Sortie en salle

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU

PETIT CHAPERON ROUGE

(Hoodwinked)

de Cory Edwards, Todd Edwards & Tony Leech (2004)

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Je sais pas si vous êtes au courant, mais depuis un quinzaine d'années, une révolution est à l'oeuvre dans le dessin animé. Après la pâte à modeler habitée de Nick Parks, les jouets délirants de John Lasseter et les super-héros bedonnants de Brad Bird, "Hoodwinked" enfonce un clou de plus dans le cercueil de la bluette façon Disney. On a beau, comme moi, adorer "Peter Pan" ou les "Les Aristochats", on n'en sera pas moins contraint de se rendre à l'évidence: les bons sentiments et les héros propres sur eux ne sont plus de mise chez les toons. C'est désormais clair, la mode est à l'irrévérence, ce qui est une façon élégante de dire qu'on a fini de prendre les gosses pour des cons. Le voudrait-on d'ailleurs qu'on aurait du mal: le nain d'aujourd'hui est plus proche de Toto Caca que de Fripounet et Marisette! Comme dit la Mère Grand au Chaperon: "Je ne t'ai pas vue grandir..." Question de contexte sans doute: les illusions tombent de plus en plus tôt dans un monde où on marche littéralement sur les SDF, bientôt aussi nombreux que les pavés...

De ce point de vue, "Hoodwinked" (oui, je me refuse à employer ce titre français débile!) constitue véritablement l'envers de Disney. Aucun des personnages n'y est en réalité ce qu'il semble être (je ne vous en dirai pas plus), et c'est à une remise en question radicale des apparences que nous sommes conviés. "Tout ce qui est profond aime le masque", écrivait Nietzsche, et ce n'est pas un hasard si les seuls protagonistes exemptés de duplicité se trouvent être les flics, "simples" d'esprit notoires! Ici le Loup n'est pas systématiquement le méchant de service et c'est un vrai plaisir, au moment même où certains crétins des Alpes réclament à corps et à cris son extermination, de l'entendre se plaindre d'être victime d'un "délit de faciès"! Et d'ajouter in petto: "Je me suis toujours méfié des lapins!" Voudrait-il par là désigner le gentil Pan-Pan de Disney comme principal responsable de l'abrutissement de masse de nos chères têtes blondes?

Il ne vous aura pas échappé que l'affiche du film parodie celle du célèbre et excellent "Usual Suspects" de Bryan Singer. Le pastiche ne s'arrête pas là. L'histoire commence comme une caricature de polar, là où s'achève le conte de Grimm. Autour de la maison de Mère Grand, encerclée d'un ruban "crime scene - do not cross", la flicaille s'active toutes sirènes hurlantes. Un massacre vient d'être évité de justesse: on a surpris le Loup sur le point de faire un mauvais sort à Mère Grand et au Petit Chaperon Rouge, ainsi qu'un bûcheron tyrolien apparu in extremis armé d'un hache pour secourir les dames en détresse. L'affaire étant confuse, on embarque au poste les quatre "usual suspects" pour un interrogatoire où chacun, comme dans le film de Bryan Singer, va raconter sous forme de flash-back sa version de l'histoire. Là-dessus, on enchaîne sur une heure et demie de délire non-stop, de péripéties hallucinantes, de retournements de situations rocambolesques, tout ça mené à une allure endiablée et au rythme de dialogues savoureux et de chansons hilarantes. On croise les personnages les plus frappadingues, tel un bouc chantant aux cornes interchangeables et un écureuil cocaïné, sans oublier les caricatures: déboulent ainsi un simili-Schwarzie aussi con que méchant et trois vilains dont les costumes et les chorégraphies guerrières sortent tout droit de cette chiure de "Matrix". Pas une seconde on ne nous aura laissé reprendre notre souffle. Au passage, les auteurs se seront permis entre autres iconoclasmes une charge éducative contre la malbouffe, les fast-food, les promoteurs et autres salopeurs d'écosystèmes... Disney a du se retourner dans sa tombe devant ce dessin animé communiste!

À l'heure où toute la cinéphilie déplore la disparition de la comédie telle que la concevaient Hawks ou Lübitsch, il semblerait que là où les films "live" échouent lamentablement, le dessin animé ait retrouvé la recette. Car non seulement je ne me suis pas emmerdé une seconde, mais en plus je me suis bidonné comme un bossu! Effectivement, si la comédie contemporaine doit se résumer aux beauferies des Clavier-Balasko ou aux grimaces de Jim Carrey, je crois bien que je vais me cantonner aux séances du mercredi après-midi quand j'aurai envie de me marrer un poil...

Parents, qu'on se le dise: si votre gniard vous les brise pour aller voir "La Véritable Histoire du Petit Chaperon Rouge", ne levez pas les yeux aux ciel, ne vous exclamez pas: "Encore le Petit Chaperon Rouge!", ne prenez pas l'air navré de celui qui est toujours de corvée, mais prenez votre enfant par la main: ça fera plaisir à Duteil, et vous, vous allez vous ÉCLATER!!!

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De l'utilité démontrée de porter un chaperon rouge!

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Le Loup: pas si méchant qu'on veut bien nous le dire...

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Une Mère Grand de choc!

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Le Bûcheron: il est pas bien malin, mais c'est l'ami de tous les enfants!

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Le Bouc Chantant: Elvis pas mort!

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L'écureuil cocaïné en plein trip!