rivaliser avec Mattei, moi je vous le dis! Entre autres scènes d'anthologies, on a droit ici à une femme qui, défenestrée dans un lac par un mort-vivant farceur, voit ses jambes dévorées jusqu'au genou par des piranhas zombies, l'attaque d'un bus par des moineaux non moins zombies, un protagoniste agressé par une tête issue d'un frigo et flottant dans l'air comme par enchantement, un mort-vivant surgissant du plafond tête en bas, les pieds accrochés à une poutre, pour tirer les cheveux de sa victime tandis un autre jaillit du placard à provisions où il était confortablement allongé, un foetus traversant le ventre de sa génitrice pour mordre le nez de son accoucheuse improvisée, bref: rien que du bon! Nul n'est aussi décomplexé que Mattei dès qu'il s'agit de filmer toutes les conneries qui lui passent par la tête! Comme disait Elkabbach: "Osons!"

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Yo! Fulci est dans la place! Spécial dédicace de MC Moisi!

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Attention: le petit oiseau va sortir!

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Crêpage de chignon, ou l'horreur qui venait du plafond!

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Un simple tas de foin? Cliquez sur l'image pour en savoir plus...

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Oui, c'est plutôt animé chez Patchworkman: surtout quand on clique!

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Un petit clic sur l'image, et y'a des têtes qui vont voler!

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22 mars 2006

I, ROBOT

Vu à la télé

I, ROBOT

d' Alex Proyas (2004)

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Ça s'pass' comm' ça, à Olivoude...

D'abord, on s'offre à grands frais une franchise bien porteuse, comme par exemple un classique de la SF en béton signé Isaac Asimov. Puis on la range dans le tiroir "Franchises Porteuses" où on la laisse dormir le temps qu'il faut, histoire de décourager tout réalisateur susceptible d'en donner une adaptation de qualité de passer à l'acte. Le cas échéant, s'il y tient vraiment, on pourra toujours lui refourguer les droits au prix fort: une franchise porteuse, c'est toujours un bon placement. Un beau jour, on ouvre un autre tiroir étiqueté "Scripts de Merde", et on se dit qu'il est grand temps de tirer quelque chose de ce scénar tout pourri qu'on a acheté la peau au fils du maire qui a décidé de faire carrière dans le cinéma - y'a pourtant d'excellents terrains de golf, à LA! Premier boulot: trouver un titre... Retour au tiroir des franchises: bonne pioche! "I, Robot", du bon père Asimov... ça devrait le faire... Avec un titre pareil et une star à l'affiche, je te vends la liste des commissions de ma femme!

Là-dessus, on appelle un staff de script-doctors pour un petit lifting. Non coco, on va pas s'emmerder à lire le bouquin, t'as qu'à piquer deux-trois noms au hasard et en voiture Simone! Docteur Calvin, psycho-roboticienne? Non, ça le fait pas, c'est une vioque... T'as pas une bombasse, dans ton livre? On s'en fout, y'a qu'à dire: Docteur Calvin, bombasse, et c'est marre! Toutes façons, y lisent plus les djeunz, sont tous scotchés devant la Sega! Attends... y'a un truc de ouf en quatrième de couve: "Les Trois Lois de la Robotique"... Ben voilà! On colle ça au générique, ou sur l'affiche, avec "Asimov" par en dessous, comme ça les crânes d'oeufs y seront contents! Après ça, y viendront dire qu'on fait pas d'efforts ! Bon, on se commande des pizzas?

Bien. Plus que la star à trouver... Ça tombe bien coco, y'a Will Smith qui serait partant... Nooooon? LE Will Smith? Çui-là même! mais... y'a quelques conditions... oh, trois fois rien... il est sous contrat avec CONVERSE, en ce moment, LE Will Smith, alors tu comprends... C'est pas un blême ça, coco, je te le mets de suite dans le script, et sans forcer encore: alors l'inspecteur Will Smith il se réveille le matin au son de Stevie Wonder et hop! il saute dans ses baskets pour aller prendre son ti déj', et là écoute-moi bien... Gros plan sur les groles et oooooooh! j'y crois pas! des putain de CONVERSE!!! Ensuite, comme c'est un bon p'tit gars, y va voir sa vieille mémé, et la mémé lui demande:

- Dis voir, p'tit gars, c'est quoi qu' ces trucs qu' t'as aux pieds?

- Ça, tu vois, Mémé, c'est des CONVERSE! des vrais putain d'collectors! On en fait plus d'nos jours, des pompes çacomme!

Faut dire que Will Smith, dans le film, il vit dans un vrai monde de fiotes où les gens sont tous mous et efféminés, et pas foutus de se faire cuire un oeuf dur: c'est les robots qui font tout ça, et même que ça le fait iech, Will Smith, ça lui engendre les boules: lui, tous les matins, il chope d'entrée les haltères en sautant dans ses CONVERSE, putain t'as maté les pecs! et les tablettes!

Ensuite, on pourrait glisser un truc juste après la poursuite en bagnole dans le tunnel, quand Will Smith y se retrouve par terre tout déguenillé après la stonba avec les robots... Il s'assied, regarde ses pieds et meeeeeeerde! il a tout niqué ses CONVERSE!!! des collectors qu'on en faisait plus! Oh putain! Pour le coup il se chope les boules, Will Smith, d'autant qu'en plus un robot lui dégomme sa mémé, un vrai collector, qui lui faisait des tartes à la patate douce comme au bon vieux temps où y'avait pas de robots et où les gens étaient pas tous des fiotes... là, ce sont de vraies larmes QU'ON VERSE, et je te jure sur la tête de maaaa mèèèère qu'y vont manger leur race, les tronches en fer blanc! Ça va être le Bronx dans le neuf-trois, ou le contraire je sais plus trop, bref l'important c'est que ça arrache, tu vois, que ça bourrine à donf!

Bon, et à part Will Smith et ses CONVERSE, y'a quoi dans ton film? Ben y'a des FX tout en synthèse, avec des robots aussi expressifs qu'Alain Delon sous Prozac... Ça jure pas trop avec les prises en live, au moins? Ben je sais pas si t'as vu ce vieux musical, "Invitation à la Danse"... tu te souviens la scène où Gene Kelly danse avec Jerry la souris? Ouais, c'est la même chose, mais en moins bien foutu! Mais bon, comme y'a les trois quarts du film en synthèse, finalement ça se voit pas tant que ça...

Sinon pour le cast y'a Will Smith, Will Smith, et puis aussi Will Smith!

Asimov?

C'est qui déjà, çui-là?

macho

Will Smith, retour aux vraies valeurs couillues dans un monde de fiotes!

botox

Le Docteur Calvin, après une cure de Botox!

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Converse: just do it!

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Qui c'est qu'a niqué ma mémé?

moto

Yo! Rien de tel qu'un gros cube pour emballer les bombasses!

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21 mars 2006

LE TERRITOIRE DES MORTS

DVD

LE TERRITOIRE DES MORTS

(Land of the Dead)

de George A. Romero (2005)

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Aujourd'hui, ça rigole pas. Total respect, je vous prie. Avec Romero, nous sommes en présence d'une légende du cinéma fantastique. L'homme a révolutionné le genre en 1968 avec "La Nuit des Morts-Vivants", film charnière et historique, et radicalement enfoncé le clou en 1978 avec l'insurpassable "Zombie". En l'espace de deux chefs-d'oeuvre définitifs, Romero a littéralement réinventé le film de zombies et personne depuis, dans la longue file des suiveurs plus ou moins talentueux qui se sont engouffrés dans cette brèche, n'a rien fait qu'ânonner, parfois jusqu'à l'écoeurement et sans réellement en saisir toute la subtilité, la mythologie mise en place par le solitaire de Pittsburgh. C'est désormais inévitable: tout film de zombie sortant sur les écrans est impitoyablement toisé par les fans à l'aulne des deux monuments de Romero, et cette confrontation tourne invariablement à la déconfiture face à une perfection qui demeure inégalée. C'est dire combien un Zack Snyder, avec son incommensurable prétention à remaker le cultissime "Zombie", peut nous faire doucement ricaner: retourne jouer avec ceux de ton âge et n'emmerde pas les grands, a-t-on envie de lui dire au vu de "L'Armée des Morts", film ridicule s'il en est! À ce sujet, il n'est pas inintéressant de constater que Romero se trouve à son tour victime de son propre mythe et voit désormais chacun de ses films considéré avec la même condescendance. Ce fut le cas en 1986 avec "Le Jour des Morts-Vivants", troisième volet du cycle des zombies qui, bien que d'excellente tenue et de loin supérieur à tous points de vue à ce qui a pu se faire à l'époque sur le même sujet, se fit accueillir par la critique en termes souvent tiédasses, comme si celle-ci lui reprochait à demi-mot de n'avoir pas réitéré "Zombie".

En 2005, le refrain est le même, quoique plus nuancé, avec "Le Territoire des Morts". Bien que cette même critique ne cache pas son enthousiasme à voir Big George renouer, deux décades plus tard, avec ses chers zombies, et malgré une appréciation globalement positive de ce récent opus, elle ne peut s'empêcher de laisser transparaître une sorte de déception larvée qui ressemble à la nostalgie d'un Âge d'Or... C'est dans cet état d'esprit, certes quelque peu induit, que je suis allé voir "Le Territoire des Morts". En sortant de la salle, je n'étais qu'un noeud de sentiments contradictoires: bien évidemment, ce n'était pas "Zombie" mais ça, je m'y attendais dès le départ et j'étais entré dans la salle bien déterminé à affronter le film d'un oeil neutre et m'interdisant toute référence au chef-d'oeuvre susceptible d''altérer mon jugement. J'ai appris au fil du temps à me méfier de ces films référentiels qui s'intercalent entre votre oeil et ce qu'il regarde: ils sont souvent la cause de ce que l'on voit autre chose que ce qu'on était venu voir! Néanmoins, cette précaution élémentaire ne m'empêcha nullement d'être troublé au plus haut point en sortant du cinéma: d'une part, le film m'avait globalement enthousiasmé mais, comme je demeure un inconditionnel de Big George, je me demandai parallèlement si de ce fait je ne me rendais pas coupable d'un excès d'indulgence... D'un autre côté - et c'est ce qui induisait ce doute quant à une éventuelle partialité de mon jugement - quelque chose en moi réclamait davantage pour être totalement convaincu, car je venais de voir un film tout à fait curieux, d'un académisme et d'une linéarité pour le moins inhabituels. Jamais encore on n'avait vu un Romero aussi peu tapageur dans son approche du zombie-movie: j'avais traversé le film dans un étrange état de tranquille fascination, sans être à aucun moment ni attrapé ni agressé ni secoué, et cela me précipitait dans la dernière des perplexités... Incapable de transcender cette hébétude, mais toutefois conscient que "Le Territoire des Morts" faisait partie de ces films qui s'avancent masqués, je décidai de laisser décanter tout ça jusqu'à obtention du fin mot de l'affaire...

La sortie fort opportune du DVD, moins d'un an après l'exploitation du film en salle, me donne l'occasion, faute de trancher dans le débat, d'avancer au moins quelques pistes de lecture. Le premier moment de surprise passé, cette seconde vision m'a permis de me détacher d'une intrigue désormais connue dans son déroulement, pour voir le film "en profondeur" et tenter d'appréhender sa dynamique interne. Tout d'abord - et là je vais me mettre à dos Télérama et toute une intelligentsia de cinéphiles cinéphilisants qui toise le cinéma de genre avec une condescendance qui n'a d'égale que la méconnaissance qu'elle en a: "Le Territoire des Morts" est à regarder comme un FILM D'AUTEUR!!! Comme le Canada Dry, le film de Romero a la couleur et l'aspect d'un film d'épouvante coupé à l'"actionner" pur et dur, mais voilà précisément le premier degré qu'il faut dépasser pour en savourer toute la richesse thématique.

Perdu au milieu d'une déferlante de films de zombies, "Le Territoire des Morts" n'avait a priori aucune de chance de sortir du lot. Il apparaît pourtant d'une extrême originalité par rapport à tous les produits sans âme à la "Resident Evil" dont Hollywood nous a gavé ces derniers temps. Ainsi, la linéarité de son script et le classicisme de sa mise en scène semble vouloir procéder d'un retour aux sources nous ramenant avant la mode de ces fameux "films de couloir", dans lesquels des héros aux cerveaux lisses se contentent de décaniller à la chaîne les zombies qu'un script indigent fait défiler devant leurs flingues. Ainsi, s'il s'agit de défouler votre agressivité devant un nième jeu vidéo, passez votre chemin car, chose suffisamment rare pour être signalée dans le petit monde des films de genre, Romero parle ici le langage du cinéma. C'est dans ce contre-pied pris par rapport aux stéréotypes chébrans imposés par les mercantiles hollywoodiens que le film prend tout son sens. Farouche indépendant depuis ses débuts, Romero oppose un scénario structuré quoique classique à un vague pitch fait de poursuites et de gun-fights, des personnages à la psychologie parfaitement définie à des bimbos et des bellâtres sautant dans tous les coins en prenant la pose, des dialogues rigoureusement écrits à une succession de vannes à deux balles, et enfin suscite la réflexion chez le spectateur plutôt que de le prendre pour un con(sommateur) décervelé.

Mais ce qui avant tout fait de Romero un auteur dans l'acception la plus classique du terme, c'est la continuité des idées qu'il développe depuis "Zombie" à travers sa tétralogie, à savoir une vision noire et désespérée de la société humaine qui se réduit de plus en plus à un réquisitoire sans appel. C'est cette injection de lucidité sociale dans le genre qui fait que les films de zombies de Romero ne ressemblent à nuls autres: on y est en présence d'un cinéaste MILITANT! D'où cette indépendance qu'il défend si opiniâtrement et, contreparties inévitables, la difficulté qu'il éprouve à trouver un financement pour ses films, ou les mises au placard dont il fait régulièrement l'objet de la part de la profession. À cet égard, un film de zombies débarquant après le 11 Septembre suscitait pas mal de d'interrogations chez les fans curieux de connaître les répercussions des derniers évènements sur l'oeuvre de Romero, d'autant plus que le film fut tourné en pleine réélection de George Bush! Ainsi, "Le Territoire des Morts" nous montre une classe dirigeante autocratique se développant en pleine apocalypse et qui, soucieuse du seul maintien de ses privilèges, en vient à oublier la menace zombie qui, dans un mouvement inverse, évolue, se structure, allant même jusqu'à ébaucher des valeurs de révolte, de solidarité et - dérision suprême! - d'humanité. Toute ressemblance avec une société américaine néo-conservatrice prête à sacrifier une planète déjà mal en point sur l'autel de ses profits immédiats, tout en se voilant la face devant ses ghettos qui la sapent à la base, ne saurait être que pure coïncidence! Mieux: Romero pousse la plaisanterie jusqu'à confier à Dennis Hopper, fervent bushiste, le rôle du leader de cette minorité exploitante!

Comme toujours chez Romero, la survie des personnages dépend de leur lucidité et de la pertinence de leurs choix. Si le scénario paraît d'une telle linéarité, c'est que les personnages sont si bien définis sur le papier qu'une fois le décor planté, il suffit de les abandonner à eux-mêmes pour que leurs trajectoires, comme posées sur des rails, se dirigent tout naturellement vers le dénouement logique, en gestation dans les options qu'ils ont prises. Ainsi, le film coule comme un long fleuve tranquille, avec une apparente facilité qui le situe aux antipodes du spectaculaire souvent creux à la mode dans le cinéma de genre. La scène où les zombies cessent de regarder les feux d'artifice qu'on leur envoie pour faire diversion et prennent enfin leur destin en main est à ce titre une métaphore intéressante! Se détournant une fois de plus des sunlights hollywoodiens, Romero accouche ainsi du seul film de zombies revendiquant un farouche individualisme dans une déferlante de productions interchangeables.

De la même manière, s'il sacrifie une fois de plus et par respect pour ses fans à l'imagerie d'Épinal qui l'a rendu célèbre en son temps, Romero n'en établit pas moins une solide distance avec celle-ci et n'en fait pas plus qu'il ne faut. Ainsi les scènes gore qui, pour incontournables qu'elles soient, n'en sont pas moins traitées de façon indirecte à chaque fois que cela est possible: les mutilations sont le plus souvent différées hors champ, quand ce n'est pas en ombre sur les murs et, lorsqu'elles sont montrées directement, les plans en sont brefs, quasi subliminaux. Romero, conscient que tout a été fait en cette matière et que le spectateur blasé d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui de 1968 qui s'évanouissait devant "La Nuit des Morts-Vivants", refuse donc d'emblée toute surenchère et se repositionne ici sur un terrain tout autre que celui d'une compétition somme toute assez vaine. Précisons, avant de clore le sujet, que le gore chez Romero, même dans sa période culminante, ne fut jamais une fin en soi comme dans les étalages complaisants qu'on a pu voir par ailleurs (et notamment dans le Z italien), mais le moyen qu'il adopte pour affirmer sa misanthropie en dénonçant la sauvagerie meurtrière d'une espèce humaine qu'il tient en piètre estime.

On est ici au centre de la pensée en oeuvre dans la tétralogie des zombies: un réquisitoire sans appel contre une humanité de laquelle il n'y a, selon Romero, plus rien à attendre, et qui oeuvre infatigablement à sa propre perte par le déchaînement des ses instincts les plus primitifs. Dès le célèbre final, révoltant et traumatisant, de "La Nuit des Morts-Vivants", Romero n'a cessé d'utiliser le zombie comme contrepoint de l'humain, dans une comparaison dont ce dernier ne sort pas grandi, à tel point qu'au fil du temps, le spectateur a définitivement pris fait et cause pour ces malheureux mort-vivants exécutés comme au ball-trap. Entre le pur instinct du zombie à la recherche de nourriture, et la perversion de l'humain qui jouit véritablement des massacres qu'il perpétue, d'autant plus impunément qu'il prétexte une mission, le choix moral est vite fait! Ainsi, les crânes des zombies explosant dans des gerbes sanguinolentes ne sont jamais montrées autrement que comme effet de la sauvagerie humaine, et ne cherchent jamais à obtenir la caution morbide du spectateur, comme c'est le cas dans le film de Snyder où nous sommes au contraire invités à participer à un jeu vidéo qui ressemble à s'y méprendre à une ratonnade!

Rien de fondamentalement changé chez Romero, donc: la race humaine continue à s'exterminer avec opiniâtreté tandis que les zombies poursuivent leur évolution, amorcée avec l'émouvant Bub du "Jour des Morts-Vivants" que relaie ici Big Daddy, leader charismatique qui euthanasie avec beaucoup d'humanité ses camarades par trop mutilés. Contre vents et marées, Big George poursuit son portrait au vitriol d'une Amérique belliqueuse et fascisante, dansant sur un baril de poudre dont la mèche se consume lentement mais sûrement.... Rien de changé sauf peut-être la manière: on a affaire ici à un Romero beaucoup plus calme que par le passé et dont le trait, pour n'être pas moins virulent, s'est fait plus discret. Moins de bruit et de fureur, moins de spectaculaire aussi, mais ne vous y trompez pas: "Le Territoire des Morts" est un grand film, parfaitement maîtrisé d'un bout à l'autre.

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Big Daddy: symbole du choc pétrolier qui nous guette?

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Asia Argento: bon sang ne saurait mentir!

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Big George en action

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Ah, je vois: c'est la molaire du fond!

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Noël au balcon, Pâques aux bizoms (proverbe haïtien)

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Bel outil! Faudra que je machette la même!

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15 mars 2006

CELLULAIRE

Livres

CELLULAIRE

par Stephen King (Albin Michel - 2006)

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Ha!

Le nouveau Stephen King!

On a beau dire, c'est toujours un petit événement dans la vie du fantasticophile moyen! Tout a été écrit sur le King, le pire et le meilleur... Pisse-copie ou maître de la littérature fantastique? Businessman avisé ou dingue d'écriture? Technicien habile ou auteur inspiré? N'importe! King est un écrivain populaire qui maîtrise son sujet à la perfection et, sous cet aspect-là, il remplit parfaitement son contrat: quand il vous tient, il ne vous lâche pas! Quant à moi, le bougre m'a encore chopé. On me reprochait récemment (dans les commentaires de ce blog) de n'avoir rien foutu cinq jours durant: eh bien non, justement, je ne foutais pas rien, je lisais le dernier King! Et quand je lis le dernier King, je suis aux abonnés absents: dès que j'ai cinq minutes, hop! j'attrape le pavé et je m'échappe dans un coin pour me téléporter quelque part dans les sombres forêts du Maine où quelque chose d'horrible s'est remis à ramper... J'en perdrais le boire et le manger si ce n'était ma douce moitié qui me rappelle à la soupe pour enrayer mon lent dépérissement, et je me surprends à lui en vouloir un peu d'interrompre ma lecture dans son souci de me faire ingérer quelque nourriture, ingrat que je suis! Oui, tel est le pouvoir du King!

"Cellulaire"... C'est de portable dont il est question. Vaste programme! Je ne sais pas s'il vous est arrivé de partager un repas avec quelqu'un qui passe son temps à converser avec cent autres personnes ou à envoyer des SMS par-dessous la table, mais je vous garantis que très rapidement monte en vous l'irrépressible envie de lui flanquer son assiette en travers du clapoir ou de le coiffer avec la blanquette! Ainsi, cette magnifique invention censée élargir la communication n'a pas sa pareille pour instaurer une incommunicabilité durable entre les êtres. Par la magie du portable, l'autre ne devient digne d'intérêt qu'à partir du moment où il est loin et, corollaire inévitable, tout ce qui a la malchance de se trouver à proximité cesse immédiatement d'exister. L'"ici et maintenant" s'en voit dès lors anéanti au profit d'un "ailleurs et demain" d'apparence plus engageante. Cette promesse d'un paradis indéfiniment différé, au détriment de la réalité d'un espace-temps immédiat, situe d'emblée la "manie du portable" dans le domaine du religieux, le phénomène d'addiction témoignant de l'extase qu'il procure. De fait, il n'y a pas plus de rationalité à attendre de la part d'un esclave du portable que de celle d'un Témoin de Jéhovah, puisque tous deux sont connectés sur l'ailleurs...

Le 1er Octobre 200? à 15h03, tous les heureux possesseurs de portables connectés - et ça fait du monde! - se voient subitement métamorphosés en zombies écumants et se jetant sur tout ce qui bouge, y compris leurs semblables, pour les déchiqueter bec et ongles. En quelques heures, la civilisation telle que nous la connaissons s'effondre dans l'Apocalypse... Que font ceux qui, miraculeusement, n'étaient pas en communication? Inquiets pour leurs proches, ils agrippent leur portable et... bienvenue au club! De fait, un mystérieux signal (l'"Impulsion") a été émis on ne sait par qui ni pourquoi, qui a effacé toutes les infos stockées dans les cerveaux des victimes comme on reformate un vulgaire disque dur. Telle est la parabole que nous propose un Stephen King visiblement angoissé par la prédominance du virtuel sur le réel engendrée par les technologies modernes de communication. Lui-même, nous précise une notule liminaire, "ne possède pas de portable" et, pourrait-on ajouter, paraît tenir en piètre estime les accros à cette drogue dure... "Deviens ce que tu es", semble-t-il leur dire avec une ironie toute socratique, juste avant de les changer en zombies au cerveau parfaitement lisse, mortellement dangereux de surcroît... La "machine à décerveler" du Père Ubu fait sa réapparition au XXIème siècle sous le doux euphémisme de "téléphone portable"!

La fameuse incommunicabilité entre les accros et les résistants au portable, entre ceux qui "restent là" et ceux définitivement déportés dans la virtualité de l'ailleurs, s'actualise alors par un schisme irrémédiable au sein même de l'espèce humaine. La communication a vécu: quel discours rationnel peut-on tenir à un zombie? Dans ce nouvel ordre mondial, King s'amuse à injecter quelques constatations sociologiques: alors que la grande majorité des rescapés s'avère constituée de seniors dépassés par les nouvelles technologies, les ados tombent comme des mouches dans la déchéance zombiesque. Faut-il y voir un conflit de générations? ou l'asservissement précoce de l'esprit encore malléable des futures forces vives de l'humanité? De même, la religiosité du phénomène que j'évoquais plus haut est clairement identifiée dans l'épisode de la fanatique religieuse que les héros croisent sur un pont: bien qu'ayant échappé à l'"Impulsion", elle demeure aussi rétive à la raison que ceux qui y ont succombé. À ce titre, elle incarne véritablement l'avant-garde de l'ordre nouveau: comment effacer un disque dur préalablement vierge? Ce n'est pas un hasard non plus si parmi nos héros on trouve Tom, rescapé à force de résistance d'une famille castratrice de fanatiques chrétiens: il n'en est que plus déterminé à combattre ce nouvel intégrisme post-apocalyptique.

Mais les choses n'en restent pas là: une fois le formatage effectué, la reprogrammation commence... En d'autres termes, les zombies évoluent, quoique sur une trajectoire inédite. De l'esprit brumeux de ce troupeau sans âme émerge peu à peu une esquisse d'organisation, plus ou moins similaire à celle des insectes sociaux et sous-tendue par une pensée commune rudimentaire que King appelle "esprit de la ruche". Cette parodie de conscience, dont toute individualité est évidemment exclue, n'est pas sans évoquer certains fanatismes de masse et autres chasses aux sorcières historiques (on est en Nouvelle-Angleterre...). Plus grave, cette pensée unique se répand, aidée en cela par les nouveaux pouvoirs (suggestion, télépathie, etc...) que développe la meute. De grands pouvoirs entre les mains de débiles incapables de se débraguetter pour pisser, la métaphore est limpide: le nec plus ultra de la technologie en matière de communication pour quoi faire? Appeler la Star Ac'!!!

Comme dans tout totalitarisme, la pensée unique cherche à s'imposer à tous par l'annihilation du libre-arbitre. Ainsi, l'ordre nouveau des "phonistes", comme les nomme King, n'a de cesse que d'être parvenu à la zombification universelle de l'espèce. La scène où d'interminables files de gens mentalement contraints font la queue devant ce qui ressemble à s'y méprendre à ces chapiteaux de prédicateurs prosélytes qu'on rencontre un peu partout aux States, et à l'entrée desquels on leur tend un portable comme on donne l'Eucharistie, fait froid dans le dos. On ne s'étonnera pas non plus de voir les "phonistes" exprimer leurs décrets en Latin...

Et, comme dans tout totalitarisme, malheur aux résistants et autres libres-penseurs! Une fois planté son décor de fin du monde, King jette sur les routes des centaines de déracinés se dirigeant, mus par une force incontrôlable, vers un point de ralliement où l'on pressent que les attend un sort funeste. Parmi eux, un groupe de personnages héroïques va entrer en résistance contre l'ordre zombie, et c'est leur histoire que raconte le roman.

Malheureusement, malgré une idée de départ alléchante et un esprit frondeur des plus réjouissants dans la caricature qu'il donne de ses contemporains, "Cellulaire" comptera parmi les oeuvres mineures de King. Celui-ci s'y montre en effet quelque peu fainéant, et une pénible sensation de déjà-lu nous accompagne tout au long de l'histoire. On garde l'impression persistante que King est en train de réécrire "Le Fléau" tout en recyclant diverses situations déjà exploitées dans des oeuvres antérieures, ce qui débouche sur un roman fait un peu de bric et de broc et sans réelle nouveauté, faiblesse que le style toujours aussi efficace ne parvient pas à faire oublier. Ainsi, le personnage de Clay, dessinateur de BD, connaît un destin assez similaire à celui de la pop-star Larry Underwood dans "Le Fléau": tous deux voient le monde s'effondrer au moment même de leur consécration artistique, et entreprennent un long voyage initiatique au terme duquel il troqueront les paillettes d'une gloire éphémère contre une maturité durement acquise - sauf que dans "Cellulaire", ledit voyage traîne quelque peu en longueur au fil de situations souvent répétitives. Face à lui, on trouve un inquiétant "Dépenaillé", sorte de porte-parole de la nation zombie, qui n'est pas sans évoquer l'omniprésent et terrifiant Randall Flagg, ne serait-ce que par l'impérialisme qu'il exerce sur les rêves de ses adversaires, et que King semble regretter d'avoir tué dans le dernier volume de "La Tour sombre"... Et, puisqu'on en est à évoquer son Grand Oeuvre, on voit ici se reformer une manière de "Ka-Têt" avec la rencontre de plusieurs personnages dissemblables réunis par le destin en vue de la réalisation d'un objectif connu de lui seul (dans les deux cas: deux hommes + une femme + un enfant). Je laisse aux fans le soin de découvrir par eux-mêmes les autres recyclages auxquels s'est livré un King pas vraiment inspiré sur ce coup.

Ah ouais, un dernier truc: je n'ai pas de portable!

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12 mars 2006

ALL-STAR BATMAN 1

ALL-STAR BATMAN #1

par Frank Miller & Jim Lee (Panini - Février 2006)

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Encore Batman! Ouais, je sais que ça risque de râler dans les chaumières, mais avouez que je ne pouvais pas passer un tel évènement sous silence: la réunion de deux superstars du comics parmi les plus adulées des fans, ça mérite bien un petit papier!

Frank Miller, on ne présente plus. Nul n’a oublié le ravalement de façade qu’il opéra dans les eighties sur un Daredevil moribond, prologue à ce que certains considèrent encore aujourd’hui comme son chef-d’oeuvre: « Elektra ». Il fut également le premier à faire se télescoper le polar urbain et le comics de super-héros, dont la dominante était plutôt SF jusque là. En bout de parcours, cela donne le sublime « Sin City », où des personnages de série noire se prennent pour des super-héros - voir le personnage de Marv, sorte de Superman des bas-fonds, emblématique de cette fusion des genres. En cela, il est le père spirituel des Jeph Loeb et Ed Brubaker d’aujourd’hui, qui pratiquent le comics urbain avec le talent qu’on leur connaît. Nulle surprise donc à voir la route de Batman, super-héros urbain par excellence, croiser celle de Miller dans une déflagration dont on n’a pas fini de recevoir encore toutes les retombées.

Avec Batman, Miller s’est attelé à une déconstruction du mythe qui confine à de l’acharnement! Le Dark Knight ultra-violent et psychopathe tel qu’on le connaît aujourd’hui, dans son environnement de crasse et de corruption, c’est à lui qu’on le doit. La tuerie commence en 1986 avec « The Dark Knight Returns » où un Batman rhumatisant sort de sa retraite pour remettre de l’ordre dans un Gotham à peine futuriste. Trop iconoclaste, et réellement perturbante pour la cohérence de l'univers DC, la mini-série sera rapidement évacuée de la continuité officielle par l'éditeur, pour être rangée dans la catégorie « elseworlds » - c’est-à-dire comme mettant en scène un Batman alternatif vivant ses aventures dans un univers parallèle. Qu’à cela ne tienne: après son avenir, Miller s’en prend l’année suivante aux origines du Dark Knight en compagnie du dessinateur David Mazzucchelli, avec l'arc "Year One" paru dans les numéros 403 à 406 de « Batman ». On y découvre le tout jeune inspecteur Gordon, flic intègre débarquant dans une Gotham déjà pourrie jusqu'à la moelle, et essayant de survivre au sein d'un commissariat de ripoux. Ses seuls alliés: le procureur Harvey Dent (futur Double Face) et un certain milliardaire orphelin qui rêve de chauves-souris... Ajoutez une Selina Kyle (bientôt Catwoman) qui s'adonne à la prostitution pour survivre dans la zone de Gotham, et vous aurez une idée du traitement de choc que Miller fait subir au "Bat-Verse"! Parallèlement est mis en place le monde parfaitement structuré des familles mafieuses de Gotham, que Jeph Loeb et Tim Sale reprendront en main dans leurs superbes et très noires maxi-séries "The Long Halloween" et "Dark Victory". Après cette redéfinition au vitriol des origines, Miller reviendra à son Batman futuriste en 2001 avec la mini-série "The Dark Knight Strikes Again".

Avec ce tout nouveau "Batman and Robin", dont un Panini toujours à la pointe de l'actualité nous offre les deux premiers épisodes six mois à peine après leur sortie aux USA, ce sont cette fois les origines de Robin que l'incorrigible Miller se propose de dynamiter! Si d'une façon globale les événements conduisant à la rencontre de Batman et du "Boy Wonder" sont conformes à ce que l'on en connaît, le détail et la chronologie de ce pitch basique sont en revanche singulièrement mis à mal. En fait, au contraire d'un Alan Moore dont le travail d'orfèvre consiste à exploser le contenu d'une série sans en altérer la cohérence (laquelle constitue d'ailleurs l'outil même de cet irréversible travail de sape), Miller se fout comme d'une guigne de la continuité du mythe et des répercussions que ses innovations vont avoir sur l'ensemble de l'univers DC, à tel point que l'éditeur et les fans s'interrogent sérieusement quant à savoir si cette mini-série doit être intégrée ou non à la "continuité officielle"... Autant vous dire qu'aux States, le débat est quelque peu animé!

Ce besoin impérieux d'ébranler les fondations d'une série sans se soucier des conséquences sur l'image du personnage témoigne à mon avis, contrairement à ce qu'on pourrait penser, non pas d'un mépris de la part de Miller pour tous ceux qui ont un jour travaillé sur Batman, mais bel et bien d'une passion immodérée pour le Dark Knight. Quelque part, Miller demeure inconsolable de n'avoir pas, comme Bob Kane, créé le personnage: d'où sa détermination et son acharnement à se l'approprier, en faire sa chose, à en pétrir et repétrir l'argile jusqu'à le rendre méconnaissable.

Et c'est effectivement ce qui se produit: le Dark Knight que vous trouverez dans "All-Star Batman", vous ne l'avez jamais vu. Plus givré que jamais, quasi facho dans son obsession de lutter contre le crime, mal rasé, certainement puant sous son collant, pied au plancher d'une Batmobile qui transperce Gotham sans aucune considération pour ce qui aurait le malheur de traverser la rue, grommelant dans sa barbe comme un débile, c'est à croire qu'une entité infernale possède littéralement le propret Bruce Wayne dès qu'il abandonne son smoking! Loin du Batman compatissant que l'on connaissait jusque là, recueillant sous son aile protectrice le pauvre petit Robin orphelin, il rudoie le malheureux Dick Grayson avec la dernière des brutalités, lui intimant de cesser de pleurer et de s'endurcir, et lui distribuant des baffes au besoin! Bref, de la maltraitance à enfant pure et simple!

Entre autres personnages pas piqué des vers, on découvrira un Alfred musculeux et baroudeur bien éloigné du majordome obséquieux habituel, et une Vicky Vale hypersex se livrant sous nos yeux ébahis à un torride déballage de lingerie coquine - ce qui ne l'empêchera pas quelques pages plus loin de se faire copieusement défoncer la tronche par des flics ripoux! On a affaire, on le voit, à un Frank Miller politiquement incorrect, résolument provocateur et bien déterminé à exploser tous les tabous!

On pourrait être étonné du choix de Jim Lee, dont on n'a pas oublié le superbe "Hush", pour tenir les crayons. En effet, le style de Miller dessinateur, dont toute l'efficacité réside dans l'épure, est aux antipodes des cases foisonnantes de Lee et de son trait hyperréaliste. Pour "Year One" où il se cantonnait également au script, Miller avait  pris soin de s'adjoindre avec Mazzucchelli un dessinateur au style proche du sien. Néanmoins, et même s'il ne s'agit probablement là que d'une réunion de stars orchestrée par DC, force est de reconnaître que Lee se montre une fois de plus étonnant (malgré une mise en couleurs tapageuse qui ne lui rend pas toujours justice), son trait précis et ses dessins fourmillants de détails servant admirablement cette histoire pleine de bruit, de fureur et de confusion.

Un seul bémol: le prix. Pourquoi paie-t-on 4,15 € pour un fascicule regroupant seulement deux comics alors qu'habituellement, la revue de quatre comics coûte chez Panini sensiblement le même prix (4,20 €). Ça ressemblerait pas un peu à du foutage de gueule?

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Le Batman nouveau: plus ça va, pire il est!

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Robin: un mauvain départ dans la vie...

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Attention, les filles: Alfred tombe la chemise!

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Vicky Vale: champagne et lingerie fine!

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Un radar? Où ça? Non, j'ai pas vu de radar!

COMICS

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10 mars 2006

LE CHAT NOIR

DVD

LE CHAT NOIR

(Il Gatto nero)

de Lucio Fulci (1981)

affiche

Jouez hautbois, résonnez musettes, voici venu le moment du DVD mensuel proposé par "Mad Movies"! D'aucuns estimeront d'un goût douteux la sélection de ce "Chat noir" à l'heure où la France profonde, celle qui carbure au Pernault, sacrifie nos amis aux pattes de velours sur l'autel de la grippe aviaire... Mais comme le bon goût n'a strictement rien à voir avec toute série Z qui se respecte, on ne pourra pas reprocher à "Mad" d'être hors sujet, tant il est vrai que Lucio Fulci peut prétendre au rang de maître dans notre catégorie "bon mauvais" (1).

En effet, une analyse sommaire du style du bonhomme suffit à nous assurer qu'il a bel et bien les qualités (!) requises pour faire partie de ce club très fermé. En tout premier lieu, condition sine qua non, il s'avère bien entendu un réalisateur exécrable, sa mise en scène se résumant à:

1°) des zooms dont l'abondance le dispute à la gratuité. De fait, Fulci zoome systématiquement sur tout ce que son accessoiriste introduit sur le plateau: deux personnages devisent-ils en sirotant un café, qu'il se sent obligé de nous précipiter le sucrier en pleine figure ou de nous faire effectuer un plongeon dans le pot de lait. Très rapidement, on se surprend à remercier le scénariste de nous avoir épargné une conversation autour d'un osso-bucco ou d'un plat de bolognaises!

2°) des gros plans systématiques, résultant le plus souvent des zoom sus évoqués. Ainsi Fulci, cherchant sans doute à chasser sur les terres de Sergio Leone, multiplie les gros plans sur les yeux des personnages, à tel point que l'on finit par se demander s'il n'est pas sponsorisé par Afflelou! Je n'ai pas compté, mais je ne pense pas être excessif à évaluant à plus d'une centaine les gros plans d'yeux dans ce seul film. En plus, il y a de la matière: son principal interprète Patrick Magee (l'inquiétant paralytique d'"Orange mécanique") se trouvant affligé d'hirsutisme sourcilaire, Fulci se délecte à plonger au plus profond de cette jungle inextricable, comme s’il y cherchait quelque confirmation de l’existence de Dieu - questionnement spécieux: si Dieu existait, il n’y aurait pas de réalisateurs aussi lamentables! Autre tic récurrent, Magee est systématiquement filmé en plongée et devant un mur de magnétophones, ce qui, je suppose, constitue dans l’esprit embrouillé de Fulci une sorte d’hommage au chef d’oeuvre de Kubrick...

3°) une débauche de caméra subjective, et de préférence au ras du sol, Fulci passant le plus clair de son film à cavaler après le fameux chat qui semble éprouver un malin plaisir à ne pas se laisser filmer (mettez-vous à sa place!), tout en se prenant régulièrement les pieds dans les fils des projecteurs! Conseil: avant d’enfiler le DVD dans le lecteur, avalez un cachet de Nautamine, sans quoi c’est la gerbe assurée!

Bon, pour la mise en scène c'est réglé. Voyons à présent la direction d'acteurs: si j'étais feignant, je vous dirais également que c'est fait, vu qu'elle est inexistante. En fait il y a deux catégories d'acteurs: les pros, constamment en roue libre, et les autres, figés au beau milieu des plans comme les potiches du télé-achat. Côté stars, Magee en fait des mégatonnes, grimace, roule des yeux et bave dans tous les coins. À cet égard, la séance de spiritisme qu'il nous offre restera dans les mémoires: positivement épileptique, il entre en vibration, s'arrache la perruque, s'épile les sourcils, dégringole de son fauteuil et s'abstient in extremis de faire pipi par terre! Quant à Mimsy Farmer, visiblement pas encore redescendue de son trip de "More", elle traverse le film comme une somnambule sous Tranxène.

Au rayon comique involontaire (ça fait partie du cahier des charges, je vous rappelle!), ce sont les scènes impliquant le chat meurtrier qui se révèlent les plus délectables. Il faut avoir vu les victimes fuir devant ce pauvre matou, le visage déformé par la terreur, comme s'ils avaient aux basques le T-Rex de "Jurassic Park"! Celui-ci, au terme d'une course poursuite interminable visiblement filmée à plat ventre sur un skate-board, escalade une façade pour échapper au monstre feulant, se casse la gueule et termine empalé sur une grille. Ces deux-là finissent asphyxiés dans un réduit après que le chat en ait piqué la clef (lol!) et obstrué la climatisation avec ses poils (sic!). Sans oublier les attaques frontales, lors desquelles il lacère les infortunés dans de grands jaillissements d'hémoglobine et ouvre dans leurs chairs des plaies irrémédiables que Freddy Krueger n'aurait pas reniées!

Par ailleurs, ces meurtres félins sont d'autant plus surréalistes qu'on demeure dans l'ignorance de ce qui les motive, le scénario étant à peu près aussi étoffé qu'une dentelle de Bruges... Vous avez Magee qui hante les cimetières muni d'un magnétophone et interviewe les morts, le micro orienté vers les pierres tombales (hilarant!), un chat qui bousille son monde et de préférence des gens dont on se demande ce qu'ils ont à voir avec l'intrigue centrale (pour autant qu'il y en ait une et ça, j'en suis pas vraiment sûr!), un flic falot qui enquête mollement, une Mimsy Farmer photographe et hallucinée qui soupçonne une connexion jamais explicitée entre le médium et le greffier, et démerdez-vous avec ça!

Et Edgar Poe, là-dedans? Ben c'est un peu la star censée racoler le chaland et, à cet égard, on ose à peine imaginer ce qu'il aurait répondu à Magee si celui-ci s'était aventuré à interviewer sa stèle! Fulci justifie sa référence par deux scènes extraites de sa célèbre nouvelle, et greffées à la va-comme-je-te-pousse sur son scénario foireux. Premièrement, la pendaison du chat effectuée par un Magee désireux de mettre fin à la tuerie, et donnant à Fulci l'occasion de défouler les instincts sadiques qui caractérisent la totalité de ses films. Deuxièmement, l'emmurement final d'une Mimsy Farmer toujours aussi asthénique en compagnie du chat dénonciateur: Fulci renoue ici avec le thème de l'"enterrement vivant", obsession qu'il partage avec Poe et récurrente dans nombre de ses oeuvres ("L'Emmurée vivante" et "Frayeurs" notamment).

Oui, je sais, tout cela est bien nul... Mais qu'est-ce que c'est bon!

Notes

(1): pour une définition de ce concept très particulier, voir ma rubrique du 13 Février.

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Le Chat noir...

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...un film de Lucio Fulci...

magee

...avec Patrick Magee...

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...et Mimsy Farmer!!!

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05 mars 2006

LA VERITABLE HISTOIRE DU PETIT CHAPERON ROUGE

Sortie en salle

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU

PETIT CHAPERON ROUGE

(Hoodwinked)

de Cory Edwards, Todd Edwards & Tony Leech (2004)

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Je sais pas si vous êtes au courant, mais depuis un quinzaine d'années, une révolution est à l'oeuvre dans le dessin animé. Après la pâte à modeler habitée de Nick Parks, les jouets délirants de John Lasseter et les super-héros bedonnants de Brad Bird, "Hoodwinked" enfonce un clou de plus dans le cercueil de la bluette façon Disney. On a beau, comme moi, adorer "Peter Pan" ou les "Les Aristochats", on n'en sera pas moins contraint de se rendre à l'évidence: les bons sentiments et les héros propres sur eux ne sont plus de mise chez les toons. C'est désormais clair, la mode est à l'irrévérence, ce qui est une façon élégante de dire qu'on a fini de prendre les gosses pour des cons. Le voudrait-on d'ailleurs qu'on aurait du mal: le nain d'aujourd'hui est plus proche de Toto Caca que de Fripounet et Marisette! Comme dit la Mère Grand au Chaperon: "Je ne t'ai pas vue grandir..." Question de contexte sans doute: les illusions tombent de plus en plus tôt dans un monde où on marche littéralement sur les SDF, bientôt aussi nombreux que les pavés...

De ce point de vue, "Hoodwinked" (oui, je me refuse à employer ce titre français débile!) constitue véritablement l'envers de Disney. Aucun des personnages n'y est en réalité ce qu'il semble être (je ne vous en dirai pas plus), et c'est à une remise en question radicale des apparences que nous sommes conviés. "Tout ce qui est profond aime le masque", écrivait Nietzsche, et ce n'est pas un hasard si les seuls protagonistes exemptés de duplicité se trouvent être les flics, "simples" d'esprit notoires! Ici le Loup n'est pas systématiquement le méchant de service et c'est un vrai plaisir, au moment même où certains crétins des Alpes réclament à corps et à cris son extermination, de l'entendre se plaindre d'être victime d'un "délit de faciès"! Et d'ajouter in petto: "Je me suis toujours méfié des lapins!" Voudrait-il par là désigner le gentil Pan-Pan de Disney comme principal responsable de l'abrutissement de masse de nos chères têtes blondes?

Il ne vous aura pas échappé que l'affiche du film parodie celle du célèbre et excellent "Usual Suspects" de Bryan Singer. Le pastiche ne s'arrête pas là. L'histoire commence comme une caricature de polar, là où s'achève le conte de Grimm. Autour de la maison de Mère Grand, encerclée d'un ruban "crime scene - do not cross", la flicaille s'active toutes sirènes hurlantes. Un massacre vient d'être évité de justesse: on a surpris le Loup sur le point de faire un mauvais sort à Mère Grand et au Petit Chaperon Rouge, ainsi qu'un bûcheron tyrolien apparu in extremis armé d'un hache pour secourir les dames en détresse. L'affaire étant confuse, on embarque au poste les quatre "usual suspects" pour un interrogatoire où chacun, comme dans le film de Bryan Singer, va raconter sous forme de flash-back sa version de l'histoire. Là-dessus, on enchaîne sur une heure et demie de délire non-stop, de péripéties hallucinantes, de retournements de situations rocambolesques, tout ça mené à une allure endiablée et au rythme de dialogues savoureux et de chansons hilarantes. On croise les personnages les plus frappadingues, tel un bouc chantant aux cornes interchangeables et un écureuil cocaïné, sans oublier les caricatures: déboulent ainsi un simili-Schwarzie aussi con que méchant et trois vilains dont les costumes et les chorégraphies guerrières sortent tout droit de cette chiure de "Matrix". Pas une seconde on ne nous aura laissé reprendre notre souffle. Au passage, les auteurs se seront permis entre autres iconoclasmes une charge éducative contre la malbouffe, les fast-food, les promoteurs et autres salopeurs d'écosystèmes... Disney a du se retourner dans sa tombe devant ce dessin animé communiste!

À l'heure où toute la cinéphilie déplore la disparition de la comédie telle que la concevaient Hawks ou Lübitsch, il semblerait que là où les films "live" échouent lamentablement, le dessin animé ait retrouvé la recette. Car non seulement je ne me suis pas emmerdé une seconde, mais en plus je me suis bidonné comme un bossu! Effectivement, si la comédie contemporaine doit se résumer aux beauferies des Clavier-Balasko ou aux grimaces de Jim Carrey, je crois bien que je vais me cantonner aux séances du mercredi après-midi quand j'aurai envie de me marrer un poil...

Parents, qu'on se le dise: si votre gniard vous les brise pour aller voir "La Véritable Histoire du Petit Chaperon Rouge", ne levez pas les yeux aux ciel, ne vous exclamez pas: "Encore le Petit Chaperon Rouge!", ne prenez pas l'air navré de celui qui est toujours de corvée, mais prenez votre enfant par la main: ça fera plaisir à Duteil, et vous, vous allez vous ÉCLATER!!!

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De l'utilité démontrée de porter un chaperon rouge!

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Le Loup: pas si méchant qu'on veut bien nous le dire...

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Une Mère Grand de choc!

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Le Bûcheron: il est pas bien malin, mais c'est l'ami de tous les enfants!

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Le Bouc Chantant: Elvis pas mort!

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L'écureuil cocaïné en plein trip!

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04 mars 2006

BATMAN EN FRANCE 2

Comics

BATMAN EN FRANCE

2ème partie: Batman chez Panini -

The Dark Knight strikes back!

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Quand Panini récupère les droits de publication DC en 2005, il ne touche à rien. Sinon, ça sert à quoi que SEMIC il se décarcasse? Panini applique donc strictement la recette miracle mise en place sur le tard (2003) par son infortuné prédécesseur, mais avec beaucoup plus de détermination: en l'espace d'un an, les kiosques et les librairies sont littéralement envahis par les comics DC / Panini, et Batman surfe au sommet de cette déferlante.

On serait certes en droit de taxer Panini d'opportunisme, tant il est vrai que le nouvel éditeur de DC ne fait jamais que tirer les marrons du feu après que SEMIC ait essuyé les plâtres. Mais ce serait oublier un peu vite qu'avant de se réveiller subitement, ce dernier a détenu les droits DC durant plus de dix ans sans être capable de donner satisfaction aux fans autrement que très ponctuellement (voir la première partie de cette étude - chronique du 27 Février). De plus, cette fameuse politique d'une publication suivie des séries, dans le respect de leur chronologie et de la cohérence par rapport à l'ensemble de l'univers DC, cela fait belle lurette que Panini la pratique avec les titres Marvel: SEMIC n'a donc rien inventé...

Soucieux de ne pas déstabiliser le lecteur en lui imposant un nouveau virage à 180°, Panini commence par reprendre la majorité des séries là où SEMIC les avait laissées et, le plus souvent, sans perdre un épisode s'il vous plaît! C'est sur cette base saine que de nouvelles séries apparaissent, à des stades de leur parution tels qu'elles vont tout naturellement prendre leur place dans la continuité en cours. On le voit, le passage de relais se fait sans heurt et, loin d'être effarouché, le fan s'avère comblé et en redemande car, force est de le reconnaître, Panini nous offre une édition française de DC telle que nous n'osions plus en rêver.

À tout seigneur tout honneur, c'est la revue "Batman" qui ouvre un feu nourri dès Juin 2005. Non contente de reprendre la série US "Batman" dans la continuité de SEMIC, cette publication nous gratifie en prime des titres "Detective Comics" et "Gotham Knights". "Detective Comics" n'est plus à présenter: tout fan un peu sérieux sait que le Dark Knight y fit sa toute première apparition dans le n°27 de Mai 1939, pour ensuite gagner son propre titre au printemps 1940. Depuis ces temps immémoriaux, les deux séries ont maintenu leur parution contre vents et marées: au moment où j'écris, "Detective Comics" atteint son n° 800 et "Batman" son n° 650, une longévité que seul Superman peut prétendre concurrencer! Ainsi, ces deux titres complémentaires sont enfin à nouveau à disposition du lecteur français pour la première fois depuis 1985 (date de la disparition de SAGEDITION) et s'articulent parfaitement entre eux grâce à une publication savamment synchronisée. Qu'en plus de dix ans d'exercice SEMIC n'ait pratiquement jamais publié "Detective Comics" est à cet égard proprement hallucinant!

Quant à "Gotham Knights", la troisième série publiée dans ce nouveau "Batman" français, c'est la cerise sur le gâteau! D'apparition relativement récente (Mars 2000), "Gotham Knights" a pour spécificité de présenter des épisodes dans lesquels Batman est épaulé par tout ce que Gotham-City compte de super-justiciers. Et ils sont légion! En tout premier lieu, citons Nighthawk, qui débuta aux côtés du Dark Knight sous le masque de Robin et fait actuellement la loi en compagnie de sa copine Tarentula dans la ville voisine de Bludhaven, quand il ne dirige pas la super-équipe des Outsiders. Ce qui nous amène tout naturellement à l'actuel Robin, troisième du nom, qui lui partage son temps entre Batman, dont il est le partenaire officiel, et les Teen Titans. Mais il faut croire que Batman est un féministe convaincu, puisque les Gotham Knights sont à la grande majorité du sexe faible - enfin, façon de parler, vus les horions qu'elles distribuent! Doyenne de ce gynécée en tant que toute première ennemie historique de Batman, on trouve l'amorale Catwoman, oscillant sans cesse de l'ombre à la lumière puisque, lorsqu'elle n'épaule pas notre héros avec lequel elle vit des amours tumultueuses, elle passe l'autre moitié de son temps à préparer le casse du siècle! Viennent ensuite Batgirl, deuxième du nom, spécialiste des arts martiaux quasiment invincible, la plus redoudable des Gotham Knights en jupons, et Huntress, importée d'un monde parallèle dans lequel elle n'est rien moins que la fille de Batman. Spoiler, la petite dernière, doit son nom de scène (la "gâcheuse") à son objectif principal, qui consiste à pourrir la vie de son gangster de père; elle fut pour un temps le quatrième Robin aux côtés de Batman, mais celui-ci la répudiera pour son immaturité - décision lourde de conséquences, comme on verra plus loin. Enfin, n'oublions pas l'ambigu Orpheus, sorte de "mouton" en costume promu chef de gang par Batman dont il est en réalité l'informateur, et la redoutable Onyx, son garde du corps personnel.

Au centre des Gotham Knights, comme une araignée au milieu de sa toile informatique, on trouve Oracle la bien nommée. De son fauteuil roulant, cette paraplégique est reliée à tout ce qui peut lui apporter de l'information: satellites, caméras de surveillance, web, média, téléphone, multiples banques de données, bref c'est Big Brother en personne! Alliée la plus précieuse de Batman, elle coordonne de son antre toutes les actions des Gotham Knights, avec lesquels elle reste en contact perpétuel. Fille du célèbre commissaire Gordon, Oracle porta dans une autre vie le costume de la première Batgirl, carrière qui prit fin lorsque une balle du Joker fit d'elle une handicapée - dans le cultissime one-shot "The Killing Joke" scénarisé par Alan Moore, ce génie! En tant qu'Oracle, elle débuta en dirigeant l'équipe 100% féminine des Birds of Prey, qui fit l'objet d'une publication éphémère chez SEMIC, et où l'on pouvait croiser entre autres Catwoman, Huntress et la nouvelle Batgirl - le monde est petit!

La grande originalité de la série "Gotham Knights" est qu'elle est modulable à volonté. Loin de constituer un équipe proprement dite à l'instar de la JLA ou des Teen Titans, les différents "membres" apparaissent ou disparaissent du titre, qui reste fondamentalement centré sur Batman, au gré de la fantaisie des scénaristes. Tous comptes faits, le personnage principal de la série est en réalité Gotham-City, archétype de la métropole corrompue, ce qui nous vaut de magnifiques tableaux de venelles obscures au pavé crasseux, où règne une pègre interlope de dealers et de petites frappes. Politiques véreux, flics ripoux, mafia tentaculaire, gangs de rues, héros ambigus et vilains pervers y constituent le quotidien d'un Batman psychopathe de plus en plus inquiétant, marchant sur les traces du Punisher et du Judge Dredd dans un monde à la James Ellroy.

À ce "Batman" de haute volée (dont le n°1 est mis en vente en même temps qu'un one-shot "Batman Extra" proposant une adaptation du film "Batman Begins") succède bien évidemment dès Juillet 2005 un nouveau "Superman" qui, non content de regrouper les principales séries mettant en scène l'Homme d'Acier, reprend le titre "Superman & Batman" là où SEMIC l'avait abandonné, c'est-à-dire en plein milieu de l'arc "The Supergirl from Krypton". Louons une fois de plus la conscience professionnelle de Panini et son souci de ne pas laisser le lecteur en plan, d'autant plus que cet arc introduit la nouvelle Supergirl dans l'univers DC (la précédente ayant connu une fin tragique dans la mythique maxi-série "Crisis on Infinite Earths") et risque donc de s'avérer crucial pour la suite des événements. À partir du n°5 débute "Absolute Power", l'une des aventures les plus délirantes qui nous ait été donné de lire depuis longtemps: lignes temporelles altérées, futurs alternatifs et passés recomposés sont au menu de cet arc dans lequel Superman et Batman auront bien du mal à rétablir la trame originelle du temps, d'autant que leurs personnalités ont été radicalement changées par une modification de leurs origines respectives. Nos héros sautent donc d'une ligne temporelle à l'autre mais chacune de leurs interventions, souvent malheureuses, aboutit à un monde encore plus ouf que le précédent. Autant d'occasions, pour un Jeph Loeb en roue libre, de ramener des limbes du "DC-verse" de vieux héros de comics guerriers tels le Sergent Rock ou le Tank Hanté, ou encore les cow-boys Jonah Hex et Bat Lash, parmi une nuée de super-héros surgissant de tous les recoins de l'espace-temps! Totally space!

Le succès de l'entreprise ne se fait pas attendre: en quelques mois, le n°1 de "Batman" est épuisé. Suivant toujours la ligne éditoriale popularisée par SEMIC, Panini sort en Septembre 2005 un "Batman Hors-Série" bimestriel dont les deux premiers numéros proposent la magistrale mini-série "Death and the Maiden", où le Dark Knight affronte une dernière fois Ras-Al-Guhl, son ennemi de toujours, et qui s'achève sur la mort en principe définitive de ce dernier. Mais sait-on jamais? On nous a fait le coup tant de fois!

En Août 2005 débarque "DC Universe", la version Panini du défunt "Génération DC". C'est la série "Teen Titans", reprise elle aussi dans la parfaite continuité de SEMIC, qui fait le lien entre les deux publications. Au rayon des nouveautés, on a droit à un retour en fanfare de la JLA avec non seulement la série régulière, mais également la mini-série "JLA Classified", relayée à partir du n°5 par "Green Lantern Rebirth", une autre mini-série qui voit revenir Hal Jordan, le plus célèbre des Green Lantern, réincarné dans l'un des personnages les plus énigmatiques de l'univers DC: le Spectre. Enfin, pour faire bonne mesure, on nous ramène le vétéran Flash, dans un arc qui en fait à mon sens la série la plus faible de "DC Universe", du fait de la présence de Geoff Johns au scénario. Spécialiste de l'ellipse hasardeuse et du découpage à l'emporte-pièce, Johns accouche régulièrement de bandes à la lisibilité confuse, et plusieurs relectures sont parfois nécessaires pour parvenir à capter ce qu'il a voulu raconter. On espère donc que Flash ne jouera pas trop les prolongations dans "DC Universe", d'autant que Panini nous annonce le retour prochain des séries "Outsiders" et "Batgirl", réclamées par les fans dans une belle unanimité.

On croyait avoir tout vu avec ce démarrage fulgurant? Que nenni, car nous voilà entrés dans l'ère des grands crossovers! D'abord avec la publication dès Septembre 2005 de la maxi-série "Identity Crisis" dans une nouvelle revue bimestrielle intitulée assez trompeusement "Batman & Superman". La stratégie adoptée par Panini de présenter cette nouvelle série sous le label de ses deux franchises les plus porteuses est claire: il s'agit d'attirer le lecteur dans un premier temps pour le familiariser peu à peu avec les autres héros DC et élargir ainsi le marché. De fait, si "Identity Crisis" peut être essentiellement définie comme une aventure de la JLA, cela ne suffit cependant pas à rendre compte de la complexité de l'entreprise, qui implique la quasi totalité des super-héros DC.

Lors de sa sortie aux States en Août 2004, "Identity Crisis" est présentée par DC comme le premier chapitre du plus grand bouleversement qu'ait connu le "DC-verse" depuis "Crisis on Infinite Earths". "Identity Crisis" n'est donc que le prologue d'une longue enfilade de maxi-séries actuellement en cours de publication aux USA, toutes liées entre elles, et censées déboucher à terme sur une réorganisation proprement cosmique de toutes les séries de l'univers DC, sans exception aucune. Rien moins! On est en fait en train d'assister à ce que les fans nomment dans leur jargon une "redéfinition". Et, comme tout cosmos respire au rythme alternatif de l'ordre et du chaos, la naissance de l'ordre nouveau sera nécessairement précédé d'une "crise" que l'on subodore déjà des plus chaotiques...

Pour les petits curieux qui désireraient savoir ce qui les attend, je me contenterai de les renvoyer à l'excellente revue "Comic Box" qui, dans son n°2 d'Octobre 2005, établit un état des lieux assez exhaustif de l'ensemble des projets DC sur ce sujet précis. Pour ce qui est de la publication en France de cette grande saga, sachez qu'"Identity Crisis" s'achève dans le n°4 de "Batman & Superman", à paraître courant Mars, et que le n°5 verra le début du second chapitre intitulé "Countdown to Crisis". De quoi nous faire saliver!

Parfum de chaos également dans "Batman", depuis le n°6 de Novembre 2005 qui voit débuter le méga-crossover "War Games". Là encore, ce n'est pas rien, puisqu'aux States l'entreprise aura monopolisé pas moins de huit séries ("Batman", "Detective Comics", "Legends of the Dark Knight", "Gotham Knights", "Nighthawk", "Robin", "Batgirl" et "Catwoman") durant trois mois, soit un total de vingt-quatre épisodes en cours de publication chez Panini dans un constant aller-retour entre les deux revues "Batman" et "Batman Hors-Série" (rusé!). Tout commence avec cette petite peste de Spoiler qui, dépitée d'avoir déçu Batman en tant que Robin (voir plus haut), met la main sur un plan destiné à éradiquer la totalité des gangs de Gotham que Batman a imaginé dans un moment de paranoïa intense! Afin de se racheter aux yeux de son mentor, elle met le projet en branle. Mais tout foire, et elle ne réussit qu'à provoquer une guerre des gangs qui va mettre Gotham à feu et à sang. Dès lors tous les Gotham Knights, mobilisés devant l'urgence et dirigés par un Batman de plus en plus borderline, auront fort à faire pour ramener un semblant d'ordre dans ce qui dégénère bientôt en guerre civile, d'autant que les vilains les plus vicieux sortent de l'ombre pour tenter de conquérir le pouvoir. Au final, on a un comics tétanisant par sa noirceur et sa violence, versant par moments dans l'horreur pure et dure - il faut avoir vu l'ignoble Black Mask torturer Spoiler au scalpel!

Enfin, terminons notre revue de presse par un petit tour en librairie, où nous constatons avec plaisir que Panini aussi donne dans les archives avec un luxueux "Batman 1964" regroupant des épisodes du "silver age" depuis longtemps introuvables, sinon inédits. Sans bouder notre plaisir, regrettons toutefois que Panini n'ait pas donné suite au projet d'intégrale chronologique amorcé par SEMIC... Tout aussi luxueux, tout aussi millésimé et inévitablement génial, voici le tant attendu "Across the Universe", rebaptisé chez nous "L'Univers des Super-Héros DC par Alan Moore". Bien qu'il ne s'agisse hélas que d'une version partielle de l'édition originale US, ce volume compile malgré tout quelques pièces rares, tels les tous premiers travaux du génie anglais pour DC (sur Green Arrow et Green Lantern, notamment), un "annual" de Batman, ou la très bizarroïde rencontre entre Superman et Swamp Thing (la Créature des Marais), cette dernière constituant le premier titre de gloire de Moore chez l'Oncle Sam. Mais le clou de l'album réside dans le traitement infligé à Superman, symptomatique de la méthode Moore: de l'art iconoclaste de révolutionner un comics ronronnant en foutant délibérément le bordel dans une continuité durement établie, le tout en restant soigneusement aux limites de la parodie. Enfin, signalons pour les impécunieux "Tu ne tueras point", une édition économique mais néanmoins très soignée du one-shot "Trail of the Gun", où Batman et Catwoman rejoignent Michael Moore dans son combat contre le lobby des armes.

Et puis il y a encore tous ceux que je n'ai pas encore lus (avec Panini, faut suivre!) et que je vous chroniquerai un jour ou l'autre. Pêle-mêle: "New Frontier", par Darwyn Cooke, qui reprend à sa sauce les versions "silver age" des héros DC, la JLA avec "The Nail", un "Catwoman à Rome" par le fantastique duo Jeph Loeb / Tim Sale, un "big book" de Wonder Woman dans lequel, à ce qu'il parait, Batman joue un rôle important, et pas moins de trois album de Superman parmi lesquels le "Man of Steel" de l'icône John Byrne. J'y arriverai jamais, moi!

le site Panini:

http://www.paninicomics.com/

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Le n°1 de Batman: déjà collector!

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"DC Universe: des super-héros comme s'il en pleuvait!

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"Identity Crisis": le commencement de la fin!

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"War Games": ça charcle grave dans Batman!

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Black Mask et Spoiler: l'amour vache!

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Le coin des collectionneurs

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