23 février 2006
BLUEBERRY
BLUEBERRY
de Jan Kounen
Avertissement préliminaire
Une fois n'est pas coutume: aujourd'hui je recycle. La chronique ci-dessous était à l'origine une lettre envoyée à "Mad Movies" au moment de la sortie du film et qui, pour des raisons qui leur appartiennent, n'a pas été publiée. Néanmoins, le film de Jan Kounen (déjà auteur d'un "Doberman" d'un goût douteux) étant à mon sens une merde telle qu'on n'en voit une que tous les vingt ans, il m'a semblé que cette chronique vieille d'un an se devait de figurer dans mon blog, ne serait-ce qu'à titre de mesure de salut public. Pour tout vous dire, je suis littéralement sorti de la salle avec des envies de MEURTRE!!! Bienvenue donc dans un navet déjà historique...
Dans la famille songe-creux métaphysico-branchaille, trouvé ce mois-ci au rayon salmigondis & bouillie-pour-les-chats le bouffi "Blueberry", qui étincellera longtemps au firmament de la cuistrerie cinématographique.
Pas question bien sûr de comparer le film et la BD, paraît que ça ne se fait pas, mais tout de même: le procédé qui consiste à se servir d'une franchise qui a fait ses preuves (ça tire à combien d'albums, Blueberry, déjà?) pour refourguer au gogo ainsi racolé une espèce de pensum prétentieux filmé par un parkinsonien et monté par Jason Voorhees, c'est pas précisément le comble de l'honnêteté! Et de plus, ce n'est même pas nouveau: le mégalo Tom Cruise nous a déjà fait le coup en nous refilant deux monuments auto-élevés à sa pompière suffisance abusivement labellisés "Mission: impossible"... C'est ainsi que les fans qui pensaient naïvement aller voir un remake de la série TV se sont retrouvés à subventionner l'Église de Scientologie!
Pas question de comparer le film et la BD, certes, mais néanmoins une question demeure: si Kounen nous avait présenté ses élucubrations pour ce qu'elles étaient et sans référence au prétexte Blueberry, bref s'il avait fait preuve dans l'"avant-gardisme" qu'il semble revendiquer du même courage que Jodorowsky (auquel d'aucuns ont pensé pertinent de le comparer) lorsque celui-ci nous a bombardé "La Montagne sacrée", on aurait peut-être trouvé ça génial, on aurait peut-être trouvé ça très con, les avis eussent été sans nul doute partagés, mais on ne serait pas sorti de l'entreprise avec cet arrière-goût persistant de putasserie et d'arnaque-marketing. Oui mais, le cas échéant, Kounen n'aurait peut-être pas fait son quota d'entrées... Pire: il risquait, comme Jodo en son temps, de se retrouver classé "art et essai" - l'horreur absolue, pour lui qui se torche avec Télérama!
Dès le générique, la mention "librement inspiré de" sous un cyclopéen "BLUEBERRY" évoque déjà ces clauses en tout petits caractères au bas d'un contrat d'assurance: ça veut dire qu'on est en train de se faire mettre profond! À part ça, eh bien Kounen a les moyens, Kounen se regarde filmer, Kounen est très content de lui, Kounen shoote d'avion, les dunes du désert défilent interminablement et avec une désespérante régularité, on s'enfile dans des canyons, on plonge dans des précipices vertigineux, on remonte, on attrape le pompon, on travellinge sans fin le long de la grand' rue (z'avez maté les décors?), y'a un vague gun-fight où la caméra se fait piétiner par les canassons, des Indiens titulaires de l'AOC 100% chamans authentiques nous dévident un discours creux avec un air pénétré, Cassel assis en tailleur fume la moquette, flippe à mort et c'est reparti: le désert, les canyons, les précipices, un faucon qui plane au ralenti - on est sur F5, là? meunon, c'est le totem à Cassel, il a rien compris, l'autre!
Et où ça nous mène tout ça? Dans une espèce de vortex reptilien plein de sales bêtes qui va s'enrouler une demie heure durant, genre référence foireuse à la fin du "2001" de Kubrick (on ricane!), duquel le spectateur ressort aussi overdosé que le méchant qui finit par succomber, d'ennui probablement. Quant à Cassel, il a vaincu ses démons, conformément à la philosophie profonde qu'essaie de nous transmettre Kounen: si t'as pas vaincu tes démons, man, tu tournes en rond dans le désert à filmer des précipices comme un vrai con tandis que les faux planent au ralenti dans l'azur! Enfin tout finit bien puisque Cassel se baigne à poil avec sa pintade, chabadabada!
Et Blueberry, dans tout ça? Ben n'empêche que Giraud il a trouvé le film génial! L'avait pourtant pas besoin d'un faire-valoir pour booster ses ventes... Et y'en a même qu'ont kiffé à mort à la rédac de "Mad Movies"! JPP, réveille-toi, ils sont devenus fous!
Cassel en plein trip: mais n'est-ce point la fée Clochette?
Fumette, ou fumisterie?
Oh! Un totem planant au ralenti dans l'azur!
Regardez bien cette image: c'est fait, vous avez vu la moitié du film...
Un final aquatique...
...pour un film vaseux!
Humeurs






