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BATMAN EN FRANCE

2ème partie: Batman chez Panini -

The Dark Knight strikes back!

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Quand Panini récupère les droits de publication DC en 2005, il ne touche à rien. Sinon, ça sert à quoi que SEMIC il se décarcasse? Panini applique donc strictement la recette miracle mise en place sur le tard (2003) par son infortuné prédécesseur, mais avec beaucoup plus de détermination: en l'espace d'un an, les kiosques et les librairies sont littéralement envahis par les comics DC / Panini, et Batman surfe au sommet de cette déferlante.

On serait certes en droit de taxer Panini d'opportunisme, tant il est vrai que le nouvel éditeur de DC ne fait jamais que tirer les marrons du feu après que SEMIC ait essuyé les plâtres. Mais ce serait oublier un peu vite qu'avant de se réveiller subitement, ce dernier a détenu les droits DC durant plus de dix ans sans être capable de donner satisfaction aux fans autrement que très ponctuellement (voir la première partie de cette étude - chronique du 27 Février). De plus, cette fameuse politique d'une publication suivie des séries, dans le respect de leur chronologie et de la cohérence par rapport à l'ensemble de l'univers DC, cela fait belle lurette que Panini la pratique avec les titres Marvel: SEMIC n'a donc rien inventé...

Soucieux de ne pas déstabiliser le lecteur en lui imposant un nouveau virage à 180°, Panini commence par reprendre la majorité des séries là où SEMIC les avait laissées et, le plus souvent, sans perdre un épisode s'il vous plaît! C'est sur cette base saine que de nouvelles séries apparaissent, à des stades de leur parution tels qu'elles vont tout naturellement prendre leur place dans la continuité en cours. On le voit, le passage de relais se fait sans heurt et, loin d'être effarouché, le fan s'avère comblé et en redemande car, force est de le reconnaître, Panini nous offre une édition française de DC telle que nous n'osions plus en rêver.

À tout seigneur tout honneur, c'est la revue "Batman" qui ouvre un feu nourri dès Juin 2005. Non contente de reprendre la série US "Batman" dans la continuité de SEMIC, cette publication nous gratifie en prime des titres "Detective Comics" et "Gotham Knights". "Detective Comics" n'est plus à présenter: tout fan un peu sérieux sait que le Dark Knight y fit sa toute première apparition dans le n°27 de Mai 1939, pour ensuite gagner son propre titre au printemps 1940. Depuis ces temps immémoriaux, les deux séries ont maintenu leur parution contre vents et marées: au moment où j'écris, "Detective Comics" atteint son n° 800 et "Batman" son n° 650, une longévité que seul Superman peut prétendre concurrencer! Ainsi, ces deux titres complémentaires sont enfin à nouveau à disposition du lecteur français pour la première fois depuis 1985 (date de la disparition de SAGEDITION) et s'articulent parfaitement entre eux grâce à une publication savamment synchronisée. Qu'en plus de dix ans d'exercice SEMIC n'ait pratiquement jamais publié "Detective Comics" est à cet égard proprement hallucinant!

Quant à "Gotham Knights", la troisième série publiée dans ce nouveau "Batman" français, c'est la cerise sur le gâteau! D'apparition relativement récente (Mars 2000), "Gotham Knights" a pour spécificité de présenter des épisodes dans lesquels Batman est épaulé par tout ce que Gotham-City compte de super-justiciers. Et ils sont légion! En tout premier lieu, citons Nighthawk, qui débuta aux côtés du Dark Knight sous le masque de Robin et fait actuellement la loi en compagnie de sa copine Tarentula dans la ville voisine de Bludhaven, quand il ne dirige pas la super-équipe des Outsiders. Ce qui nous amène tout naturellement à l'actuel Robin, troisième du nom, qui lui partage son temps entre Batman, dont il est le partenaire officiel, et les Teen Titans. Mais il faut croire que Batman est un féministe convaincu, puisque les Gotham Knights sont à la grande majorité du sexe faible - enfin, façon de parler, vus les horions qu'elles distribuent! Doyenne de ce gynécée en tant que toute première ennemie historique de Batman, on trouve l'amorale Catwoman, oscillant sans cesse de l'ombre à la lumière puisque, lorsqu'elle n'épaule pas notre héros avec lequel elle vit des amours tumultueuses, elle passe l'autre moitié de son temps à préparer le casse du siècle! Viennent ensuite Batgirl, deuxième du nom, spécialiste des arts martiaux quasiment invincible, la plus redoudable des Gotham Knights en jupons, et Huntress, importée d'un monde parallèle dans lequel elle n'est rien moins que la fille de Batman. Spoiler, la petite dernière, doit son nom de scène (la "gâcheuse") à son objectif principal, qui consiste à pourrir la vie de son gangster de père; elle fut pour un temps le quatrième Robin aux côtés de Batman, mais celui-ci la répudiera pour son immaturité - décision lourde de conséquences, comme on verra plus loin. Enfin, n'oublions pas l'ambigu Orpheus, sorte de "mouton" en costume promu chef de gang par Batman dont il est en réalité l'informateur, et la redoutable Onyx, son garde du corps personnel.

Au centre des Gotham Knights, comme une araignée au milieu de sa toile informatique, on trouve Oracle la bien nommée. De son fauteuil roulant, cette paraplégique est reliée à tout ce qui peut lui apporter de l'information: satellites, caméras de surveillance, web, média, téléphone, multiples banques de données, bref c'est Big Brother en personne! Alliée la plus précieuse de Batman, elle coordonne de son antre toutes les actions des Gotham Knights, avec lesquels elle reste en contact perpétuel. Fille du célèbre commissaire Gordon, Oracle porta dans une autre vie le costume de la première Batgirl, carrière qui prit fin lorsque une balle du Joker fit d'elle une handicapée - dans le cultissime one-shot "The Killing Joke" scénarisé par Alan Moore, ce génie! En tant qu'Oracle, elle débuta en dirigeant l'équipe 100% féminine des Birds of Prey, qui fit l'objet d'une publication éphémère chez SEMIC, et où l'on pouvait croiser entre autres Catwoman, Huntress et la nouvelle Batgirl - le monde est petit!

La grande originalité de la série "Gotham Knights" est qu'elle est modulable à volonté. Loin de constituer un équipe proprement dite à l'instar de la JLA ou des Teen Titans, les différents "membres" apparaissent ou disparaissent du titre, qui reste fondamentalement centré sur Batman, au gré de la fantaisie des scénaristes. Tous comptes faits, le personnage principal de la série est en réalité Gotham-City, archétype de la métropole corrompue, ce qui nous vaut de magnifiques tableaux de venelles obscures au pavé crasseux, où règne une pègre interlope de dealers et de petites frappes. Politiques véreux, flics ripoux, mafia tentaculaire, gangs de rues, héros ambigus et vilains pervers y constituent le quotidien d'un Batman psychopathe de plus en plus inquiétant, marchant sur les traces du Punisher et du Judge Dredd dans un monde à la James Ellroy.

À ce "Batman" de haute volée (dont le n°1 est mis en vente en même temps qu'un one-shot "Batman Extra" proposant une adaptation du film "Batman Begins") succède bien évidemment dès Juillet 2005 un nouveau "Superman" qui, non content de regrouper les principales séries mettant en scène l'Homme d'Acier, reprend le titre "Superman & Batman" là où SEMIC l'avait abandonné, c'est-à-dire en plein milieu de l'arc "The Supergirl from Krypton". Louons une fois de plus la conscience professionnelle de Panini et son souci de ne pas laisser le lecteur en plan, d'autant plus que cet arc introduit la nouvelle Supergirl dans l'univers DC (la précédente ayant connu une fin tragique dans la mythique maxi-série "Crisis on Infinite Earths") et risque donc de s'avérer crucial pour la suite des événements. À partir du n°5 débute "Absolute Power", l'une des aventures les plus délirantes qui nous ait été donné de lire depuis longtemps: lignes temporelles altérées, futurs alternatifs et passés recomposés sont au menu de cet arc dans lequel Superman et Batman auront bien du mal à rétablir la trame originelle du temps, d'autant que leurs personnalités ont été radicalement changées par une modification de leurs origines respectives. Nos héros sautent donc d'une ligne temporelle à l'autre mais chacune de leurs interventions, souvent malheureuses, aboutit à un monde encore plus ouf que le précédent. Autant d'occasions, pour un Jeph Loeb en roue libre, de ramener des limbes du "DC-verse" de vieux héros de comics guerriers tels le Sergent Rock ou le Tank Hanté, ou encore les cow-boys Jonah Hex et Bat Lash, parmi une nuée de super-héros surgissant de tous les recoins de l'espace-temps! Totally space!

Le succès de l'entreprise ne se fait pas attendre: en quelques mois, le n°1 de "Batman" est épuisé. Suivant toujours la ligne éditoriale popularisée par SEMIC, Panini sort en Septembre 2005 un "Batman Hors-Série" bimestriel dont les deux premiers numéros proposent la magistrale mini-série "Death and the Maiden", où le Dark Knight affronte une dernière fois Ras-Al-Guhl, son ennemi de toujours, et qui s'achève sur la mort en principe définitive de ce dernier. Mais sait-on jamais? On nous a fait le coup tant de fois!

En Août 2005 débarque "DC Universe", la version Panini du défunt "Génération DC". C'est la série "Teen Titans", reprise elle aussi dans la parfaite continuité de SEMIC, qui fait le lien entre les deux publications. Au rayon des nouveautés, on a droit à un retour en fanfare de la JLA avec non seulement la série régulière, mais également la mini-série "JLA Classified", relayée à partir du n°5 par "Green Lantern Rebirth", une autre mini-série qui voit revenir Hal Jordan, le plus célèbre des Green Lantern, réincarné dans l'un des personnages les plus énigmatiques de l'univers DC: le Spectre. Enfin, pour faire bonne mesure, on nous ramène le vétéran Flash, dans un arc qui en fait à mon sens la série la plus faible de "DC Universe", du fait de la présence de Geoff Johns au scénario. Spécialiste de l'ellipse hasardeuse et du découpage à l'emporte-pièce, Johns accouche régulièrement de bandes à la lisibilité confuse, et plusieurs relectures sont parfois nécessaires pour parvenir à capter ce qu'il a voulu raconter. On espère donc que Flash ne jouera pas trop les prolongations dans "DC Universe", d'autant que Panini nous annonce le retour prochain des séries "Outsiders" et "Batgirl", réclamées par les fans dans une belle unanimité.

On croyait avoir tout vu avec ce démarrage fulgurant? Que nenni, car nous voilà entrés dans l'ère des grands crossovers! D'abord avec la publication dès Septembre 2005 de la maxi-série "Identity Crisis" dans une nouvelle revue bimestrielle intitulée assez trompeusement "Batman & Superman". La stratégie adoptée par Panini de présenter cette nouvelle série sous le label de ses deux franchises les plus porteuses est claire: il s'agit d'attirer le lecteur dans un premier temps pour le familiariser peu à peu avec les autres héros DC et élargir ainsi le marché. De fait, si "Identity Crisis" peut être essentiellement définie comme une aventure de la JLA, cela ne suffit cependant pas à rendre compte de la complexité de l'entreprise, qui implique la quasi totalité des super-héros DC.

Lors de sa sortie aux States en Août 2004, "Identity Crisis" est présentée par DC comme le premier chapitre du plus grand bouleversement qu'ait connu le "DC-verse" depuis "Crisis on Infinite Earths". "Identity Crisis" n'est donc que le prologue d'une longue enfilade de maxi-séries actuellement en cours de publication aux USA, toutes liées entre elles, et censées déboucher à terme sur une réorganisation proprement cosmique de toutes les séries de l'univers DC, sans exception aucune. Rien moins! On est en fait en train d'assister à ce que les fans nomment dans leur jargon une "redéfinition". Et, comme tout cosmos respire au rythme alternatif de l'ordre et du chaos, la naissance de l'ordre nouveau sera nécessairement précédé d'une "crise" que l'on subodore déjà des plus chaotiques...

Pour les petits curieux qui désireraient savoir ce qui les attend, je me contenterai de les renvoyer à l'excellente revue "Comic Box" qui, dans son n°2 d'Octobre 2005, établit un état des lieux assez exhaustif de l'ensemble des projets DC sur ce sujet précis. Pour ce qui est de la publication en France de cette grande saga, sachez qu'"Identity Crisis" s'achève dans le n°4 de "Batman & Superman", à paraître courant Mars, et que le n°5 verra le début du second chapitre intitulé "Countdown to Crisis". De quoi nous faire saliver!

Parfum de chaos également dans "Batman", depuis le n°6 de Novembre 2005 qui voit débuter le méga-crossover "War Games". Là encore, ce n'est pas rien, puisqu'aux States l'entreprise aura monopolisé pas moins de huit séries ("Batman", "Detective Comics", "Legends of the Dark Knight", "Gotham Knights", "Nighthawk", "Robin", "Batgirl" et "Catwoman") durant trois mois, soit un total de vingt-quatre épisodes en cours de publication chez Panini dans un constant aller-retour entre les deux revues "Batman" et "Batman Hors-Série" (rusé!). Tout commence avec cette petite peste de Spoiler qui, dépitée d'avoir déçu Batman en tant que Robin (voir plus haut), met la main sur un plan destiné à éradiquer la totalité des gangs de Gotham que Batman a imaginé dans un moment de paranoïa intense! Afin de se racheter aux yeux de son mentor, elle met le projet en branle. Mais tout foire, et elle ne réussit qu'à provoquer une guerre des gangs qui va mettre Gotham à feu et à sang. Dès lors tous les Gotham Knights, mobilisés devant l'urgence et dirigés par un Batman de plus en plus borderline, auront fort à faire pour ramener un semblant d'ordre dans ce qui dégénère bientôt en guerre civile, d'autant que les vilains les plus vicieux sortent de l'ombre pour tenter de conquérir le pouvoir. Au final, on a un comics tétanisant par sa noirceur et sa violence, versant par moments dans l'horreur pure et dure - il faut avoir vu l'ignoble Black Mask torturer Spoiler au scalpel!

Enfin, terminons notre revue de presse par un petit tour en librairie, où nous constatons avec plaisir que Panini aussi donne dans les archives avec un luxueux "Batman 1964" regroupant des épisodes du "silver age" depuis longtemps introuvables, sinon inédits. Sans bouder notre plaisir, regrettons toutefois que Panini n'ait pas donné suite au projet d'intégrale chronologique amorcé par SEMIC... Tout aussi luxueux, tout aussi millésimé et inévitablement génial, voici le tant attendu "Across the Universe", rebaptisé chez nous "L'Univers des Super-Héros DC par Alan Moore". Bien qu'il ne s'agisse hélas que d'une version partielle de l'édition originale US, ce volume compile malgré tout quelques pièces rares, tels les tous premiers travaux du génie anglais pour DC (sur Green Arrow et Green Lantern, notamment), un "annual" de Batman, ou la très bizarroïde rencontre entre Superman et Swamp Thing (la Créature des Marais), cette dernière constituant le premier titre de gloire de Moore chez l'Oncle Sam. Mais le clou de l'album réside dans le traitement infligé à Superman, symptomatique de la méthode Moore: de l'art iconoclaste de révolutionner un comics ronronnant en foutant délibérément le bordel dans une continuité durement établie, le tout en restant soigneusement aux limites de la parodie. Enfin, signalons pour les impécunieux "Tu ne tueras point", une édition économique mais néanmoins très soignée du one-shot "Trail of the Gun", où Batman et Catwoman rejoignent Michael Moore dans son combat contre le lobby des armes.

Et puis il y a encore tous ceux que je n'ai pas encore lus (avec Panini, faut suivre!) et que je vous chroniquerai un jour ou l'autre. Pêle-mêle: "New Frontier", par Darwyn Cooke, qui reprend à sa sauce les versions "silver age" des héros DC, la JLA avec "The Nail", un "Catwoman à Rome" par le fantastique duo Jeph Loeb / Tim Sale, un "big book" de Wonder Woman dans lequel, à ce qu'il parait, Batman joue un rôle important, et pas moins de trois album de Superman parmi lesquels le "Man of Steel" de l'icône John Byrne. J'y arriverai jamais, moi!

le site Panini:

http://www.paninicomics.com/

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