DVD

ZOMBI 3

de Lucio Fulci (1987)

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Plus d'une semaine sans chronique de "bon mauvais", ça pouvait plus durer! Ça tombe bien, je viens d'acheter le numéro de Mars de "Mad Movies" et le DVD qui va avec: eh oui, encore un Z italien! eh oui, encore un Lucio Fulci! J'attends de pied ferme vos récriminations et, comme je ne suis pas bégueule, j'accepte même vos encouragements!

Pour commencer, mettons un peu d'ordre dans la chronologie. Déjà, qu'on se le dise, y'a pas de "Zombi 1", ou du moins pas de la part de Fulci. Le film sorti en Italie sous le titre de "Zombi" est en fait le "Dawn of the Dead" de Romero (en France: "Zombie", avec un "e"). Le "Zombi 2" de Fulci apparu l'année suivante (1979) ne porte ce titre que dans le but déloyal de se faire passer pour la suite du "Zombi" de Romero, vous suivez? Oui, je sais bien que c'est de l'arnaque, mais je vous rappelle qu'on parle de Z italien, là! Vous vous croyez où? au Festival de Cannes? Pour clarifier encore un peu les choses, sachez que ce "Zombi 2" s'appelle chez nous "L'Enfer des Zombies". Et on en arrive à "Zombi 3", sorti dans l'hexagone sous le même titre, ce qui vaudra à l'amateur français mal informé de pourchasser durant des années un "Zombi 2" qu'il a déjà vu sans le savoir et un "Zombi 1" qui, je le répète, n'existe pas. Du moins, pas sans "e". C'est clair?

Bien. À présent, parlons un peu de Fulci - je le tiens, je le chronique! On distingue trois périodes dans sa carrière:

1°) Les années d'apprentissage

Durant les sixties et les seventies, Fulci fait ce que font tous les artisans du cinéma populaire italien, soit des films de commande répondant à la demande des modes en vigueur: péplums, comédies lourdasses, sous-James Bond, westerns-spaghetti, etc. De cette période, on retiendra "Le Temps du Massacre", western d'un sadisme hallucinant pour l'époque (1966), et deux gialli particulièrement intéressants: "Le Venin de la Peur" (également connu sous le titre de "Carole" ou sous celui, plus délicat, de "Les Salopes vont en Enfer") et surtout "La longue Nuit de l'Exorcisme" où Fulci fait ses premières armes dans le gore bien dégueulbif.

2°) L'apogée, ou les "années zombies" (1979-1982)

La sortie du "Zombie" de Romero est une révélation pour Fulci. À ce titre, "L'Enfer des Zombies" donne le coup d'envoi d'une série de zombie-movies qui va lui valoir la constitution d'une communauté de fans indéfectibles. Si on reste incontestablement dans le Z comme le prouvent des scripts incohérents, une réalisation approximative et une complaisance confinant au mauvais goût dans le gore le plus démonstratif, il n'en demeure pas moins qu'en quelques films Fulci parvient à se créer un style qui, pour discutable qu'il soit, n'en est pas moins personnel et non dénué d'une certaine poésie macabre. Ainsi "L'Enfer des Zombies", "Frayeurs", "L'Au Delà" et "La Maison près du Cimetière" renouent par leurs décors chiadés de cryptes suintant la moisissure et de cimetières embrumés avec une certaine tradition gothique issue en droite ligne des productions de la célèbre Hammer. Mais surtout, Fulci filme la mutilation des corps et la putréfaction des chairs avec une fascination obsessionnelle quasi métaphysique, engendrant chez le spectateur un réel malaise. Cette morbidité aux limites de la pathologie culminera en 1982 avec "L'Éventreur de New York", film d'un goût douteux et vraiment très, très dérangeant...

3°) Le déclin

Le déclin de Fulci coïncide avec celui du Z italien et, de façon plus générale, avec la disparition des écrans transalpins du cinéma de genre dans les années 90. Dès 1983, "Manhattan Baby" ne suscite qu'ennui chez le spectateur et amorce une série noire de films bâclés tels l'irregardable "Murder Rock" ou encore "Aenigma", réalisation d'autant plus mollassonne qu'elle met en scène... des limaces anthropophages!!! Fulci achèvera lamentablement sa carrière avec "Les Fantômes de Sodome", film de cul sordo à peine déguisé en histoire de fantômes.

"Zombi 3" fait hélas partie de cette troisième catégorie. Lancé en 1987 dans le but de surfer, une fois de plus, sur le succès de Romero qui vient de sortir "Le Jour des Morts-Vivants" l'année précédente, il se distingue surtout par un tournage des plus chaotiques duquel Fulci se fera virer (ou partira, selon les versions...) au bout de quelques semaines, suite à son désaccord avec le scénariste Claudio Fargasso. Pour le remplacer au pied levé, on fera appel à l'ineffable Bruno Mattei (voir chronique du 15 Février) et là, c'est la rigolade assurée!

Si le film reste crédité à Fulci, c'est essentiellement dû à la notoriété qu'il a acquise durant sa période "morts-vivants". En effet, s'il faut en croire Fargasso, une quinzaine de minutes seulement des rushes de Fulci aurait été conservée par le montage final. Ainsi, ne vous demandez pas par exemple pourquoi dans telle scène les zombies se traînent comme des escargots rhumatisants, pour speeder comme des malades dans le plan suivant: les zombies lents sont ceux filmés par Fulci en bon fan de Romero, tandis que les zombies boostés constituent une innovation de Mattei - en quoi il se montre d'ailleurs précurseur, en regard de la mode actuelle. Mais ne nous en plaignons pas: ce genre de raccords foireux fait partie intégrante de tout ce qui fait le charme du Z!

Mieux, on est en droit de se demander si l'intervention de Mattei ne constitue pas un atout pour le film, surtout si l'on considère les productions pour le moins médiocres de Fulci en cette seconde moitié des eighties. Ainsi, je ne suis pas sûr qu'un "Zombi 3" entièrement assumé par ce dernier nous eût autant diverti. Car dès qu'il est question de balancer des séquences hilarantes par leur incongruité et leur décalage, personne ne peut rivaliser avec Mattei, moi je vous le dis! Entre autres scènes d'anthologies, on a droit ici à une femme qui, défenestrée dans un lac par un mort-vivant farceur, voit ses jambes dévorées jusqu'au genou par des piranhas zombies, l'attaque d'un bus par des moineaux non moins zombies, un protagoniste agressé par une tête issue d'un frigo et flottant dans l'air comme par enchantement, un mort-vivant surgissant du plafond tête en bas, les pieds accrochés à une poutre, pour tirer les cheveux de sa victime tandis un autre jaillit du placard à provisions où il était confortablement allongé, un foetus traversant le ventre de sa génitrice pour mordre le nez de son accoucheuse improvisée, bref: rien que du bon! Nul n'est aussi décomplexé que Mattei dès qu'il s'agit de filmer toutes les conneries qui lui passent par la tête! Comme disait Elkabbach: "Osons!"

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Yo! Fulci est dans la place! Spécial dédicace de MC Moisi!

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Attention: le petit oiseau va sortir!

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Crêpage de chignon, ou l'horreur qui venait du plafond!

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Un simple tas de foin? Cliquez sur l'image pour en savoir plus...

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Oui, c'est plutôt animé chez Patchworkman: surtout quand on clique!

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Un petit clic sur l'image, et y'a des têtes qui vont voler!